05/04/12

Voleurs d'âmes

oiseauxnoirs

C'est probablement lié au fait d'avoir récemment revu Les Oiseaux d'Alfred Hitchcock que j'ai été saisie par cette lecture, dont l'atmosphère se cantonne aux frontières de la terreur. Nous sommes dans un petit village, où les habitants vivent dans l'angoisse. Leurs ennemis sont des oiseaux noirs, qui surgissent de nulle part et sèment la panique en volant les âmes. L'histoire bascule au moment où Arno, le héros, voit son cousin Bern s'effondrer sous ses yeux. Le garçon est anéanti et porte en lui la responsabilité de cette tragédie. Alors il décide de quitter le village pour se rendre dans les montagnes et comprendre l'origine de cette malédiction. Il a l'intention de la briser, afin de rendre la paix et la tranquillité aux villageois. En chemin, il fait la connaissance d'une jeune femme avec un bébé, Clara. Leurs parcours trouvent des résonances proches, ainsi ils décident de faire un bout de route ensemble.
Faustina Fiore, habituée à traduire les histoires des autres, se lance pour la première fois dans l'aventure de la fiction en nous livrant un univers sombre, étouffant mais percutant. C'est un joli coup d'essai, qui ne manquera pas d'impressionner les plus jeunes.

Les oiseaux noirs, par Faustina Fiore 
Casterman, 2012 - illustration de couverture : Cali Rezo 

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20/03/12

"(...) la vie nous fait l'effet d'une vaste farce..."

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Ismaël n'aime pas son prénom, en référence à Moby Dick que ses parents adoraient, sauf que ce choix relève surtout d'une plaisanterie parce que la grossesse avait dépassé son terme et sa mère se lamentait de ressembler à une baleine ! Depuis, le garçon traîne cette anecdote comme un boulet. Au collège de St. Daniel, il est devenu le souffre-douleur de Barry Bagsley, jusqu'à l'arrivée de James Scobie, un garçon chétif, au look ringard, et affublé de tics nerveux. Aussitôt, Ismaël pense qu'il voit là sa chance de survie, Barry va lui sauter à la gorge, Ismaël pourra terminer son année tranquille...
Mais le plus surprenant arrive, car James va saisir à pleines mains les remarques désobligeantes de la brute pour les lui retourner en pleine face. James est un as de la voltige verbale, il n'a peur de rien, il l'explique et le démontre. Et c'est ainsi qu'il va entraîner tout un petit groupe de geeks dans un concours d'éloquence, sous la bonne escorte de miss Tarango, leur prof d'anglais.
Voilà une lecture fort agréable et très drôle, qui démontre avec intelligence quelles sont les armes possibles pour exister, briller et résister à l'école, autrement que par l'utilisation de la force physique et le harcèlement. Les personnages sont extrêmement attachants, tous singuliers et brillants, vraiment irrésistibles, et surtout ils sont le parfait exemple que la popularité s'attache à des détails qu'on se doit de développer et non de renier.
J'ai trouvé ce roman fin, alerte, enchanteur et extraordinaire.

Appelez-moi Ismaël, par Michael Gerard Bauer smileyc219
Casterman,  2011 - traduction par Antoine Pinchot

  • à découvrir le livre diorama illustré par Joëlle Jolivet, aux éditions Gallimard jeunesse

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28/02/12

"Mais oui, la guerre va finir. Vous verrez, nous fêterons le prochain Noël tous ensemble."

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Paris, 1943. Comme beaucoup de Français, les locataires du 24 rue des Quatre-Vents ont la vie dure, ils ont faim et froid, ils n'en peuvent plus de la guerre et ils ont peur. Mais la générosité et l'entraide prennent le dessus, et tous se serrent les coudes dès que l'un d'eux rencontre le moindre souci. Michel, douze ans, vit avec sa mère, son frère et sa soeur, en attendant le retour de leur père prisonnier en Allemagne. Son meilleur ami Georges est juif et vit avec ses parents sous une autre identité. Ensemble, plus trois, quatre copains, ils ont créé le journal des Pirates de la résistance, en veillant à ne pas attirer l'attention de Stéphane Gourre, un camarade de classe, également locataire rue des Quatre-Vents, sa famille et lui sont en effet de farouches collabos, prêts à tout dénoncer pour s'offrir le privilège d'une dinde et du champagne à Noël...

