12/06/09

Un amour prodigue ~ Claudine Galea

un_amour_prodigueMani a cinquante ans, veuve depuis quelques années, elle mène une vie recluse dans sa Villa à la montagne. Philippine a seize ans, le coeur brisé par un premier amour. Incapable d'être comprise par sa propre famille, la jeune fille se réfugie chez sa grand-mère. Ensemble, elles vont se raconter et se confier leurs histoires qui parlent d'amour, de première fois et de rupture. Deux générations les séparent, et pourtant elles ont en commun d'avoir toutes deux aimé une femme.
A sa façon, Mani va lui raconter combien l'amour peut rendre plus beau et plus fort. Qu'on peut aimer et quitter, qu'on peut recommencer à aimer, en mieux, ou autrement. Cela ne signifie pas qu'on oublie, qu'on remplace, qu'on cicatrise. Les blessures existent pour se sentir en vie, et de longues nuits sans sommeil, à boire du thé ou du café, à écouter de la musique à ou à discuter de livres, vont amener nos deux héroïnes à se comprendre.
Pour Mani, cela veut dire confier un chapitre de son passé, pour permettre à sa petite-fille de maîtriser sa douleur, de purger sa peine et de faire en sorte qu'un premier amour permet d'ennoblir une personne, et non pas la détruire. Phili pleure beaucoup, elle est émue aussi par la confiance que lui témoigne sa grand-mère, avec laquelle une tendre complicité la lie. Elle ne se contente pas d'écouter, parfois elle se révolte, elle crie, elle hurle, elle est méprisante. Trop nouée à son désespoir, toute dédiée à son sentiment de trahison.
Même si ce roman est publié chez Thierry Magnier, il mérite d'être lu par un lectorat adulte (ou pour adolescents, niveau lycée ou fin de collège). Cette collection de photo roman est en fait un exercice donné à un auteur, qui consiste à écrire une histoire à partir de photographies. Ici ce sont les clichés de Colombe Clier qui ont su éveiller chez Claudine Galea des sensations qui leur étaient liées. Des images ont commencé à apparaître, d'absence, de désir, de vie quotidienne, de maison... "Quand on écrit, on raconte toujours les histoires secrètes qui dessinent d'autres vies en nous."
Cela m'est très difficile de décrire à quel point j'ai été touchée et éblouie par ce joli roman, j'ai aimé son climat, les mots chuchotés, le tourbillon des émotions et le flot des souvenirs, des confidences qui pourraient presque ulcérer les collets montés. J'ai aimé la moindre description du quotidien de cette quinqua, son souffle de vie, sa lenteur, son indolence, sa contemplation, sa sensibilité. On y trouve des sons, de la musique et des livres. On y collecte des sensations, des larmes aussi. Parce que deux femmes se parlent comme jamais auparavant, brisant la loi du silence, bravant les remparts du passé, dénichant les souvenirs rangés dans des boîtes closes.
Claudine Galea raconte l'amour au féminin avec pudeur et poésie, sans faux-semblant, en levant le voile sur cette attirance des corps du même sexe. Il n'y a rien de choquant, rien de dépravé non plus. J'ai envie de dire que c'est un livre qui ne fait que parler d'amour, le reste importe peu... Ce sont des variantes, des déclinaisons, des interrogations au sens large. Et j'ai beaucoup, beaucoup aimé. C'est l'exemple de lecture très intime, qui ne vous parle qu'à vous, et qui se révèle terriblement impudique (ou délicieusement indécent) d'en raconter les détails.

Thierry Magnier, 2009 - 250 pages - 16€

Claudine Galea est également l'auteur de A mes amourEs et Rouge métro.

extrait :

C'est le don de l'autre qui vous ennoblit ou vous tue. Celle que j'avais aimée m'avait ennoblie. Je me mis à réfléchir. Personne ne vous tue si vous ne voulez pas l'être. C'est cela qu'elle m'avait appris aussi, en filigrane. Ce qui vous tue, c'est le manque d'amour, la trahison, l'absence de grandeur, mais, en vérité, ça ne tue pas, ça blesse, ça rend dingue, ça vous balance un coup de poing dans la gueule, ça vous fiche une douleur pas possible comme quand on se retourne un ongle, sauf que c'est le corps entier qui est retourné, ça vous laisse une cicatrice, mais ça ne tue pas. Ça ne vaut pas le coup de mourir pour ça. Un véritable amour ne peut pas engendrer la mort. Un amour vrai donne la vie, encore et encore. Un amour vrai vous conduit vers un autre amour vrai.

