17/12/10

La vie, c'est pas du gâteau, Jake, comme chacun sait. Mais le gâteau reste du gâteau.

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Avoir lu récemment Les trois premières notes de Siobhan Parkinson a été une bonne chose, et une moins bonne. Soit, cela m'a donné envie de continuer à découvrir l'univers de cet auteur, et franchement le doute n'est plus possible, j'aime beaucoup son style (que je trouve peut-être davantage destiné à un adulte). Par contre, Le rire de Stella est un peu trop semblable à ce que j'ai déjà lu. L'histoire de Jake est proche de celle de Mags, dans sa structure et dans l'esprit. Du coup, je n'avais plus l'effet de surprise, c'est un peu dommage.
L'histoire ? Jake a onze ans, il aime le foot et les poissons, il n'aime pas les filles ni les bébés. Manque de bol, le voilà promu grand frère d'une petite Marguerite, surnommée Daisy. Ses parents ont cru bon de ne pas lui en parler, il est face au fait accompli, bonjour le manque de délicatesse. Comment voulez-vous qu'il digère tout ça ?!
Peu après cette nouvelle, il rencontre Stella, qui n'habite pas très loin de chez lui et qui est toujours accompagnée de ses petites soeurs. Pourquoi colle-t-elle Jake ? Comment se fait-il qu'elle semble si bien le connaître ? Malgré ses doutes (c'est une fille et elle est bizarre), il prend de plus en plus plaisir à être en sa compagnie. C'est encore trop tôt pour parler d'amitié, ce qu'il y a entre eux est fragile, mais nous n'en sommes pas loin. Et puis, le drame arrive. Paf. C'est moche, et quelque peu disproportionné. Pourquoi infliger un tel poids à un chouette gamin ? Car non seulement Jake est bouleversé, mais il pense aussi qu'il est entièrement coupable de ce qui est arrivé.
Heureusement tout se termine bien. Mention spéciale à Mrs Kennedy, une mamie gâteau exemplaire. Elle connaît toutes les réponses, elle donne des ailes aux envies, elle encourage les rêves pour devenir grand et elle écoute beaucoup. C'est une femme rare et précieuse ! Et on en a bien besoin, la vie n'est pas toujours drôle pour Jake, et ce roman se révèle à la fois tendre, léger, touchant, grave et perturbant. J'avais envie de l'aimer, mais... il me rappellait trop un autre, et puis Mags m'était davantage attachante (pas que Jake me laisse indifférente non plus, mais ce môme est terriblement sérieux pour son âge, il grandit, ce n'est pas simple, surtout quand ça se complique et quand tout tourbillonne autour de lui). Bref, c'est un livre triste, doux et dur, avec une fin apaisante. Tout un programme.

Le rire de Stella - Siobhan Parkinson
Neuf de l'Ecole des Loisirs (2009) - 196 pages - 10€
traduit de l'anglais par Dominique Kugler
illustration de couverture : Aude Picault 

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15/12/10

"avec des étincelles rouges tourbillonnant dans ma tête"

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Mags, c'est une petite fille comme je les aime dans les livres, à douze ans elle observe le monde avec un aplomb remarquable, elle n'est pas bête, bien au contraire, et elle n'aime pas qu'on la prenne pour une idiote. Comme souvent, pour mieux se protéger, Mags est grincheuse, sarcastique et se vexe très facilement.

Ses rapports avec sa maman, par exemple, ne sont pas au beau fixe. Depuis le décès du père, elles sont venues vivre dans une maison à l'orée de la forêt, où Mags court s'y réfugier pour gambader et creuser des terriers. Elle y fait la rencontre d'un oiseau violoniste, Gillian, que Mags ne cesse de nommer Miranda, parce qu'elle trouve que cela lui colle mieux. Elle trouve aussi que Gillian a une petite tête de gerbille et un talent étourdissant en matière de musique. Dès qu'elle l'entend jouer du violon, Mags décolle. Elle ferme les yeux, imagine des danseuses de flamenco, et ça tourbillonne et donne des frissons.

Gillian a également un problème : elle veut passer des auditions dans une école reconnue en Angleterre, elle a besoin d'argent pour s'y rendre, sa mère Zelda prétend qu'ils n'ont plus un rond, et son père a disparu de la circulation. Mags décide alors de fourrer son nez dans leurs histoires de famille, mais gare au couac !