C'est donc ça, La maison des Quatre-Vents, c'est un petit roman chaleureux, indémodable, écrit par Madame Colette Vivier, une plume rare et raffinée. Elle savait raconter les grandes choses de la vie avec des petits bouts de rien, comme ici, il s'agit de la vie ordinaire d'une maison où étaient logés des gens simples, aux horizons divers, alors qu'ils sont tous confrontés aux mêmes angoisses, d'où le formidable élan de solidarité. L'histoire est principalement centrée sur Michel, à douze ans c'est encore un môme qui s'imagine que jouer à la guerre, c'est faire de vous un héros, comme si l'auteur avait voulu opposer son innocence à la dure réalité du terrain. C'est ce mélange qui rend la lecture si attachante, d'un côté la légèreté, de l'autre la gravité. Parce qu'après tout, on a vécu ces années sombres du point de vue d'un enfant, c'est naïf mais ça n'occulte pas le reste. A travers ce roman, c'est aussi un grand auteur qu'il faut redécouvrir !  

La Maison des Quatre-Vents, par Colette Vivier
Illustrations de Serge Bloch. Casterman, 2012 pour la présente édition. 

pour mieux découvrir l'auteur : Les maisons de Colette Vivier

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20/12/11

★☆ 5 jours ★☆

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Catherine a reçu de son oncle Dingo un cadeau trépidant : un kangourou aussitôt baptisé Adélaïde. Le souci, c'est que l'animal a peur des klaxons. Lorsque toutes les deux se baladent dans la rue, c'est la panique générale et Adélaïde perd le contrôle en faisant des bonds dans tous les sens. Elles finissent par se poser chez la grand-mère, parce que le kangourou a du caramel collé aux pattes et qu'il est scotché au toit de la voiture. Pensant ramener tout ce petit monde à bon port, la mamie verra son automobile faire des bonds dans toute la ville lorsque Adélaïde flippera à nouveau en entendant tous les klaxons ! Cet album, initialement publié en 1962 aux Etats-Unis, est vintage dans l'âme et cela lui donne beaucoup de charme. J'aime énormément ! 

Un kangourou pour Noël, par James Flora (Hélium, 2011)

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Lui, c'était un petit ours.
En peluche.
Avec le dessous des pattes en velours rose,
deux boutons de bottine à la place des yeux,
trois points de laine à la place du nez.

Michka, le petit ours en peluche, quitte la maison d'Elisabeth, une petite fille capricieuse, et s'en va tout seul dans la forêt. Quelle joie de retrouver la liberté et de rencontrer le Renne de Noël ! Mais, en ce soir si particulier, chacun doit faire une bonne action, et Michka aura un bel élan de générosité...  

UN JOLI CONTE SUR LA MAGIE DE NOËL, MERVEILLEUSEMENT ILLUSTRE PAR OLIVIER TALLEC. 

Michka, un conte de Marie Colmot illustré par Olivier Tallec (Père Castor, rééd. 2011)

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Célestine insiste pour fêter le réveillon de Noël avec ses amis, mais Ernest traîne un peu la patte (ils n'ont pas les moyens, et ça coûte cher d'organiser un gros repas et d'offrir des cadeaux). La petite souris va alors lui montrer qu'avec peu, on peut aussi faire beaucoup : trouver l'arbre dans la forêt, le décorer avec des bouts de rien, faire ses cadeaux soi-même, avec des dessins, des chapeaux, et trouver la vaisselle qui manque là où on cherche à s'en débarrasser... Et c'est ainsi que le plus beau Noël aura lieu, chez Ernest et Célestine. Ce seront des chants, des danses, des histoires à raconter et la visite du Père Noël comme clou de la soirée ! C'est une belle leçon de tendresse, d'authenticité, de partage, de générosité et blablabla, que nous offre Gabrielle Vincent avec ses belles aquarelles. Pour moi, cet album renferme le vrai esprit de Noël (simplicité, chaleur, amitié) et ça fait du bien. 

