15/05/19

Pêle-mêle : Chips et Biscotte - Hulot domino - La révolte des animaux moches - Mamie fait sa valise

Chips et biscotte

Chips et Biscotte sont les meilleurs amis du monde. Deux meilleurs amis, pourtant, très différents. L'un adore les glaces, le basket, les bottes et le cerf-volant, l'autre préfère la pastèque, le ukulélé et les mocassins. Pourtant, ils sont inséparables. Dès que le soleil darde ses beaux rayons, ils filent jouer au parc et dégainent leur sac. Dedans, on trouve tout et n'importe quoi. Surtout des solutions à tous leurs problèmes car l'entraide, c'est ce qu'il y a de vrai. En amitié, on donne à l'autre sans compter.

Cet album frais et pimpant assure la bonne humeur dans la maison. Sa lecture est guillerette, simple mais craquante. On aime ça : un ton juste et des super potes très attachants. Pour un premier album, c'est tout bon. Bravo.

Chips et Biscotte, par Mickaël Jourdan

Rouergue, 2019

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Hulot domino

David Merveille continue l'exploration de l'univers de Jacques Tati et son personnage iconique de Monsieur Hulot. Ses albums sont des prouesses de technique, de couleurs, de charme, d'élégance et de facétie. Pour les yeux, c'est du bonheur !

Avec ce Hulot domino, ce sont des découpes laser de la silhouette de Monsieur Hulot qui vont révéler bien des surprises. Là, un Hulot à la plage, ou en train de jouer au tennis, ou dégainant son parapluie, et aussi conduisant un bolide. Et l'instant d'après, c'est une autre réalité qui se découvre à nous... une poêle à frire, un bouquet de fleurs, un bain moussant. Cet album va au-delà des apparences et surprend le lecteur avec ses tours de passe-passe. Visuellement, c'est réussi. Le plaisir ressenti est également garanti - c'est cocasse et franchement génial. Je le conseille.

Hugo domino, par David Merveille (d'après Jacques Tati)

Rouergue, 2019

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La révolte des animaux moches

En 2018, les animaux ont revendiqué leur droit à l'émotion et l'intellect. Depuis, ils peuvent aller en cours ou travailler car ils ont acquis les mêmes droits que les humains. Enfin, une certaine ségrégation demeure car tous les animaux ne sont pas à la même enseigne. Certains ont ainsi des accès vip à des postes ou des statuts que d'autres non pas. Au nom de quoi ? D'un physique pas facile. Ainsi, Marie-Odile le crocodile, Issa le boa, Sven le hyène et Pascale la mygale décident de se bouger pour que ça change.

Ils créent le mouvement des bestioles indignées, bientôt rejoint par de nombreux sympathisants, et font le tour des plateaux tv ou des écoles. L'opinion publique reste encore sourde. Après tout, les chevaux sont portés aux nues. Nos animaux moches contre-attaquent avec le hip hop de Issa le boa. Les enfants en deviennent dingues et réclament des peluches. La tendance enfin s'inverse... mais suscite des jalousies - harcèlement en ligne, tentatives d'intimidation. Même son vieux pote Marcel le cheval cherche à influencer Issa le boa de cesser le mouvement. Mais bientôt le scandale va éclater.

Anne l'ânesse a mené se petite enquête dans l'école des pur-sang et a découvert que c'est une école de sape (encourager les étudiants à saquer les autres animaux). Tollé général. La presse met son grain de sel. Alfred le sdf vole au secours des opprimés. Et la police se jette dans la mêlée. Finalement, un ministre fait voter une loi pour obliger une parité entre animaux et autoriser les études pour tous. Nos animaux moches vont s'en tirer avec les honneurs et auront également une belle et longue vie durant laquelle ils vont tous concrétiser leurs rêves. Et on applaudit bien fort cette lecture mignonne et optimiste, qui fait un bien fou. Bravo. C'était drôle et totalement décalé.

La révolte des animaux moches, par Coline Pierré

dacodac du rouergue (2018)

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Mamie fait sa valise

Mamie débarque avec sa valise pour une histoire de papier peint à fleurs qu'elle ne supporte plus. Elle a quitté Papie et veut divorcer. Le seul à se réjouir de la situation, c'est Armand. À lui les crêpes et les soirées sans les parents sur le dos... Mamie le bichonne et ronchonne. Après tout, « l'amour n'est pas une équation » ! Armand est encore trop jeune pour comprendre le pourquoi du comment. Pour lui, papie n'a qu'à faire plaisir à Mamie en lui achetant des fleurs qui sentent bon. Celle-ci explique alors que l'amour se cultive autrement, en temps, en minutes, en secondes, en effort en application. Ce qu'elle veut, ce sont des lettres, des mots doux, des secrets de l'âme, des gentillesses pleines de poésie... Et ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd ! Armand, toujours complice, transmet l'info au concerné... et viva l'italia ! Un petit roman d'une tendresse délicate et attendrissant par cette naïveté dont fait preuve notre jeune héros.

