20/11/18

Amelia, de Kimberly McCreight

Amelia Kimberly McCreightKate est anéantie en apprenant que sa fille vient de sauter du toit de son école. Amelia avait quinze ans, c'était une élève appliquée, sportive et discrète. Toutes deux avaient une relation de confiance, du moins le supposait-elle. Kate est avocate dans un gros cabinet de New York et culpabilisait de privilégier sa carrière à sa vie familiale. Nulle trace du père, silence radio à son sujet. L'annonce du suicide provoque une onde de choc. Cela ne cadre pas avec l'image de sa fille. Elle pensait tout connaître à son sujet mais va vite faire marche arrière et plonger dans le déni. Un message l'avertissant que sa fille « n'a pas sauté » va finalement la soutenir dans son idée que les véritables causes sont encore cachées. Que cache le suicide d'Amelia ? Mensonges, non-dits, règlements de compte, coups bas et trahisons. Un spectacle désolant des bassesses des ados qui s'activent sur les réseaux sociaux pour déchaîner leur violence. Et la vérité va s'imposer dans toute son horreur. On tombe sur des hyènes hystériques et anonymes qui déballent façon Gossip Girl pour exacerber la jalousie, la rivalité, la rancœur et l'intimidation. C'est affreux et affligeant. Les mômes sont sans pitié et pensent désormais que l'attaque est la meilleure défense. Résultat, je n'ai pas du tout accroché. Ni l'histoire ni les personnages n'ont su me toucher. Ce roman est glaçant et cruel. Tout ce qu'il révèle est également triste, sombre et dramatique. Malgré mes attentes, ça ne prend pas. J'ai trouvé la lecture trop amère et écœurante : je suis totalement passée à côté.

©2015 Le Cherche Midi, traduction d'Élodie Leplat. Titre original : Reconstructing Amelia (P)2018 Lizzie, un département d'Univers Poche. 

 


21/09/18

Ce qu'il reste d'Alice, de T.R. Richmond

CE QU'IL RESTE D'ALICEPar une froide soirée d'hiver, à Southampton, la police repêche le corps d'une jeune femme qui vient de se noyer dans la rivière. Alice Salmon, journaliste de 25 ans, était à l'aube d'une carrière prometteuse. La veille, elle avait arrosé ses retrouvailles avec ses amies puis était rentrée chez elle, complètement pompette. Que s'est-il passé ensuite ?
Les circonstances sont assez floues (suicide, accident ou meurtre) mais déjà le sujet fait débat, sur internet et dans la tête des gens, on raconte tout et n'importe quoi. Pour faire taire ces ragots, un anthropologue proche de la retraite décide de rétablir la vérité sur Alice en dressant un portrait façon patchwork (enquêter, recueillir, colliger). La famille s'y oppose car le projet est trop personnel et impudique.
En effet, le Professeur Cooke se base sur des extraits du journal intime d'Alice, des messages postés sur le blog de son amie Megan, des notes prises par son petit copain Luke ou des lettres écrites à sa mère Elizabeth... sans compter que les motivations du bonhomme semblent également discutables.
C'est tout le suspense de l'intrigue - rapporter de nombreux détails et embrouiller le lecteur. Un pari risqué... et loupé car j'ai trouvé le roman très fouillis. L'auteur a cru bon tenter une expérience (une construction alambiquée sur les nouveaux outils de communication) mais ça reste artificiel et peu convaincant. Les personnages ne gagnent pas en noblesse. Le mystère est élucidé, mais sans gloire. Suis sceptique.

Traduit par Pascal Loubet pour les éditions Calmann-Lévy (2015) / repris au Livre de Poche

ce qu'il reste d'alice calmann levy

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31/05/18

La chambre des merveilles, de Julien Sandrel

La chambre des merveillesJe ne connaissais pas du tout ce roman - gros succès en librairie, me dit-on - et mon premier instinct a été le recul en découvrant le résumé. C'est l'histoire d'une mère qui se bat pour son fils dans le coma... J'imaginais déjà une histoire pleine de pathos et empreinte de sentiments bouleversants. J'ai soupiré, pas mon truc. Et puis le format audio est arrivé. J'ai tenté. Et je n'ai pas regretté.

