27/04/17

Un peu plus que des amis, de Michael Kun & Susan Mullen

Un peu plus que des amis

Youhou... Voilà un roman totalement surprenant, qui nous embarque pour un petit voyage dans le passé, direction les années 80, et plus précisément 1982. Cath et Scott ont dix-huit ans. Ils sont voisins, amis d'enfance et ont grandi ensemble. Pour la première fois, cependant, leurs chemins vont se séparer. Cath part à l'université, tandis que Scott a loupé ses examens et doit travailler dans le magasin de prêt-à-porter de son père. Qu'importe, ces deux-là vont s'envoyer de longues lettres. Comme au bon vieux temps. Des lettres écrites à la main, sur du papier à en-tête, pour prolonger le lien et échanger leurs espoirs et leurs désillusions. Cath découvre à la fac une vie autrement plus intense, avec de nouveaux camarades, des cours stimulants et du travail harassant. Elle partage sa chambre avec une fille qui aime les pizzas nauséabondes et qui colle sur son mur un poster clamant “tiens bon”. De son côté, Scott tourne en rond dans leur petite ville et se sent dévalorisé d'être le seul à ne pas continuer ses études. Il va alors dépenser son énergie en créant son propre groupe de rock et en écrivant des chansons. À Wake Forest, Cath l'encourage de son mieux mais tombe au fond du trou en apprenant que ses parents se séparent. Scott va la soutenir, admonester son père de tous les noms, se rendre sur place et rendre la situation encore plus compliquée... car Scott a mis la tête et le cœur de sa coloc à l'envers ! Et ça continue de chipoter, de se plaindre, de se réconcilier, de décrire tout ce qui va ou ne va pas. Leur correspondance dessine ainsi une véritable relation de confiance et d'amitié, très profonde et d'une grande sensibilité. L'histoire est attachante et ordinaire, mais contient surtout un doux parfum de nostalgie qui donne envie de sourire. Les courriers de Scott et Cath parfois se croisent, créent des malentendus, les jours passent avant d'obtenir une réponse. C'était une époque moins centrée sur l'instantané, et plus tournée vers l'autre. Même pour écouter de la musique, on s'échangeait des cassettes ou on enregistrait ses morceaux préférés avec les moyens du bord (fond sonore souvent insolite). Cath et Scott s'enthousiasment pour Thriller de M. Jackson, découvrent Kate Bush ou Prince. En somme, c'est vintage, charmant et adorable. Un roman épistolaire sensible et émouvant, qui aborde des sujets toujours d'actualité, mais dont le dénouement hâtif laisse un peu sur la faim. Une lecture très sympa, néanmoins.☺

Casterman, 2017 - Trad. Hélène Borraz [We Are Still Tornadoes]

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Flora Banks, de Emily Barr

Flora BanksFlora a dix-sept ans et souffre d'une amnésie antérograde. À l'âge de dix ans, Flora a été soignée pour une tumeur au cerveau, ayant aussi entraîné une altération de sa mémoire. Depuis, Flora n'est plus capable d'enregistrer ses nouveaux acquis. Tout s'efface au bout de deux heures. Pour ne pas perdre pied, Flora note tout dans son carnet de bord, colle des pense-bêtes partout dans la maison, écrit sur sa peau ce qu'elle doit se souvenir dans l'immédiat. Sa vie défile ainsi dans un brouillard qui ne se dissipe jamais, mais ses parents cherchent au mieux à la protéger. Seulement, le jour où ils apprennent que Jacob, son frère, est gravement malade à Paris, ils plient aussitôt bagage pour le retrouver, confiant leur fille aux bons soins de sa meilleure amie Paige, mais ignorent que les filles viennent de se fâcher à cause d'un garçon, et qu'ils abandonnent Flora à son triste sort. Seule, désœuvrée, paumée. Et pourtant, Flora est regonflée à bloc. Pour la première fois de sa vie, la jeune fille a enfin un souvenir - celui de son baiser échangé avec Drake, le petit copain de Paige, d'où la dispute. Et parce qu'elle n'envisage pas d'être loin de lui, Flora décide de le rejoindre au Spitzberg, une île isolée au large de la Norvège, où le garçon suit un programme d'études et se languit d'elle par mail. C'est aussi à ce moment de l'histoire que j'ai complètement décroché. Jusqu'alors, je me sentais en très bonne disposition - curieuse, émue, intriguée par les mimiques de Flora, à la découverte de son monde, évoluant dans sa bulle, farouchement décidée à avancer, prête à briser sa coquille et parcourir le monde. Quelle prouesse, quelle volonté chez une si jeune personne, soudain propulsée hors de son univers familier. C'en serait presque impressionnant, si ce n'était aussi peu vraisemblable. Et c'est justement cette absence de probabilité qui m'a rendue sceptique, entre le départ précipité des parents, le flou autour du frère, le fait de laisser Flora sur le carreau, j'ai été sincèrement choquée. Flora Banks est toutefois une héroïne attachante, on ressent au plus près ses émotions et sa détresse, on partage ses doutes et ses espoirs, on compatit aussi en découvrant toute son histoire. Son parcours est certes bouleversant et perturbant, mais débordant de sensibilité et de tendresse... Au-delà du vaste embrouillamini incohérent, la lecture est malgré tout poétique et charmante. Plaisante à découvrir.

