27/06/16

L'Invocateur - Livre 1 : Novice, de Taran Matharu

Novice Invocateur

Fletcher vit à Pelt, un petit village tranquille, où il est apprenti-forgeron chez un gros bonhomme attachant, qui le traite comme son fils. Le garçon est orphelin et ne sait rien de ses origines, mais a bénéficié d'une éducation pointilleuse, en apprenant à lire et à écrire, contrairement aux jeunes de son âge, qui vivotent ou chassent dans les bois. 
Fletcher aspire à un avenir sans relief, mais doit composer avec un gosse de riche, Didric Cavell, qui se comporte en fourbe et en tyran. Le garçon rêve d'une vengeance dans les règles de l'art, laquelle surviendra par l'intermédiaire d'un grimoire ayant appartenu à un invocateur.
Et là, notre jeune héros découvre l'univers des démons et des incantations. Seule une poignée d'élus est capable de se plonger dans de tels ouvrages et procéder aux rituels d'usage. Fletcher tente sa chance... et bingo ! Une salamandre apparaît et fait immédiatement corps avec lui, en se scotchant à sa gorge pour ne plus en déloger. 
Après, les choses se compliquent pour lui. Provoqué par Didric, le garçon se défend en semant le chaos. Il n'a plus d'autre choix que de fuir et va ainsi faire la rencontre providentielle du capitaine Arcturus qui l'envoie à l'Académie Vocans. Cette école accueille tous les jeunes invocateurs, désireux de servir l'Empire, pour ensuite prêter leurs savoirs à la guerre qui sévit dans tout Hominum. 
Une nouvelle vie s'offre à Fletcher, avec son lot d'amitiés fusionnelles (le nain Othello et la jolie elfe Sylva) et ses conflits inéluctables. Les enjeux politiques prennent également de l'ampleur, les pions prennent place sur l'échiquier, le compte à rebours est lancé...
Ce premier tome est handicapé par son rôle introductif où tout un univers et des personnages doivent être présentés. Cela casse un peu le rythme, même si la lecture n'en demeure pas moins entraînante dans son genre. Le scénario est suffisamment bien ficelé pour intriguer le lecteur et l'inviter à tourner les pages pour connaître la suite.
Cette série a réussi à créer son identité, tout en réunissant les codes du genre de l'heroïc fantasy auquel elle se rapporte. On se croirait dans du Tolkien vulgarisé, mais pas seulement. Ajoutez une très belle couverture, illustrée par Malgorzata Gruszka, et vous vous surprenez à plonger dans un ailleurs captivant !
Une lecture pleine de promesses, qui révèle aussi un jeune auteur, né en 1990, dont le texte publié sur Wattpad a rapidement remporté un gros succès. Le monde de l'édition bouge... De nouvelles tendances émergent. À suivre, donc. ^-^

Traduit par Blandine Longre (The Novice : Summoner) pour les éditions Hachette, Mars 2016

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12/02/14

Le monde de Charlie, par Stephen Chbosky

Le monde de Charlie

Charlie, quinze ans, entre au lycée et se lie d'amitié avec Patrick et Sam, deux élèves de Terminale. Le garçon est fasciné par la jolie Sam, il le lui avoue, mais elle le repousse avec douceur, trop jeune, lui susurre-t-elle dans un sourire, c'est encore un môme en apprentissage de la vie, prêt à mordre dans une folle aventure qui s'ouvre à lui.

Et en effet, les sorties entre potes, les âneries pimentées au cocktail sexe-drogue-alcool s'enchaînent, du moins Charlie en est d'abord le témoin privilégié, puisqu'il traverse l'existence de ses proches en y posant un regard neutre, mais pas simplet non plus. Il y a sa soeur qui se fait tabasser par son copain mais s'obstine à le fréquenter en dépit de l'interdiction des parents, ou Patrick qui entretient une liaison avec un type révulsé par ses penchants homosexuels, Sam qui sort avec un gars plus âgé qu'elle...

Charlie, lui, est un poète dans l'âme, qui compulse tous les bouquins que lui suggère de lire son prof de littérature (Harper Lee, Fitzgerald, Salinger, Kerouac etc.). Des références pointues, susceptibles d'ouvrir son univers et ses expériences. Et il s'en donne à coeur joie, le bougre, il se lance dans une relation amoureuse, va au bout de ses envies, de ses désirs, de ses fantasmes. Le type faussement désinvolte, direct, franc et excessif.