Thelma a longtemps sacrifié sa vie de famille pour sa carrière. Aujourd'hui, son fils de douze ans aimerait lui confier qu'il est amoureux pour la première fois. Comme d'habitude, sa mère ne lui prête aucune attention et préfère répondre à un coup de fil de son boss. Vexé, Louis file sur son skate droit devant lui. L'instant d'après, un véhicule le percute de plein fouet. L'enfant est conduit aux urgences, en soins intensifs, plongé dans un coma. Malgré tous leurs efforts, les médecins s'avouent vaincus et préparent Thelma à l'irrémédiable - d'ici quatre semaines, ils vont débrancher les machines. Mais Thelma refuse cette sentence. En tombant sur le cahier des merveilles rédigé par son fils, elle décide de réaliser pour lui tous ses rêves les plus fous et souhaite que ses initiatives insuffleront de l'espoir - de la vie - chez son garçon léthargique. 

C'est heureusement une lecture riche en émotions - pleine de tendresse, d'amour, de rires et de délires. J'ai trouvé ça très sympa et tellement bon à parcourir. En seulement 5 heures, j'ai partagé la force d'une mère qui remet toute sa vie en question et qui se lance des paris insensés pour arracher son fils de sa bulle. C'est complètement improbable, romanesque et doucereux, mais après tout ça fait aussi du bien de croire en l'impossible et d'imaginer un marathon bombardé de couleurs, un karaoké au Japon ou un stage de foot avec un entraîneur sexy en diable. J'ai même fermé les yeux sur la mise en scène finale qui joue trop sur la corde sensible - j'ai croisé les doigts pour que ça ne parte pas en cacahuète car mon appréciation globale était extrêmement positive jusqu'à présent ! Et je confirme que ce roman est bel et bien touchant, écrit sans prétention, prompt à vous communiquer bonheur, chaleur et espérance. J'ai été agréablement surprise - et conquise. 

©2018 Calmann-Lévy (P)2018 Audiolib lu par Sophie Duez. Durée : 5h env.

J'ai beaucoup aimé la voix de Sophie Duez et son interprétation naturelle et authentique du début à la fin. C'était si réaliste que j'avais l'image de l'actrice en tête pour incarner la Thelma du roman. 

Le livre audio se boucle sur un entretien de 15 minutes avec l'auteur. Plutôt académique, mais toujours instructif à écouter ! 

 

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28/05/18

Un cri sous la glace, de Camilla Grebe

UN CRI SOUS LA GLACEEmma Bohman est une jeune femme à la petite vie tranquille et monotone. Employée dans une grande chaîne de vêtements, elle tombe un jour sous le charme de son patron, le séduisant Jesper Orre. Leur liaison clandestine va néanmoins connaître une fin brutale car l'homme disparaît sans crier gare, malgré leurs récentes fiançailles. Ébranlée par ce soudain désistement, Emma commence à douter. Seule avec ses secrets, elle perd de plus en plus pied.

Peu de temps après, la police découvre, dans la maison de Jesper Orre, le cadavre d'une femme avec la tête tranchée. L'enquête est conduite par Peter Lindgren, un policier désabusé, bientôt rejoint par un profileuse de renom, Hanne Lagerlind-Schön. Or, ces deux-là se connaissent car ils ont vécu une liaison passionnelle dix ans plus tôt, laquelle s'est achevée abruptement, laissant les anciens amants meurtris et amers.

