06/03/12

Un bruit de moteur enfle et se rapproche. Au détour d'un virage apparaît un minibus, pleins feux.

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Cinq adolescents et leur éducateur partent en randonnée, quelques jours dans les montagnes. C'est l'occasion pour ressouder les liens du groupe, en partageant la vie au grand air et en appréciant les plaisirs simples qu'offre la nature. Jeff a un peu de mal à canaliser l'énergie de ces grands ados, mais la cohésion du groupe finit par se conforter après quelques mises à l'épreuve pas bien méchantes.
C'est finalement dans les dernières pages du roman que l'histoire prend un ton complètement différent, plus tendu, plus angoissant. Je n'en dévoile pas davantage mais j'avoue que j'ai été stressée, à moitié surprise, et du coup de plus en plus inquiète quant au dénouement de l'intrigue.
Croyez-moi, la fin est une vraie chute libre ! C'est flippant. J'étais bluffée, sonnée mais bluffée.
Je ne pense pas que je rangerai ce titre de Christophe Léon parmi mes préférés, mais je lui tire mon chapeau pour son action lente et son ambiance si proche des idées qu'il défend : parce qu'il est question de la nature et de l'environnement sauvage, celui qu'on doit préserver, découvrir et apprécier à sa juste valeur, et puis il y a les actes de violence, de barbarie et de bêtise infligés contre les espèces protégées. Et là, le roman fait preuve d'une grande intelligence, puisqu'il ne juge pas avec cris et fracas, la condamnation tombe, sans commentaire. C'est très, très fort car le lecteur sera seul critique en la matière.

La randonnée, par Christophe Léon
éd. Thierry Magnier, 2012 - illustration de couverture : Séverin Millet 

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02/12/11

Le souffle d'un matin

Faisons encore le plein d'émotions, avec d'abord de la tendresse, un peu de douceur, de l'amitié et beaucoup d'amour. C'est l'histoire d'un grand timide, Titus, qui voudrait bien inviter la petite nouvelle, jolie comme un coeur, pour le bal de la Saint-Valentin. Alors il fait appel au génie facétieux de son grand-père, l'incroyable Papyrus, pour lui donner le coup de pouce nécessaire (avec un gâteau d'affection par exemple) pour faire craquer l'élue de son coeur. C'est le deuxième livre mettant en scène Titus et son grand-père Papyrus, et la magie est toujours au rendez-vous. Isabelle Jarry a donné vie à des personnages tellement attachants, l'univers de Papyrus est unique et fabuleux, d'ailleurs les dessins d'Aurore Callias en sont l'interprétation joyeuse et parfaite, c'est sensationnel. On rêverait tous d'avoir un Papyrus dans sa vie ! 

LEBALDE

Place maintenant aux frissons avec une histoire de fantôme : la famille March prend ses quartiers à Forrest Lodge, une belle demeure perdue dans la campagne écossaise ; on y trouve le père, le grand-père, le fiston (Horace), la cousine (Olivia) et la gouvernante. La maison traîne la réputation d'être hantée, c'est vrai qu'on entend souvent des bruits bizarres la nuit dans les couloirs, mais Horace veut le voir pour le croire. Et chose promise, le voilà nez à nez avec le fantôme de Lord Aloysius Mac Bligh. Qui est-il ? que veut-il ? Et pourquoi sa cousine Olivia prend soudain des airs rêveurs, en jouant à l'infini des mélodies mélancoliques à la harpe ? Une petite histoire surprenante, à lire le soir dès que la nuit est tombée. Frissons garantis pour les plus impressionnables, avec une touche (petite) de romantisme pour ceux qui veulent, voilà qui nous rappelle les romans anglais du 18ème et 19ème siècle.

LAFIANCEEDE

Et pour finir, une lecture minuscule par la taille et pour le temps qu'on passe à feuilleter les pages du livre, mais alors un texte qui sonne les cloches de notre moi inconscient / indifférent / insouciant. Un jour, peut-être, viendra le temps où il sera interdit de planter des fruits et des légumes, où il faudra se cacher pour accomplir ce miracle, et où rien que le goût d'une petite tomate, qui a rougi après avoir vu les fesses d'un petit garçon, vous apparaîtra comme étant la saveur la plus exquise de votre vie ... Han, han. Voilà de quoi rappeler les plaisirs simples de la vie, mais pas que. Car parfois la désobéissance, c'est aussi un acte de liberté. Voili, voilà. C'est encore un texte de Christophe Léon, le seul, l'unique, dont j'apprécie infiniment le tact et l'intelligence. Merci ! 

LEGOUTDE

  • Le Bal de la Saint-Valentin, par Isabelle Jarry & dessins d'Aurore Callias (Gallimard jeunesse, 2011)
  • La fiancée du fantôme, par Malika Ferdjoukh & illustrations d'Edith (Mouche de l'école des loisirs, 2011) =) ce texte est paru en 1990 aux éditions Syros sous le titre Le fantôme de Forrest Lodge.
  • Le goût de la tomate, par Christophe Léon (Petite poche des éd. Thierry Magnier, 2011)

05/04/11

Teaser Tuesday #14

Tuesdayteaser"Mia ! lui répondis-je en criant par-dessus mon épaule. Je m'appelle Mia."
Sous l'effet d'une légère brise, mes cheveux se mirent à flotter et mes boucles d'oreilles en coquillages à tinter. Au bout du pont, le chien errant m'attendait, assis.
Tout à coup, j'eus l'impression que ça sentait un peu le printemps.
Les quatre saisons du fleuve - Marlene Röder

