17/02/17

Le garçon qui nageait avec les piranhas, de David Almond

Le garçon qui nageait avec les piranhasDéjà séduite par la couverture illustrée par Oliver Jeffers, j'étais vivement intriguée par cette histoire de garçon et de piranhas. Avisant également le nom de l'auteur, David Almond, j'étais frétillante de joie à l'idée de plonger dans un univers fabuleux et de savourer une lecture hors du commun.
Eh bien j'avais raison d'espérer. Le résultat a été renversant, enchanteur et déjanté. Le roman raconte l'histoire d'un jeune garçon, Stanley Potts, qui vit heureux chez son oncle et sa tante. Suite à la fermeture du chantier naval, Oncle Ernie perd son boulot mais entreprend de transformer leur maison en une conserverie de sardines, maquereaux et pilchards. La manufacture prend toute la place, le travail est colossal, heureusement le succès est au rendez-vous. Oncle Ernie est néanmoins obsédé par le rendement et en oublie de célébrer l'anniversaire de son neveu ! Pour se consoler, Stanley se rend à la fête foraine installée en ville et découvre le stand de la pêche miraculeuse avec ses misérables petits poissons rouges. Touché par leur détresse, le garçon négocie avec le forain pour lui acheter son stock, en échange il accepte quelques corvées pour payer la note. Mais au cours de la nuit, Oncle Ernie est frappé d'un nouveau coup de folie. Le réveil est cauchemardesque, Stanley quitte la maison pour rejoindre la caravane Dostoïevski et poursuivre la tournée en leur compagnie.
C'est le début d'une chouette aventure qui entraîne notre jeune héros à la découverte du monde et de ses possibilités. Le garçon est un grand sensible, avec un cœur d'or, si bien qu'il attendrit quiconque le croise sur son chemin. Même Nitasha, la fille du forain, grincheuse et renfrognée depuis le départ de sa mère, va retrouver le sourire. Appelé à accomplir de grands exploits, Stanley Potts rencontre la légende vivante, Pancho Pirelli, l'homme qui nage avec les piranhas. Le destin de l'enfant va de nouveau être bouleversé, sous nos yeux ébahis et rêveurs. Franchement, j'ai adoré ce petit roman. Il est à la fois étonnant, gai, joyeux, fou et adorable. L'histoire aussi est lumineuse, drôle et attachante, surtout grâce à son personnage central, Stanley Potts, un garçon remarquable pour sa simplicité, sa générosité et son courage. La lecture peut sembler naïve mais elle est surtout éblouissante et nous émerveille de page en page en nous tirant des sourires ! 

Traduit par Diane Ménard pour les éditions Gallimard Jeunesse - Octobre 2015

Illustrations d'Oliver Jeffers ♥

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18/06/14

Je m'appelle Mina, par David Almond

✿ en poche ! 

Je m'appelle Mina

Mina, neuf ans, vit seule avec sa mère depuis la mort de son père. Le plus souvent réfugiée dans son arbre à l'abri du monde, elle joue avec les mots, invente des histoires, raconte sa vie de tous les jours, le bonheur de regarder la vie d'en haut, parmi les oiseaux, loin du monde d'en bas, où elle a eu si peur. Son carnet ne ressemble qu'à elle : il est sincère, vrai, touchant, bizarre, très personnel, onirique, poétique et j'en passe. Il fait fi des règles et des conventions (rien que la police de caractères, c'est un vrai festival !), il s'ébroue comme un jeune chien fou, égaré en pleine nature, il souffle, il respire, il est heureux. Et nous aussi. C'est un roman touchant, mais je ne saurai expliquer pourquoi il donne autant le sourire, pourquoi les mots de Mina, en apparence simples et naïfs, renferment autant de subtilité, de vérité et de beauté. C'est certes un méli-mélo de pensées farfelues, de rêves éveillés et de comptes-rendus insolites, qui nous embarque dans un univers enfantin et routinier. Mais peut-être doit-on aussi y voir une façon d'expliquer le pouvoir des mots, de l'imagination et de l'écriture. David Almond est un grand auteur, à découvrir sans attendre !