Casterman, 2017 -Trad. Julie Sibony {The One Memory of Flora Banks}

 

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12/04/17

Pêle-Mêle : Suivez le guide ! Balade dans le quartier - Le grand pique-nique - Les voyages extraordinaires de Facteur Souris

Suivez le guide ! Balade dans le quartier, de Camille Garoche

Casterman, 2017

Suivez le guide Balade dans le quartier

Monsieur le chat Rominagrobis vient de recevoir un courrier du vétérinaire pour un rappel de vaccin. Taratata ! Celui-ci ne se sent pas concerné. Il possède une santé de fer, ce rappel est seulement bon pour les chiens, plus fragiles. C'est bien connu. En attendant, Monsieur le chat part en balade dans le quartier et passe en revue les boutiques voisines - librairie, fleuriste, poissonnerie, fruits et légumes, hot-dogs, boulangerie... Il ne se gêne pas pour y aller de son petit commentaire sarcastique, car notre chat est assez pompeux dans son genre. Par contre, comme c'est étrange, il croise également sur son passage des messages publicitaires concernant une nouvelle boutique... Au Chat Beauté !

Monsieur le chat Rominagrobis ignore encore dans quel piège il va tomber, mais le lecteur n'est pas dupe et rit sous cloche en anticipant le dénouement. La lecture n'est qu'élégance, grâce et raffinement, tout en alliant un texte savoureux à des illustrations pleines de délicatesse. La séduction opère instantanément, et c'est avec des yeux émerveillés que l'on plonge dans la contemplation de cette balade poétique et réjouissante. Un vrai petit bijou.

 

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Le grand pique-nique, de Thé Tjong-Khing

Casterman, 2017

Le grand pique-nique 

C'est aujourd'hui le jour du grand pique-nique. Au menu : un magnifique gâteau préparé par Monsieur et Madame Chien. Tous les animaux se mettent en route pour dénicher le coin idéal. Mais au moment de se régaler, ils réalisent avec effroi que le gâteau a disparu...

Cet album sans texte donne en fait la parole au lecteur, qui va créer sa propre histoire en se basant sur les illustrations aux détails foisonnants. Les yeux courent sur les pages pour noter chaque indice et chaque anecdote, qui viendront nourrir une imagination déjà bien active ! C'est une expérience à la fois loufoque, malicieuse et ludique. On se régale à réinventer chaque jour de nouvelles aventures. L'univers de l'indonésien Thé Tjong-Khing est débordant de charme et de finesse et réserve une approche poétique de la lecture. À tenter !

 

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Les voyages extraordinaires de Facteur Souris, de Marianne Dubuc

Casterman, 2017

Les voyages extraordinaires de Facteur Souris

Une nouvelle tournée commence pour Facteur Souris. À peine son chariot chargé, le voilà parti pour un voyage extraordinaire ! En effet, il doit d'abord se rendre sur la planète XYZ pour livrer un colis, puis direction le Pays des Bonbons - Monsieur Épice attend son dentifrice - et il repart immédiatement vers Microville, enchaîne avec les sirènes, plonge vers les profondeurs pour remettre son panier de bananes à la petite pieuvre qui en raffole, et l'incroyable tournée se poursuit au Pays des monstres, entre le piquant paquet de Madame Grrrr et le colis puant collant gluant de Monsieur Arrrrrh...

