06/04/17

La Boutique Vif-Argent, Tome 3 : La Carte des passages, de P.D. Baccalario

Ce roman fait suite à Une Valise d'étoiles (tome 1) et La Boussole des rêves (tome 2).

La carte des passagesLa mort de la vieille Koumail a plongé la communauté d'Applecross dans un profond désarroi. Pour la première fois, le jeune Finley est convié à participer au cérémonial des funérailles en compagnie de son père et des hommes du village. L'arrivée inopportune d'Aiby Lily, soutien de son père, provoque cependant des remous. C'est indécent, révoltant. L'équilibre des mondes est désormais fragilisé. Il convient à chacun de prendre ses responsabilités. Que de théâtralité, que de non-dits ! Pour Finley, cette soirée sur la falaise, à allumer des feux en procession, est un instant mémorable mais angoissant. Les jours suivants confirmeront son appréhension. Aiby et lui vont se lancer sur la piste de l'assassin de la vieille dame, partir en quête d'objets magiques et fouiller sans doute au-delà du possible en tombant dans le piège tendu par Semuel Askell. La tension monte vite d'un cran quand Finley réalise sa solitude au moment de sauver son amie, ses proches, la boutique Vif Argent, tous les secrets ancestraux... L'histoire nous surprend alors avec un montage judicieux des éléments et des rebondissements qui vont orchestrer la lecture et nous entraîner dans un tourbillon d'action et d'émotion. C'est clairement palpitant. Finley McPhee n'est certes pas le garçon le plus courageux de la planète, mais c'est un môme rusé et avisé. Il affronte l'adversité avec un certain aplomb et beaucoup d'intelligence ! Sa jeune camarade Aiby est toujours aussi intrépide, vive d'esprit et probablement trop impulsive, ce qui fait néanmoins tout son charme ! Cette merveilleuse série a su de loin me combler, m'enchanter, m'épater. Elle a su offrir un bel échantillon de mystère, de magie et d'aventure dans un univers très sophistiqué et dans un écrin fabuleux. Car l'emballage est en effet très beau, avec des illustrations soignées, une couverture cartonnée et des ornementations raffinées. C'est assez rare pour le souligner, même si l'auteur italien, P.D. Baccalario, veille souvent à fignoler ses présentations qui tapent dans l'œil et donnent envie d'en découvrir plus. Une opération séduction très efficace, au vu de cette série merveilleuse et très divertissante ! 

Gallimard Jeunesse, 2016 - Trad. de l'italien par Diane Ménard


17/02/17

Le garçon qui nageait avec les piranhas, de David Almond

Le garçon qui nageait avec les piranhasDéjà séduite par la couverture illustrée par Oliver Jeffers, j'étais vivement intriguée par cette histoire de garçon et de piranhas. Avisant également le nom de l'auteur, David Almond, j'étais frétillante de joie à l'idée de plonger dans un univers fabuleux et de savourer une lecture hors du commun.
Eh bien j'avais raison d'espérer. Le résultat a été renversant, enchanteur et déjanté. Le roman raconte l'histoire d'un jeune garçon, Stanley Potts, qui vit heureux chez son oncle et sa tante. Suite à la fermeture du chantier naval, Oncle Ernie perd son boulot mais entreprend de transformer leur maison en une conserverie de sardines, maquereaux et pilchards. La manufacture prend toute la place, le travail est colossal, heureusement le succès est au rendez-vous. Oncle Ernie est néanmoins obsédé par le rendement et en oublie de célébrer l'anniversaire de son neveu ! Pour se consoler, Stanley se rend à la fête foraine installée en ville et découvre le stand de la pêche miraculeuse avec ses misérables petits poissons rouges. Touché par leur détresse, le garçon négocie avec le forain pour lui acheter son stock, en échange il accepte quelques corvées pour payer la note. Mais au cours de la nuit, Oncle Ernie est frappé d'un nouveau coup de folie. Le réveil est cauchemardesque, Stanley quitte la maison pour rejoindre la caravane Dostoïevski et poursuivre la tournée en leur compagnie.
C'est le début d'une chouette aventure qui entraîne notre jeune héros à la découverte du monde et de ses possibilités. Le garçon est un grand sensible, avec un cœur d'or, si bien qu'il attendrit quiconque le croise sur son chemin. Même Nitasha, la fille du forain, grincheuse et renfrognée depuis le départ de sa mère, va retrouver le sourire. Appelé à accomplir de grands exploits, Stanley Potts rencontre la légende vivante, Pancho Pirelli, l'homme qui nage avec les piranhas. Le destin de l'enfant va de nouveau être bouleversé, sous nos yeux ébahis et rêveurs. Franchement, j'ai adoré ce petit roman. Il est à la fois étonnant, gai, joyeux, fou et adorable. L'histoire aussi est lumineuse, drôle et attachante, surtout grâce à son personnage central, Stanley Potts, un garçon remarquable pour sa simplicité, sa générosité et son courage. La lecture peut sembler naïve mais elle est surtout éblouissante et nous émerveille de page en page en nous tirant des sourires ! 