Tout cela est écrit de manière pertinente, comme s'il s'agissait du texte de Mags elle-même puisqu'elle prétend écrire son propre roman. C'est aussi drôle et émouvant, la fin surtout m'a serré la gorge, parce que la petite Mags est bougrement attachante, et parce qu'on a vite compris qu'elle cachait sa tristesse, son manque de père et qu'elle faisait un peu exprès d'être en brouille avec sa mère pour ne pas avoir à avouer son chagrin. Et même quand ça part dans tous les sens avec Gillian, on a encore une fois envie de l'aider, de se dire flûte, c'est pas de bol. C'est une mêle-tout attentive et précieuse, une fillette sensible, mais qui refuse de passer pour faible. J'ai beaucoup aimé son côté sauvageon, sa grosse voix un peu rauque, sa maladresse et son désir de bien faire. C'est vraiment touchant, avec une légère touche poétique. C'est une jolie lecture, vraiment.

Les trois premières notes - Siobhan Parkinson
Neuf de l'Ecole des Loisirs (2010) - 238 pages - 11,00€
traduit de l'anglais (Irlande) par Dominique Kugler
illustration de couverture : Stephanie Blake
 

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11/12/10

Pêle-Mêle Clarabel #15

Attention, elle est de retour ... nous annonce Gwendoline Raisson sur son blog.

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Les sports d'hiver, c'est froid, il faut se couvrir de plusieurs couches de vêtements, il ne faut pas oublier ses skis, il faut manger comme des ogres pour prendre des forces avant de dévaler les pistes, il faudrait aussi éviter de se perdre mais ce serait anecdotique. En bref, le ski : ma mère adore ça ! Elle aime aussi la campagne, la nature, s'éloigner du stress de la ville et de la pollution. Elle aime respirer le bon air campagnard (celui du crottin de vaches), marcher pieds nus au milieu des pissenlits, se reposer à l'ombre d'un vieux châtaignier, sauf que ...

les moustiques, les fourmis volantes, les grenouilles, tout ce qui pique, tout ce qui rampe, tout ce qui grouille, ça la panique, ça la hante, ça lui fiche la trouille.

Le portrait de 'ma mère' est absolument hilarant. Non, on ne se moque pas. On constate, c'est différent. Et très franchement, ça se passe de commentaires car tout est là, sous notre nez, le garçon ne fait que raconter les formidables contradictions de sa mère en vacances, c'est tout simplement confondant et exquis.

Ma mère en vacances, Gwendoline Raisson & Magali Bardos, L'école des Loisirs, coll. Off-Pastel (2010).

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(EdL, coll. Pastel, 2010)

La Grande Ourse s'est fait la malle, les étoiles ont filé en douce, le soleil s'est mis en grève et la planète boude et refuse de tourner sur elle-même. Quelle pagaille ! Les humains sont déboussolés et mettent tout en oeuvre pour renvoyer la Grande Ourse à son service. Oui, mais non. L'ourse continue de prendre du bon temps, elle découvre le désert et discute avec un voyageur en déroute. Elle était leur repère dans le ciel, leur meilleure boussole, et sans elle ils sont des milliers de voyageurs à errer comme des âmes en peine. Une grosse tempête se met alors à souffler pour remettre tout le monde à sa place. La Grande Ourse, en passant, a emporté un gros stock de sable dont elle choisit de s'alléger un peu tous les soirs, afin de permettre aux enfants de dormir et faire de beaux rêves.

L'histoire est de Carl Norac (j'ai apprécié son habileté à suggérer l'origine du marchand de sable), les illustrations de Kitty Crowther (bizarre, j'ai eu un peu de mal à retrouver sa patte), bref j'ai été séduite. Oui, c'est le terme... (pas conquise). C'est le sentiment aussi que m'inspire l'album de Céline Sorin et Célia Chauffrey, Hibiscus.

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Les illustrations sont de toute beauté et se mettent au service de l'histoire de façon admirable. On y rencontre un kangourou qui observe avec envie ses copines avoir des bébés alors qu'elle reste désespérement seule et le ventre vide. A bien y regarder, Hibiscus a quelque chose de différent, elle est à part et c'est ce qui la rend unique, tente de lui expliquer sa mère. Son secret lui sera alors révélé, ce qui lui permettra de se sentir mieux dans sa peau et de vivre une histoire d'amour qui ne ressemblera à aucune autre.

