26/05/17

Pêle-Mêle : Maman - Dans le ventre de la Terre - À quoi rêves-tu bébé ? - Je t'aime ♥

Maman

Tous les soirs, au moment du coucher, un petit garçon chipe les couleurs de sa couette à pois pour transformer sa maman - du noir pour faire un léopard, du rouge pour être un indien d'Amazonie, du jaune citron pour devenir un lion, du vert pour avoir un teint de grenouille et du violet pour se la jouer rockeur ! Maman se prête à l'exercice avec patience et humour, de quoi donner lieu à des scènes fabuleusement cocasses. Cette belle complicité est imaginée par Mayana Itoïz, dont les illustrations tendres et colorées embellissent l'album et rendent la lecture admirable et stupéfiante. Un bel hymne à la connivence, à la douceur, à l'imagination et au rituel du coucher. Très beau ! ♥

♥♥♥ Maman, de Mayana Itoïz ♥♥♥

Seuil Jeunesse, 2017

 

Dans le ventre de la terre

Un duo de talents, Cécile Roumiguière et Fanny Ducassé, pour un album magique et poétique, chic ! Un album qui raconte l'aventure des neufs mois précédant la naissance avec beaucoup d'élégance, et en choisissant la description métaphorique pour inviter le lecteur à la rêverie. Il faut ainsi prendre le temps de savourer cet album, lire chaque page à voix haute, contempler les images, et imaginer Bébé en train de “flotter dans sa grotte, boire l'eau d'une source, manger les champignons de l'ombre et le lichen des bois enterrés”... Tout est très symbolique, et tellement raffiné ! Je recommande. ♥

♥♥♥ Dans le ventre de la terre, de Cécile Roumiguière et Fanny Ducassé ♥♥♥

Seuil Jeunesse, 2016

 

A quoi reves tu bébé

L'album de He Zhihong se distingue par son esthétisme, entièrement réalisé à la peinture sur soie, qui renvoie aussi à une série de portraits de bébés en train de dormir dans leur berceau. Les uns et les autres rêvent... de l'océan, des espèces qui peuplent la Terre, d'enlacer un panda, de contempler la beauté de la nature, d'être dans les bras de maman ou d'être aussi grand que papa... Beaucoup de tendresse et de délicatesse ressort de cet album, précieux, remarquable et beau. 

À quoi rêves-tu bébé ? de He Zhihong

Seuil Jeunesse, 2017

 

On retrouve toute la finesse de He Zhihong dans cet album écrit avec son compagnon, Guillaume Olive, et qui parle toujours d'amour maternel, de câlins, de mots doux et de je-t'aime... Mais aussi de pluie qui nourrit la terre, de la beauté du vent du printemps, de la rosée du matin, de la chaleur du soleil et des premières lueurs du jour. Encore un rendez-vous magique et ensorcelant par ses mots et ses illustrations. 

je t'aime

Je t'aime, de He Zhihong & Guillaume Olive

Seuil Jeunesse, 2017

 


13/02/16

Mon chagrin éléphant, de Cécile Roumiguière & Madalena Matoso

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Après la perte de sa grand-père, l'enfant éprouve beaucoup de chagrin. Un chagrin énorme et encombrant, comme un éléphant. Ce dernier est bleu et vient de surgir sans crier gare dans la voiture, assis confortablement à côté du garçon. Il lui demande même de chanter une chanson... Ses parents ne voient rien, mais lui reprochent de ne pas respecter leur chagrin et réclament du silence.

L'enfant est contrarié. D'abord, il y a cet éléphant qui ne le quitte plus. Il incarne son chagrin, dit-il. C'est lourd, ça ne s'oublie pas, ça vous colle partout. Et l'absence de Mamiette aussi pèse lourd dans la balance. C'est douloureux de penser à elle, de songer à son jardin et à ses fleurs qui vont faner. Aussi, le temps passe et l'éléphant ne part pas.