Traduit par Diane Ménard pour les éditions Gallimard Jeunesse - Octobre 2015

Illustrations d'Oliver Jeffers ♥

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07/02/17

La Boutique Vif-Argent, Tome 2 : La Boussole des rêves, de P.D. Baccalario

La Boussole des rêvesL'heure est venue de rattraper mon retard dans mes séries ! J'avais beaucoup apprécié l'univers étrange et fabuleux du premier tome de La Boutique Vif-Argent (cf. Une valise étoiles). L'histoire se passe dans une petite contrée écossaise, à Applecross, où le jeune Finley McPhee s'embarque dans des aventures qui souvent le dépassent. C'est d'ailleurs suite à sa rencontre avec l'impertinente Aiby Lily, fille du propriétaire de la Boutique d'objets magiques, qu'il a connu autant de chamboulements dans son quotidien.
Puni pour ses mauvais résultats scolaires, notre cancre a d'abord remplacé le facteur pendant sa tournée puis est devenu le premier essayeur de plages pour un guide touristique. Il découvre ainsi que plusieurs fermiers et pêcheurs se plaignent de fâcheux incidents, comme des disparitions de moutons ou des filets saccagés. Une vieille dame vient aussi de passer l'arme à gauche, alors qu'elle pétait la flamme et s'était inscrite pour le prochain marathon. C'est très étrange, mais Finley a bien du mal de croiser son amie Aiby pour lui en causer. Celle-ci semble lui préférer la compagnie de son frère Doug, peut-être parce qu'il est capable de lire l'Ensorcelant, cette langue rare qui figure dans tous les ouvrages magiques. Finley ronge son frein, refusant d'admettre qu'il est jaloux, car Doug est plus grand, plus intelligent et a avoué en pincer pour Aiby. Cette situation agace prodigieusement notre jeune héros.
Mais trêve d'enfantillages. Le duo se reforme pour enquêter sur le terrain. Leur but : dégoter une précieuse Boussole et mettre des bâtons dans les roues d'un sinistre individu, autrement dit l'Homme Vert, qui s'amuse à jouer aux cartes avec l'âme des gens. La situation est tendue, le contexte fascinant de mystères et l'action survoltée. J'ai beaucoup aimé avancer dans l'histoire parmi ce cadre charmant et sur un ton aussi alerte et enjoué. La combinaison est réussie, dans un esprit bon enfant et surtout empreint d'élégance par son esthétisme. Je poursuis mon exploration, avec La Carte des Passages