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Un joli texte, d'une grande sensibilité, qui évoque la différence, l'adoption et l'épanouissement. Une lecture pétrie de douceur et d'émotion. A contempler, à chuchoter, à méditer.

(Pastel, 2010)

Et pour finir, cette note musicale d'Agnes Obel qui touche à la grâce :

 

L'album entier fait résonner cette simplicité désarmante, j'aime beaucoup.

16/11/10

Lecture du soir #2

Le mercredi, il a plu toute la matinée.
Par la fenêtre, j'ai regardé mon hamac se tremper, s'alourdir sous le poids de l'eau et dégouliner sur l'herbe.
J'ai vu les gouttes de pluie se rassembler et former des ruisseaux de boue le long de la terrasse et sous les rocailles de fleurs. J'ai vu que des animaux différents prenaient la place de ceux qui étaient partis se cacher dès les premières gouttes ; des escargots, des limaces, des grenouilles et les canards d'une maison voisine. Ils étaient cinq qui marchaient en se dandinant, l'eau glissait sur leurs plumes comme si de rien n'était. Je me suis dit que j'aimerais avoir ce pouvoir.
- Quel pouvoir ?
Maman avait lu dans mes pensées ?
- De quel pouvoir tu parles, ma chérie ? a-t-elle insisté.
J'avais dû encore penser tout haut comme ça m'arrive parfois. Maintenant, j'étais bien obligée de lui répondre :
- Que l'eau glisse sur mes plumes comme les canards. Que les choses désagréables ne me touchent pas.
- Mais elles nous touchent forcément, m'a répondu maman en souriant. Ce n'est pas toujours ce qu'on préfère mais il ne peut pas arriver que des choses agréables dans la vie.
- Alors, je veux bien qu'elles me touchent, je veux bien les sentir, mais qu'elles ne me fassent pas mal. Tu vois ? Comme les canards !
Maman a trouvé que c'était une très bonne façon de voir les choses, m'a félicitée et s'est replongée dans son livre.

extrait de : Comme le soleil, par Jérôme Lambert

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Non, ce n'est pas un roman de saison, mais qu'importe... Ou d'un autre côté, il a su nous apporter un peu de soleil en ces froides journées qui ont tout l'air de basculer dans l'hiver, brrr. C'est une histoire super mignonne, qui raconte les vacances de Laura, une petite fille solitaire, qui s'ennuie un peu mais n'ose pas s'ouvrir aux autres, alors elle s'invente un ami, Jérémy, un blondinet qui se cache pas très loin du hamac où elle se prélasse, qui lui montre les petits cailloux pour ne jamais perdre son chemin, qui n'aime pas la pluie et qui n'apparaît que lorsqu'il fait beau. Ses parents se font un peu de souci, tout en comprenant que l'imagination est précieuse chez les enfants, Laura par exemple s'en sert pour passer le temps, pour tuer l'ennui et la solitude. C'est une vision simpliste mais pas niaise non plus, la lecture se veut réconfortante, auréolée par les tendres illustrations de Kimiko, vraiment un atout de charme à ne pas négliger. Et puis, Jérôme Lambert nous souffle à l'oreille une histoire très jolie, pleine de douceur et de tendresse (je me répète), mais cela a été comme une bulle chaleureuse, une sensation de bonheur et de bien-être, c'est un livre que nous relirons à la belle saison, ou pas. Il est la garantie d'un grand coup d'amour, lui aussi !

Mouche de l'Ecole des Loisirs (2006) - 46 pages - 7,50€

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14/10/10

Le Club des inadaptés

Le_club_des_inadaptesMartin du Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons est de retour avec sa bande de potes ! Bakary, Fred, Erwan et lui sont au collège, ce ne sont pas les plus doués ni les plus populaires, ils sont connus pour être des inadaptés mais ils s'en fichent un peu. Et puis, tout va dérailler. Leur nouveau prof de maths est soudainement remplacé, Erwan est agressé dans la rue et le père de Bakary est viré. C'est la sinistrose, mais il ne faudrait pas baisser les bras. Erwan, encore chamboulé, annonce donc son intention de créer une machine qui va égaliser les bonheurs et les malheurs. Et il va atteindre son but ! Ses amis ne disent mot, mais n'en pensent pas moins. Il est fou !