Mais bon, toute cette tambouille n'a hélas pas su me le rendre sympathique pour autant. Charlie est trop “space” dans son genre, plus jeune, il a été témoin d'un viol et a observé de ses yeux incrédules la scène sans jamais bouger de la chambre où sa soeur l'avait confiné pendant qu'elle faisait la fête, une autre fois il l'avait surprise avec son petit copain en pleine action, trop tard, il est pour elle un obsédé ! 

Je n'ai, sincèrement, jamais réussi à me fondre dans l'histoire, à m'attacher aux personnages, à être touchée par l'intrigue. On peut tout raconter sur l'adolescence, ses rites et ses excès, mais là... no way. Le roman de Chbosky est amer et dérangeant, à mettre en scène des jeunes gens sur la corde raide, à toujours braver les interdits, sauf que c'était pour moi too much. 

Totale déception pour cette lecture que j'envisageais de découvrir depuis de nombreuses années. J'ai fermé la dernière page en poussant un soupir de soulagement, pas mécontente d'en être sortie et d'éprouver un sentiment de libération. Ce livre n'a pas su me communiquer une énergie positive, dommage.

Sarbacane, coll. eXprim', novembre 2012 pour la nouvelle édition (titre et couverture d'après l'adaptation cinématographique), 1ère édition en avril 2008, sous le titre Pas Raccord - Traduit par Blandine Longre.

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01/10/13

“La peur du noir. Elle reste là, tapie au fond de soi. La peur la plus ancienne de toutes. Une peur primitive.”

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Hiver 1937. Jack part pour une expédition scientifique en Arctique, mais très vite ce voyage se transforme en cauchemar. Des cinq hommes engagés dans la mission, seulement trois prennent le départ : Jack, opérateur radio, Algie, chasseur et maître-chien de traîneau, et Gus, biologiste. Ils établissent leur campement sur la baie de Gruhuken où le capitaine du bateau refuse de les débarquer, sous prétexte d'une vieille malédiction.

Les trois explorateurs s'installent finalement dans leur cabane, pas loin d'une mine abandonnée. Les jours s'écoulent lentement, une petite routine prend place, entre parties de pêche, sorties des chiens et relevages scientifiques. Les jours se raccourcissent progressivement, bientôt la nuit polaire va s'abattre sur eux. Un autre drame les frappe alors, Jack se retrouve seul, confronté à ses pires angoisses.

Car tout se passe dans l'aura et l'ambiance du livre, c'est une tension psychologique pernicieuse qui se glisse entre les lignes, à travers le journal de Jack. On ressent, comme lui, cette oppression de l'isolement et de la solitude, en plus d'autres tourments, car Jack a des hallucinations, ou des visions. Il sent que le lieu est hanté, il entend des bruits, il perçoit « une chose réelle, mais qui n'est pas vivante ».

L'angoisse ! Voilà ce que cherche à vous inspirer cette lecture, une sensation rampante d'inconfort et de malaise, une peur panique, la trouille au ventre, le stress galopant, l'appréhension de l'inconnu, de la folie émergeante... Tout ça est aussi planté dans un décor fabuleux, le cercle polaire dans toute sa splendeur, avec ses secrets et son instinct de préservation. Qui sait ? J'ai bien du mal à exprimer ce qu'a pu m'inspirer cette lecture, entre fascination et ennui (parfois, il ne se passe pas grand-chose non plus, on fait juste qu'attendre !), toutefois elle ne laisse pas indifférente.

40 jours de nuit, par Michelle Paver (Hachette, coll. Black Moon, septembre 2012  - traduit par Blandine Longre)

14/11/11

“Men suck. - Not all men. Just the really good ones.”