Traduit par Diane Ménard pour les éditions Gallimard Jeunesse - Octobre 2015

Illustrations de Iacopo Bruno

15/12/16

Un aigle dans la neige, de Michael Morpurgo & illus. par Michael Foreman

Un aigle dans la neige

Fuyant Londres et ses bombardements incessants, Barney et sa mère croisent dans le train un individu qui va leur confier l'histoire étonnante de son vieil ami Billy Byron.
Soldat durant la Première Guerre Mondiale, celui-ci a fait preuve d'une bravoure remarquable, largement récompensée par les médailles et les honneurs. Tout à sa modestie, Billy se défendait d'être un héros. Il avait la guerre en horreur mais la saisissait à bras-le-corps pour y mettre un terme au plus vite. Le jeune homme n'était pas inconscient, pas plus courageux ou intrépide, simplement il était déterminé à abréger le carnage, à épargner la population et les soldats sacrifiés. 
Mais au cours d'une bataille acharnée à Marcoing, dans le Nord, Billy et son bataillon sortent vainqueurs et rassemblent leurs prisonniers, lorsque un allemand hagard surgit de nulle part, le fusil à la main. Ses camarades le mettent en joue, mais Billy réclame la clémence générale et laisse ce soldat repartir. 
Après la guerre, Billy aspire à retrouver une vie tranquille, tout en songeant longuement à une petite fille, Christine, qu'il avait sauvée et conduite à l'hôpital. Il n'aura de cesse de la retrouver... pour finalement l'épouser ! La folie des hommes étant une source intarissable, Billy en subira de nouveau le poids en découvrant un film de propagande nazie. Là, s'affichant sur l'écran de cinéma, un énergumène au regard haineux et aux discours enflammés. Billy reconnaît aussitôt le soldat épargné à Marcoing sous les traits du Führer.
Cette vision va le plonger dans un gouffre sans fond de dépression et de culpabilité. Malgré le coup de fil du Premier Ministre Chamberlain, assurant qu'il avait participé au maintien de la paix en secourant Hitler, Billy va amèrement se reprocher sa charité. N'en pouvant plus, Billy part donc en Allemagne et ne touche mot à personne de son projet d'assassiner le dictateur. 

Ce récit romancé a été inspirée par l'histoire vraie du soldat Henry Tandey, « celui qui n'a pas tiré sur Hitler ». Anecdote authentique ou fabulée, elle a donné matière à Morpurgo d'écrire une histoire romanesque et poignante. Avec un art consommé du suspense et de la mise en scène, la lecture se révèle captivante ! On y plonge le cœur battant et on absorbe aussitôt l'angoisse ambiante, à s'imaginer aux côtés de Barney et sa maman, coincés dans leur train qui se planque dans un tunnel pour échapper aux raids aériens. La rencontre avec l'ami d'enfance de Billy va ouvrir la porte aux souvenirs et faire revivre le passé et le parcours du soldat Byron. En dépit des doutes et des interrogations, on ressent une vive émotion à l'évocation des actes manqués du soldat, qui aurait pu changer la face du monde et le cours du destin. Morpurgo et Foreman ont, comme de coutume, uni leurs talents pour recomposer l'injustice de la guerre à travers une intensité dramatique palpable et émouvante. Très bon roman.

Traduit par Diane Ménard pour les éditions Gallimard Jeunesse - Octobre 2016


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15/02/16

Pinocchio raconte Pinocchio, de Michael Morpurgo & ill. par Emma Chichester Clark

Pinocchio raconte Pinocchio

Pinocchio est loin d'être mon conte préféré, pourtant il m'a été impossible de résister à cette adaptation de Michael Morpurgo. Parce que, Michael Morpurgo. En duo avec Emma Chichester Clark, dont les illustrations pleines de charme ont su apporter de la fraîcheur à cette histoire d'un grand classicisme. Un vent de folie souffle donc sur cette version, et ça fait du bien.

C'est donc l'histoire d'un petit bout de bois, sculpté pour en faire un pantin, que quelques larmes de détresse ont su animer par magie. Ainsi naquit Pinocchio. Ses parents, fous de joie, se plient en quatre pour combler tous ses désirs, à tel point que ce fils trop gâté agit souvent sans réfléchir et leur cause beaucoup de chagrin. Pinocchio a soif de liberté, d'aventure et de découverte, aussi court-il droit devant, sans s'arrêter, zigouillant sans vergogne un Grillon Parlant, avant d'être rongé de remords, ou suivant naïvement un duo improbable, constitué d'un renard boîteux et d'un chat aveugle, avec la promesse d'une future grande fortune. Pinocchio est un benêt, mais un benêt attachant. Après tout, « grandir est une période passionnante et difficile ». Son apprentissage est une mise à l'épreuve de chaque instant, une série de tentations, un lot de souffrances, une suite de dangers et de catastrophes, d'erreurs et de malheurs, d'espoir et de bonheur. De vraies montagnes russes. Cette lecture pleine de dynamisme est ainsi touchante dans son approche, en donnant la parole à Pinocchio lui-même, qui livre sa propre version de son histoire légendaire. Morpurgo a puisé l'inspiration dans l'œuvre de Carlo Collodi, mais en apportant sa touche personnelle, beaucoup plus actuelle. Le roman n'en est que plus innocent et malicieux, surprenant et drôle.

Gallimard Jeunesse / Octobre 2015 ♦ Traduit par Diane Ménard (Pinocchio)

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SOURCE : Emma Chichester Clark

 

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Et pour les amateurs du genre, n'hésitez pas à vous pencher sur le roman de Gilles Barraqué, Fantoccio (L'École des Loisirs, 2015) dans cette version tout aussi originale et inattendue. 