La tristesse est là, tenace et entêtante. Mais elle s'amenuise tout doucement. D'ailleurs, la taille de l'éléphant aussi se réduit. Il prend de moins en moins de place, se fait discret. L'enfant peut même chanter à tue-tête dans la voiture, ses parents reprennent le refrain en chœur. Le temps de l'éléphant est compté...

Cette belle image du deuil, du chagrin, de la tristesse, représentée par un gros éléphant bleu, est ingénieuse et adorable dans sa façon de faire éclater les couleurs, les rondeurs, les volumes, les chansons. Quand le chagrin vous imprègne des pieds à la tête, il finit par vous obséder et vous accabler. Seulement, l'amour ne se mesure pas, n'est pas non plus affaire de souffrance.

On n'oublie jamais un être cher, on peut y penser souvent, en humant une fraise des bois, un hortensia ou une tarte aux pommes. Un chagrin éléphant ne se cramponne pas, il sert à vous accompagner, à vous guider vers la gaieté. À soulager les mines tristes, les larmes, les moues boudeuses, le cœur trop gros, trop lourd.

Beaucoup de tendresse, de sagesse et de poésie dans ce magnifique texte de Cécile Roumiguière, à travers un album émouvant que les illustrations rayonnantes de Madalena Matoso détournent pour incarner la joie, les sourires, la vie. Une belle lecture, nécessaire pour contrer les petits bobos de la vie et tacler les coups de blues.

Thierry Magnier, août 2015

 

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23/12/14

Ma sœur et moi, de Cécile Roumiguière & Bobi+Bobi

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« Des papiers, des couleurs, des rubans, des senteurs. Ça crisse et ça plisse.
Liette et Lorna empaquettent les cadeaux de Noël.
C'est sûr, tatie Jacqueline sera contente de son saladier à fleurs,
et grand-papa adorera sa nouvelle cravate en soie.
Tatie Jacqueline est toujours enchantée de ses cadeaux,
même si sa bouche se pince quand elle les reçoit,
et grand-papa ne met jamais de cravate,
mais c'est Noël, on est heureux à Noël,
c'est la fête du bonheur. Tout le monde sait ça. »

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« Donne-moi ce rouleau de ruban-là
- Non, il est à moi ! répond Lorna.
- Je te dis que je le veux.
- Et moi j'en ai besoin...
Les deux sœurs oublient Noël et son bonheur sucré.
Les branches du sapin ploient sous le poids des boules et des anges en carton.
Les papiers volent, les rouleaux roulent, ça colle et ça crie.
Liette et Lorna ont des paillettes plein les joues,
et des larmes au bord des yeux. »

Ah, ce doux mystère qui entoure les relations entre sœurs ! Entre complicité, chamaillerie, espièglerie, jalousie, cruauté, réconciliation, plaisir de partager ou celui de chipoter, c'est une histoire sans fin, une histoire de tendresse, une histoire unique et indescriptible.

Liette et Lorna sont sœurs. Et bien sûr, elles rapportent les bêtises de l'une et l'autre ou se couvrent pour éviter les punitions, elles font front commun contre la méchanceté, se piquent leurs affaires, consolent les larmes qui coulent sur la joue, partagent leurs jeux et rient aux éclats.

Tour à tour chipies et câlines, elles sont attachantes et forment un duo exemplaire : entre solidarité et volonté d'indépendance, elles livrent un portrait attendrissant sur la délicieuse mais non moins conflictuelle histoire de fratrie ! Un texte savoureux, cerclé d'illustrations originales, pour un album poétique et qui me touche personnellement.

éditions La Joie de Lire, mai 2012

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20/12/14

La Belle et la Bête, de Cécile Roumiguière & Aurélia Fronty

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Un marchand de soie et d'étoffes perd toute sa fortune en apprenant que sa marchandise a disparu sur les mers. Dépité, l'homme s'inquiète pour l'avenir de ses trois filles : les aînées ont la rage au cœur, alors que la cadette, surnommée la Belle, propose de se retrousser les manches pour subvenir à leurs besoins. 

