01/09/17

La maison du péril, d'Agatha Christie

La Maison du péril

Hercule Poirot vient de prendre sa retraite et réchauffe ses vieux os dans la station balnéaire de St Loo, sur la côte de Cornouailles, en compagnie de son fidèle Hastings. Pas loin de sombrer dans la mélancolie, Poirot accorde finalement un vif intérêt à sa rencontre avec la fraîche et pétillante Nick Buckley.
Par son allure moderne et décalée, ses manières décomplexées, elle divertit notre ami en racontant, autour d'un cocktail, qu'elle vit dans une vieille bicoque hantée, autrement nommée “la maison du péril”. Bavarde et insouciante, elle leur explique avoir échappé par trois fois à d'étranges pépins - un tableau qui se décroche et tombe sur son lit, un rocher qui dévale une falaise pour s'écraser à deux pas, et les freins de sa voiture qui lâchent inopinément...
Quelle chance inouïe, songe Hercule Poirot, jusqu'à ce qu'il ramasse le feutre mou de la jeune femme, soufflé par le vent, et qu'il remarque un petit trou net et bien rond. La trace d'une balle perdue. Une fois encore, Nick vient d'échapper à la mort. Sous la moustache du détective.
Ses petites cellules grises sont dans tous leurs états. Il est temps pour Hercule de reprendre du service et de s'inviter dans cette symbolique maison !

Une mise en scène impeccable, une galerie de personnages insondables, de l'élégance, du mystère et de l'enfumage... Je raffole des ambiances désuètes, encore plus lorsqu'elles sont au service d'une intrigue habilement troussée, à la tension psychologique avant-gardiste, à la construction complexe et au dénouement insoupçonné.
Un très bon Agatha Christie, dans lequel Hercule Poirot brille par son éternelle suffisance et par sa clairvoyance qu'il récupère in extremis ! Classique, inlassable.

Éditions du Masque / 2015 - Traduction (entièrement révisée) de Robert Nobret 

 


30/08/17

Le joyau de l'Annam, de Patricia Wentworth

LE JOYAU DE L’ANNAMUn simple coup d'œil à la couverture a suffi pour attiser ma curiosité et anticiper le bonheur de ma lecture de ce nouveau roman de Patricia Wentworth. Je l'ai commencé en toute innocence, sans chercher à connaître son contenu, mais j'avais pressenti une promesse d'évasion à l'évocation de l'Annam (désormais le Viêt Nam)....
Peter Waring n'est qu'un enfant lorsqu'il se retrouve sans famille et sans le sou, mais il hérite malgré lui d'un lourd secret familial autour du célèbre joyau de l'Annam, devenant ainsi le maillon d'une chasse au trésor qui va soulever les foules et les convoitises.
Bien des années plus tôt, son père et deux acolytes sont partis à sa recherche, ont été en possession de l'objet, avant d'en subir la malédiction. Depuis, un mystère demeure autour de son existence et de son détenteur. L'entourage de Peter n'a eu de cesse de scruter le jeune orphelin, pesant le poids de ses souvenirs ou de ses connaissances. En vain.
Peter a ainsi grandi dans une ambiance lourde et sournoise, dont il a pu s'extirper en trouvant auprès de Rose (sa “sœur de cœur”) une relation pure et candide qui l'empêche de perdre pied dans son labyrinthe de coups fourrés. 
Adolescent romantique, Peter va pourtant s'enticher de la ravissante Sylvia... laquelle joue le chaud et le froid avec ses sentiments, avant de comprendre qu'il pourrait lui être d'une aide précieuse dans la quête du joyau !
En effet, criblée de dettes, Sylvia a vendu son âme à un sombre individu, lui aussi déterminé à mettre la main sur cette pierre unique en son genre. Avec son charme et son culot, la jeune fille va subtilement duper son entourage pour parvenir à son but.
Toutefois, le chef d'orchestre de cette sombre histoire d'ambition dévorante demeure insaisissable. Les trublions surgissent sans crier gare, les tromperies se multiplient, ce qui ne manquera pas d'étourdir le lecteur, car toutes les cartes n'ont pas été jouées !
Dommage que tout ceci donne une sensation de fouillis au roman, me faisant osciller entre l'intérêt frétillant et l'ennui gonflant au fil des pages. J'ai certes été séduite par l'ambiance des années 20, mais peu conquise par l'intrigue générale...
Un rendez-vous en somme charmant, mais peu captivant.  