Fantoccio par Barraqué

Une nuit, dans la campagne de Toscane, sur la table d'une demeure crasseuse, un grand pantin de bois s'éveille à la vie, aidé par de puissantes incantations de sorcellerie. Fantoccio, doté des facultés de penser, de ressentir et d'agir, conçoit aussitôt sa naissance comme un vrai miracle. Geppetto, son maître marionnettiste, a de grands projets pour lui mais ce destin tout tracé va de moins en moins enchanter notre créature, qui ne supporte plus les faux-semblants. Sa rencontre avec la jolie Livia, dont il tombe amoureux, lui donnera aussi l'envie de voir plus loin, de briser ses chaînes et de satisfaire ses rêves insensés.

C'est un douloureux apprentissage de la vie, raconté avec beaucoup de tendresse et d'émotion. Le personnage de Fantoccio rappelle évidemment celui de Pinocchio dans sa perception naïve des choses et la grande désillusion qui succède ses découvertes, sauf que le héros de Gilles Barraqué est davantage un adolescent, qui porte sur son entourage un avis teinté d'amertume et de déception (j'ai parfois pensé au mythe de Prométhée & Frankenstein). Fantoccio est un garçon avec des pulsions et des interrogations, et tout ça fait que ça grouille dans sa tête, au risque de déborder. Il n'accepte plus d'être une “marionnette” entre les mains de son créateur et aspire à s'émanciper. Ce saut dans le vide fait écho au passage à l'âge adulte, un cap délicat, qui ne se déroule pas sans heurt. Ce roman d'une grande sensibilité n'est pas à mettre entre toutes les mains, d'autant plus que son style abattu est à mille lieux de la plume poétique et enchanteresse que j'avais savourée dans Au Ventre du Monde. Une impression plus mitigée, donc. 

 


03/06/15

La Boutique Vif-Argent: Une valise d'étoiles, de Pierdomenico Baccalario

La Boutique Vif-Argent

Puni pour avoir fait l'école buissonnière et récolté des notes catastrophiques, Finley McPhee doit bosser tout l'été et remplacer le facteur dans sa tournée. Une aubaine pour notre garçon vif comme l'éclair et qui aime gambader dans la campagne avec son chien Chiffon. Mais au hasard de sa distribution il découvre l'existence d'une maison rouge habitée par la famille Lily. Témoin malgré lui d'étranges événements (des enveloppes écrites à l'encre d'or, un pantalon qui marche tout seul, une araignée mécanique etc.), Finley se sent également épié et veut percer le mystère derrière la vitrine de la Boutique Vif-Argent, quitte à se faufiler en pleine nuit dans le cimetière et trembler d'effroi devant ce qu'il l'attend !

Esthétiquement, ce livre est franchement réussi, avec sa couverture cartonnée, la jaquette dessinée par Iacopo Bruno, les illustrations élégantes... L'histoire baigne dans un écrin particulièrement soigné ! De plus, Pierdomenico Baccalario, auteur des séries à succès comme Century & Ulysse Moore, a concocté un univers fabuleux, étrange et magique. On y adhère très vite, avec aisance, grâce au choix judicieux de l'assaisonnement : un rythme assez lent pour distiller le suspense, un jeune héros sympathique, une intrigue bien ficelée autour de vieilles légendes et des secrets enfouis...

La suite est inutile à raconter. À peine découvre-t-on les premières pages du livre qu'on est immédiatement transporté dans une aventure étourdissante... Le roman offre un plaisir de lecture agréable et divertissant. Et ce petit village d'Applecross, en Écosse, nous réserve encore de bien belles surprises !

Gallimard jeunesse ♦ mai 2015 ♦ traduit de l'italien par Diane Ménard

18/06/14

Je m'appelle Mina, par David Almond

✿ en poche ! 