Noël chez Ernest et Célestine, par Gabrielle Vincent (Casterman, rééd. 2011)

07/10/11

La Chanson des enfants perdus

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Après la mort de son père, Penelope Green décide de reprendre les affaires familiales et se lance dans le journalisme. Elle a déterré un vieux dossier, 21 Foxglove Court, une adresse dans l'East End, et commence à mener son enquête autour de l'assassinat d'un jeune joueur de mandoline. Son intrusion dans ce quartier populaire est vécue comme une insulte et la demoiselle est houspillée par la foule. Elle s'en sort in extremis en rencontrant un accordéoniste infirme, Herbert Cox, un type que tous respectent et qui enseigne la musique aux gamins pauvres. Cette nouvelle amitié devient, pour Penelope, l'occasion de se familiariser avec les lieux et les gens du coin afin de percer le mystère de Foxglove Court.

L'enquête dévoile assez vite les aspects glauques et la violence qui règne dans les bas-fonds de Londres au XIXe siècle. L'histoire ne fait pas toujours dans la dentelle et est assez réaliste. Peneloppe est une jeune fille audacieuse et *rebelle* pour l'époque, son attitude indépendante est jugée choquante et déraisonnable (souvent il lui est conseillé de se trouver un mari et d'abandonner sa lubie du journalisme), mais elle résiste. Il y a aussi son histoire avec Cyprien, un jeune marin dont le navire est en cale pour quelques jours, qui prouve aussi qu'elle refuse qu'on lui dicte sa conduite. Par un incroyable concours de circonstances, le garçon va devenir le garde du corps de la demoiselle, logé et nourri sous son toit !  C'est osé (nous sommes dans les années 1880, à Londres) car Penelope vit seule dans la maison familiale, depuis le décès de ses parents. ^-^

Cette série s'inscrit dans la veine des lectures comme The Agency de Y.S. Lee. L'intrigue policière est entretenue selon les convenances - cela donne la chair de poule, les ficelles sont entortillées et le noeud se défait dans les derniers chapitres, avant cela c'était le flou total. Comptez sur d'autres enquêtes et d'autres voyages, et des retrouvailles avec Penelope et Cyprien !

Penelope Green, tome 1 : La Chanson des enfants perdus, par Béatrice Bottet
Casterman 2011 - 311 pages - 15€
design graphique : Anne Catherine Boudet 

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20/04/11

Pensées de Manon D. : sur moi-même et quelques autres sujets

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Ce roman est une petite douceur de 200 pages qui font un bien fou (et qu'importe l'âge !). Les pensées de Manon D. sont en fait des observations, avec notes et dessins, d'une adolescente de quatorze ans, coincée entre une mère qu'elle juge collante et psychotique et un père qu'elle voit à mi-temps, en plus de sa nouvelle tribu qu'il faut supporter contre mauvaise fortune bon coeur.  
Tout y passe - les vacances en Normandie, le roman-photo avec Brandon et Pamela, la mamie Yolande et ses robes fleuries, le Minus qui se prend pour un Jedi, le mois d'août à Paris, la rencontre avec le neveu des voisins (le coeur qui bat, touloulou), la rentrée en troisième, et déjà le premier avertissement par la prof principal pour calmer les festivités, les parents qui voient rouge et promettent de faire vivre un enfer à leur adolescente de fille, laquelle se demande pourquoi tant de haine ! ?
Le ton est enlevé, mordant mais drôle. Manon est heureusement une adolescente normale, elle n'a pas de gros problèmes dans sa petite vie, juste des considérations existentielles, c'est très sympa, surtout que le livre a été graphiquement bien étudié et cela rend sa lecture encore plus originale. A suggérer pour l'été et pour les bonnes tranches de rigolade !