À tour de rôle, les trois protagonistes nous font avancer dans le dédale de cette histoire tarabiscotée et au suspense tendu. Les secrets des uns et des autres viennent peu à peu approfondir l'enquête et agrémenter la lecture d'une note d'angoisse pesante et latente. C'est bien ficelé, assez glaçant et dramatique dans son genre. Le cadre suédois reste - à mes yeux - un supplément d'âme et d'attrait non négligeable. Même si je n'ai pas accroché aux personnages, je reste curieuse de connaître la suite de leur histoire (cf. Le journal de ma disparition). En attendant, ce premier contact offre une évasion appréciable, riche en frissons et autres émotions, car le dénouement est assez inattendu !

Calmann-Lévy, 2017. Traduit du suédois par Anna Postel

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01/09/17

Jusqu'à l'impensable, de Michael Connelly

Jusqu'à l'impensableÀ force de tirer sur la corde, en usant de méthodes arbitraires pour résoudre ses petites enquêtes, Harry Bosch a été poussé à la retraite, avec un sérieux  blâme à la clef. Profitant de cette période de flottement, son demi-frère, l'avocat Mickey Haller, lui demande de remplacer son enquêteur au pied levé, suite à un étrange accident de moto. Haller a besoin de lui pour prouver l'innocence de son client, accusé d'un crime qu'il jure n'avoir pas commis. Forcément, Bosch fait la grimace - ce n'est pas éthique de soutenir la défense après des années passées au LAPD. S'il franchit la ligne jaune, il n'y aura plus de retour possible. Bosch n'étant toutefois plus à une contradiction près accepte de rencontrer Da Quan Foster, puis de jeter un œil à son dossier avant de farfouiller à droite et à gauche. Très vite, notre amateur de jazz et de justice flairera un parfum douteux autour de cette affaire qui fait bizarrement tomber les suspects, les enquêteurs et les rares témoins... 

Encore un très bon épisode de la série, laquelle s'apprécie à sa juste valeur, et davantage si l'on suit chronologiquement la parution des romans ! Bosch s'embarque donc dans une énième enquête semée de coups fourrés et de révélations sordides, selon un schéma classique mais conduit avec efficacité. J'ai beaucoup aimé. Ce sont presque 12 heures qui défilent dans nos oreilles, à écouter le comédien Jacques Chaussepied, lequel incarne désormais un Bosch à jamais cabochard et allergique à toute forme de corruption. Un rendez-vous qui ne déçoit pas les attentes, et qui me laisse dans l'expectative d'une prochaine collaboration entre les deux frangins. Une combinaison toujours réjouissante.

©2015 / 2017 Hieronymus, Inc. / Avec l'accord de Little, Brown and Company, Inc. / Calmann-Lévy. Traduit par Robert Pépin

(P)2017 Audiolib - Texte lu par Jacques Chaussepied (durée : 11h 50)

 


25/06/16

James Bond - Déclic mortel, par Anthony Horowitz

Déclic Mortel

Cette couverture chez Calmann-Lévy est juste magnifique ! Complètement fidèle à l'esprit James Bond - smoking, vodka martini, beauté fatale et belle voiture. Anthony Horowitz ne se moque pas du lecteur en nous servant cette intrigue, inspirée d'après les archives de Ian Fleming, où l'on replonge avec exaltation dans une histoire d'espionnage habilement troussée et palpitante à lire.

James Bond vient tout juste de rentrer d'Amérique, après son coup d'éclat contre Golfinger, lorsqu'il est convoqué pour une nouvelle mission d'infiltration. S'inscrire pour la périlleuse course de voitures du Nürburgring. Déjouer les plans des Russes qui visent à éliminer le pilote vedette, le britannique Lancy Smith. Mais avant cela, il doit éclaircir le dossier Pussy Galore. La caïd de Harlem s'affiche à son bras, le suit jusque dans la campagne anglaise, prétend être menacée, pistée par de dangereux individus, surgis de son passé et venus lui régler son compte. On le sait, l'aventure, chez Bond, est une seconde peau. Le danger, la montée d'adrénaline, l'action, il connaît. Et on ne se plaint pas de suivre notre agent 007 dans cette histoire originale, reprenant donc toutes les marques de fabrique de la série.