Je m'appelle Mina

Mina, neuf ans, vit seule avec sa mère depuis la mort de son père. Le plus souvent réfugiée dans son arbre à l'abri du monde, elle joue avec les mots, invente des histoires, raconte sa vie de tous les jours, le bonheur de regarder la vie d'en haut, parmi les oiseaux, loin du monde d'en bas, où elle a eu si peur. Son carnet ne ressemble qu'à elle : il est sincère, vrai, touchant, bizarre, très personnel, onirique, poétique et j'en passe. Il fait fi des règles et des conventions (rien que la police de caractères, c'est un vrai festival !), il s'ébroue comme un jeune chien fou, égaré en pleine nature, il souffle, il respire, il est heureux. Et nous aussi. C'est un roman touchant, mais je ne saurai expliquer pourquoi il donne autant le sourire, pourquoi les mots de Mina, en apparence simples et naïfs, renferment autant de subtilité, de vérité et de beauté. C'est certes un méli-mélo de pensées farfelues, de rêves éveillés et de comptes-rendus insolites, qui nous embarque dans un univers enfantin et routinier. Mais peut-être doit-on aussi y voir une façon d'expliquer le pouvoir des mots, de l'imagination et de l'écriture. David Almond est un grand auteur, à découvrir sans attendre !

Folio junior, mai 2014 ♦ traduit par Diane Ménard

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22/01/14

Calpurnia, de Jacqueline Kelly ❤

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Calpurnia Tate a onze ans et vit dans une ferme au fin fond du Texas, avec ses parents, ses frères et son grand-père. Nous sommes en 1899. On attend beaucoup de l'unique représentante féminine parmi la progéniture des Tate, apprendre à coudre, jouer au piano, se tenir droite, arborer de belles boucles soyeuses. En bref, devenir une parfaite maîtresse de maison. Calpurnia demeure, cependant, une petite fille curieuse et intrépide. Un après-midi de canicule, alors qu'elle se baigne dans le lac, elle a une révélation : il lui faut apprendre les sciences, observer le monde (sa faune et sa flore) et comprendre son fonctionnement.

Armée de son précieux petit carnet, elle note donc tout ce qu'elle observe. Elle attire ainsi l'attention de son grand-père, éminent naturiste, qui va la prendre sous son aile et l'initier au monde magique des sciences naturelles. Mais toute l'histoire ne tourne pas uniquement autour de cette passion, puisqu'il est aussi question de la vie de tous les jours, de la famille et des merveilleuses petites anecdotes qui concernent les proches de Calpurnia, qui s'improvise anthropologue en étudiant avec facétie (et circonspection) les agissements de ses proches (ses frères et l'amour, hanlala !).

Et franchement, on se régale ! Nous avons là, à la fois, un roman historique, un récit initiatique, une chronique familiale, un ouvrage scientifique, bref un roman foisonnant, riche, excitant et remarquablement écrit, avec humour, finesse et tendresse. C'est un bonheur à lire, un petit bijou littéraire, avec une héroïne tellement attachante. Calpurnia est curieuse, avide d'apprendre et de comprendre, pourtant elle n'en demeure pas moins frileuse dès lors qu'il lui faut grandir et accepter de voir son monde évoluer. J'ai adoré aussi sa famille turbulente mais tellement chaleureuse. Une lecture à encourager et à conseiller fortement !

École des Loisirs (grand format), mars 2013 - traduit par Diane Ménard
Illustration de couverture : Beth White

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19/12/13

La double vie de Cassiel Roadnight, de Jenny Valentine

« Je n'ai pas choisi d'être lui. Je n'ai pas désigné Cassiel Roadnight, je ne l'ai pas fait sortir d'une file de personnes qui me ressemblaient comme deux gouttes d'eau. J'ai simplement laissé faire. Je voulais simplement que ce soit vrai. C'est le seul tort que j'ai eu, au début. »

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Cassiel Roadnight a disparu de la circulation depuis deux ans, aussi sa famille n'en croit pas ses yeux lorsque les services sociaux leur signalent avoir retrouvé le garçon. C'est sa soeur Edie qui vient à sa rencontre. Très émue, la jeune fille lui tombe dans les bras et le ramène aussitôt à la maison. Le hic, c'est qu'il ne s'agit pas du vrai Cassiel Roadnight, mais d'un prénommé Chap, dont la ressemblance troublante avec le fugitif a confondu tout le monde.

Chap est aussi un adolescent en fugue, depuis quatre ans, il se débrouille par lui-même après avoir été séparé de son grand-père. Le garçon ne voulait pas duper les Roadnight en se faisant passer pour Cassiel, mais c'est suite à un malentendu et le voici maintenant prisonnier de cette mascarade. Il n'est pas fier de lui de tromper son entourage, il se sent même oppressé et songe à disparaître de nouveau du paysage.