Pensées de Manon D. sur moi-même et sur quelques autres sujets - Sophie Dieuaide
Casterman (2011) - 236 pages - 15€
Et en exclusivité, les bonus de Brandon et Paméla, saison 1 !!!

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(les illustrations sont de l'auteur) (un clic sur l'image pour voir en grand)

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04/04/11

La plus belle histoire entre nous deux c'est l'espoir.

IMG_3301Albertine a dix-sept ans, elle vient de planter l'école, de quitter sa mère avec laquelle l'entente n'était plus au beau fixe et s'est réfugiée dans un coin perdu, chez un ami de son père. Elle fait la serveuse, Steel est un type bourru, qui boit énormément. L'ambiance est franchement morose. Alors Albertine se console sur la plage, rencontre Carmen, discute de sa vie difficile, de Lukas, son père absent qu'elle connaît si peu, et des petits secrets des villageois qui paraissent tous graviter autour d'un même pôle (la mer, Lukas et Steel). Albertine fait aussi la connaissance de Dan, qu'elle aime passionnément. Mais la petite copine du garçon fait un scandale au café où travaille Albertine, son hôte franchit la limite interdite, Lukas demeure aux abonnés absents et Dan fait n'importe quoi.

Dès le départ, l'histoire n'était pas très réjouissante ni optimiste, elle n'a jamais cessé de s'enliser dans un marasme pesant et collant. Je n'ai vraiment pas aimé, je me suis sentie triste et je ne voyais aucune éclaircie dans l'histoire. La tragédie arrive, oui, bon... je me sentais déjà accablée, un peu plus, un peu moins, quelle différence ? Je n'avais plus le courage d'écouter le CD, mais j'ai entendu une chanson et c'est suffisant (Chloé Stefani possède une jolie voix, mais la variété française ne me touche pas). Grosse déception pour moi, ou rendez-vous manqué.

Dis-lui, par Rémi Stefani
Casterman (2011) - 210 pages - 15,95€
un roman / dix chansons / un clip

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03/06/10

Le retour de l'allumeuse

Le retour de l'allumeuse est en fait la suite d'un livre déjà paru en 2006, Journal d'une allumeuse (+ Le grand livre des garçons, 2008). Par contre, j'ai lu celui-ci de façon totalement indépendante, même si j'aurais probablement préféré connaître les précédents détails, je n'ai pas été trop paumée non plus.

le_retour_de_lallumeuse

Alors voilà, Ruby Oliver a souffert d'une méchante réputation d'allumeuse durant l'année qui vient de s'écouler et, même si les vieilles rancunes sont tenaces, elle est déterminée à enterrer ce passé. Elle suit une thérapie auprès du docteur Z, cela fait maintenant quarante semaines qu'elle arbore un célibat sans failles et sans frémir. Elle a perdu sa meilleure amie et toute la bande des filles huppées du lycée de Tate, elle a fait une croix sur Jackson, son ex qui est maintenant avec Kim, et son amitié avec Noel, qui a cherché à l'embrasser tandis qu'elle le repoussait de façon charmante, est en perte de vitesse. Comble de tout, elle se découvre désormais un sérieux penchant pour lui et se mord les doigts d'avoir fait la fine bouche. Et pour alourdir l'un des plateaux de la balance qu'elle tente d'équilibrer dans le but de redorer son blason, Ruby a appris que son amie d'enfance, Nora, en pinçait sérieusement pour Noel. Le même Noel. Argh.

La partie s'annonce serrée. D'un côté, Ruby veut être considérée comme une amie sincère et compatissante, qui aimerait effacer la réputation d'allumeuse qui persiste sur les murs des toilettes, mais rien ne va comme elle le souhaiterait. Jackson a rompu avec sa petite copine et tente de renouer contact avec Ruby. Noel continue de la fuir, mais il dépose des petits billets à double sens dans sa boîte aux lettres, en même temps Nora se pâme d'amour pour lui mais n'ose pas lui avouer, et Ruby au milieu est partagée car, non, non, non elle n'a pas du tout envie que Nora et Noel sortent ensemble.