Lors d'un voyage à Venise, le marchand se perd sur une route noyée sous la brume et découvre un magnifique palais où il s'installe pour se sustenter. Il ne croise nulle âme qui vive et s'aventure dans le jardin où il cueille une rose, le cadeau promis pour sa Belle.

Alors, une créature affreuse surgit et grogne de colère. Il fera du marchand son prisonnier à vie ! Au lieu de quoi, sa fille se sacrifie et se rend seule chez cette Bête. C'est elle qui a voulu la rose, c'est à elle de prendre sa place.

« Ne vous inquiétez pas, père. Ce monstre n'est pas si méchant s'il aime les roses.
- Ma fille, tu ne sais pas ce que tu dis. Sa voix est terrible...
- Bien. Je ne lui demanderai pas de chanter, voilà tout.
- Mais son aspect est plus terrible encore ! On ne sait s'il porte des écailles ou du poil, ses mains gantées sont énormes, propres à étrangler.
- Qu'importe. Parfois, les arbres les moins beaux donnent les meilleurs fruits. Et de grandes mains peuvent être utiles au jardinage.
- Oh, la Belle, si tu savais... Il salivait. Son museau doit cacher des dents affreuses, des crocs propres à déchiqueter les viandes les plus dures.
- Calmez-vous, mon père. Je serai prudente, je vous le promets. Et, qui sait ? Peut-être ne me tuera-t-il point ?
- Ma fille, c'est un monstre, je te dis.
- Allons... Tout ira bien. Je sais parler aux bêtes sauvages, je l'apprivoiserai, voilà tout. »

Cécile Roumiguière nous livre ici sa version revisitée du célèbre conte de La Belle et la Bête, dans le décor féérique de la Sérénissime, où le style vigoureux et élégant d'Aurélia Fronty y trouve une harmonie extraordinaire. Les couleurs sont éclatantes et mises en valeur par le format de l'album (qui s'ouvre comme un portefeuille), on y plonge avec délice et stupéfaction. 

Poésie, force et tendresse font donc de cette adaptation une brillante réussite. 

Belin jeunesse, novembre 2013

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05/11/12

L'histoire du soir #10 : Ogre, cacatoès et chocolat, par Cécile Roumiguière & Barroux

Manon est une collectionneuse de mots. Elle en choisit un dans le dictionnaire, elle l'apprend, le tourne, le retourne dans sa tête. Puis elle le recopie sur un bout de papier. Elle écrit des mots porte-bonheur pour se protéger, et d'autres mots très longs, des mots pour rêver.

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Manon est une petite fille qui aime collectionner les mots. Elle les recopie sur des bouts de papier et les range dans son sac. C'est son arme secrète. D'ailleurs, ça lui sera précieux lorsqu'elle tombera nez à nez avec l'ogre de la forêt. Ce dernier est énorme, redoutable, grognon et impatient. Il s'ennuie, donc il a faim. Il avalerait bien la petite demoiselle, mais celle-ci rouspète. A sa façon, elle lui dégaine sa science et utilise ses mots si précieux pour lui clouer le bec.
Euh ... un cacatoès ? la mer ? du chocolat ? Mais ce gros monstre est un ignorant ! Comme ce serait méchant de se moquer, aussi Manon préfère le prendre par la main. Un mot en amenant un autre, c'est tout un chemin auréolé de mystère et sujet à la fascination qui se présente à lui. D'ailleurs l'ogre n'a plus envie de tout croquer sans réfléchir. Il est rassasié de nourritures spirituelles !
Toutefois, quand la fillette est coincée dans les rochers, c'est sa force physique qui sera bien utile. 
On peut dire que ces deux-là ont su se trouver. Elle avec son intelligence et son amour des mots, lui avec son charme rustique et son envie d'apprendre, la connivence est parfaite.