10x18 Grands Détectives / Juillet 2017 / Trad. Pascale Haas

 

24/02/17

Une sale affaire, de Marco Vichi

une sale affaireCette deuxième enquête du commissaire Bordelli va s'annoncer particulièrement houleuse et douloureuse. La verte campagne florentine est en effet souillée par la découverte de cadavres de fillettes de huit ans. Face aux mères effrondées, Bordelli promet d'arrêter ce dangereux maniaque mais se heurte à une enquête sans piste sans indice. La police piétine, la colère monte, la frustration gagne du terrain. Notre commissaire ronge son frein et ne cache pas son impuissance auprès de son amie Rosa, une ancienne prostituée qui a le cœur sur la main mais qui veille sur lui comme une mama possessive et jalouse. Lorsque Bordelli croise le chemin d'une jeune femme en mission secrète, les sens de notre enquêteur sont également tourneboulés. De nouvelles révélations entrent en collision, l'affaire des meurtres d'enfants prend un tour inattendu et notre histoire s'enrichit d'un contexte lourd, poignant et éternellement traumatisant. Nous sommes en 1964 et les souvenirs de la guerre sont encore vivaces. Bordelli lui-même ne trouve plus le sommeil à force de ressasser son passé. Cela donne à la lecture un goût saumâtre et une tonalité pleine d'amertume. C'est assez saisissant, mais heureusement la brochette des personnages est pittoresque et attachante - outre le commissaire, son amie Rosa, on compte aussi le jeune policier Piras, venu de Sardaigne pour apprendre le métier et se familiariser aux coutumes locales avec le même dévouement, sans oublier le médecin légiste Diotivede, seul capable de déjeuner sur son lieu de travail, ainsi que Toto, le cuisinier de la trattoria qui propose toujours des recettes “à son goût” ! Cet univers récurrent fait oublier la sensation de désarroi imposée par l'intrigue criminelle. Certes, l'enquête suit son cours sur un rythme nonchalant, elle avance à petits pas et ne verse jamais dans un tumulte inopiné. La lecture laisse cependant dans son sillage une note d'ironie douce-amère et un humour grinçant (Bordelli est un flic usé, au volant de sa Coccinelle, il parcourt la ville de Florence en quête d'un grand peut-être). C'est tout à la fois dépaysant, subtil et bouleversant. J'avais découvert, l'été dernier, Le commissaire Bordelli et j'avais été particulièrement séduite par cette approche. Toutefois ce deuxième épisode est plus dur, plus lent, plus dramatique. La série amorce un virage délicat. À voir si les prochains tomes seront traduits en VF (la série originale compte six titres). 

10 X 18 - Domaine Policier - Janvier 2017

Traduit de l'italien par Nathalie Bauer [Una brutta faccenda]