Autres signes que rien ne va dans sa petite vie : elle perd son job qu'elle adore, elle trouve une place de vendeuse de sandales Birkenstocks qu'elle déteste farouchement, ses parents s'amourachent d'un danois qui se régale des beignets cuisinés maison, et impossible pour Ruby de dresser sa carte au trésor comme il faut, le docteur Z vient de mettre le doigt sur un détail fâcheux, Ruby Oliver ne vit que pour les garçons et les histoires sentimentales ! Ruby Oliver souffre de la fièvre du lapin !

Vous l'avez compris, c'est très drôle. Le livre s'appuie sur le modèle du journal intime, agrémenté de pétillantes anecdotes sous forme de petites notes reçues en douce et même des extraits du grand livre des filles (une très grande référence culturelle !). De plus, l'auteur a su donner une fraîcheur irrésistible aux élucubrations d'une lycéenne qui exprime ses souhaits et ses espoirs afin de rendre plus harmonieuses ses relations avec les personnes de son entourage (oui, voilà en gros toute l'histoire !). L'humour ne masque pas la sensibilité de la jeune fille, sa souffrance d'être constamment jugée et incomprise, et même la fin échappe à toute mièvrerie. Bref, j'ai beaucoup aimé. C'est une lecture réjouissante, vive et espiègle, où l'on comprend que la vie est parfois riche d'un enseignement puisé dans le retro metal, avec des répliques cultes du genre : Les groupes à cheveux gras ont des vertus thérapeutiques insoupçonnées. (Entre autres choses, bien entendu.)

Dans le même style, vous apprécierez :  Teen Song de Claudine Desmarteau  ou  15 ans : Charmante mais cinglée de Sue Limb . 

Le retour de l'allumeuse ~ E. Lockhart
Casterman (2010) - 216 pages - 13,00€
traduit de l'anglais par Antoine Pinchot
illustration de couverture : Sibylle Delacroix

du même auteur : Journal d'une allumeuse (nouvelle édition illustrée par S. Delacroix) & Le grand livre des garçons

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08/04/10

Tall Jack, emmène-moi.

IMGP7348A lire comme ça, l'incantation semble sortir d'un film d'horreur ! Et c'est presque cela.
Tall Jack, emmène-moi. Ou Malice, la bd maudite. Ce sont des mythes, passés sous le manteau, qui évoquent un univers proche de la légende urbaine. Malice n'existerait que dans les rêves les plus fous, et Tall Jack ne serait qu'une farce pondue un matin par un petit plaisantin.
Oui, d'accord. Mais tout ceci excite l'imagination et fait naître une véritable légende.
Aussi, lorsque Luke met la main sur LA bd interdite - Malice - son sang ne fait qu'un tour. Il continue d'enfreindre les règles en la lisant - des planches où règne une atmosphère étrange et horrible - et il met en scène le rituel pour appeler Tall Jack. Ce soir-là, dans sa maison plongée dans l'obscurité, rien ne se passe. Néanmoins, Luke est rongé par la peur et les doutes. Ses amis, Seth et Kady, se font du souci et apprennent très vite pourquoi. Mais trop tard, car Luke disparaît sans laisser de traces.
L'enquête commence - Seth va retrouver la librairie où son ami Luke a plongé en enfer, puis va accomplir le cérémonial maudit tandis que Kady servira d'agent sur le terrain.

Tout paraît très confus à expliquer, mais l'univers de Malice est proprement sombre, mystérieux et envoûtant. Je comprends la fascination qu'elle exerce sur les adolescents, alors qu'elle est à double tranchant. Malice est un monde parallèle d'où on ne revient jamais complètement indemne. Si seulement on en revient... Car il faut survivre contre les abominations lancées par Tall Jack. Le pire, on le découvre grâce à un procédé ingénieux, c'est de lire en direct sur les planches de bande dessinée le funeste destin que vivent ceux qui ont franchi la limite. De découvrir donc ce qui est arrivé à Luke et ce que va connaître Seth à son tour.

Palpitations assurées !

