15/05/14

Le principal problème du prince Prudent, de Christian Oster

« Le principal problème du prince Prudent, c'était bien évidemment sa prudence. Quand il partait à la guerre, il montait son cheval à l'envers, afin de voir si l'ennemi n'allait pas surgir dans son dos. Et alors il ne voyait rien devant lui, sauf de temps en temps, quand il se retournait, et que l'ennemi lui faisait face. Le prince Prudent perdait donc souvent ses guerres.
Cela dit, il préférait avoir la paix. Chez lui, au château, il se levait, mettait ses pantoufles, prenait son petit déjeuner et lisait son journal. Puis il allait regarder par la fenêtre pour voir si tout était normal. En général, tout était normal. Alors, le prince Prudent reprenait un croissant. Mais, avant, comme pour le premier croissant, il faisait goûter son deuxième croissant par un domestique, car il avait peur d'être empoisonné. »

Le principal problème du prince Prudent

Notre prince Prudent va faire la rencontre d'une princesse, prénommée Prudence. Une véritable aubaine. Sauf que la demoiselle est du genre intrépide, irréfléchi, frondeuse et casse-cou. Le prince tente alors de lui inculquer ses principes de précaution et la met au défi. Hélas, la princesse est enlevée sous ses yeux par un géant ! (Ouh, les vilaines illustrations... les enfants vont adorer le détester !) Plus de doute possible, le prince doit partir à sa rescousse. L'aventure est désopilante, ponctuée de rencontres cocasses et d'anecdotes complètement absurdes (sur les crevettes !), mais après tout on sourit, on a l'habitude. Christian Oster prend plaisir à tourner en dérision les clichés des contes classiques, la lecture n'en est que plus délectable. À savourer sans la moindre retenue. 

Mouche de l'école des loisirs, mars 2014

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09/01/14

Chevaliers et princesses avec gigot, de Christian Oster

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Chevaliers et princesses avec gigot est une compilation de trois contes de Christian Oster : Le chevalier qui cherchait ses chaussettes (illustré par Pascal Lemaître), Le géant et le gigot (illustré par Audrey Poussier) et Princesse pas douée (illustré par Delphine Perret).

J'ai testé cette lecture auprès d'un jeune public, d'une moyenne d'âge entre 5 et 14 ans, et j'ai rencontré un succès fou ! Qu'est-ce qui fait mouche ? Le ton humoristique, le détournement des contes classiques, des personnages sympathiques et benêts, des histoires tendrement saugrenues. Tout ça, tout ça.

Vous trouvez ainsi un chevalier sans chaussettes, complètement chamboulé par cette perte, qui ne sait plus trop dans quel ordre il doit accomplir ses missions, et refuse de descendre de sa monture tant qu'il sera pieds nus ! Vous vous régalez aussi du casse-tête du géant qui veut devenir lutin pour varier son alimentation (dans cette forêt, on ne peut se nourrir que par des choses commençant par la même lettre). Pourquoi pas ? Et enfin, vous faites connaissance d'une princesse pas douée qui doit trouver un prince à épouser, mais rencontre un ours et se met à lire dans sa tanière, à une vitesse d'escargot, ce qui ne contrarie nullement notre bête à poil.

L'ensemble est drôle et fabuleusement dérisoire, avec des illustrations tout aussi délirantes.
Succès garanti auprès des enfants (et des plus grands, qui se régaleront à l'évocation de tous les jeux de mots) !

Ecole des Loisirs, novembre 2013. Illustration de couverture : Pascal Lemaître.

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24/01/13

Il était une fois une princesse pas douée qui ne réussissait pas grand-chose.

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Ce petit roman a tout pour plaire. C'est l'histoire d'une princesse pas douée, dont les parents vont juger bon de la mettre à la rue, en y mettant les formes aussi, pour qu'elle puisse se trouver un prince à épouser. Nulle escorte, nul carrosse, il faut qu'elle se débrouille comme une grande.

Alors, notre princesse se balade dans la forêt où elle rencontre un ours (qui tombe de la branche d'un arbre, craaac !). Surprise ! celui-ci est capable de parler et l'informe donc de l'existence d'un prince, frappé d'une malédiction. Après s'être coupé la joue en se rasant, il est tombé dans un profond sommeil de 100 ans. Pas moyen de le réveiller.

La princesse propose de se rendre à son chevet et de lui donner un petit baiser. Après tout, cela se passe ainsi dans les contes traditionnels. Pourquoi pas cette fois ? L'ours hausse les épaules mais lui conseille de passer d'abord chez le tailleur pour arranger son allure (la robe de la princesse a rétréci au lavage).