Mamie fait sa valise, par Gwladys Constant

dacOdac du rouergue, 2019

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24/04/18

Pêle-Mêle : Minute papillon - Le coupable - Le poisson - Loupé - Tu vas voir - Tout doux - Lia - Hyper bien

Voici une pleine moisson d'albums tous plus fabuleux & qui m'ont tous énormément plu ! Une simple bafouille pour les découvrir et redécouvrir sans plus tarder... ☺ 

 

minute papillon le coupable

Une chenille se balade au milieu d’un jardin et se prend pour un ogre. Elle croque tour à tour : haricots, petits pois, aubergines, pommes, poires, etc. Mais à chaque légume ou fruit qu’elle avale, elle prétend déguster des animaux. Une aubergine devient une baleine, une pomme ressemble à des petits oiseaux ou elle prend des champignons pour des dinosaures. Et plus elle dévore, plus la chenille devient un arc-en-ciel ambulant - son alimentation lui donne bonne mine ! Après tout, son destin est aussi de devenir un papillon de toutes les couleurs. Tout est drôle et intelligent, avec un graphisme très original (ne loupez pas les petits détails subtils dans les dessins) !

Minute papillon ! de Gaëtan Dorémus (rouergue, 2017)

Ce matin, le bûcheron a perdu sa hache. Après avoir retourné sa maison pour la retrouver, il commence à soupçonner son voisin qui a tout du suspect idéal. La colère monte, les indices se multiplient. Le bûcheron s’acharne jusqu’à trébucher sur sa hache qu’il avait oublié de ranger. Ha ! ha ! Qu'est-ce que c'est drôle ! Le mélange des couleurs orange & vert donne aussi une forte identité à cette lecture. Un album réjouissant et franchement malin.

Le coupable, de Sylvain Alzial & Sébastien Touache (rouergue, 2017)

le poisson loupé

Un enfant contemple en silence la rivière avant de préparer avec minutie ses précieux appâts. Pendant ce temps, un poisson fait des ronds dans l’eau et profite de sa liberté. Mais il finit par mordre à l’hameçon et l’enfant le ramène sur la berge. Tous deux s'observent, puis le pêcheur choisit de relâcher sa proie. Il rentre chez lui non sans éprouver de la fierté, en plus d'être émoustillé par la perspective de tenter sa chance à nouveau. Un album lumineux et hors normes, avec des acryliques splendides et presque hypnotisantes ! Peu de texte, mais beaucoup de contemplation. Magnifique !

Le poisson, de Ronald Curchold (rouergue, 2017)

Un adolescent attend son bus, suspendu à son smartphone. Il échange des textos, fait des selfies, consulte l’heure, joue à Candy Crush, écoute de la musique… sans un regard sur la vie qui l’entoure. À ses côtés, un monsieur se satisfait du temps qui passe et du spectacle de la vie ordinaire. Seuls ses yeux bougent et observent : là une colonie de fourmis, ici une araignée, ou pas loin une petite plante sur le trottoir... Bientôt le bus va arriver mais l'un des deux va rester sur le carreau. Et toc ! Une petite mignardise pour chatouiller l'écart générationnel en se moquant, non sans tendresse, de cette jeunesse futile et hyperconnectée. ☺

Loupé ! de Christian Voltz (rouergue, 2017)

 

Le jour où les ogres ont cessé de manger des enfants un temps

En avant pour une lecture pleine de dérision et d'audace... Imaginons un monde avec des ogres qui ne mangent que des enfants, en gratins, au jus, en soupes ou en rôtis. Les enfants étaient traités comme du bétail, élevés dans des fermes et nourris avec du bio, du chocolat et des céréales. Jusqu'au jour où un mal étrange a frappé tous les ogres, perclus de douleurs, incapables d'avaler une bouchée de mômes. C'était fini ! Leur mode alimentaire était à revoir. D'où les légumes, des silhouettes amincies, un nouveau mode de vie et des ogres qui se fondent dans le paysage ni vu ni connu. Seul indice pour reconnaître les anciens ogres : ils sont tous végétariens. Une fable moderne complètement décalée et originale. Super drôle à lire aux enfants ! Mouahahah !!!

Le jour où les ogres ont cessé de manger des enfants, de Coline Pierré & Loïc Froissart (rouergue, 2018)

 

Un enfant, installé sur un ponton, s'amuse à jeter un caillon dans l'eau tout en se questionnant sur le temps. « 60 minutes dans une heure, c'est toujours comme ça. Mais qui de la minute d'ennui ou de l'heure de jeu paraît la plus longue ? » En arrière-plan, la vie continue de s'écouler : les paysages évoluent au gré des saisons, les gens vont et viennent... Henri Meunier prend le mot TEMPS au pied de la lettre pour donner mille facettes de l'apprécier. De son côté, Aurore Petit invite le lecteur à suivre des parcours, des évolutions, des trajectoires, des constructions, parfois à revenir en arrière pour comprendre tous les chemins empruntés par ce temps. Poétique et fascinant dans son genre ! J'ai été subjuguée...

