27/01/16

Literary Life, Scènes de la vie littéraire, par Posy Simmonds

Literary Life

Ces chroniques, parues chaque samedi entre 2002 et 2005 dans The Guardian Review, évoquent le charmant milieu littéraire, de l'édition à la librairie, de l'auteur à l'illustrateur, du critique au lecteur, non sans une certaine férocité. L'auteur passe, en effet, tout au crible, du libraire indépendant qui se débat pour survivre face à la concurrence déloyale du monstrueux médiastore, de l'écrivaillon en souffrance, qui rêve de gloire et de reconnaissance, de l'auteur imbu de sa personne, qui s'imagine être la coqueluche du public et de la presse, des séances de dédicace désertes, des cocktails pour lancer tel ou tel livre, de l'inspiration, de la page blanche, des ennemis cachés, des louanges et des propos assassins. Oui, la vie littéraire est digne d'un roman policier. C'est grinçant, c'est mordant, cela vous poignarde ci et là, ça vous flingue une réputation, un nom, un titre, un rêve, un désir. C'est assez criant de vérité, et les plus concernés en riront jaune. Posy Simmonds épingle les travers de ses semblables, torpille les clichés (la littérature jeunesse, le mythe du cottage anglais et son charme bucolique, Jane Austen confrontée à notre époque... no way !). C'est une lecture drôle, sarcastique, proposée avec un certain flegme britannique très appréciable.  Une chouette découverte.

Folio BD / Novembre 2015 ♦ Trad. de l'anglais par Corinne Julve et Lili Sztajn

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02/07/15

3 fois rien qui font tout, de Stewart Lewis

« J'ai toujours eu le sentiment de me préparer à vivre une autre vie ; comme si j'avais attendu sur un quai qu'un train m'emmène vers une destination inconnue, que je ne reconnaîtrais qu'en y arrivant. »

Trois fois rien qui font tout

Olivia rêve d'une vie parfaite, entourée de gens heureux, libérés de leurs soucis. Adoptée par deux papas adorables, hélas confrontés à des problèmes d'argent, elle choisit de se retrousser les manches pour dénicher un petit boulot. Le jour de son entretien, pour être l'assistante d'une directrice de casting, elle croise une voyante qui se propose de lui lire son avenir à titre gratis. La jeune fille est sceptique, mais quand elle réalisera que les prédictions entendues vont l'une après l'autre se concrétiser, Olivia se sent prête à labourer des terrains laissés inutilement en jachère.

La suite de l'histoire s'annonce invraisemblable, mais magique. Olivia va dénicher un vieux livre de cuisine, ayant appartenu à une certaine Rose Lane, en 1966. Les notes laissées en marge vont aussitôt l'attirer et lui dévoiler un portrait de femme très touchant. Peu de temps après, elle retrouve aussi son premier béguin. Puis fouille dans son passé pour connaître l'identité de sa mère... Et de fil en aiguille, l'intrigue procure une sensation de bonheur simple et gentillet. C'est comme lire une bluette sans aspérités, où les bons sentiments sont mis à l'honneur, ainsi que la résolution de tous vos rêves, en un claquement de doigts.

Parfaitement utopiste, ce roman ne nous déçoit pas pour autant car c'est toujours délicieux de se sustenter d'ingrédients légers et onctueux. Olivia incarne aussi l'adolescente de 16 ans comme il est rarement permis d'en croiser - adepte du vintage, réfractaire au téléphone portable et passionnée de cuisine au point d'en faire sa carrière. Cette jeune fille est un mythe absolu ! Mais c'est ce qui rend ce livre attachant et adorable. Je n'en attendais pas davantage.

La Martinière J. / février 2015 ♦ Traduit par Corinne Julve (The Secret Ingredient)

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07/02/15

Ma famille, le collège et autres cauchemars, de Carol Midgley

« Quand je le regarde, j'ai des papillons dans le ventre. Ou plutôt de grosses mites qui battent des ailes. »

Ma famille, le collège et autres cauchemars

Un soupçon de légèreté avec la lecture du journal de Dany, jeune anglaise de 12-13 ans, nous racontant joyeusement sa vie, sa famille, ses amis, ses amours et la jungle du collège... Et qu'est-ce qu'on se régale ! Dany possède ce solide sens de la répartie, de l'humour et du sarcasme dont seuls les British ont le secret.