Cela ne dure pas plus de 70 pages et c'est dommage car j'en aurais bien pris encore un peu ! L'humour de Martin Page ne se décrit pas, il se savoure, c'est délicieux, ironique, flegmatique et acide. Cela parle de l'adolescence alors qu'on a le sentiment que tout va de travers, qu'on porte des godasses trop grandes et des fripes froissées qui vous collent à la peau. C'est aussi le constat de la loi du plus fort, la bêtise des étiquettes et du classement selon les apparences. Être ou ne pas en être. Je pense que les ados les plus ordinaires, et déprimés de se sentir si ordinaires (car trop souvent associés à plats ou ennuyeux), apprécieront de suivre les pérégrinations de ce club des inadaptés, auquel on aimerait bien y trouver sa place aussi. Finalement !

Le Club des inadaptés ~ Martin Page
Médium de l'école des loisirs (2010) - 72 pages - 8,00€
en librairie le 14 octobre

un petit extrait :

Les années ne se ressemblent pas. Je dirais que chaque nouvelle année est l'occasion de découvrir une nouvelle forme de tristesse et d'humiliation. Si tristesse et humiliation étaient des diamants et de l'or, alors ni mes amis ni moi n'aurions plus besoin de travailler. Mais ce n'est pas le cas. J'en ai assez d'être riche de ces trésors tristes.
Nous grandissons et c'est pour nous apercevoir que nos parents ont l'air complètement perdus, que les professeurs sont fatigués et malheureux. Difficile de vouloir devenir adulte dans ces conditions.

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Le merveilleux petit champignon atomique

** piqûre de rappel ! **

Merveilleux_petit_champignon_atomiqueCoup de coeur pour ce Merveilleux petit champignon atomique de Sabrina Mullor, illustré par Catharina Valckx ! C'est une histoire incroyable qui débute sur une montagne alors que le champignon n'était qu'un spore. Il a grossi et est devenu un beau champignon, sauf qu'il était bourré de plutonium et qu'il se sentait prêt à exploser. Il s'est lié d'amitié avec la montagne, laquelle est boudeuse et grincheuse, elle en a assez qu'on lui marche dessus et voudrait qu'on en finisse grâce à un feu d'artifices. Mourir, pour elle, ça veut dire : confondre l'Amérique avec une chasse d'eau ! Hihihi.
Notre champignon est donc prêt à fissionner lorsqu'une demoiselle se pointe sur la montagne, ce n'est pas une inconnue, il s'agit de la petite Affabulatrice, et la montagne, cette cachotière, n'ignore pas qui elle est. Selon elle, c'est une raconteuse d'histoires. Car elle parle d'amour, donne des bisous et invente aussi des noms d'amour. La montagne et le champignon trouvent qu'elle est dingue, mais dans le fond, ils se sont attachés à l'Affabulatrice et attendent sa venue, chaque jour, avec impatience.
Ont-ils toujours envie de confondre l'Amérique avec une chasse d'eau ? Non, plus vraiment.
J'ai trouvé que derrière la tendresse et l'humour de ce texte se trouvaient aussi des messages sur le monde qui nous entourait : la terre, le soleil, la montagne, etc, des extraits de monde qu'on n'imagine pas, ou auxquels on ne prête plus attention, plus autant qu'on ne le devrait. Et même la fin de l'histoire m'est apparue un brin philosophique, et d'une grande sagesse !