Au printemps, nous capturions des lucioles. Dès la tombée de la nuit, nous sortions de nos maisons montées sur pilotis. Nous dévalions les passerelles faites de traverses disjointes et sautions sur la terre ferme. Nous cavalions vers le petit bois de pins qui n'était qu'à un jet de pierre.
Ma soeur n'était pas encore née, mais déjà le ventre de ma mère trahissait sa présence. Ma grand-mère, qui en connaissait un bout sur le sujet, prédisait qu'elle arriverait en novembre. J'étais l'unique garçon de la famille. Nous avions aussi un chat, mais ça ne compte pas.
Bleu Toxic - Christophe Léon

Une odeur de caramel chaud m'a chatouillé les narines et titillé l'imagination. Je me suis aussitôt représenté une pâte à gâteau bien élastique, fraîchement malaxée, du beurre fondu grésillant dans une poêle, de la crème fouettée ondulant sur la mousse d'un café viennois.
Chaque fois que je passais devant cette pâtisserie, je voyais littéralement la pâte lever et sentais sur ma langue le goût de la confiture de figue ou d'abricot qui allait servir de fond de tarte.
Les petits pains de la pleine lune - Gu Byeong-mo

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31/03/11

Silence, on irradie.

IMG_3129Ce n'est pas très gai, et pourtant il m'a été impossible de reposer le roman avant la fin. L'histoire est totalement hallucinante, elle se passe dans une contrée proche d'une centrale nucléaire, où la population est déjà fortement éprouvée par cette pollution, puis survient l'explosion. Tout disparaît de la surface de la Terre.

On suit alors trois rescapés, deux enfants, Sven et Siloé, le frère et la soeur, et Grégoras, un adolescent attardé. Ces trois-là sont sonnés et ne savent plus où aller, ils refusent néanmoins de suivre les hommes en blanc qui survolent la région à la recherche de survivants. Ils se terrent dans la forêt et rencontrent un militaire et une jeune femme - étrange hasard qui a voulu que ce couple se lance dans une aventure dont ils avaient sous-estimé l'ampleur. Loubia souhaitait se rendre sur le lieu de l'accident qui avait coûté la vie de sa soeur, une charmante institutrice qu'un médecin s'est également mis en tête de retrouver. Et tout ce petit monde se fait face dans ce paysage apocalyptique où, comme eux, on se sent complètement hagard.

Ce livre fait une petite centaine de pages, mais son impact est énorme. Absolument bouleversant ! Car ce n'est pas seulement une fiction, il n'y a qu'à voir l'actualité pour comprendre que les erreurs se répètent et que nous sommes toujours affreusement vulnérables face à la menace nucléaire. Dans le roman, on découvre une population martyre, des générations bancales, des corps de travers, mais aussi des éclats de rire, des baignades insouciantes, des parties de cache-cache. En fait, c'est aussi pour cette raison qu'on en a gros sur la patate au moment de tourner la dernière page. Il y a une réelle tendresse derrière la portée sinistre du récit. Les personnages sont attachants, ce qu'ils vivent et subissent nous fend le coeur. J'ai également beaucoup aimé le titre du roman, sorte de cri muet et de condamnation radicale qui vaut tous les discours.

Silence, on irradie - Christophe Léon
Editions Thierry Magnier (2009) - 110 pages - 10 euros
illustration de couverture : Claude Cachin

Sven s'inquiétait pour ses parents. Il les voyait vieillir chaque jour davantage. La Centrale les consumait à petit feu. Même sa mère, qui pourtant travaillait dans un bâtiment annexe, avait pris au fil des années cet aspect terreux et gris des gens maladifs. Elle marchait lentement, un poids invisible appuyait sur sa tête qu'elle tenait inclinée sur le côté. Elle s'endormait le soir dans son fauteuil, les aiguilles à tricoter croisées sur son ouvrage, une maille à l'endroit une maille à l'envers. Elle était sujette à des maux de tête fréquents qui la paralysaient. Et, surtout, elle perdait ses dents d'une manière étrange pour quelqu'un de son âge. La dernière, en croquant dans une pomme.

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28/03/11

Résister plus et obéir moins.

Nous galopions sur un sentier de sable et d'herbes mêlés. L'air me fouettait le visage. J'étais stupidement heureux. La nature me semblait n'avoir été créée que pour moi. Les branchages, qui de temps à autre me flagellaient le visage, activaient mon sang et ravivaient mon bonheur. La vie valait décidément d'être vécue - ici et pas ailleurs.

IMG_3119C'est bien trop court, mais c'était tout de même un récit entraînant, au nom d'une cause perdue d'avance, sauf qu'il faut le faire. C'est le combat du pot de fer contre le pot de terre. L'Arizona Oil Company fait main basse sur toutes les terres pour son exploitation pétrolière, seul Granpa résiste. Plus jamais on ne le délogera de ses terres. Pour son ranch, pour son petit-fils, pour la nature sauvage, pour la faune et la flore, il veut se battre.
L'adolescent et lui se livrent à des menus actes de terrorisme, ils sabotent les engins pour retarder les travaux. Granpa, chevauchant son fidèle destrier, portant crânement son Stetson sur sa chevelure blanche, la Winchester à l'épaule, foule le sol sans jamais baisser la garde. C'est un modèle, un homme fier et revêche, qui a pris sous son aile son petit-fils après la mort de ses parents. Et son héritage, ce n'est pas seulement un ranch, des chevaux, des hectares de plaines, mais un flambeau à brandir, qui consiste à préserver la nature, à se donner pour elle et la préserver, à refuser l'engrenage infernal, la civilisation et son désir d'expansion, de grandeur, de folie.
Et ce roman a d'autant plus d'impact qu'il est raconté comme s'il s'agissait d'un western, avec le charme et le dépaysement, en plus du message écologique et militant. Très, très bon !

Granpa' - roman de Christophe Léon
Editions Thierry Magnier (2010) - 60 pages - 7,20€
illustration de couverture : Mathis

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