C'est une très jolie histoire, qui se récite à voix haute. Vous en apprécierez les tournures et la petite mélodie. Cécile Roumiguière est une poétesse, une magicienne, vous le savez. Son histoire est un vibrant hommage à toute cette poésie qui se balade autour de nous, parce que les mots sont beaux, les mots sont précieux, les mots sont une arme dont il faut se servir dans un but particulier (pour le bien, quoi). Très belle leçon de tolérance, empreinte de délicatesse et de facétie.

Ogre, cacatoès et chocolat, par Cécile Roumiguière et Barroux (Belin jeunesse, 2012)

et puis les mots, tout aussi magiques, poétiques et envoûtants, de Juliette, 

Je pourrais dire ton enfance
Elle est dans l'essence des choses
Je sais le parfum des vacances
Dans les jardins couverts de roses
Une grand-mère aux confitures
Un bon goûter dans la besace
Piquantes ronces, douces mûres
L'enfance est un parfum tenace
Tout ce sucre c'est vous
Tout ce sucre et ce miel
Le doux du roudoudou
L'amande au caramel
Les filles à la vanille
Les garçons au citron
L'été sous la charmille
Et l'hiver aux marrons
Je reprendrais bien volontiers
Des mignardises que tu recèles
Et retrouverais dans mon soulier
Ma mandarine de Noël

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04/09/12

Tu grandis, ma princesse. Ne t'inquiète pas, c'est juste que tu deviens une femme.

Parmi les nouveaux titres de la rentrée, il y a cet album magnifique, aux illustrations de toute beauté, au texte tendre et poétique.

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Tous les mercredis, au café du Palais, une jeune fille brune, aux lunettes rouges, attend sa grand-mère. Les habitués du café observent en silence son manège (tranquille, dans son coin, elle dessine sur une ardoise avec des craies de toutes les couleurs). Elle aussi est spectatrice avide et curieuse du ballet qui se joue devant elle : des amoureux qui semblent tant s'aimer, des bonnes soeurs qui s'offrent des bouts de laine et des aiguilles pour tricoter, une mère et son fils qui n'ont pas le temps de poser, le patron à la tête d'ours qui swingue au son de Night and Day, une tata débordée qui lui glisse L'écume des jours entre les mains... 

J'ai aimé chaque mot du texte, j'ai scruté chaque détail des illustrations, j'en ai pris plein les yeux, j'ai soupiré, rêvé, relu ou murmuré des passages. J'étais déjà totalement séduite par la couverture et le format de l'album, je n'ai pas hésité une minute au moment de l'ouvrir, j'ai retenu mon souffle, je me suis dit que je tenais un objet magnifique, page après page je n'étais pas déçue, j'ai adoré les couleurs et la mélodie du texte, je me répète, mais je sentais la difficulté de partager mon enthousiasme, mon éblouissement, le bonheur que cette lecture m'inspire. Alors, j'ai jeté l'éponge, je n'ai pas réfléchi, à la place je préfère délivrer des bouts, des mots, des traits, des tons, ensuite je pense que la rencontre n'appartient qu'à vous.

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La salle est pleine.
Hirondelles noir et blanc sans fil où se poser, le serveur et deux serveuss virevoltent. Elle, elle sourit en les regardant avancer en crabe entre deux tables, un seau à champagne dans une main, un plateau en équilibre dans l'autre. Les voix chuchotées, les mots qui fusent, les ordres de plats lancés en cuisine, les odeurs de viandes rôties, de chocolat noir et de fromages mêlées... c'est le moment qu'elle préfère.

Une Princesse au Palais, par Cécile Roumiguière & Carole Chaix
éd. Thierry Magnier, 2012

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02/03/12

... le bonheur, c'est d'accepter de ne pouvoir jamais compter les étoiles, et continuer de les contempler.