La couverture chez Hachette indique la seconde orientation de l'enquête, d'où ces plans de fusée qui rappellent la bonne vieille guerre d'influence entre l'Est et l'Ouest. Bond croisera aussi le chemin d'un riche homme d'affaires coréen, en apparence froid et impénétrable, et d'un lutin farouche, aussi charmante que Jean Seberg... C'est un vrai plaisir coupable de savourer cette lecture. James Bond y est opérationnel sur toute la ligne, séducteur, intuitif et audacieux. Les vilains sont assoiffés de vengeance, les JB Girls glamour et pittoresques, aux patronymes fabuleux et truculents (^Jeopardy Lane^).

Casting réussi, enquête haletante, ambiance vintage... L'empreinte de Ian Fleming est bel et bien présente, sans une once de nostalgie, Anthony Horowitz a repris dignement le flambeau et n'a pas bradé son héritage. “I think he got the point.”

Traduit par Annick Le Goyat (Trigger Mortis) pour les éditions Calmann-Lévy (2015)

Parution simultanée chez Hachette Romans, sept. 2015

James Bond – Déclic mortel

 

#Mois Anglais 2016 : “You’re a women of many parts, Pussy.”

giphy-reine-dangleterre giphy-reine-dangleterre giphy-reine-dangleterre

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31/05/16

Mariachi Plaza, de Michael Connelly

Mariachi Plaza Audiolib

Je transgresse mon principe de précaution en lisant la dernière aventure de Harry Bosch, faisant ainsi un bond dans le temps pour retrouver notre ami proche de la retraite, cantonné au service Cold Case, et qui s'accroche à son poste comme un forcené pas pressé d'être rangé au placard. Pour l'occasion, il doit superviser la formation d'un récent transfert, Lucia Soto, la gloire montante de la police, tout juste auréolée de la médaille du mérite pour sa bravoure lors d'une fusillade au cours de laquelle son collègue a trouvé la mort. Pour couronner les premiers pas du jeune prodige, les deux enquêteurs sont chargés du dossier Orlando Merced, un mariachi qui vient de succomber à ses blessures, dix ans après les faits qui avaient fait grand bruit (un échange de coups de feu sans explication et des tonnes de supputations inabouties). L'autopsie a permis de retirer la balle traîtresse et de lancer les policiers sur un début de piste. Cette affaire sera rapidement complétée par un autre Cold Case concernant un incendie criminel impliquant des enfants, dont Lucia quand elle était gamine. Ce drame terrible n'a jamais cessé de la hanter. Aussi profite-t-elle de sa fraîche promotion pour tirer au clair son passé obscurci par des cauchemars. De fil en aiguille, les deux enquêtes vont se télescoper et apporter de l'ampleur à la lecture qui manquait un peu de tonus depuis sa mise en route. La conduite de l'intrigue renoue ensuite avec la mécanique routinière en servant les rebondissements d'usage et en gonflant le rythme au fil des chapitres, car ces retrouvailles avec Harry Bosch collent sans surprise au standard de la série et sont ni plus ni moins ordinaires. J'apprécie toujours autant les clins d'œil, les blagues entre initiés et Matthew McConaughey (bien  meilleur que Clint Eastwood). La fin est juste excellente et s'inscrit en point d'orgue dans le parcours de notre Super Harry Bosch, ce qui présage un prochain tome à contre-courant des attentes habituelles (il faut lire le résumé de The Crossing pour s'en convaincre et s'émoustiller du retour de Mickey Haller). Chic !

