04/05/12

C'est moi qui l'avais fait éclore, ce petit sourire, au coin de sa bouche en bouquet de fleurs.

Deux nouveaux titres viennent compléter la chouette collection ZigZag, que j'affectionne particulièrement. Ce sont deux romans très attachants, admirablement écrits, avec des formules et des petites phrases qui touchent, paf, en plein coeur, avec des histoires tendres et amères, d'une perspicacité qui ne laisse pas indifférent. 

Ça déménage !  par Cécile Chartre - illustrations de Charlotte des Ligneries (Rouergue, coll. ZigZag, 2012)

La vie d'Alexandre, huit ans et des pépettes, n'était que bonheur et tranquillité dans sa petite maison à la campagne, jusqu'au jour où maman et lui sont partis en ville, dans un appartement, parce que papa a décidé de refaire sa vie avec une autre. Pour Alexandre, c'est le début d'une douce rébellion. Il n'aime pas, mais alors pas du tout, son nouveau foyer. Et puis sa mère ne cesse de le coller, de le câliner, c'est insupportable. Même le chat Jean-Claude Chipolatas préfère quitter le navire, après avoir bien noyé le lit de son urine... Hmm, Alexandre aussi veut manifester son mécontentement, lui aussi voudrait qu'on lui rende sa liberté, mais au contraire, sa mère ne cesse de l'étouffer. Il tente d'exprimer son chagrin par la colère et la force, il tape du pied et du poing, les voisines sont d'ailleurs très mécontentes, mais lui s'en fiche... il veut retourner à sa vie d'Avant. Il veut son papa, avoir une discussion, comprendre que les larmes ne sont pas que pour les minus, qu'il faut parler pour expliquer l'inexplicable, que la vie est sans cesse une nouvelle histoire à écrire, avec d'autres maisons et d'autres familles, mais ça ne veut pas dire qu'on change de parents, non. Ni de nom, ni de prénom. Parfois, la vie d'après n'est pas aussi affreuse.

-) Ce petit texte permet de mettre des mots sur le désarroi des enfants, pris dans le feu des tourments des adultes. Ce n'est jamais facile, il y a beaucoup de maladresse et de tristesse, mais heureusement la vie offre aussi la possibilité de rebondir et de croire en des lendemains plus jolis. 

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L'histoire d'Aimée est celle d'une petite fille qui a grandi dans un foyer, parce qu'elle n'a plus de parents. Elle a été abandonnée quelques jours après sa naissance, avec juste un petit mot où était inscrit son prénom. Aimée s'est construit un petit cocon avec ses soeurs d'adoption, mais elle n'a jamais osé avouer que le manque de maman était de plus en plus pesant. C'est en voyant sa copine Clémence qu'elle a compris ce que signifiait l'amour d'une mère, et en cachette Aimée s'est inventé une maman de papier. Au foyer, les filles pensent que c'est un mot d'amour de Medhi. Medhi et ses sanglots qui mangent tous ses mots. Medhi avec un sac de problèmes qui pèse une tonne et un coeur aussi grand que le haut du ciel. Et même si Aimée est méfiante vis-à-vis de l'amour, elle n'est pas insensible au regard doux et triste de Medhi, à ses yeux lourds comme l'amour, à sa lettre avec des ratures et plein de fautes d'orthographe... Et puis, il suffit d'un baiser sur la joue pour faire naître un sourire sur le visage du garçon, c'est dire le potentiel d'Aimée à donner du bonheur. Pourquoi ne pas aller plus loin, alors ? Et croire enfin qu'elle aussi peut faire des trucs bien dans sa vie.

-) Ce petit roman fait bougrement du bien, même si le sujet n'est pas gai et encore moins joyeux, il échappe toutefois à paraître sinistre ou démoralisant, et c'est ça que j'aime dans cette collection, la volonté de ne jamais baisser les bras, d'admettre que la vie n'est pas rose tous les jours mais que ça ne veut pas dire qu'il faut cesser d'y croire. Une vie sans parents, par exemple, c'est ce qu'il y a de plus douloureux pour un enfant. Et la petite Aimée est drôlement attachante à sa façon, parce qu'elle est aussi à fleur de peau, elle passe son temps à observer le monde, à se poser des questions, à avoir des envies, à avoir peur de les vivre ou de simplement les ressentir... La magie d'un livre, c'est donc d'offrir des rêves et des ailes dans le dos, de vous chambouler la tête et le coeur avec toutes ces belles idées. Je crois qu'on n'en a jamais en trop ! 

L'invention des parents, par Agnès de Lestrade - illustrations de Lucie Albon (Rouergue, coll. ZigZag, 2012)


05/01/11

Mortels Petits Secrets #1

Petite piqûre de rappel  smileyc040

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disponible en VF chez Albin Michel jeunesse, coll. Wiz

 

Sur le parking de l'école, Camelia est sauvée in extremis par un inconnu alors qu'une voiture fonçait droit sur elle. Ce type lui touche le ventre puis s'enfuit. Trois mois plus tard, Camelia le retrouve dans son lycée. C'est le nouvel élève, il s'appelle Ben et il a une réputation affreuse. On raconte qu'il aurait poussé sa petite amie du haut d'une falaise, horreur ! Seule Camelia lui accorde le bénéfice du doute, elle tente de l'approcher pour le remercier de lui avoir sauvé la mise mais Ben la repousse et prétend que ce n'était pas lui, qu'elle se trompe. Vlan.