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21/11/16

Je l'ai fait pour toi, de Laurent Scalese

Je l'ai fait pour toiBienvenue à Lazillac-sur-Mer, dans l'univers du commandant Samuel Moss dont les armes sont le charme, la séduction et l'art du détail : rien ne lui échappe, que ce soit pour une enquête ou au quotidien. Ses étudiants sont d'ailleurs souvent bluffés par sa logique infaillible.
Sa hiérarchie, par contre, fait grise mine. Moss est un électron libre, arrogant et snob, il bénéficie pourtant de l'indulgence générale au vu de ses bons résultats. Mais ce type est un cas et c'est la jeune Cheyenne Calvera, fraîchement mutée dans le service, qui va se coltiner ses méthodes peu orthodoxes ! 
Au départ, leur partenariat est souffreteux et fonce droit dans le mur. Moss se comporte, comme à l'accoutumée, de manière présomptueuse et fanfaronne. Tout chez lui exaspère sa nouvelle collègue, même si celle-ci reconnaît au fond d'elle-même qu'elle a beaucoup à apprendre en travaillant à ses côtés. 
L'annonce du décès de la romancière à succès, Jade Grivier, va justement éprouver leur équipe et les théories de Moss.
Après avoir inspecté la scène du crime, ce dernier conclut qu'il ne s'agit pas d'un suicide. Tout a été mis en scène exprès pour faire croire à une mort intentionnelle, mais notre fin limier a relevé des indices troublants. En fait, il a rapidement cerné le coupable et cherche désormais à réunir les preuves pour le démasquer. Moss est un maniaque du crime parfait, mais pense qu'il n'y a pas de meurtrier parfait. 
Cette façon de procéder n'est pas sans rappeler un certain lieutenant Columbo, pour les vieilles ruses à vouloir confondre le suspect, mais aussi Sherlock Holmes ou Hercule Poirot, pour l'observation, la déduction et l'insolence du dandy excentrique, sans oublier l'inénarrable Adrian Monk pour le côté obsessionnel. Le tout est ingénieux, captivant, avec une bonne tension psychologique qui tient en haleine. 
Cette lecture a été une agréable surprise, portée par l'interprétation recherchée et brillante de Laurent Jacquet. C'est sobre, avec une pointe d'humour appréciable. Et comme beaucoup d'autres lecteurs, j'ai très envie de retrouver Moss dans de nouvelles enquêtes ! 

Texte lu par Laurent Jacquet (durée : 8h 44) pour Audible FR

>> en exclusivité & en téléchargement sur Audible.

©2016 Place des Éditeurs (P)2016 Audible FR

 

Je l'ai fait pour toi | Livre audio

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26/09/16

Liaisons secrètes, de Patricia Wentworth

LIAISONS SECRÈTESQuel bonheur de retrouver ma bonne vieille copine Patricia Wentworth ! Je suis, à tous les coups, assurée de passer un bon moment de lecture : simple, dépaysant, vintage, captivant. J'adore.
Cette édition ne déroge pas à la règle et nous raconte l'histoire de Shirley Dale, une jeune femme sans le sou mais pleine de ressources. Installée à Londres, dans une petite chambre qu'elle loue à Mrs Camber, elle occupe également l'emploi de dame de compagnie chez Mrs. Huddleston, laquelle passe son temps à radoter, à se plaindre, à piquer du nez dans son fauteuil couvert de chintz, calée près du feu. Pourtant, un malheur va frapper cette rombière à qui l'on vient de voler une broche en diamants et une parure d'émeraudes. Tous les soupçons se portent sur Shirley, obligée de fuir sans demander son reste. Et la voilà qui débarque en pleine campagne, où ses ennuis ne sont pas finis pour autant !
Quelle incroyable rouerie que ce scénario ingénieux et aux rebondissements multiples. J'ai été franchement épatée par ce roman à suspense qui déploie ses ailes avec grâce et sans friser le ridicule. Tout est finement troussé, chaque pièce glissée sur l'échiquier dans un but précis. Patricia Wentworth a anticipé chaque sursaut et a piégé son lecteur dans cette course-poursuite effrénée. L'héroïne est à la fois attachante et écervelée, coincée dans une situation embarrassante, à propos de laquelle le lecteur n'est pas dupe, complice du crime en puissance.
Ce n'est pas non plus le défilé de la fanfare pour conduire au coup de théâtre final, toutefois cette lecture sait nous régaler de bonnes petites séquences d'une intensité dramatique palpitante ! J'ai été enchantée, complètement emportée dès les premières pages, plongée dans une autre époque, à croiser des personnages hauts en couleur (Jasper Wrenn ou Miss Maltby). Et reconnaissons que certaines péripéties sont stupéfiantes et inattendues. Bref. Du très bon dans le genre cozy mystery.

Traduit par Pascale Haas pour les Editions 10/18  (Juillet 2016)

Titre original : Hole and Corner 


01/09/16

Les Enquêtes de Mary Lester : Les Bruines de Lanester & Les Diamants de l'archiduc, de Jean Failler

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Mary Lester vient de décrocher son premier poste au commissariat de Lorient et anticipe la perspective d'enquêtes trépidantes. Las, la jeune femme est renvoyée dans son bureau, chargée de consigner des plaintes quelconques. Son capitaine n'est pas d'une grande ouverture d'esprit quant à la présence féminine dans ses bureaux. Mary ronge son frein et s'applique aux exigences administratives mais n'en espère pas moins un miracle quand on retrouve un clochard noyé dans le Scorff, puis quand une jeune épouse éplorée vient signaler la disparition de son compagnon. Deux affaires louches en moins de temps qu'il n'en faut pour dire chic. Mary est prête à bondir dans son Austin pour mener une enquête de terrain, seulement le capitaine Amédéo la rappelle à l'ordre en lui reprochant son impétuosité. 