Texte lu par Jacques Chaussepied pour Audiolib, mai 2016 (durée : 12h 50)

Traduit par Robert Pépin (The Burning Room) pour les éditions Calmann Lévy

Mariachi Plaza (Harry Bosch 20) | Livre audio

©2014 / 2016 Hieronymus / Calmann-Lévy. Traduit de l'anglais par Robert Pépin (P)2016 Audiolib

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Voir Clint Eastwood incarner Terry McCaleb dans Créance de sang et Matthew McConaughey jouer Mickey Haller dans La Défense Lincoln vous a gêné pour écrire leurs autres aventures ? - J’avais peu écrit sur eux avant leur adaptation. Clint a totalement obscurci l’image de Terry dans ma tête. Matthew… Il est tellement bon que je le vois maintenant quand j’écris les livres sur Mickey Haller mais ça ne me gêne pas.

Article paru dans Studio Ciné Live – Hors-série n°29 – Avril 2015

 

19/04/16

La lune était noire, de Michael Connelly

La lune était noire CL

Cassie Black est en liberté conditionnelle, après avoir passé cinq ans en prison pour complicité dans une série de cambriolages dans les casinos. Elle tente aujourd'hui de mener une existence rangée et se fait la plus discrète possible, même si son moral est au plus bas. Elle a perdu son compagnon, Max, vit seule et travaille chez un concessionnaire de voitures de luxe, voit fréquemment son agent de probation mais peine à masquer son coup de blues. Car Cassie vient d'apprendre une nouvelle douloureuse, qui l'oblige à renouer avec son passé pour obtenir de l'argent au plus vite et prendre la fuite sur une île dans le Pacifique. Le coup n'a rien d'exceptionnel, puisqu'il consiste à récupérer une mallette bourrée d’argent dans la suite d’un casino de Las Vegas. Cela implique de retourner au Cleopatra, lieu chargé de mauvais souvenirs, et de se remettre à niveau pour déjouer la sécurité. Cassie est motivée et se sent capable de gérer la situation. Et puis, tout dérape... L'individu qui vient d'être spolié est retrouvé mort sur son lit. Miss Black est en fuite, Jack Karch du Cleopatra se lance à ses trousses. Seulement, les méthodes de cet agent spécial, dépêché par le casino, sont musclées et impitoyables. Le type est déterminé à reprendre le magot, il va pister la détrousseuse et semer des cadavres sur son passage.

Je vous épargne les détails technologiques et les interminables anecdotes sur l'art d'accomplir le casse parfait - cela s'éternise sur 150 pages et c'est long, très long pour un début. D'entrée de jeu, le rythme est cassé et j'ai eu beaucoup de mal à accrocher à l'histoire. La course-poursuite entre Cassie et Karch tente ensuite de relever le niveau et donne du piquant à l'intrigue, mais l'ensemble demeure néanmoins glaçant et manque de vibrations. Connelly a voulu bousculer ses habitudes, en se glissant dans la peau d'une femme, qui plus est un escroc. Et ça ne colle pas du tout ! J'ai été assez déçue - trop de longueurs et manque d'empathie au programme. Je tape du poing sur la table et réclame le retour de Harry Bosch ! ^-^

Traduit par Robert Pépin (Void Moon, 2000) pour les éditions Calmann-Lévy ♦ Le Livre Poche, Janvier 2012

La lune était noire LdP

11/04/16

L'Envol des anges, de Michael Connelly

Lenvol des anges

Harry Bosch et ses deux équipiers, Kizmin et Edgar, sont convoqués en pleine nuit sur une scène de crime survenu dans le célèbre funiculaire de L.A. où a été assassiné le célèbre avocat des droits civiques, Howard Elias, réputé pour ses procès fracassants contre la police. L'homme est une icône chez la communauté noire de la ville, aussi tous les services ont été réquisitionnés pour enquêter en priorité sur l'affaire, de crainte d'une nouvelle flambée de violence (comme les émeutes qui ont suivi l’affaire Rodney King ou le procès d’O. J. Simpson). Harry est contraint de bosser avec John Chastain, des enquêtes internes, avec lequel il a souvent eu maille à partir. Le meurtre d'Elias remet aussi sur le tapis l'assassinat d'une fillette, dont le principal suspect, accusé à tort, a porté plainte contre les bavures policières, avec coups et blessures. L'affaire Howard Elias devient donc un imbroglio administratif et judiciaire dans lequel il faut montrer patte blanche pour chaque initiative, chaque dossier à compulser, chaque témoin à rencontrer. Les services font officiellement front commun, même si Harry est la tête pensante de l'investigation, son caractère fort et indépendant risque de se sentir à l'étroit au sein de ce consensus. Et puis son horizon sentimental est à nouveau bouché, obscurci par une épouse mal dans sa peau, qui a cédé à ses vieux démons du jeu. C'est donc avec impuissance et frustration que notre homme voit sa douce lui filer sous le nez. 