Elle passe trois jours dans la tanière de l'ours, elle découvre une bibliothèque immense et commence à lire du mieux qu'elle peut. Elle n'est pas douée, voyons, elle ne peut lire qu'une ligne par jour. L'ours ne dit rien, il fait la popote en attendant. Et le grand départ pour le château du prince a lieu, et là ... blablabla !

Je vous laisse découvrir la suite de cette histoire croquignolette, qui détourne avec humour l'histoire de La Belle au bois dormant et de Boucle d'Or, après tout nous ne sommes plus à quelques références près. Christian Oster fait preuve de subtilité, de tendresse et de magnanimité. Sa princesse en effet n'est pas si bête qu'elle en a l'air, elle n'est pas aidée, par la faute de ses parents, et elle a désormais besoin de trouver cette confiance en elle. L'ours est grognon comme il faut, gentil, serviable et flegmatique. Ses petites réflexions sur le monde qui va mal font sourire, mais vraiment sourire. Les illustrations de Delphine Perret sont simples mais mignonnes, elles se fondent dans l'histoire tout en la complétant, c'est du bonheur sur toute la ligne ! 

Princesse pas douée, par Christian Oster, illustrations de Delphine Perret
Mouche de l'Ecole des Loisirs, 2012

" Il faut se sentir un tout petit peu nul, parfois, pour éviter de l’être complètement… "

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08/05/11

Mon royaume est un cheval

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Quatre auteurs se partagent l'affiche autour d'un même thème : le cheval. L'animal sert principalement à symboliser une envie, un rêve, l'enfance, l'espoir, l'acte de grandir, l'amitié, l'amour aussi... Yann Coridian évoque le premier amour, à travers un spectacle scolaire, où le jeune narrateur joue le rôle d'un cheval et n'a d'yeux que pour une petite copine qui interprète un arbre. Ils sont en CM2, la fin d'année approche, ils vont se séparer, ce sont les vacances et le garçon reçoit une carte postale avec un cheval, illustrant la réciprocité des sentiments. Et j'ai été attendrie par cette belle histoire, même si elle est bien trop courte aussi. C'est le souci du recueil de nouvelles, de toute façon. Les mondes s'enchaînent, les rencontres avec les personnages passent à toute vitesse, et le lecteur jongle avec l'immension frustration de dire adieu et bonjour à la fois.
Susie Morgenstern a le goût de la chute - un garçon est attaché à son cheval, c'est son trésor, le dernier cadeau de son grand-père, il n'en parle même pas à ses meilleurs potes, il se coupe du monde extérieur pour passer son temps avec, un peu aussi pour se réfugier des disputes incessantes de ses parents, lesquels divorcent puis se remarient avec un bébé à la clef. La nouvelle ne l'enchante guère, mais c'est sans se douter que cela l'aidera à grandir et à se détacher de son cheval. Pour un bien. Pour grandir, quoi.
Le texte de Christian Oster est celui qui m'a le moins emballée : un cheval (qui parle), vieux et traînant la patte, désormais sans maître ni cavalier, erre comme une âme en peine et rencontre un escargot. Ils font route ensemble, la bestiole sur la tête afin d'observer le paysage. Un lutin leur offrira un coup de bûche pour faire grossir l'escargot, qui bave de plus en plus, mais la proposition de la fée sera poliment déclinée, et même la promesse faite à la limace n'entravera pas cette jolie connivence qui s'est crée entre le cheval et l'escargot. Non, honnêtement je n'ai pas beaucoup apprécié.
Par contre, j'ai été fort sensible au joli récit de Brigitte Smadja où une jeune adolescente, rêveuse, passe deux semaines de vacances chez sa tante en soupirant d'ennui. Elle rencontrera sur la plage un cheval fou et sa cavalière et sera pleine d'admiration devant ce couple. Elle prendra conscience qu'elle a besoin de changement dans sa vie, elle aime le latin mais n'osait pas l'assumer devant sa bande de copains. A la place, elle suivait le mouvement en mettant le bazar et en se moquant de la prof. Elle en a soupé d'être un mouton, elle veut de nouveau ressentir ce que la rencontre du cheval et sa cavalière a éveillé en elle, et elle y arrivera à force de ténacité et d'indifférence. C'est un texte d'une telle force, laquelle se dégage tranquillement, j'ai beaucoup aimé ce doux paradoxe !
En bref, voilà un recueil à la qualité appréciable mais au plaisir parfois inégal. A la base, je voulais relire un texte de Yann Coridian, et je n'ai pas été déçue.

Neuf de l'Ecole des Loisirs (2011) - 100 pages - 8,00€
illustration de couverture : Sereg

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