Infatigable, Facteur Souris court dans tous les sens pour remettre à chaque destination son précieux courrier. Certes, sa tournée du jour ressemble à du grand n'importe quoi, complètement sens dessus dessous, mais qu'importe, du moment qu'il ne pleut pas ! Facteur Souris se console et a le goût du travail bien fait. Sa journée touche à sa fin avec un dernier paquet magique à remettre au Pays des Licornes. Enfin son chariot est vide, il peut retrouver son lit douillet pour un repos bien mérité.

Cet album fournit aux jeunes lecteurs de la matière pour rêver pleinement à la lecture des aventures extraordinaires de Facteur Souris ! C'est truffé de chouettes trouvailles, de rebondissements, de couleurs éclatantes, d'humour et de bonne humeur. Cela fait vraiment plaisir à lire. Et il s'agit déjà du troisième tome de la série, un rendez-vous plein de fantaisie et de surprises ! 

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06/03/17

C.r.a.s.h., Tome 2 : Iceberg tropical, de PoiPoi & Hervé Bourhis

crash

Après un premier épisode réjouissant, cf. Tsunami City, dans lequel nous faisions connaissance avec les habitants de Towerville et ses super-héros obligés de faire amende honorable pour leurs nombreux débordements qui chamboulaient leur quotidien, le jeune Edouard Kemicol, fils du célèbre industriel millionnaire, avait créé dans le secret une école réservée aux enfants dotés de capacités hors-normes et avait su tenir tête à son père, dont les plans retors avaient mis la ville sens dessus dessous. Cette fois, la folie légendaire de l'homme refait surface, depuis qu'il est entré en possession du météostick, un gadget capable de faire la pluie et le beau temps en un simple clic. Comble de l'ironie, c'est le robot-clône d'Edouard qui lui a remis cette géniale invention... et qui va également le conduire dans les coulisses du C.R.A.S.H. sans rencontrer la moindre résistance. Quel micmac. Le fils Kemicol s'éparpille pour réparer ses erreurs, tandis que Lazare, l'homme ailé, part aussitôt en mission avec la Barbe humaine pour arrêter leur ennemi et affronter les plus incroyables intempéries (froid glacial, chaleur tropicale...). Interdiction est donnée à la jolie Lucida et ses élèves de les suivre. C'est sans compter sur l'entêtement des jeunes troupes... 

Quelle aventure trépidante ! On ne s'ennuie pas à la lecture de cette série au divertissement assuré. L'histoire est drôle, riche en rebondissements, les répliques font mouche et les personnages ne manquent pas de piquant non plus. La sérénade amoureuse entre Lucida et Lazare prête à sourire, les maladresses d'Edouard ponctuent affectueusement l'action et la figure du méchant est tout simplement extravagante. L'ensemble fait bon ménage, dans des décors colorés et modernes qui donnent à la lecture une belle dynamique. C'est fun, c'est rythmé, c'est cocasse et c'est fantaisiste. La recette du deuxième épisode est aussi goûteuse et savoureuse que sa mise en bouche ! Pour moi, cette série en bande dessinée a de quoi ravir les plus jeunes en leur faisant passer un très bon moment ! ☺

Casterman, février 2017

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15/02/17

Les Super Méchants : Opération Toutous, de Aaron Blabey

les super mechants

FEUILLETER

Grosse partie de rigolade à la lecture de ce roman illustré comme une BD ! C'est l'histoire du Grand Méchant Loup qui réunit quelques potes pour fonder un nouveau club et briser leur image pourrie. Lui est accusé de croquer des vieilles dames et des enfants, Bill le Reptile de gober une animalerie complète, Señor Piranha de persécuter des milliers de touristes et Bob l'Enclume de semer la terreur dans la mer. Eh bien, cher lecteur, tout ceci est absolument FAUX. Notre super gang va prouver qu'ils ont l'intention de redorer leur blason en accomplissant de vraies missions de bienfaisance. Oui, oui. Et cela commence par sauver un chat en détresse, coincé dans un arbre. Puis, par une meute de toutous prisonniers dans une fourrière. Certes, ce n'est pas toujours facile de convaincre le public de vos intentions honorables, surtout quand votre réputation vous précède, mais nos Super Méchants ont de la ressource à revendre et ne manqueront pas de le prouver. 