Folio junior, mai 2014 ♦ traduit par Diane Ménard

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05/02/12

« Ecrire, c’est emmener les mots en promenade. »

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Le roman de David Almond ne se raconte pas, et se résume encore moins. Il s'agit en fait du carnet de Mina, une demoiselle qui ne va plus à l'école, où elle ne se sentait pas à sa place. Elle était régulièrement rabrouée par son institutrice, Mme Scullery, jusqu'au fameux jour des évaluations, le jour de trop, le jour où Mme McKee est venue récupérer sa fille, sans gronder, mais avec compassion. Elles sont reparties toutes les deux dans leur maison, en jurant qu'elles ne mettraient plus jamais les pieds dans cette école. Et depuis, Mina suit ses cours chez elle. Elle passe son temps à écrire ce qui lui passe par la tête, elle se perche sur un arbre et parle aux oiseaux, elle observe ses voisins, la vie dans le quartier est sinistre, soupire-t-elle, Mina a envie de vie et de joie, alors elle gribouille encore plus ses idées folles dans son carnet. 

Son carnet ne ressemble qu'à elle : il est sincère, vrai, touchant, bizarre, très personnel, onirique, poétique et j'en passe. Il fait fi des règles et des conventions, il s'ébroue comme un jeune chien fou, égaré en pleine nature, il souffle, il respire, il est heureux. Et nous aussi. J'ai été très touchée par ce roman, pas facile à expliquer pourquoi il donne autant le sourire, pourquoi il touche et pourquoi les mots de Mina, en apparence simples et naïfs, renferment plus de vérité et de beauté que tous les discours de grands. C'est a priori un méli-mélo de pensées farfelues, de rêves et de comptes-rendus qui nous embarque dans un univers enfantin et routinier, mais c'est aussi et surtout une façon d'expliquer le pouvoir des mots, de l'imagination et de l'écriture. Graphiquement, le livre est également un petit miracle et ne ressemble pas à un roman classique. C'est ce qui nous rapproche de la narratrice, Mina est la petite camarade de Michaël, le héros de Skellig, un autre roman de David Almond qu'il faut lire ou relire après celui-ci.  

Je m'appelle Mina, par David Almond
Gallimard jeunesse, 2012. Traduction de Diane Ménard. 

“Words should wander and meander. They should fly like owls and flicker like bats and slip like cats. They should murmur and scream and dance and sing.” 

aux Mina aussi recherche un peu de bonheur, elle s'appuie sur les mots, parfois elle en invente, elle raconte des histoires à dormir debout, elle raconte ses rêves aussi, où elle part visiter les enfers en pensant retrouver son père... Parce qu'à travers ce méli-mélo des mots, il y a cette petite détresse d'avoir perdu son papa. Le besoin de se reconstruire. D'effacer le chagrin.

16/04/10

Vis comme si tu étais dans une histoire. Vis une aventure.

Impregnation_de_David_AlmondNous sommes dans le Northumberland, dans la campagne proche de Newcastle. C'est l'été, il fait chaud, très chaud. Liam et son ami Max explorent le jardin où ils déterrent un couteau avant de suivre un choucas qui les conduit vers un bébé abandonné. 

Ce n'est qu'un début, le début d'une histoire incroyable, car Liam va ensuite rencontrer Oliver et Crystal, deux oisillons égarés, placés en famille d'accueil. Ils ne veulent plus de cette valse des foyers, ils ont besoin de s'évader et comptent sur Liam pour les aider.

Dans le même temps, Max s'éloigne de plus en plus, le garçon a d'autres priorités (les études, les filles) et partage moins les centres d'intérêt de Liam. Un autre camarade, Gordon Nattrass, traîne souvent dans les parages mais agace prodigieusement Liam. Nattrass est dingue, imprévisible et dangereux. Sa dernière lubie, prouver que l'art est bidon, que le public est fasciné par l'horreur et le morbide. (Bien évidemment, les parents de Liam sont tous deux artistes - son père est écrivain, sa mère expose des peintures ou des photographies dans des galeries.)