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ENFIN la dernière partie des histoires des Blue Cerises. J'attendais ce moment depuis mai 2010 ! Cela commençait à faire long... Autant dire que le plaisir des retrouvailles me faisait planer sur un petit nuage. Aussitôt je plonge mon nez dans le bouquin et, là, grand sourire jusqu'aux lèvres, parce qu'il est question de Zik.
Zik, ma chouchoute. La douce rebelle, au grand coeur. Mais Zik est malheureuse par la faute des Cerises. La brouille est sévère, tous se cachent dans leur coquille et c'est à celui qui fera le premier pas, qui tendra la main... Pas facile. Alors Zik a entrepris sa propre thérapie, elle voit un psy, elle parle du passé, une douleur en appelant une autre, et elle a renoué avec son amoureux.
Viendra le tour d'Amos, qui me donne toujours l'impression d'être un grand sage, attentif, présent, ne jugeant jamais, très à fleur de peau, lui aussi. Son refus de quitter la France avec son père et sa soeur s'explique autrement que par l'envie de rester auprès de ses amis, Amos a besoin de retrouver d'autres racines... et là, autre rencontre, autre destin, c'est troublant.
Surgit de sa boîte l'imperturbable Satya, drôle, irrésistible, charmeur et charmant. C'est clair, tout le monde craque pour lui. Et dire que notre grand séducteur ne le fait même pas exprès ! En fait, lui aussi a la tête à l'envers, il fuit certains fantômes, court après d'autres, croise une belle inconnue dans son duffle-coat rouge, serait-ce bien la même ? Satya est à bout de souffle, il en a marre de passer à côté du bonheur et de le voir filer entre les doigts. 
Le dernier acte est donc consacré à Violette, complètement paumée et qui s'en veut. Il est temps d'en finir avec Olivia, elle seule doit prendre les devants et affronter le passé. Elle le sait. En chemin, elle croise un type constellé de poussière grise et qui lui parle de Murakami. C'est Nemo. Et déjà, son coeur s'emballe... sauf que c'est connu que Violette est allergique aux histoires d'amour, aux sentiments et aux déclarations. Du coup, c'est la panique. Il ne lui a rien promis, mais son intuition ne la trompe pas.
Entre retrouvailles et secrets dévoilés, la dernière saison des Blue Cerises nous apporte de grandes bouffées de joie, de peine et de tendresse. Place également aux doutes, aux inquiétudes, aux interrogations et aux prises de position. Ce dernier rendez-vous est plus grave, un peu doux-amer, mais c'est aussi le rendez-vous qui recommande de lâcher prise, de s'aimer, de l'avouer, de prendre son envol. Et c'est sur une pointe de nostalgie que ça se termine, que les Cerises nous poussent vers la sortie. Fin du spectacle. Applaudissements.
C'est triste, quoi. 
Mais reste le souvenir d'avoir lu et aimé une série bouleversante, très bien écrite, avec des personnages à bichonner et chérir parce qu'ils le valent bien... Encore merci pour cette rencontre, cette expérience complètement folle de pencher vos quatre têtes sur une même intrigue, vraiment un pur enchantement !  

la petite phrase de la saison 4 : Elle me lance un regard, elle a peur, je sais, mais ça y est, elle plonge, elle est entière, c'est ce qui me fascine chez elle : sa force de vie, comme une boule d'instinct qui dévale la pente jusqu'au bout, une fois que sa décision est prise, Zik sait ouvrir les brèches.

Blue Cerises, saison 4 : Lune Bleue par Maryvonne Rippert, Sigrid Baffert, Jean-Michel Payet & Cécile Roumiguière
Milan, coll. Macadam, 2012.
nouveau format, nouvelles couvertures -) j'aime beaucoup !

mais surtout...

27/10/10

Rouge Bala

En voilà un somptueux album ! Merci infiniment Cécile Roumiguière, et Justine Brax.

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Les illustrations sont magnifiques, les couleurs sont riches, l'oeil est captivé, il y a de la sensualité, de la douceur et de la chaleur derrière chaque page, c'est fascinant !