Humour décalé, scénario cocasse et dérision en pagaille. J'ai franchement adoré et j'ai gloussé tout du long. Le ton est alerte, la mauvaise foi délectable, et les expressions faciales sont impayables. Je sens que cette série va devenir pour moi incontournable. Le Tome 2 - Opération Poulets - est paru simultanément. ♥

Casterman, 2017 - Traduit par Emmanuel Gros [The Bad Guys]

 

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source : Aaron Blabey

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14/02/17

Phobie douce, de John Corey Whaley

Phobie douceSolomon vit depuis trois ans cloîtré chez lui, après une grosse crise de panique survenue dans la cour du lycée, durant laquelle il a plongé nu dans la fontaine, devant tout le monde. Depuis, le garçon a disparu de la circulation. La vie au lycée a repris ses droits - chacun pour soi. Seule Lisa n'a pas oublié cet adolescent désœuvré, qui est aussi le fils de sa dentiste. Avec sa permission, elle lui écrit une lettre pour le rencontrer. Solomon est perplexe mais, poussé par sa grand-mère, il accepte un premier rendez-vous. Pour la jeune fille, c'est également la surprise de découvrir un garçon déjanté, intelligent et très lucide. Le sachant fan de la série Star Trek, elle décide rapidement de lui faire connaître son petit copain, Clark. Entre eux, la connivence est immédiate... si bien que Lisa se sent mise à l'écart et se pose des questions sur sa relation amoureuse et la distance émotionnelle qui s'est installée au sein de son couple. Ce sont aussi ses copines qui distillent le doute dans son esprit et lui font entrevoir la perpective d'une tromperie. Car l'histoire annonce clairement les intentions des uns et des autres - Lisa se sert de Solomon pour rédiger son mémoire et intégrer une fac de psycho, Clark cultive une ambigüité sexuelle et Solomon a avoué à la jeune fille son véritable penchant amoureux. À ce stade, je pensais avoir deviné la fin de l'histoire et je me voyais déjà déçue d'avoir une lecture aussi lisse et prévisible, d'où mon soulagement en réalisant que c'était beaucoup plus subtil et pertinent. Rien que par les sujets abordés, comme l'amitié, l'homosexualité, la famille, mais aussi la duperie, l'agoraphobie et le poids du  monde qui vous entoure. Et puis les personnages sont attachants et touchants, avec leurs complexes, leurs doutes et leurs non-dits. On ne verse jamais dans des situations dramatiques improbables et encore moins dans des solutions miraculeuses. Il y a, au contraire, un juste équilibre entre la considération d'une vie handicapée par des troubles phobiques et les tentatives pour appréhender la maladie en apportant des remèdes simples, fantasques et audacieux. Au final, ça se lit vite et bien. L'approche est intimiste, maniant une plume douce-amère, sans négliger la pointe d'humour. Le mélange est assez bon pour nous entraîner dans cette comédie réaliste et très pragmatique, qui n'en demeure pas moins sensible, drôle et touchante dans son approche jamais larmoyante. 

 Casterman, 2017 -  Publié aux USA sous le titre : Highly Illogical Behaviour

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05/02/17

Hello, Monsieur Dodo ! de Nicholas John Frith

hello monsieur dodo

Martha est passionnée par les oiseaux. Elle est incollable sur le sujet, connaît toutes les espèces par cœur, sauf ce drôle d'oiseau qu'elle croise un jour dans la forêt. Jamais vu un spécimen pareil !

Après avoir cherché dans ses manuels, elle découvre qu'il s'agit d'un dodo, une espèce apparemment disparue. À la fois bouleversée et excitée, Martha décide de ne rien dire à personne et de rejoindre en secret son nouvel ami pour lui apporter des beignets. Mais son petit manège ne passe pas inaperçu, quand le facteur lui pose la question, Martha répond par mégarde que son dodo adore les donuts. La fillette s'en veut et comprend qu'elle doit prendre de la distance pour préserver l'oiseau. La foule des curieux s'empressent, dès le lendemain, devant sa porte et confortent l'enfant dans son choix de protéger son dodo coûte que coûte. Les saisons passent. La séparation forcée est un déchirement. Au printemps suivant, Martha retente sa chance dans la forêt, avec ses beignets, espérant recroiser son oiseau. Qu'est-il devenu ? Suspense. ^-^

L'histoire est fabuleuse, car magique. C'est une histoire d'amitié, de confiance, de gourmandise, de complicité. C'est tout simplement adorable. Et puis l'album est coloré, chaleureux et éclatant. Il nous séduit par son charme vintage et sa tendresse débordante. En double lecture, l'enfant peut prendre conscience de la fragilité de la faune et de la flore, réfléchir aux espèces animales à protéger. C'est juste ce qu'il faut de sensible et de touchant, avec une note de fantaisie et de douceur. Un bel et bon album, à savourer.