Posté par clarabel76 à 09:30:00 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
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23/05/07

Pour les lecteurs de 7-11 ans

Voici 3 petits livres délicieux, parus chez Le Rouergue, dans la collection zigZag :

sidonie_quenouilleSidonie Quenouille est la nouvelle maîtresse de CM1 où est élève Adrien. D'ordinaire, c'est un garçon qui n'aime pas l'école et qui soupire dès janvier après les grandes vacances. Or, cette année, tout a changé : il est le premier levé, il court pour aller en classe ... bref il adore l'école ! C'est grâce à sa nouvelle institutrice, une Sidonie Quenouille fort originale, affublée de vêtements extravagants (des collants verts, un short rouge et un tshirt bleu "j'aime les baleines" le jour de la rentrée) et aux techniques d'apprentissage qui bousculent les idées établies. Les enfants en redemandent, par contre certains parents ripostent, l'inspecteur grogne...

Vraiment un texte attachant et drôle, où le personnage de la maîtresse loufoque est accompagné d'illustrations aussi cocasses ... un bel ensemble, une lecture revigorante et qui donne une vision tout à fait sympathique de l'école pour les enfants qui rechignent !

Annelise Heurtier / Aurore Petit.

vive_la_marieeA l'approche de la saison des mariages, vous pouvez offrir ce livre à vos enfants ! Vive la mariée est une histoire pour se détendre, pour rire, pour s'amuser. Les parents de Benjamin ont décidé de se marier ... après tout ce temps, avec un garçon aussi grand ! Qu'importe. La maman de Benjamin a toujours rêvé d'une robe blanche, d'une fête et souhaite qu'on ne la juge pas. La journée s'annonce donc extraordinaire, et même si la mamie fait un peu la tête, l'ambiance respire la bonne humeur. Depuis l'église, en passant par la mairie, pour arriver à la salle des fêtes ... tout le rituel est respecté. Même la panoplie des personnages (ronchons, enquiquineurs, pathétiques ou rigolos) est mise en avant. Attention, rien n'est caricatural ! Loin de là.

La lecture est drôle, pétillante et joyeuse. Vraiment une belle surprise, un bel instant pour se plonger dans la journée mémorable du mariage !

Vincent Cuvellier / Catherine Chardonnay.

A_mes_amouresEt je finis sur une note de lecture plus nuancée. Ce n'est pas que je n'ai pas aimé, c'est juste que je trouve cette lecture plus délicate et à proposer aux plus grands lecteurs, plus avisés.

La petite Rosalie vit avec ses deux mères, Natacha et Mélanie. Sa meilleure amie Lucie vit avec sa mère, elle est séparée du papa et a un nouveau copain... Ce livre propose donc une jolie variante de l'amour - que ce soit au féminin, au pluriel, cassé, réparé, éludé. C'est une interrogation sur les amours homosexuelles, hétérosexuelles, sur les familles recomposées. Honnêtement, c'est très bien fait.

Par contre, j'hésite à le proposer à un jeune lecteur. Les paraboles sont parfois subtiles, et même si les illustrations sont riches et démonstratives, j'ai toujours un doute. J'ai personnellement apprécié ces nuances et les finesses du texte de Claudine Galea. Elle écrit avec beaucoup de poésie, en jouant sur les mots. Si ce livre est "gay" et militant, il l'est surtout par son message joyeux en faveur de l'amour, universel par essence. A découvrir, chers parents !

Claudine Galea / Thisou.

A noter : Dans la collection zigZag, les livres sont tous joliment illustrés et se finissent sur une présentation facétieuse de leurs auteurs et qu'il est toujours intriguant de découvrir !

15/03/07

2 romans pas que pour la jeunesse

Atrabile, Hélène GaudyJ'avais été séduite par la plume d'Hélène Gaudy en découvrant son roman "Vues sur la mer" (ed. Impressions Nouvelles, 2006) et c'est aussi naturellement que j'ai apprécié son style et son univers avec ce 1er roman destiné pour la jeunesse (mais pas seulement, j'entends par là aussi tout ceux qui pensent que cette littérature n'est pas mineure mais très riche et intéressante ).

Atrabile est le nom de code d'un adolescent de 15 ans, Thomas. Il vient de perdre son grand-père, a accompagné ses parents aux funérailles, empaquetté quelques bricoles qui rappellent le disparu avant de rentrer chez eux à Paris. Là où les choses ont commencé à aller de bancal, selon lui. Voilà pourquoi il a décidé un soir après le lycée de ne pas rentrer chez lui et de prendre le train pour partir dans le Sud vivre dans l'appartement du grand-père. Nom de code, mission secrète.. Atrabile est un garçon mystérieux et qui a soif de dessous obscurs.