Quand j'évoque un procédé ingénieux, c'est en rapport avec l'esthétisme de l'ouvrage. Un petit prodige à lui tout seul ! La couverture, d'un beau rouge sanglant, montre en relief le redoutable personnage de Tall Jack. A l'intérieur, le roman flirte avec des pages de bande dessinée. Au sens le plus strict, le lecteur est donc véritablement plongé dans l'histoire. Cette mise en scène participe activement à capturer l'intérêt et à nous condamner à lire jusqu'au bout cette histoire de fantasy sombre et terrifiante. A conseiller aux jeunes amateurs d'histoires à sensations.

le site : http://www.malice-lelivre.com/

Malice ~ Chris Wooding
illustration de Dan Chernett
traduit de l'anglais par Faustina Fiore
Casterman, 2009 - 410 pages - 14,95€

La suite RAVAGE devrait paraître au printemps 2010. La série est en deux tomes.

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16/09/09

Septembre en t'attendant ~ Alissa Torres

Casterman Ecritures, 2009 - 215 pages - 18€
illustrations de Sungyoon Choi
traduit de l'anglais (USA) par Fanny Soubiran

septembre_en_tattendantLe 11 septembre 2001, Luis Torres se rend au World Trade Center où il vient de décrocher un nouveau poste après son licenciement en juillet. Il est marié à Alissa, le couple attend son premier enfant dans moins de deux mois. Hélas, tous leurs rêves vont être brisés. Ce 11 septembre fatal va plonger Alissa dans un dénuement total, sans nouvelles de son compagnon elle va errer dans les rues, hanter les institutions, toquer à toutes les portes, avoir un pressentiment, éprouver de la colère, du désespoir et du chagrin. Luis est mort, ça ne fera plus de doutes mais le parcours du combattant ne fait que commencer.

L'histoire d'Alissa nous montre la multitude d'épreuves à affronter, en plus du choc, du traumatisme. Enceinte, elle se retrouve toute seule, sans un sou, complètement démunie. Les semaines qui suivent le 11 septembre, tout n'est que compassion et empathie, mais plus les mois passent et les victimes éplorées deviennent les boulets d'une société résolument patriotique, honteuse de ses pleurnicheries et qui blâme ceux qui quémandent de l'argent, toujours plus d'argent. Et de découvrir alors que le fonds fédéral de compensation pour les victimes des événements du 11 septembre n'est qu'un leurre, une vaste supercherie qui viserait plus à protéger l'état et les compagnies aériennes contre les intentions de procès.

L'histoire d'Alissa Torres est vraie, elle est servie par les illustrations de Sungyoon Choi qui travaille au New York Times. Ce n'est pas une histoire impudique, où l'auteur se sert de sa triste expérience pour l'étaler à la face du monde, au contraire elle a longtemps lutté contre les sollicitations de la presse. Ce livre, c'est surtout pour son fils, en mémoire du papa qu'il ne connaîtra jamais. C'est tendre et émouvant, à lire comme ça. Mais le récit rend compte d'une réalité plus douloureuse et pernicieuse, d'un abattement général et d'un système illogique, de ce sentiment de courber l'échine face à ce qui semble être une aumône, le déshonneur de pleurer, le fait d'être soudain seule au monde, pratiquement incomprise et délaissée. Et puis, le mari de Alissa Torres était un ressortissant colombien, qui n'avait pas encore ses papiers de citoyen américain, ce qui soulève aussi un autre problème. Souvent, Alissa se fait d'ailleurs la réflexion, si elle n'avait pas été enceinte, aurait-on eu la même sympathie pour son cas.

Une lecture sensible, pleine de faits nouveaux, qui apporte un éclairage intéressant, jamais affecté, car plus dans un souci de clarté. Ce qui est bon et généreux, contre ce qui paraît aberrant et inhumain. L'équilibre parfait. Parfois, on oublie presque le deuil d'Alissa, tant elle se dédie à sa course pour le souvenir de son mari et contre les ignominies qui l'entourent, mais lorsque cela surgit, c'est ... rempli d'électricité. Comme une décharge dans tout le corps. Très troublant, à vrai dire.

 

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