Les Albums Casterman, 2017

 

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25/10/16

Les lames d'Âpretagne, Tome 1 : Le tonnerre de Brest, de Noë Monin, Luc Venries & Yoann Courric

C'est l'histoire de trois potes qui se lancent dans l'écriture d'un scénario dopé à l'heroïc fantasy, à l'humour et à l'action, placé sous le signe des séries façon Game of Thrones ou Assassin's Apprentice, qui dédient au passage les seins de Pimprenelle à Régis Loisel, et qui osent le pari fou d'en faire une série en 3 tomes. Voici donc la quête de deux obstinés que tout oppose, dans un univers médiéval-fantastique empreint de légendes celtiques, absolument émoustillant.

Les lames apretagne

Faust est un gamin des rues, qui rêve de s'échapper de sa vie de misère, en compagnie de son petit frère Klein. Mais sa rencontre avec une bande de mercenaires met un terme à ses maigres ambitions, et le voilà enchaîné sur le marché des esclaves, d'où l'extirpe le très capricieux Van, fils du souverain d'Âpretagne. Ce n'est pourtant pas par bonté d'âme que le garçon vient d'agir, puisque celui-ci est davantage mû par un instinct de distraction et une volonté d'affirmer son pouvoir. Et pourtant, lui aussi verra son destin basculer, lorsque son père le condamnera à l'isolement, puis à l'exil, afin de le soumettre à une série d'épreuves et faire de lui un héritier digne de ce nom. Pour mener à bien cette quête, Van se voit imposer pour compagnon l'intrépide Faust, aussi morveux et belliqueux que le jeune prince. Ces deux-là se détestent, mais “rien de mieux que de bonnes beignes pour forger une amitié” ! 
Classique, mais efficace. Ce volume d'introduction n'est pas en reste pour planter le décor, les personnages, les enjeux et ne fait pas dans la dentelle avec son ambiance dramatique, faite de trahison et de cruauté, qui pourrait en déconcerter plus d'un. L'aventure, pourtant, est plaisante. Agile et trépidante, elle raconte essentiellement l'apprentissage de deux jeunes rebelles, arrogants et écervelés, qui vont devenir deux amis liés par une quête longue et semée d'embûches. Héros impétueux, ils n'en demeurent pas moins naïfs des tractations politiques qui s'opèrent en coulisse et qui vont jouer de leur vie à grandes rasades de gnôle. Les rebondissements vont ainsi bon train et dictent une narration entraînante, plongée dans un univers parfois brouillon mais animé d'un réel enthousiasme débordant. Dialogues truculents, personnages chafouins, action et émotion au tournant... Les premiers pas en Âpretagne ne manquent franchement pas de saveur !

Casterman / Août 2016  **   “Qui titille la catin... bâtard aura demain !”  **  

 

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16/06/16

Maudit manoir, Cocktail de saveurs, de Paul Martin & Manu Boisteau

Maudit Manoir

Drôle de quotidien au Maudit Manoir ! Entre les tâches ménagères, les factures à payer, le frigo à remplir, les expériences scientiques à conduire, nos monstres assaisonnent toutes les situations ordinaires à leur sauce (excessive et abominable).

C'est souvent beurk, proche de l'impensable, comme la visite médicale de Hans, qui se plaint d'un petit mal de dent, et qui va être décortiqué de fond en comble, tripes et boyaux à l'air... erk ! Notre ami n'aura plus que ses yeux pour pleurer.

Heureusement, le ton général est à l'humour. Dracunaze, Bernard le loup-garou, le professeur Von Skalpel, l'Horreur des marais, Céleste le fantôme et la baronne Béatrice se débattent pour résoudre leurs problèmes d'intendance et font souvent preuve d'une imagination débordante.

De l'art de faire place nette, de recycler les rats de laboratoire en terrine aux herbes, de tester l'instinct du ventre (avec pizza à l'appui), de trouver le voleur de porcelaines, de jouer au cerf-volant, de débusquer dans l'annuaire la formule qui transforme le plomb en or, de réparer la fuite du toit ou de déblayer la neige devant la porte... 