Ben et Camelia se retrouvent en cours de sciences, ils sont partenaires. Ils multiplient tous les efforts pour se tenir à distance, et puis arrive un léger incident lors d'une manipulation de produits chimiques et LE contact a lieu. Ben a posé la main sur Camelia, et alors là ... mazel tov ! Quelques jours après, son comportement change totalement et il propose à Camelia de sortir ensemble. Malgré les conseils de ses amis de refuser et fuir ce type, elle s'y précipite et ne sera pas au bout de ses peines !

En parallèle de cette semi romance balbutiante, nous suivons aussi les pensées d'un tordu qui traque Camelia. Fou amoureux, il prend des photos d'elle, glisse les clichés dans sa boîte aux lettres, lui envoie des cadeaux et lui téléphone le soir. Qui est-il, que veut-il. Impossible de le savoir, car cet individu devient progressivement menaçant par son insistance. Camelia est en pleine panique, doit-elle se méfier de Ben qui vient de lui annoncer qu'elle est en danger de mort. Est-ce lui l'inconnu qui la harcèle ? Soudainement, la vie de Camelia prend un tour plus sombre et vraiment flippant. Même dans sa maison, elle ne se sent plus en sécurité, elle ne sait plus à qui faire confiance, et Ben a une attitude inquiétante, c'en est trop, elle choisit de se tenir à l'écart. La menace, alors, devient plus oppressante.

Voilà un vrai roman à suspense, teinté d'un zest de fantastique, alors qu'aucun réel élément surnaturel n'intervient ! ... C'est le flip total, l'angoisse de partager la vie de cette lycéenne qui soudainement perd pied, tombe amoureuse, se découvre en danger, se méfie de son petit copain puis doute de tous ses acquis. Le lecteur est lui-même dans la confidence du maniaque, à surprendre ses pensées, sans jamais se douter de sa réelle identité. Plusieurs intervenants dans l'histoire ont la légitimité d'être suspectés, autant dire que le final est assez bluffant !

(roman lu en VO en janvier 2010)

Traduit de l'anglais (USA) par Cécile Chartres (l'auteur de Joyeux Ornithorynque ! ; Poil au nez ; Petit meurtre et menthe à l'eau ?)
280 pages - 13,50€

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04/02/10

Kalimba de Luna

Kalimba de luna Envoûte-moi Fais claquer tes doigts Sur des bouts de bois Hé, oh, hoo, ah

C'est la chanson qui me trotte dans la tête, après la lecture de ce petit roman d'Anne Percin (à réserver pour la tranche d'âge des 9 / 12 ans !).

A quoi servent les clowns ? est une histoire sympathique, attachante, un peu plombante pour commencer car une mère et ses deux filles perdent le peu qu'elles possédaient dans l'incendie de leur appartement. En attendant un relogement, elles trouvent refuge dans leur vieille caravane qui ne roule plus, installée sur un terrain vague, à côté de leur baraque à frites. Ambiance très misérable, de prime abord, mais l'impression est vite chassée par la narration de la petite Mélinda, qui nous raconte cette sordide aventure en y mettant tout son coeur, et ceci implique l'innocence, la jovialité, les désirs, les rêves et aussi les petites questions qu'elle se pose du haut de ses 5-6 ans (elle est élève en CP, elle apprend à lire). D'ailleurs, cela fait quinze ans jours qu'elle ne va plus à l'école. Sa maman est débordée, elle pense qu'elles rattraperont le retard plus tard.

A_quoi_servent_les_clowns__de_Anne_PercinEt puis, arrive le cirque avec sa longue procession de caravanes flamboyantes, et ses cages de tigres. Un bébé tigre va d'ailleurs se faire la malle et c'est la petite Mélinda qui va le retrouver. A partir de là, l'histoire prend un tour enchanteur et magique, plus doux, plus chaleureux. L'espoir est également en train de scintiller. Des indices nous le prouvent, et on devine que l'histoire va s'embellir (sans tomber dans le niais), apporter des solutions et des réponses qui vont rassurer la petite Mélinda.

C'est un texte parfaitement accessible pour les lecteurs qui ne veulent plus lire des livres "de bébés" (ça sent le vécu !) et qui ne se sentent pas toujours à l'aise avec des romans de 200-300 pages. Le thème du cirque est également très motivant, il donne aussitôt des couleurs débordantes d'optimisme dans l'histoire. J'avais craint un décorum plutôt sombre et déprimant, ce qui n'enchante pas forcément les plus jeunes, encore dans l'attente de rêver grâce à la lecture, finalement les clichés sont dépassés et cela sert de toile de fond pour raconter une belle histoire qui se finit bien !
C'est un roman jaune ! Parfaitement jaune ! C'est moi qui vous le dis.