En fait, Atrabile est paumé. Il ne connaissait pas du tout son grand-père car l'homme refusait de lui parler. C'est une blessure secrète pour l'adolescent, un détail qui n'a jamais fait l'objet de discussion dans sa famille. Pourquoi tant de silences ? En se rendant dans l'appartement du défunt, Atrabile espère faire connaissance avec le fantôme du grand-père. Il fouille les cartons et feuillette les albums pour dessiner un portrait du disparu (et si ça pouvait coller avec l'image du héros mystérieux qu'il s'imagine, ça serait formidable !..). Mais bon...

Sur place, il fait la rencontre d'une jolie fille, une rescapée de l'Apocalypse, pense-t-il, une fille qui pourrait le comprendre.

Alors voilà, ce petit roman est charmant, écrit avec sensibilité, narrant la mémoire d'un grand-père grincheux dont l'auréole de gloire a été héritée de ses exploits passés. C'est difficile pour un garçon de faire connaissance avec cet ancêtre qui semblait préférer la vie de ses proches dans des albums au lieu de les apprécier dans la vraie vie. La quête d'Atrabile est par certains aspects nimbée de nostalgie, de douceur et de tristesse. Et d'un autre côté, le garçon se confronte à la réalité avec une lucidité et une fraîcheur propres à son âge. Soit, l'auteur ne va pas au bout des choses, laisse encore des zones dans l'ombre, mais après tout ce n'est pas grave. On en retient d'avoir lu un très beau roman qui recèle toute la fragilité d'un adolescent mis en présence de l'absence et de la mort. C'est très bien écrit, et c'est une lecture susceptible de rattacher parents et enfants !   Le rouergue, mars 2007.

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Rouge métro,  Claudine Galea - Il y a sept mois déjà, Cerise a subi un choc considérable. C'était un lundi du mois de juin. Elle rentrait de chez sa meilleure amie Clara pour retrouver son père. Il n'était pas encore 22 heures et elle a l'habitude de prendre le métro depuis l'âge de 11 ans... Ce jour-là, elle avait mis sa belle robe rouge toute neuve.

J'essaie de me souvenir. De mettre dans l'ordre. Je me souviens et je fais partir les choses. De cet endroit, là. Là. Je ne sais pas nommer. Un endroit dedans. Qui fait mal quand je passe dessus. Je passe dessus sans m'arrêter. Je vérifie. La douleur est toujours là. Elle ne part pas. C'est même le contraire, elle augmente.

Cerise est une jeune fille ordinaire, qui n'a jamais eu peur de prendre le métro. Elle y a en fait découvert que c'était là un endroit excitant où elle pouvait écouter les gens parler. Cerise adore entendre les mots des autres, elle écoute, elle note des bouts, des monologues entiers, retient et compose ensuite sa petite popote. Cerise est une grande sensible, émue par des visages, des larmes, des cheveux; elle est aussi très touchée par les sans-abris qui prennent le métro avec des discours qui la mettent à l'envers. Elle ne s'habitue pas à ce qu'il y ait des gens aussi seuls, aussi abandonnés.

Comme ce soir-là, cet homme aux yeux verts a lancé son propos, avec la hargne et le ras-le-bol. Ce type est au bout du rouleau. Pas qu'un peu... Quand on commence à entrer dans l'histoire de Cerise, on ressent tout le poids et le souffle du drame. On se demande ce qu'il s'est passé, on veut savoir. Le dénuement de Cerise est à la fois accablant et émouvant. On dévore son histoire qui déroule le film de ce soir-là. Le charme qui s'en dégage nous rend quasi extatique, fasciné. On boit les paroles de Cerise, on se nourrit de son désespoir. C'est froid, c'est poignant et on en sort avec une grosse boule au ventre. Franchement, ne passez pas à côté ! C'est un petit livre qui ne paie pas de mine et pourtant il est capable de vous renverser illico.  Complètement bouleversant !  Le rouergue, mars 2007.

A noter : ce livre figure parmi la nouvelle collection de romans pour adolescents, doAdo Noir. Parce que la collection a la réputation d'être sans concessions, les éditions du Rouergue ont voulu afficher d'emblée la couleur. Dans doAdo Noir, ce sont des histoires à vif, qui jouent du mystère, du suspense ou du frisson, et qui éclairent les zones sombres et frappent toujours fort.

Posté par clarabel76 à 14:00:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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