1 Temps, de Henri Meunier & Aurore Petit (rouergue, 2018)

 

Tu vas voir tout doux

Cet petit album, destiné aux nouveaux nés, est une invitation à découvrir le monde qui les attend. Tu vas voir, tu vas voir... promesse ou ritournelle ? En tout cas, ce ne sont pas les possibilités qui manquent ! À explorer sous toutes les coutures, pour sa poésie et ses couleurs d'une grande tendresse : « le temps passe très vite, ou tout doucement... parfois on ne le voit pas passer... »

Tu vas voir, de Frédérique Bertrand (rouergue, 2018)

 

Entre le chaud (rouge) et le froid (bleu) se dessine le destin d'un ours polaire... contraint de quitter son igloo, menacé par la fonte des neiges. Il part donc à l'aventure et trouvera, en plus d'un nouveau foyer, l'amour ! Un album qui se lit comme une fable écologique, mais qui joue aussi sur les contrastes et qui dégage surtout beaucoup de douceur & de facétie. Ravissant !

Tout doux, de Gaëtan Dorémus (rouergue, 2018)

 

Lia Hyper bien

Lia rêve d'être autre chose qu'une fraise - pourquoi pas une pomme ronde et lisse, ou une poire qui ressemble à une petite montagne, ou encore une banane sur laquelle on peut glisser comme une balançoire, ou une énorme pastèque pour paraître puissante, et pourquoi pas une prune pour avoir une taille normale ou une cerise pour être plus petite ! ... Lia grandit et se perd dans ses pensées. Cet album aux illustrations d'une grande douceur raconte l'importance de l'identité et du caractère. On a tous envie de ressembler à quelqu'un d'autre ou de vouloir être différent... avant de conclure que chaque créature est unique. Outre cet aspect métaphysique, les enfants se régaleront du défilé fruitier qu'ils apprendront à décortiquer !

Lia, de Daniela Tieni (rouergue, 2018)

Charles est confortablement installé dans son jardin, quand une envie soudaine le frappe... une envie de faire du canoé ! Impossible pour lui de résister à cet appel. Il se prépare à partir, et bim une nouvelle envie le saisit, et encore une autre, puis rebelote ! Toute l'histoire n'est qu'une succession d'envies irrépréssibles à assouvir sans attendre car Charles est un hyperactif, qui tourne en boucle, sauf qu'au final, Charles le mutant revient dans son jardin pour faire la sieste ! Hyper bizarre, c'est vrai... mais hyper fascinant et original. Un album hors normes avec un contenu captivant. TOP.

Hyper bien, de Fred Fivaz (rouergue, 2018)

 

11/03/16

Ma fugue chez moi, de Coline Pierré

Ma fugue chez moi

« Assister à ma propre disparition est dérangeant et désagréable. Personne ne fugue pour voir ses proches réagir. On fugue justement pour ne plus plus se préoccuper de rien. Pour ne pas avoir à affronter les raisons et les conséquences de son départ. »

Anouk a quatorze ans et ne supporte plus d'être devenue le souffre-douleur de son ex-meilleure amie, qui prend un plaisir sadique à la ridiculiser devant tout le collège. Un soir de décembre, l'adolescente quitte la maison avec son sac à dos et son banjo. Fuguer, pour tout oublier. Et puis, c'est le couac. Anouk, n'envisageant pas de dormir dans la rue, rentre en catimini chez elle et décide de se cacher dans le grenier où elle compte faire semblant d'être partie pour de bon. C'est peut-être excitant de jouer au Robinson sous son propre toit, mais Anouk n'avait pas prévu la réaction de ses proches - son père fou d'inquiétude et sa petite sœur malheureuse comme les pierres. Malgré tout, la jeune fille campe sur ses positions et se calfeutre dans son placard, témoin impuissante de la détresse de sa famille, partagée entre l'envie de les rassurer et ce besoin inexplicable de se couper du reste du monde pour réfléchir, avancer, comprendre, trier, grandir, ne plus paniquer. Bref, ce très court roman de 115 pages est juste une petite perle de douceur et de tendresse (qui a aussi broyé mon cœur de maman, rien qu'à l'idée de vivre pareille situation). On finit par saisir les intentions d'Anouk, adolescente à fleur de peau, qui se sent paumée dans sa famille qui n'entre pas dans la norme, avec une mère, climatologue passionnée par sa carrière, qui part six mois de l'année sur une île, un père accro au boulot et une frangine inscrite à la semaine dans une école de danse... En clair, Anouk se sent seule, abandonnée, complètement larguée. Fuguer, c'est aussi son cri d'alerte, un SOS pour réclamer de l'attention et renouer avec les siens, le temps que chacun partage ses envies, ses manques et son amour.

J'ai trouvé ce roman très beau, très doux, très touchant (pas très réaliste, mais qu'importe...) car l'histoire cherche avant tout à rassurer et esquisse un portrait original et attachant d'une “famille biscornue et rafistolée, une famille joyeusement bizarre” qui finit par raccommoder ses petits bobos dans un grenier désormais rempli d'histoires. C'est sincèrement une très, très jolie lecture, rythmée comme de la musique jouée sur un banjo, avec de la sensibilité, de la débrouille et de l'innocence. Une découverte exquise et émouvante. 

Rouergue / Mars 2016

Posté par clarabel76 à 17:45:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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