Cet épisode est un bon cru de la série, d'abord pour ses touches d'humour (enfin!) et ses références au cinéma (Clint Eastwood, Créange de sang, Terry McCaleb). Puis, parce qu'on y découvre les rouages du système américain et le jugement est sans appel - l'auteur rend compte des dérapages et des violences pouvant survenir lors des interrogatoires musclés et fait état des arrangements pour servir au public un bouc-émissaire et calmer les esprits échauffés. Même le crime devient politique. Évidemment, Bosch se lèvera seul contre tous pour préserver son intégrité mais ne sortira pas indemne de son jusqu'au-boutisme. “C'était le cri des anges déchus qui plongent vers l'enfer. Il savait qu'il ne pourrait jamais se permettre de l'oublier.”

Le Livre de Poche (Policier) / Mai 2012 ♦ Traduit par Jean Esch (Angels Flight)

Lenvol des anges CL

Calmann-Lévy / Robert Pépin Présente

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17/03/16

Le Poète, de Michael Connelly

Le poète

Je n'ai pas abandonné Harry Bosch, seulement je tente de suivre au plus près l'ordre chronologique des livres de Connelly. Et donc... Le Poète. Classé parmi les meilleurs polars de tous les temps. Sans exagération. Voilà qui catalogue d'office cette lecture parmi les plus stressantes et attendues au tournant. Je ne vais pas vous faire languir et avouer de suite que le rendez-vous a été à la hauteur des espérances !

L'histoire concerne le journaliste Jack McEvoy, anéanti par le suicide de son frère, Sean, un policier qui ne supportait plus le stress de son boulot et l'échec de  l'affaire Theresa Lofton (une jeune étudiante sauvagement assassinée). Voulant comprendre les raisons de son geste tragique, Jack reprend tout à zéro et remarque assez rapidement plusieurs cas de suicide à travers le pays concernant d'autres flics éreintés par une grosse enquête non aboutie. La coïncidence est troublante, mais n'en attire pas moins le FBI, en la personne de l'agent Rachel Walling, aussi belle que redoutable, et dont la première intervention est aussi sexy que musclée. Jack est sous le charme et négocie finement pour rester au cœur de l'action, au nom de son frère, mais aussi pour la primeur du scoop et rendre justice à des victimes incomprises (le serial killer a trop longuement sévi en toute impunité). La suite de ses investigations continuera de le traîner loin, très loin, notamment sur la piste d'Edgar Allan Poe (point commun avec Les Mots qui tuent de Martha Grimes), ainsi que sur des terrains vagues où Jack va s'embourber à plus d'un titre. Connelly use de nombreux subterfuges pour égarer les enquêteurs (et le lecteur) et nous assomme avec une succession de pistes et de fausses pistes - qui rendent cependant le rythme haletant et le dénouement inattendu et époustouflant. Son seul point faible, à mon goût, réside dans ses interludes romantiques, maladroits et encombrants, qui servent inutilement l'intrigue ou la pimentent de façon lourdaude. Mais je lui pardonne aisément car il me tarde de plonger à nouveau dans son univers de mec bourru, qui rend le tout pas mal addictif.

Calmann-Lévy / ROBERT PÉPIN PRÉSENTE ♦ Juin 2015

Traduit par Jean Esch pour les éditions du Seuil (The Poet, 1996)

Le Poète Points

Points / Mai 2013 pour la présente édition