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Cécile Rouguimière, par ses mots, par sa sensibilité, par sa délicatesse et sa générosité, nous raconte une histoire touchante, une histoire qui parle de filles et de femmes dans ce beau pays qu'est l'Inde. Bala a douze ans, c'est une petite fille heureuse, qui croque la vie avec insouciance. Avec son frère et sa soeur, elle aime jouer près de la rivière et rêve du jour où le bateau d'un prince accostera pour les emmener tout autour du monde.

Lali a treize ans, un âge normal pour jouer, mais ses parents disent qu'à treize ans il faut se marier. Et la soeur de Bala noue un sari autour de son corps, un peu maladroitement, mais elle est si belle, ainsi parée de la plus riche des étoffes, brodée avec amour et fierté par son père. 

« (...) le repas aux mille saveurs, le passage de la procession de mariage, les musiciens et les danseurs avaient-ils transformé sa grande soeur en femme ? Bala avait interrogé sa mère, qui avait souri :
- Toi aussi, Bala... un jour viendra où tu te voileras de ton sari. »

Mais à bien y réfléchir, en découvrant aussi que les époux peuvent parfois se transformer en brute épaisse qui insulte leur compagne de ventre vide, Bala réalise qu'elle ne veut pas suivre le modèle de sa soeur. A douze ans, son corps est en train de changer, de quitter l'enveloppe enfantine. Et Bala rêve d'étudier, même si son père en a décidé autrement : une fille sans mari ne peut pas exister.

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C'est ainsi que se dessine ce magnifique portrait des filles et des femmes qui peuvent difficilement choisir leur destin, liées très tôt par leur père puis par leur mari. Mais l'histoire de Bala est aussi une histoire d'espérance, de force et de passion. Ce n'est pas un message martelé avec vigueur et moralité, c'est davantage en finesse que nous apparaît la prise de conscience de Bala, sa tendre volonté de mener un désir jusqu'au bout - lire, apprendre, compter. Son père non plus n'est pas un être buté, enfermé dans sa bulle de valeurs ancestrales. Le regard de la société pèse sur chacun, mais l'amour est une force qui vaut tous les courages.

C'est merveilleux, raconté sur le rythme des saisons, dans un cadre éclatant. Derrière l'histoire, se cache une réalité. Il n'y a point de naïveté ni de misérabilisme, la fiction dénonce mais n'enfonce pas. Bala est une héroïne fabuleuse, de toute beauté, et qui mérite toute notre admiration.

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Gaëlle aussi a été conquise !

Bala Rouge, de Cécile Roumiguière et Justine Brax
Milan jeunesse (2010) - 13,90€

NB : Les illustrations sont ici des reproductions personnelles, des aperçus d'une lecture qui n'appartiennent qu'à moi, merci de ne pas reproduire.

 

Réconcilée avec Raphaël... son dernier album me touche !

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12/08/10

Pêle-Mêle Clarabel #2

nous avons lu, relu et apprécié ...

Les vacances sont finies. Demain, il faudra partir.
Il a dit au revoir aux grillons dans le pré, au revoir à la rivière
qui lui mouillait les pieds, au revoir au ciel qui remplissait ses yeux de bleu.
Son ongle est cassé ! Il ne pleurera pas.
L'écorce est arrachée, un beau morceau, grand comme sa main.
Il peut partir, il sait qu'il reviendra.

A_lombre_du_tilleul A l'ombre du tilleul, texte de Cécile Roumiguière & illustrations de Sacha Poliakova.
Un
très bel album sur les souvenirs, les vacances, les relations entre les enfants et les grands-parents, les saisons, la vie qui passe...  redécouvert récemment, il tombait à pic ! Je l'ai trouvé beau, merveilleusement illustré, enrichi d'un texte poétique très touchant et sensible.