Son univers n'est que dinguerie et futilité : oui, elle est amoureuse d'un garçon qui préfère la peste de l'école. Oui, elle a la honte de sa vie depuis l'accident du sachet dégoulinant des selles liquides de son chien. Oui, ses parents sont mortellement amoureux et l'affichent encore. (Mais la roue tourne, à force de messes basses, l'ambiance à la maison est devenue étrange et ses problèmes sont pris à la légère.)

Ajoutez une grand-mère qui ne pense qu'au transit intestinal (“avez-vous fait vos paquets ?”), une meilleure amie géniale dont elle n'écoute jamais les bons conseils, des promenades dans le parc, des tentatives de se métamorphoser en objet du désir, un garçon adorable et timide, de l'obstination, des échecs, des bulles de morve et de grosses mites qui battent des ailes !

Le ton est donné, décalé et déjanté, même si la base n'est pas neuve (Dany Dench ressemble à une vague cousine de Georgia Nicolson ou Jess Jordan) mais ça le fait à chaque fois. Cette propension qu'ont les adolescents à dramatiser leur quotidien est toujours source de fous rires ! Du moins, j'ai vraiment passé un bon moment. Lecture rapide et distrayante, totalement déculpabilisante. ;-)

La Martinière J. , août 2014 ♦ traduit par Corinne Julve (My Family and Other Freaks) ♦ illustrations et couverture : Hubert Van Rie

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22/02/14

Gipsy Song, Le choix de Kenzie par Beth Kephart

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J'ai adoré ce roman qui m'a littéralement transportée en Espagne, un pays qui ne me fait pas plus rêver que ça en temps ordinaire, mais là, j'étais fascinée, envoûtée par le décor, la chaleur, les personnages, la tendresse, et que de lyrisme dans tout ça ! C'est merveilleux, très beau, doux et apaisant, on comprend pourquoi l'héroïne, Kenzie, s'y sent à son aise et considère son exil comme un refuge, un nouveau départ.

Pourtant, c'était plutôt mal parti pour elle. Elle a été envoyée dans le ranch de Miguel, dans la campagne de Séville, sous ordre de sa mère, qui n'a pas supporté l'annonce de sa grossesse. La jeune fille n'a que 18 ans, tout un avenir à construire, elles ne sont plus que deux à la maison, depuis le décès brutal du père, qui reste un chagrin insurmontable pour elle. Complètement paumée, elle se repose à l'ombre des arbres, discute avec l'enfant à naître (et qu'elle va faire adopter), passe des heures en cuisine avec Estela ou à parler oiseaux et chevaux avec Esteban, le jeune palefrenier (gentil, séduisant, secret, etc.).

Il ressort de cette lecture une atmosphère qui nous imprègne, par l'odeur des épices, des oranges ou de la paella, par le soleil lourd et la chaleur accablante, par le rythme des guitares et des chants, par le flamenco, par les grigris des gitans de passage... C'est chatoyant, entêtant, magique, ensorcelant. La prose de Beth Kephart, joliment traduite par Corinne Julve, résonne comme une berceuse à nos oreilles. Un vrai festival pour l'âme et le coeur.

Je n'avais plus le goût de quitter cette histoire, qui est celle d'un apprentissage et de choix de vie, car je me sentais parfaitement à mon aise dans le ranch de Miguel. Comme un cocon douillet, tellement apaisant. Je trouve juste dommage le choix de la couverture française, alors que l'édition originale, Small Damages, est beaucoup plus attrayante, plus conforme au contenu du livre. Pas sûre que cet indigo tape dans l'oeil du futur lecteur... et ce serait tellement dommage de passer à côté !

La Martinière J., février 2014 - traduit par Corinne Julve