07/04/17

Les Piqûres d'Abeille, de Claire Castillon

les piqures d'abeillePour Jean, l'amour porte une couronne dans les cheveux et un petit sac à main de vieille dame. Invité au mariage de sa marraine, Jean n'a d'yeux que pour la jolie Abeille. Elle a un port de tête en caramel, du tempérament et il ne conçoit pas de vivre sans elle. De retour à la maison, il se décide à lui envoyer une lettre, mais doit mener son enquête en toute discrétion pour trouver son nom et son adresse. Grâce à de subtils subterfuges, notre amoureux transi parvient à son but. Il poste alors une belle missive clamant son admiration et attend la réponse avec fébrilité. Pour patienter, Jean va passer ses proches à la loupe car il règne autour de lui une véritable effervescence - ses parents sont plus déchaînés que jamais, sa sœur Zoé s'amourache d'un garçon qui cherche à sauver le monde et se met à faire un régime pour perdre ses “packs d'eau” aux cuisses, son super pote Lambert est amoureux d'une fille qui se déplace en fauteuil et apprend à marcher à Berck, sa grand-mère Raymonde se métamorphose au contact de son Brou... Quand, enfin, il reçoit la précieuse lettre d'Angélus-les-Occis, Jean retient son souffle, son monde est en train de vaciller.

Voilà une histoire foncièrement adorable, drôle et cocasse. Quand Claire Castillon glisse sa folie douce dans un roman jeunesse, c'est un pur régal (cf. Un maillot de bain une pièce avec des pastèques et des ananas ou Tous les matins depuis hier). A priori, cela peut paraître incongru, bardé de détails insolites, façonné d'une improbable excentricité, mais c'est aussi tartiné de tendresse, de poésie, de fantaisie enfantine. Et c'est tellement bon à lire, à déguster. L'histoire de Jean est donc particulièrement rigolote, fantasque, foldingue etc. Sa tribu aussi se révèle loufoque et attachante. J'ai adoré me sentir parmi eux comme un poisson dans l'eau. A contrario, Abeille est une insupportable petite peste qui tourne en dérision l'amour aveugle de notre jeune héros. Il faudra à celui-ci du temps, de la sagesse et une thérapie de choc pour se désintoxiquer de son venin. On apprend à tout âge les coups, les mots doux et les fulgurances. Un petit roman super sympa, dans le genre feu follet.

Flammarion Jeunesse, 2017

« Si on place les êtres dans un endroit qui les enrichit, avec des gens qui les épanouissent, ils deviennent différents. »

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18/02/14

Teaser Tuesday #52

« Les pères des autres collégiennes les attendent dans la rue. Ou bien certains entrent aussi dans le collège, mais les filles se fâchent. Elles deviennent rouge écrevisse, elles enragent. Elles regardent vite vers les garçons pour vérifier qu'ils ne remarquent pas que leurs pères patientent dans l'enceinte du collège. Moi, je ne me fâcherai jamais contre mon père parce qu'il se montre. Le pauvre, je ne vais pas renier onze ans d'amour pour dix malheureux garçons dans la cour.

Mon amie Marie et son père se crêpent tout le temps le chignon. Elle ne comprend pas que je m'entende si bien avec le mien. Forcément, elle ne pense qu'à Jeff, un cinquième 2 qui ne la regarde pas. C'est à désespérer de porter un bandeau rouge dans les cheveux. La pauvre déteste cette couleur, mais elle l'a choisie pour lui. Elle a pensé que son bandeau ferait à Jeff l'effet du rouge sur un taureau. Elle a, comme elle s'en vante, employé les grands moyens. Résultat zéro. “Il est peut-être daltonien”, a-t-elle conclu.
Marie ne comprend rien à ma traîne et à mes dentelles. Je suis beaucoup plus mûre qu'elle. Je n'ai aucun problème à me jeter dans les bras de mon papa. Il en a besoin. Mais depuis mon entrée au collège, papa ouvre moins grand ses bras. Croit-il que j'ai grandi ? Il est fou. De mon côté, je suis bien plus tranquille avec lui qu'avec un Jeff dans la tête. Quand je sors de classe, je n'ai pas besoin de porter un bandeau rouge pour que mon père me sourie. Il ne voit que moi. »