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Quincie a hérité du restaurant familial et s'est jurée d'accomplir un miracle en rendant l'endroit populaire et rentable. Son oncle Davidson, le frère de son père décédé, a proposé de surfer sur la mode en lançant une thématique vampirique. Quincie est moyennement convaincue, elle pense intimement que son oncle est influencé par sa petite copine gothique, mais elle finit par accepter de se lancer dans l'aventure.
Les choses se compliquent dès lors que leur chef est assassiné en cuisine. Quincie est choquée, son meilleur ami Kieren lui suggère de faire machine arrière car leur projet est une vraie menace pour l'espèce humaine car, selon lui, il risque d'attirer les vampires pour de vrai ! 
Kieren n'est pas un dingue, lui aussi a ses secrets (c'est un loup-garou), il veut protéger Quincie mais elle n'en fait qu'à sa tête. Son oncle et elle embauchent donc un nouveau cuisinier, Bradley, un beau parleur, très attentif aux états d'âme de Quincie, alors qu'elle pouvait toujours compter sur Kieren, elle réalise qu'elle se sent seule, que son amour pour lui est à sens unique, de plus elle a appris qu'il allait prochainement partir pour rejoindre sa meute et Quincie ne digère pas cet abandon programmé. 
Alors elle s'enferme dans son restaurant et se consacre pleinement à sa réouverture en passant un temps fou avec Bradley, qu'il faut coacher et mettre au parfum pour coller au thème. C'est ainsi qu'elle s'attache à lui, en devenant sensible à ses attentions, et plus elle est attirée par lui, moins elle ne désire croire Kieren, constamment aux aguets, la conjurant d'être vigilante et de ne pas traîner le soir seule dans la rue. 
En effet, la police déplore de nombreuses agressions et autres disparitions. De plus, le crime du chef n'a pas encore été résolu. Kieren est persuadé que le coupable est un proche de Quincie, mais celle-ci pense de plus en plus que son meilleur ami est le suspect idéal. Et nous, lecteur impassible, on finit par suspecter un peu tout le monde ! 
J'ai été agréablement surprise par ma lecture, ce n'est certes pas un roman fantastique et original, mais il a eu le mérite de me divertir à sa juste mesure. Le ton est un mélange de cynisme et de sarcasme, à petites doses, ça reste léger et très drôle. Cela me donne aussi le sentiment que l'auteur n'a pas voulu se prendre au sérieux et a bidouillé sa tambouille sans prétention. Résultat, c'est efficace. On retrouve les clichés du genre (l'héroïne se languit d'amour pour son meilleur pote, et là aussi c'est cocasse !), l'intrigue n'est pas sensationnelle, et pourtant je n'ai pas été déçue par les rebondissements qu'elle propose. 
La fin a su me surprendre, elle se termine en queue de poisson, ce qui aura le don d'agacer la plupart des lecteurs. C'était toutefois sans se douter de l'existence d'une suite en trois tomes, seulement parue en VO, puisqu'il semblerait que l'éditeur français en reste là. C'est dommage.

Sanguine - Cynthia Leitich Smith
Intervista, coll. 15 / 20, 2009. Traduit de l'anglais (USA) par Blandine Longre. 

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11/10/11

“Please, ground, just open up and let me fall into an endless crevasse till I hit the center of the earth and combust. Please.”

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Nastasya a 459 ans et une vie de débauche derrière elle. Sur un coup de tête, elle choisit de prendre un nouveau départ et se réfugie dans une ferme bio ambiance familiale pour suivre un programme de choc (manger sainement, s'astreindre à un rythme de vie abêtissant, vivre en communauté). C'est plus qu'un retour aux sources, c'est une redécouverte des vraies valeurs, une façon de comprendre ses erreurs, de faire le tri dans ses souvenirs, de se débarrasser des poids morts, de faire la paix avec soi-même. 
La miss a vécu mille vies, mais n'a pas su percer le secret de ses origines, jusqu'à ce qu'on comprenne qu'elle a tout enfoui exprès pour étouffer la souffrance, mais sa vie à River's Edge fragilise les remparts derrière lesquels elle se planquait, et quand le passé commence à ressurgir, tel un coup de fouet vivifiant mais aussi cinglant, la fille est prise de panique. 
Nastasya est une héroïne rebelle et farouche, qui refuse de s'épancher et qui s'accroche à ses secrets, de peur de paraître trop vulnérable. C'est tout le propos du roman, d'ailleurs, qui s'intéresse sincèrement aux personnages, à l'apprentissage difficile et douloureux par lequel il faut passer pour s'accorder une seconde chance et oublier les anciennes vies, souvent marquées d'actes horribles et impardonnables. C'est donc une quête de soi-même avec ses hauts et ses bas, et principalement le parcours d'une héroïne tendance psychopathe mais drôle à sa façon, avec la révélation progressive de son histoire, de son attirance pour le dieu Viking de River's Edge et son attachement à cette famille d'allumés, aux allures de hippies, qui enseignent les mystères cachés des plantes médicinales, des cristaux, des huiles essentielles, mais aussi des sortilèges, de l'art magique, des étoiles, des runes etc. 
Une lecture singulière, entraînante et très habile pour nous attirer dans ses filets ! 