Le lecteur se sent légèrement paumé au coeur de toutes ces vies, ces rencontres et autres va-et-vient, mais aussi singulier que puisse paraître le récit, il n'en demeure pas moins scotchant ! C'est la faute de David Almond, cet homme est remarquable, c'est un écrivain qui ne cesse de me surprendre et dont le style, impeccable, irréprochable, élégant, faussement simple, nous happe aussitôt. J'ai beaucoup aimé son roman, de là à dire que j'ai été "imprégnée", il n'y a qu'un pas...

Car on trouve dans le livre une folle théorie à ce sujet (imprégnation, d'où le titre), fantasque mais fascinante, tout comme un passage sur les forces du mystère et de la magie, alors que le livre ne baigne pas du tout dans le fantastique. Au contraire, il est plutôt question d'enfance à quitter, d'adolescence en crise, de violence latente, de guerre, d'adoption, de repères en déroute. C'est signe que cette lecture brasse beaucoup de sensations, aborde des idées, des envies et le lecteur sera heureux - ou non - de les partager. Pour moi, cela a été une lecture envoûtante. De plus, le texte est écrit au présent, du début à la fin,  cela donne un relief particulier à l'histoire en la rendant plus forte à l'esprit du lecteur. On aime ou on reste sur le côté.

Imprégnation ~ David Almond
Gallimard, coll. Scripto (2010) - 268 pages - 11€
traduit de l'anglais par Diane Ménard

Je ne veux pas redevenir un petit garçon, et en même temps, j'aimerais bien. Je veux être à la fois comme j'étais alors, comme je suis maintenant, comme je serai plus tard. Je veux être moi, et rien que moi. Je veux être aussi fou que la lune, aussi sauvage que le vent, aussi calme que la terre. Je veux être tout ce qu'il est possible d'être. Je grandis, et ne sais pas comment grandir. Je vis, mais je n'ai pas encore commencé à vivre. Parfois je disparais simplement de moi-même. Parfois, c'est comme si je n'étais plus du tout dans le monde, comme si je n'existais pas. Mes pensées dérivent, et les visions qui apparaissent me semblent extraordinairement nettes.

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25/02/08

Glaise - David Almond

glaiseUn jour, à Felling, petite ville anglaise bercée dans le culte chrétien, arrive un vieux taxi pétaradant avec, à son bord, Stephen Rose. Nous sommes dans les années 60. Davie et son meilleur ami Geordie, témoins de la scène, observent le garçon se rendre chez sa vieille tante dévote, surnommée Mary-la-Folle. Quelques temps après, Stephen vient à leur rencontre et s'empare de leur morceau de glaise pour faire montre de son talent de sculpteur. Très vite, Stephen Rose leur apprend son projet délirant de vouloir créer un monstre. Davie est fasciné et ne lâchera pas d'une semelle son nouveau camarade.

Toutefois, les rumeurs sur la famille de Stephen commencent à naître. Sont-ce des malades mentaux, des partisans du satanisme, des exorcistes ? Le garçon devient bizarre. A Felling, la mort soudaine de la brute locale frappe toute la communauté, et particulièrement Davie, qui était souvent martyrisé par ce type. Cette horrible coincidence le plonge dans l'embarras. A partir de là, il va peu à peu chercher à se détacher de Stephen Rose. 

Voici un roman qui rappelle par bien des côtés le mythe de Prométhée, avec quelques clins d'oeil à Frankenstein ci et là, tant l'histoire est sobre, tendue et établie dans une atmosphère étrange. L'art du mystère est tressé avec un talent indéniable, la mise en scène est impeccable, très pointilleuse, angoissante et troublante. Impossible de lâcher le livre avant la fin. Difficile, aussi, de sortir complètement indemne, car le roman force à se poser des tonnes de questions sur la création, sur l'emprise, sur le bien et le mal. Un roman qui accroche, tout simplement, et qui dérange.

Gallimard, coll. Scripto - 286 pages / 10,50  €

Traduit de l'anglais par Julie Lopez. 

La chronique de Madeline Roth (Citrouille)

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