Chacun retrouve ses oignons et recommence à rêver.

moi_je_sais_qui Moi je sais qui, par Thisou.
Au coeur de la Médina, les broutilles de quartiers et les commérages vont bon train. Une réflexion gaie et colorée sur la proximité, vivre ensemble, vivre en toute liberté, et la liberté d'être différent.

...je serais capable de tout pour protéger le château.
Je détournerai les météorites.
Je contiendrai le vent.
Je bloquerai les éclairs.
Et j'apaiserai la mer.
Je protégerai le château contre tout.
Toujours.
Pourquoi ?  Mais c'est pour toi, parce que tu vis dans ce château.

toujours  Toujours, d'Alison McGhee & Pascal Lemaitre
Où un petit chien fait montre de son dévouement pour prouver son amour à sa petite maîtresse. Tendre, gentil et mignon pour ceux qui possèdent aussi un chien à la maison.

- Qu'est-ce que tu fabriques ? demande Jonathan.
- Je creuse.
Il s'approche à pas de vertige.
- Wouche, dit-il. C'est vachement bas.
Je donne un coup de pelle franc et tranchant et je me redresse. A une telle profondeur, il n'y a plus que ma tête et mes épaules qui dépassent.
- Je fais un château.
- ça ressemble à tout sauf à un château, remarque Jonathan.
Il a raison. Enfin, il a raison pour l'instant. Dans la mesure où il faut bien préparer le sous-sol en premier, avant de construire les murailles et tout. J'explique à Jonathan :
- C'est parce que je commence par le trou de mémoire.
Jonathan a un mouvement de recul, comme s'il craignait tout à coup de tomber dedans. Je pelle du sable et encore du sable. Jonathan fronce les sourcils :
- Il y a des trous de mémoire dans les châteaux ?
- Ben oui. Pour faire les oubliettes.

le_chevalier_deau   Le chevalier d'eau, Olivier de Solminihac (illustrations de Marie de Salle)
Avant le plaisir des vacances, il faut passer par la route, les embouteillages, l'ennui, l'envie de faire pipi, de boire ... et la colère de papa. Un livre pour les plus jeunes lecteurs, qui part un peu dans tous les sens, mais qui reste très drôle !

Pour la première fois, comme on était pressés, on a pris l'autoroute. Mais très vite, il a fallu stopper sur la bande d'arrêt d'urgence car maman a eu une nouvelle crise de sanglots.
- C'est parce que tu es triste de rentrer ?
- Non, Zap, c'est parce que je suis contente, on a rudement bien réussi notre Sud !
Ah ! les mères...
Pour ma part, je n'avais pas du tout envie de pleurer. Je sentais que le troisième trimestre allait bien se passer et je me préparais déjà à mon rendez-vous estival avec les jolies vaches du Sud. Entre autres. Je me réjouissais aussi de raconter notre aventure à Grand-Tonton et de lui montrer les nouveaux aménagements de l'Estafette. Surtout les enjoliveurs, désormais roses et fleuris grâce à nos rencontres.
Pendant le trajet, j'ai un peu médité en fermant les yeux. Je suis arrivé à fixer mon attention sur une cour de récréation paisible, sans disputes ni bagarres, avec une directrice souriante et chaleureuse qui me félicitait pour mon self-control... Puis j'ai senti une grande chaleur m'envahir : je venais enfin de trouver le sujet de ma maudite rédaction de fin d'année.

on_dirait_le_sud  On dirait le Sud, de Dominique Brisson
Une maman et son fils plaquent tout du jour au lendemain pour faire le point sur leur vie. Une escapade joyeuse et optimiste s'annonce, faite de belles rencontres atypiques et de situations pittoresques.