Cette série dénichée par France Loisirs n'est pas une nouveauté, puisqu'elle existe depuis 2003 aux éditions du Palémon et compte déjà une quarantaine de titres au compteur ! En attendant d'atteindre de tels sommets, ce premier tome remet au goût du jour cette héroïne frondeuse et attachante, ainsi que ses enquêtes divertissantes qui nous font visiter des petits coins de Bretagne en toute simplicité. Cerise sur la galette, l'énigme du roman se révèle passionnante, à la fois bien ficelée et conduite avec dynamisme.   

Dans la deuxième enquête, Les Diamants de l'archiduc, Mary a pris du galon en rejoignant le commissariat de Quimper mais a juré de se tenir à carreau après ses débuts tumultueux. Elle croise au hasard de ses promenades un clochard goguenard qui va lui raconter en plusieurs épisodes les secrets du casse du siècle. La jeune femme est tenue en haleine et devient la dépositaire d'une confession aussi étonnante qu'invraisemblable. Notre héroïne prend une part moins active dans l'histoire mais la lecture n'en demeure pas moins plaisante, empreinte d'un charme désuet et enveloppée de bon air iodé. On devine pas loin le goût du cidre, du beurre salé et des galettes ! 

Une jolie série sans prétention, dégustée sur la route des vacances. 

France Loisirs, coll. Piment noir / Avril 2016

Le Commissaire Bordelli, de Marco Vichi

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Encore une découverte italienne avec ce roman de Marco Vichi dont la jolie couverture colorée annonce une rencontre attrayante et pleine de charme ! L'histoire nous plonge en plein été 1963 dans la ville de Florence. Le commissaire Bordelli se rend dans une somptueuse villa où une vieille dame est morte, étouffée par une violente crise d'asthme. Le policier émet cependant quelques réserves et obtient de l'autopsie la preuve d'un meurtre commis dans les règles de l'art. Il ne faudrait cependant pas s'attendre à une enquête fracassante, car notre commissaire est du genre débonnaire et mélancolique, souvent plongé dans ses souvenirs, préférant s'imprégner du crime avant d'en découdre les ficelles. Reposante, décalée avec son époque, la lecture possède cette désuétude délicate et attachante, piochant sans faillir dans les combines du cozy mystery pour nous envelopper dans sa bulle. L'intrigue s'applique à rassembler les indices et les suspects, puis à décortiquer les motivations et les mobiles de tous. Il y a très peu d'action, mais on ne s'ennuie pas car on se laisse porter par le mouvement nonchalant et l'ambiance chaleureuse et dépaysante. Les personnages aussi nous réservent leur part de mystères et de douces excentricités - entre Diotivede, le médecin légiste ; Dante, l'inventeur fou et génial ; Botta, le cambrioleur converti en cuisinier ; Rodrigo, le cousin effrayé par l'amour et Rosa, la prostituée au grand cœur. Bordelli lui-même n'est pas loin d'être le produit hybride du couple Maigret / Adamsberg ! Solitaire et désabusé, gourmand et bon vivant, notre homme file au volant de sa Coccinelle en ne laissant rien paraître de ses tourments personnels. La suite de ses aventures promet donc un rayonnement de bonheur littéraire à picorer pour son bon plaisir. 

Traduit de l'italien par Nathalie Bauer (Il commissario Bordelli) pour les éditions Philippe Rey

Repris en poche chez 10x18 / Mars 2016

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30/08/16

Agatha Raisin enquête : La Quiche fatale & Remède de cheval, de M. C. Beaton

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Quelle exquise série ! Agatha Raisin est une héroïne hors pair, fantasque, fonceuse, décidée à tout péter dans ce petit village des Cotswolds où elle vient de s'installer, quittant une vie londonienne bouillonnante d'activités et une brillante carrière au sein de son agence de communication.