A quoi servent les clowns ? ~ Anne Percin
Rouergue, coll. DacOdac, 2010 - 160 pages - 8,50€

 

...

Dans la foulée, j'ai lu le roman de Cécile Chartre, Poil au Nez, également publié au Rouergue dans la collection DoAdo. (Gaelle, cache ce sourire ! Je t'ai vue.) Cela a été une très bonne surprise, une lecture très touchante aussi. L'histoire se passe le soir du réveillon du 31 décembre 2009. Angel a rendez-vous avec son père, qui est décédé. A minuit pile, il a l'autorisation d'ouvrir la boîte à trésor qui lui a été confiée dix ans auparavant, alors que son père était malade. C'est une soirée particulière, qu'il passe avec ses meilleurs amis, dans une ambiance bouffonne et extravertie. En même temps, reviennent par vagues les souvenirs d'autrefois, et c'est là que l'émotion est très forte. Mais heureusement, le roman n'est pas que serrement de coeur et trémolo dans la voix, puisqu'il y a surtout et avant tout beaucoup d'humour. Pour preuve, cet extrait qui m'a beaucoup fait rire :

Séverine a passé la porte ensuite, affublée de deux drôles de trucs perchés très haut sur le sommet de sa tête. Elle nous a précisé au passage, bande d'ignares que nous sommes, que ça s'appelle des macarons, et que c'est très mode, les macarons. Ceci étant clarifié, elle a annoncé qu'elle se payait un mal de crâne à décorner un boeuf, alors qu'il fallait pas trop la titiller. Elle s'est mise alors à trifouiller dans son sac comme une sauvage en marmonnant " Un Doliprane, il me faut un Doliprane, t'as pas un Doliprane ? ". Thomas lui a suggéré de lâcher un peu ses cheveux, parce qu'à son avis, ça doit pas vraiment faire du bien d'avoir deux gros machins aussi emberlificotés au-dessus du ciboulot. Mais Thomas ne sait pas que lorsqu'on a passé trois heures et demie à se faire une coiffure d'enfer, on ne va pas tout saccager pour un simple mal de tête. C'est pénible à la fin, faut tout nous expliquer, à nous, les mecs. Et puis de toute façon, demain, macarons ou pas, tout le monde aura la tête comme une pastèque. Séverine prend juste un peu d'avance sur nous, c'est tout.

Poil_au_nezPoil au Nez ~ Cécile Chartre
Rouergue, coll. doAdo, 2010 - 96 pages - 6,50€

 

=) GaelleLa vie peut être bousculée en 1 jour, c'est ce qui se passe ici.

=) Mel, de la Soupe de l'Espace : Ce roman nous montre qu’un évènement tragique peut bouleverser une vie…  mais également qu’un objet, un mot peut apaiser et accomplir cette même vie en une fraction de seconde…

=) Marie : nous saisirons alors d'autant plus la portée du message contenu dans cette fameuse boîte et comprendrons en même temps le choix adéquat du titre plein d'humour pour ce roman sur le deuil finalement pas si triste que ça !

Posté par clarabel76 à 12:30:00 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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09/09/09

Joyeux ornithorynque ! ~ Cécile Chartre

DacOdac du Rouergue, 2009 - 60 pages - 5,50€

joyeux_ornithoLa mère de Mado déteste le jour de son anniversaire - le 4 juin. C'est une pitié pour sa famille qui se creuse les méninges pour rendre la pilule plus douce à avaler, mais tous les efforts sont vains. Cette année, c'est la cata car la maman de Mado accuse 40 ans. Depuis un mois, le père en a mal au ventre à force de chercher une solution. Sur un coup de tête, il opte pour bannir le mot anniversaire et le remplacer par ornithorynque, et branle-bas de combat, toute la famille se niche dans le Combi pour aller en Espagne.

Je pensais me sentir proche de cette maman (hantise de l'anniversaire, hanlala), même pas. Par contre, j'ai retenu deux-trois trucs appréciables qui font que - maintenant - je vais moins râler le jour de mon anniversaire et savoir mieux apprécier l'instant présent. Je dis ça, je ne dis rien. C'est en tout cas le message précieux, délicat et sensible que ce petit roman vous divulgue. C'est l'histoire d'une famille sympathique qui va croiser sur son chemin une bonne raison de trouver la vie belle et formidable, en plus de se satisfaire d'être en vie et en pleine santé.

Un petit roman à déguster, qui figure parmi la toute nouvelle collection chez le Rouergue et qui s'adresse aux lecteurs qui ne lisent plus les ZigZag (que j'adore) et qui ne veulent pas encore se plonger dans les doAdo.
Testé et approuvé par ma fille, qui s'est esclaffée derechef : arf, c'est comme toi maman !
Tsss.

Mel et Jean de la Soupe de l'Espace ont a.d.o.r.é !

Posté par clarabel76 à 09:45:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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