16/05/10

Blue Cerises saison 3

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" Les Cerises, c'est la possibilité d'être nous, tels quels, sans masque, sans paraître. Un cocon, peut-être, où nous pouvons nous protéger de tout le reste. " (Satya, de musc et de havane)

Voilà une troisième saison beaucoup plus rude pour nos Cerises. C'est le soir du réveillon de la saint-sylvestre, tous les quatre se rendent à une fête costumée, mais rien ne se passe comme prévu. Violette apprend que son frère a disparu, Amos pète un câble et lui envoie un scud en pleine figure, Zik et Satya frisent le rapprochement avant de revenir sur terre pour recoller les pots cassés. Quelle soirée !

Après la saison des secrets, voici la saison des révélations et du sentiment de trahison. Les masques tombent, le fantôme d'Olivia revient tous les hanter, entre apparition surréaliste ou harcèlement d'un dégénéré, les Cerises sont paumés et ont besoin de leur amitié pour ressouder les liens qui se desserrent. Or, l'amitié bat des ailes. Zik a le sentiment d'avoir été mise de côté, Amos a cru pouvoir se séparer de sa famille qui part au Canada en se consolant auprès des Cerises, mais soudain le déchirement devient vif et inexplicable, Violette a bafoué la confiance de ses proches, aujourd'hui elle en paie douloureusement le prix, et enfin Satya ne veut pas entendre parler de ce type débarqué de New York qui aurait bien connu ses parents en Inde. A l'instar de ses amis, il préfère se protéger de la réalité, ne pas affronter certaines vérités, trouver un refuge ailleurs, à la Cinémathèque par exemple. Quand on a toujours compté l'un pour l'autre, et l'un sur l'autre, cela devient subitement troublant de ne plus rien retenir et de découvrir que tout se délite. Et le désespoir de Zik est juste beau, poignant et émouvant.

" J'y ai tellement cru, aux blue Cerises, j'ai tellement cru qu'ils m'aidaient à vivre. Notre mot de passe n'est-il pas : "On en parle ?"
Dans ce cas, pourquoi est-il si difficile de se dire les choses ? N'y a-t-il pas une gigantesque supercherie à croire que l'on ne peut être rien sans les autres ? Je n'en peux plus. J'ai envie de hurler. Je ne supporte plus cette hypocrisie de merde. "
  (Zik, lonely cat)

Les blue Cerises, c'est l'amitié puissance 4. Une amitié fusionnelle, qui n'est pas épargnée par les coups de griffes, mais après tout il faut aussi grandir dans la douleur, et comme nos petits Cerises ont un goût inné pour la dramaturgie (on ne se gave pas de cinémathèque en apprenant par coeur les répliques implacables pour rien !), tout ça vous vrille le coeur et le corps. Cette saison se boucle donc sur une note d'amertume, en même temps lire quatre fois une cinquantaine de pages où les émotions sont intenses et exarcerbées ne peut pas se terminer autrement. Et c'est avec une certaine boule au ventre qu'on repose nos quatre petits bouquins, avec des questions qui passent en boucle, comme de ne pas comprendre où Amos a perdu la raison, à une lettre près (ça signifie "entendre son coeur") et sur quelle épaule Zik a calé sa tête (en se glissant dans la peau de Scarlett).

Donc, les larmes, les cris, la colère, la boisson, les notes de musique ont beaucoup versé dans cette saison mais c'est un mal pour un bien. Cette série, à travers son concept, son idée, son style et son portrait de quatre adolescents inséparables, montre que l'union fait la force.

En attendant un dénouement apaisant (Zik / Satya ?!?), la saison 3 a posé les bonnes questions : " Pourquoi cette violence ? (...) Où est ma place dans cette histoire ? Je suis libre d'être ce que je suis. Les ailes froissées, je me cogne, encore et encore, aux lumières de la vie. Et je me consume. " (Violette, la minute papillon)

La saison 3 des Blue Cerises comprend :

* Violette, la minute papillon ~ Cécile Roumiguière
* Zik, lonely cat ~ Maryvonne Rippert
* Amos, anticorps ~ Sigrid Baffert
* Satya, de musc et de havane ~ Jean-Michel Payet

Milan, coll. Macadam (2010) - 4€ chaque livre.