C'était son rêve de toujours de s'acheter un cottage à la campagne pour y couler une retraite à la hauteur de ses espérances. Las, son adaptation à la vie de Carsely n'est pas un franc succès. Les autochtones sont excessivement polis mais distants. Agatha a beau multiplier les efforts d'intégration, rien n'y fait. Elle se sent seule, isolée et elle s'ennuie. Son dernier espoir consiste à participer à un concours de quiche - qu'elle court acheter chez un traiteur à Londres. Or, peu après sa dégustation, le président du jury meurt empoisonné ! Agatha jure ses grands dieux qu'elle est innocente et avoue honteusement sa supercherie. L'enquête tourne court, mais contrarie notre héroïne qui cherche à démontrer au jeune agent Bill Wong qu'un véritable crime vient d'être commis à la barbe de tous. Cette chère Agatha met les pieds dans le plat, tout en culot et en maladresse, pour nous régaler de son histoire décapante et savoureuse.

Un cozy mystery pur jus, planté dans un décor de carte postale, avec des personnages toqués, de l'humour et une intrigue pétaradante. Un régal ! 

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Et donc, j'ai enchaîné avec le deuxième tome des aventures d'Agatha Raisin (Remède de cheval). ^-^

Après bien des déboires et des hésitations, Agatha a choisi de rester à Carsely. La présence de son nouveau voisin, James Lacey, qui affiche prestance et célibat, n'est pas sans influencer notre héroïne qui n'est plus à une excentricité près (s'envoler aux Baléares en imaginant des vacances en tête-à-tête !). Evidemment, son manque de tact effarouche notre ermite, déjà alarmé par les excès de prévenance des dames du village. James n'entend pas se caser et s'enferme chez lui pour rédiger ses mémoires militaires, mais affronte le syndrome de la page blanche, tout en contemplant derrière le rideau de ses fenêtres les allées et venues de sa voisine hyperactive.

Agatha vient en effet de rallier les rangs des abeilles butineuses agglutinées dans la salle d'attente du nouveau cabinet de vétérinaire. En effet, Paul Bladen est plutôt bel homme, avec son regard pénétrant et des mains sensuelles, en plus d'être célibataire. Justement, Agatha trouvait que son chat était en petite forme. Raison de plus pour consulter le véto au plus vite... Ses efforts ne seront d'ailleurs pas vains, puisqu'elle décroche un rendez-vous galant auquel elle ne pourra se rendre en raison d'une tempête de neige exceptionnelle. Mais elle s'accroche. Et nous offre des séquences hilarantes qui prouvent que le ridicule n'existe pas. 

L'annonce de la mort de Paul Bladen va forcément troubler la communauté de Carsely, principalement sa population féminine, frileuse à l'évocation de son assassinat, embarrassée de quelques secrets peu avouables. Pour l'occasion, Agatha va s'allier à James pour rompre leur routine et rendre service à l'agent Wong. Notre duo de choc se livre à une enquête de terrain particulièrement piquante et cocasse (lire la scène des WC du pub pour s'en convaincre) et pare ainsi ce volume d'anecdotes truculentes et enlevées.

Encore une lecture de confort, pour les amateurs de meurtres à l'anglaise, qui doit aussi son succès à la personnalité haute en couleurs de son héroïne. À suivre avec grand plaisir ! 

Traduit par Esther Ménévis pour les éditions Albin Michel (Juin 2016)

La suite est déjà prévue en Octobre : Pas de pot pour la jardinière (T.3) et Randonnée mortelle (T.4)