Et pourtant, il continue de jouer la comédie. Un mystère plane sur la famille Roadnight et les causes du départ de Cassiel. Ce dernier semblait être un type arrogant et difficile à vivre, Chap tente de coller au moule, sans grande conviction. Il cherche alors à en savoir plus, il questionne, il rencontre les (mauvaises) personnes, il sonde les proches et il comprend assez rapidement qu'il est en danger.

Oui, parce que ce roman est tout de même ancré sur une solide base de mystère et de suspense. Non seulement on s'interroge sur le cas de Cassiel, mais on se demande aussi jusqu'où pourra tenir Chap dans son double rôle. C'est frustrant, très prenant, assez stressant aussi. Les doigts sont collés aux pages du livre, on n'en peut plus de savoir la vérité et on ne cesse de recevoir de nouvelles informations, toutes plus aberrantes les unes que les autres. (À ce propos, la fin est tout de même abusée. Trop facile.)

Ce titre a reçu la Pépite du Roman pour ados décerné lors du dernier Salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil. C'est totalement justifié. On plonge dans sa lecture avec une curiosité qui ne cesse d'être alimentée et grandement récompensée au fil des chapitres. L'histoire est pesante et mélancolique, sans frôler le désespoir absolu. C'est tout bonnement poignant de voir les liens qui se tissent entre les êtres, le portrait de la famille Roadnight qui est complètement brinquebalante et qui ne va pas forcément se reconsolider avec le retour du fils disparu.

C'est définitivement une ambiance qui envoûte et une histoire qui vous happe pour ne vous relâcher qu'à la toute dernière ligne. Très bon !

École des Loisirs, septembre 2013, traduit par Diane Ménard - illustration de couverture : Gabriel Gay.

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05/02/12

« Ecrire, c’est emmener les mots en promenade. »

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Le roman de David Almond ne se raconte pas, et se résume encore moins. Il s'agit en fait du carnet de Mina, une demoiselle qui ne va plus à l'école, où elle ne se sentait pas à sa place. Elle était régulièrement rabrouée par son institutrice, Mme Scullery, jusqu'au fameux jour des évaluations, le jour de trop, le jour où Mme McKee est venue récupérer sa fille, sans gronder, mais avec compassion. Elles sont reparties toutes les deux dans leur maison, en jurant qu'elles ne mettraient plus jamais les pieds dans cette école. Et depuis, Mina suit ses cours chez elle. Elle passe son temps à écrire ce qui lui passe par la tête, elle se perche sur un arbre et parle aux oiseaux, elle observe ses voisins, la vie dans le quartier est sinistre, soupire-t-elle, Mina a envie de vie et de joie, alors elle gribouille encore plus ses idées folles dans son carnet. 

Son carnet ne ressemble qu'à elle : il est sincère, vrai, touchant, bizarre, très personnel, onirique, poétique et j'en passe. Il fait fi des règles et des conventions, il s'ébroue comme un jeune chien fou, égaré en pleine nature, il souffle, il respire, il est heureux. Et nous aussi. J'ai été très touchée par ce roman, pas facile à expliquer pourquoi il donne autant le sourire, pourquoi il touche et pourquoi les mots de Mina, en apparence simples et naïfs, renferment plus de vérité et de beauté que tous les discours de grands. C'est a priori un méli-mélo de pensées farfelues, de rêves et de comptes-rendus qui nous embarque dans un univers enfantin et routinier, mais c'est aussi et surtout une façon d'expliquer le pouvoir des mots, de l'imagination et de l'écriture. Graphiquement, le livre est également un petit miracle et ne ressemble pas à un roman classique. C'est ce qui nous rapproche de la narratrice, Mina est la petite camarade de Michaël, le héros de Skellig, un autre roman de David Almond qu'il faut lire ou relire après celui-ci.  

Je m'appelle Mina, par David Almond
Gallimard jeunesse, 2012. Traduction de Diane Ménard. 

“Words should wander and meander. They should fly like owls and flicker like bats and slip like cats. They should murmur and scream and dance and sing.” 

aux Mina aussi recherche un peu de bonheur, elle s'appuie sur les mots, parfois elle en invente, elle raconte des histoires à dormir debout, elle raconte ses rêves aussi, où elle part visiter les enfers en pensant retrouver son père... Parce qu'à travers ce méli-mélo des mots, il y a cette petite détresse d'avoir perdu son papa. Le besoin de se reconstruire. D'effacer le chagrin.