Immortels, tome 1 par Cate Tiernan
Hachette jeunesse, coll. Black Moon, 2011 - 353 pages - 17€
traduit de l'anglais (USA) par Blandine Longre 

Voyons voir. Mon existence d'avant - fringues de haute couture, fêtes géniales, amis super, drôles, excitants, voyages à gogo, toujours plus d'amusement. Ou bien ma vie présente - chemises de flanelle, grosses bottes et jeans, boulot de subalterne dans un drugstore proche de la faillite, réveils à l'aube... Aucune raison que ma vie me paraisse meilleure. C'était pourtant le cas.

Le tome 2 est déjà disponible !

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On renoue avec le parcours en dents de scie de Nastasya, toujours aux prises avec ses démons. A force de se sentir la cible des forces obscures, elle va inévitablement agir en grande trouillarde qui se respecte et prendre une décision lourde de conséquences. 
Le ton est ici plus sombre, du fait de la déprime profonde de l'héroïne, et semi-tragique aussi, car les derniers chapitres donnent des bouffées d'angoisse et d'agacement. Le récit est également ponctué de scènes rigolotes liées à l'humour sarcastique de Nastasya (son imbroglio sentimental y est pour beaucoup !). 
La série a trouvé son rythme de croisière et nous prépare sur le chemin d'un troisième tome qui assurera le rôle de dégoter toutes les issues possibles pour calmer les angoisses de notre demoiselle immortelle. Et j'aime toujours son caractère insupportable, même si la miss en question ne sait pas faire la distinction entre le bien et le mal dans sa vie !

Immortels, tome 2 : La Traque.
Hachette jeunesse, coll. Black Moon, 2011. Avec une excellente traduction de Blandine Longre ! 

** Un mètre quatre-vingts de désastre viking - lumineux, comme il se devait. **

13/06/11

"You don't have to do those things. You don't have to become a hero, Seth."

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C'est le troisième livre de la série, et je suis définitivement sous le charme. Quel univers. Melissa Marr peut s'enorgueillir d'avoir créé un monde fascinant, où les amours sont désespérées, les passions contrariées, la mélancolie omniprésente, les confiances bafouées, les secrets inavoués. Tout ceci rend l'atmosphère sombre, déchirante mais belle et touchante ! Je suis conquise.

Aislinn est partagée entre son amour pour Seth et son devoir de reine auprès de Keenan. Celui-ci cherche à la séduire, insidieusement. Il a accepté la relation qu'elle entretient avec son mortel, car il a conscience de sa fragilité. En échange, il renoue avec Donia, laquelle est une femme blessée, torturée par son attirance, son amour et ses devoirs. Ce qui est incroyable dans cette série, c'est que tout le monde se connaît de façon très intime mais se trouve désormais coincé dans des voies sans issue, l'imbroglio sentimental donne du fil à retordre et exacerbe désir, soif de vengeance et conquête de l'impossible. La paix entre les cours semble donc précaire, elle ne tient qu'à un fil.

Seth est jaloux, au fond de lui il ne supporte pas de partager sa dulcinée, il n'est pas aveugle des agissements sournois de Keenan, cette tension prend racine et le garçon veut agir et ne plus observer. Son ami Niall tente de le raisonner, en le plaçant sous sa protection, il titille le roi de l'été, mais Keenan s'en sert à bon escient. Le schéma qui s'établit entre chaque personnage est troublant, fascinant. Toute cette vicissitude donne lieu à une intrigue encore plus désespérante, les conséquences s'accumulent et repoussent toujours plus loin la frontière entre la tolérance et la provocation, et avivent la discorde. Au centre, l'impossible Bananach joue son rôle de folle avec superbe, elle a soif de sang, elle chatouille les faes et les mortels, ce qu'elle veut, nul doute qu'elle l'obtiendra !

Vous n'en pouvez plus des lectures trop romantiques parce que trop mielleuses ? Révisez votre jugement en découvrant cette série, même si le premier tome laisse perplexe, la suite n'aura de cesse de vous surprendre pour mieux vous plaire. J'aime beaucoup son charme langoureux, me délecte de son écheveau d'intrigues et suis subjuguée par la personnalité trouble et complexe des protagonistes. De plus, l'auteur ne cède jamais à la facilité, même la fin déjoue toutes les attentes, c'est fort et magnifique, comme j'aime ! Encore deux tomes avant la conclusion.

Ne jamais t'embrasser (Wicked Lovely #3) - Melissa Marr  smileyc002
Albin Michel, coll. Wiz, 2011 - 427 pages - 15€
traduit de l'anglais (USA) par Blandine Longre

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