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05/03/16

Dix petits nègres, d'Agatha Christie

Dix petits nègres 2013

Dix personnes sont conviées par un hôte mystérieux à séjourner sur l'île du Nègre. On trouve ainsi le docteur Armstrong, le détective Blore, Miss Emily Brent, la jeune Vera Claythorne, le capitaine Lombard, le général Macarthur, le sarcastique Anthony Marston, le juge Wargrave, désormais à la retraite, et le couple Rogers, qui sont les employés de maison. Seul manque à l'appel le maître des lieux, un certain U.N. Owen, qui tarde à arriver. Tous ont accepté son invitation à l'aveugle pour plusieurs raisons, beaucoup par curiosité, un peu pour se reposer, souvent par appât du gain, soit pour décrocher un job ou pour s'affilier à un généreux mécène. Mais à peine ont-ils mis un pied sur l'île qu'ils vont réaliser leur erreur. La sanction ne se fait pas attendre et tombe à l'heure du souper : une bande-son sortie de nulle part se déclenche, les accusant d'avoir tous quelque chose à cacher et à craindre. Serait-ce une plaisanterie qu'elle serait du plus mauvais goût ! songent-ils amèrement. Osant à peine se regarder dans le blanc des yeux, tous décident de quitter l'île sans plus attendre. Hélas, la navette a disparu et les contraint à demeurer sur leur rocher, coupé du monde.

C'est donc dans un climat tendu que va se dessiner l'une des intrigues les plus diaboliques de la littérature policière, et qui a depuis inspiré de nombreuses copies. Mais, comme on dit, souvent imitée, jamais égalée. Agatha Christie était une technicienne hors pair, capable de vous retourner prestement les clichés et les codes du genre. Avec son histoire des Dix Petits Nègres, elle impose là une signature devenue culte. Car sur l'île, l'ambiance entre les convives vire à la soupe à la grimace. Comprenant que leur vie dépend d'une vulgaire comptine, ils frémissent d'effroi en voyant leurs comparses s'effondrer les uns après les autres, se regardant en chien de faïence, certifiant que l'instigateur de cette mascarade vengeresse se trouve parmi eux. Leurs plus sombres secrets s'en trouvent révélés. Le climat en devient plus qu'oppressant, et c'est carrément flippant à lire. Même si on connaît déjà les ressorts de l'intrigue, pour avoir lu le livre dans le passé, on se tient à carreau et on se délecte de l'incroyable supercherie qui se trame sous nos yeux.  C'est incontestablement le plus redoutable des romans d'Agatha Christie. 

Le Masque / Bibliothèque idéale d'A.Christie (Novembre 2013) ♦ Couverture par Martin Parr 

Traduit par Gérard de Chergé (Ten Little Niggers, 1939)

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#Jeu littéraire : Vintage Mystery Cover Scavenger Hunt 2016 : un chapeau

21/02/16

Le Crime de l'Orient-Express, d'Agatha Christie

Le crime de l'Orient-Express

Voyageant à bord de l’Orient-Express, Hercule Poirot est approché par un certain Ratchett, un passager américain, qui se dit traqué et sérieusement menacé. Poirot décline l'affaire. Mais le lendemain, l'homme est retrouvé mort dans son compartiment. Le train étant immobilisé en pleine campagne, à cause de la neige, Hercule est certain que l'assassin se trouve encore à bord. En avant les petites cellules grises pour démasquer le coupable ! Avec son ami Bouc, un compatriote, directeur de la Compagnie des Wagons-lits, et Constantine, le médecin de service, Poirot va interroger chacun des voyageurs et établir la liste des suspects... qui n'en finit plus de s'allonger au vu des révélations et des indices trouvés. Un vrai casse-tête qui transcende notre détective belge. Autant le dire, j'éprouve pour ce livre une affection particulière, notamment parce que l'Orient-Express incarne pour moi le mythe absolu (j'ai, pendant longtemps, longé son convoi qui attendait sagement le long des quais) (en vrai, ce train est magique !). Cette lecture n'est pas loin d'être la consécration romanesque ! ;-) Même si l'histoire s'écoule de façon classique et banale, elle a pour originalité d'offrir un dénouement spectaculaire car peu conventiel, surtout pour l'époque. L'ambiance confinée du train procure aussi la sensation grisante d'un environnement menaçant et du couperet prêt à tomber. C'est assez pesant, et délectable. Encore un super moment, avec un Hercule Poirot qu'on dit au sommet de son art.

Le Masque A. Christie / Mai 2013 pour la présente édition ♦ Couverture vue par Martin Parr 

Traduction entièrement révisée par Jean-Marc Mendel (Murder on the Orient Express, 1934)

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#Jeu littéraire : Vintage Mystery Cover Scavenger Hunt 2016 : une blonde