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Voilà un petit roman délirant, servi par la plume excentrique et décalée de Claire Castillon, qui réussit haut la main son deuxième test en section jeunesse (après Tous les matins depuis hier). On sourit beaucoup en lisant les interrogations de l'héroïne, Nancy Pinsault, qui contemple sa famille “avec un moteur dans le ventre” qui ne cesse de rugir de déplaisir.

Certes, elle adore son papa mais s'imagine que sa mère a une liaison avec le dentiste. Depuis, elle scrute leurs moindres faits et gestes. Malheureusement, un scandale familial a déclenché une crise planétaire : depuis, tout le monde se fait la tête à la maison et l'ambiance est moisie. Nancy veille au grain mais craint que ses parents divorcent !

Cette lecture est un hymne à la fantaisie enfantine, qui correspond très bien au style de Claire Castillon, d'ailleurs elle a aisément trouvé ses marques pour se glisser dans la peau d'une môme de 11 ans. C'est vif, rigolo, dynamique et délicieusement extravagant.

Un maillot de bain une pièce avec des pastèques et des ananas, par Claire Castillon
Neuf de l'École des Loisirs, février 2014 - ill. de couverture : Séverin Millet

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12/09/08

Dessous, c'est l'enfer - Claire Castillon

L'homme est un âne. C'est ce que nous raconte l'héroïne de Claire Castillon. C'est une jeune femme écrivain, qui est agacée par celui qui partage sa vie. Souvent elle le méprise, lui trouve une tête de grenouille et prend sur elle de ne pas trop le repousser. Mais c'est plus fort qu'elle. Ses efforts sont contrebalancés par ses propres souvenirs d'enfance. Elle était une petite fille coincée entre la vieille et sa mère - une génération de femmes qui a mis à l'honneur de respecter l'homme aimé et de n'être que soumission. On a pourtant bien du mal à y croire, en replongeant dans la bassine des souvenirs de la demoiselle...

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Claire Castillon est folle, oui c'est une vérité entendue. Depuis son premier roman publié (Le Grenier) elle n'a jamais cessé de raconter des histoires tordues, avec des héroïnes amoureuses et fragiles, mais pleines de caractère aussi. C'est une « experte en contes cruels » selon Le Monde des livres ; elle seule est capable de créer un univers sur la corde raide, hanté de personnages proches de la psychopathie. Généralement je ne supporte pas ce qui touche à la démence et aux comportements déséquilibrés dans une histoire, mais Claire Castillon est bien l'une des rares romancières à ne pas m'inspirer ce dégoût.

Toutefois, j'ai eu du mal à entrer dans ce tableau familial acide et féroce : la vieille est grincheuse, le vieux vicieux, la mère égoïste et la petite mal embouchée. Adulte, elle est devenue une jeune femme difficile et pleine de sarcasmes, nourrie d'exemples ayant pour vocation d'humilier les hommes. Elle ne sait pas aimer, voilà tout son héritage ! Elle ne veut plus de l'âne et lui préfère l'homme à la pomme d'Adam, parce que "l'amour ça se fabrique tout entier, alors on choisit bien avant d'aimer le bon".

Derrière cette accumulation de petitesses et autres récriminations, Dessous, c'est l'enfer traite de l'incapacité d'aimer, de la vie de couple, de la maternité, des rapports intergénérationnels et de la vieillesse. C'est franchement hostile à toutes niaiseries, très moqueur aussi. On a du mal à adhérer à toute cette méchanceté, même si l'humour, en surface, sauve un peu les meubles. Est-ce assez ?

Fayard, août 2008 - 230 pages - 17€

Le site de l'auteur : http://www.clairecastillon.com/

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Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
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