Les situations saugrenues s'enchaînent dans des séquences courtes, efficaces et irrésistibles. L'univers dépeint est bariolé, un peu criard, les créatures sont laides et vilaines. Une lecture simple, mais impayable. On se marre bien chez les monstres ! 

Casterman, juin 2016

 

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20/05/16

Les Rêveries d'un gourmet solitaire, de Jiro Taniguchi & Masayuki Kusumi

Les rêveries d'un gourmet solitaire

Magnifique ! Vingt ans après les pérégrinations du gourmet solitaire (qui bénéficie pour l'occasion d'une réédition) on retrouve ce cher Gorô qui, par son activité de représentant, voyage de ville en ville et s'en va toujours en quête de petites gargotes où il pourra manger seul et avec appétit. Car notre gourmet n'a pas usurpé son titre. Il aime tester de nouvelles expériences culinaires, retrouver d'anciennes saveurs et faire vibrer sa corde nostalgique. Il est curieux de tout, même si chacune de ses approches vers de nouvelles adresses se soldent aussi par un instinct de précaution et une brève hésitation. Pourtant, rarement notre homme sortira frustré de ses découvertes ! Et celles-ci seront toutes plus savoureuses les unes que les autres. Il faut le voir parcourir avec envie les cartes des restaurants, sélectionner ses mets et s'attabler avec excitation dans l'attente du festin. Avant de plonger avec voracité dans sa dégustation, il contemple toujours ses bols et ses assiettes avec admiration et appétence. Puis, il part à l'assaut. Il bondit, il avale, il goûte, il commente, il se remplit la panse jusqu'à n'en plus pouvoir. Une coutume, d'ailleurs, veut qu'au Japon certains restaurants font payer des pénalités si vous ne finissez pas votre assiette. Lorsque vous vous invitez chez quelqu'un, vous vous devez de lui faire honneur en ne laissant pas une miette du repas. C'est une forme de respect pour la nourriture et la personne qui la prépare. Aucun souci pour Gorô qui se repaît jusqu'à satiété et frise souvent l'orgasme gustatif. C'est épatant. On le regarde s'empiffrer avec délectation, on en salive presque derrière notre bouquin !  C'est comme s'il était « en roue libre dans le sésame, les feuilles de moutarde, le gingembre rouge, les nouilles râmen, la soupe et le riz, il nage dans l'épicurisme jusqu'à ne plus avoir pied. Les calories, les régimes, la retenue sont laissés sur le quai, c'est aussi pour cela qu'on l'aime. Il nous allège l'âme. » (postface de Yôko Hiramatsu)

Cet ouvrage montre combien la nourriture est aussi un art de vivre, en plus d'une nécessité terrestre. Les sensations, les émotions sont perceptibles, vivaces et sensuelles. Chaque repas relève d'un cérémonial très pointilleux, au-delà de la simplicité du bonhomme. C'est avant tout un esthète, en plus d'être un fin gourmet. Mais jamais snob. Gorô privilégie les petites cantines conviviales et familiales, qui ne servent pas d'alcool et qui respectent aussi bien les traditions tout en explorant des territoires méconnus. Lors de son passage à Paris, Gorô se rend dans un quartier populaire pour y déguster un couscous, où il retrouve les trois points qui font tourner son monde - du riz, un accompagnement et une soupe. « Quand ces trois piliers sont réunis, c'est Nippon où que vous soyez dans le monde ! »

Casterman, collection Écritures - mars 2016

« Je joue des baguettes avec application dans ma sériole et mon riz devient quintessence du repas. »

 

À signaler la parution chez Casterman, début juin, de L'art de Jirô Taniguchi

L'Art de Jirô Taniguchi

Jirô Taniguchi incarne à lui seul la diversité de la création en bande dessinée. Cet artbook est un panorama de cette diversité et un portrait de l'artisan qui se mue au fil du temps en Auteur au sens le plus fort du terme. Si les travaux du maître sont régulièrement exposés (d'abord à l'abbaye de Fontevraud puis à Angoulême et aujourd'hui à Versailles), son art demeure diffcile à définir. Ce livre paraît aussi pour mieux donner à voir l'alliance rare de retenue et d'efficacité, de délicatesse et de clarté, au cœur de l'œuvre de Jirô Taniguchi. (prés. de l'éditeur)

 

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