* Le merveilleux petit champignon atomique - Sabrina Mullor
illustrations de Catharina Valckx
Mouche de l'école des loisirs (2010) - 75 pages - 8,50€

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16/09/10

Trouville Palace de Malika Ferdjoukh

Trouville_Palace_de_Malika_FerdjoukhC'est toujours un énorme plaisir de lire un nouveau roman de Malika Ferdjoukh ! Et Trouville Palace ne nous a pas déçus ! Maurice vient d'attraper la scarlatine, il doit rester chez lui pendant dix jours mais sa mère doit partir pour soutenir son projet à un concours d'architecture. Seule solution : se rendre chez tante Willa, qui habite Trouville et est en train de vider son appartement en vu de son prochain déménagement. Maurice traîne les pieds, la tante Willa et son chien Michel forment un couple excentrique, il ne sait jamais si l'humour de la grand-tante est du lard ou du cochon, et pourtant le courant va drôlement bien passer entre eux. Dans les couloirs du Palace, Maurice a également fait la connaissance d'une jeune fille de dix-huit ans, Mina, qui lui confie une lettre à remettre à un garçon aux cheveux blonds et à l'accent américain très prononcé.
L'adulte ne mordra pas si facilement à l'hameçon tandis que le jeune lecteur n'y verra que du feu et se laissera doucement leurrer, pour son plus grand bonheur ! L'histoire est charmante, elle respire un parfum de mer et de plage, dans une ambiance d'arrière-saison délectable et reposante, ajoutez un doux penchant pour la nostalgie, le goût d'autrefois, avec pour cadre Trouville-Deauville, son piège à touristes et ses irréductibles qui se moquent de la faune parisienne ("des créatures qui se sont fait refaire tout l'avant du corps et que ça ne corresponde plus à l'arrière", dixit tante Willa), bref pendant une soixantaine de pages vous vous évadez, vous décollez de la réalité, comme un voyage dans le temps, et ça fait du bien !
Le ton farceur de Malika Ferdjoukh fait toujours mouche, nous avons savouré comme du petit lait et en redemandons pour très vite !

Neuf de l'école des loisirs, 2010 - 66 pages - 8,00€
illustration de la couverture : Cati Baur

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09/09/10

L'amour me fuit, de Thomas Gornet

Lamour_me_fuit_de_Thomas_GornetUn joli, joli, mais vraiment joli moment que voilà ! Le roman de Thomas Gornet est une petite douceur au pays de la déprime post-rentrée, et même si on parle d'école, de sixième, de primaire et de piscine, on le trouve malgré tout sensationnel !

Zouz entre en sixième, mais ce n'est pas la joie. Depuis quelques temps, il traîne une mine de déterré, de celle dont on devine la source des tourments, car Zouz souffre d'un chagrin d'amour ! Il n'y a pas d'âge pour aimer, moi je vous le dis, et ce petit roman vous enseigne la même chose. C'est doux, c'est joli et ça laisse une gentille impression de tendresse. Pourtant, ça ne masque pas le malaise, lorsqu'on découvre, comme lui, que Zouz est témoin de son naufrage sentimental, ça fait mal de voir celle qu'il aime lui tourner le dos et lui préférer un autre, mais c'est la vie.

J'ai trouvé ce livre riche de petits bouts de phrases incroyablement justes, saisissantes et intelligentes. Zouz est un narrateur d'une grande maturité (après tout, sa vie familiale a été mise sens dessus dessous aussi, le gamin a grandi plus vite que la normale), il porte un regard noble et réfléchi sur tout ce qui l'entoure : l'homosexualité de son frère, le départ inexpliqué de sa mère, l'absence du père, et cet amour fou et vertigineux qui lui noue le coeur et l'estomac. C'est un support inestimable pour les adultes et pour les jeunes lecteurs, pour ceux qui en ont l'âge ou plus du tout, car le message s'adresse un peu à tout le monde : aimer, désaimer, comprendre le pourquoi du comment, et même parfois il n'y a pas d'explication, c'est comme ça, on appelle aussi autrement ce sentiment, et on décortique ce qu'est le chagrin d'amour !

Le ton flirte souvent entre la maturité et la simplicité d'un môme qui est sur le point d'entrer dans la cour des grands, j'ai bien aimé ce mélange, et cette façon de ne pas se prendre au sérieux, parce que, après tout, "C'est moi, c'est un enfant, assis sur un banc. Elle s'arrête là, mon histoire, parce qu'on est aujourd'hui et que, aujourd'hui, il ne se passe rien de plus."
Voilà tout.

Neuf de l'école des loisirs (2010) - 140 pages - 8,50€

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09/07/10

Pêle-mêle Polly

Le Mot de l'éditeur : Pêle-mêle Polly

Déjà le premier jour de septembre et bientôt la rentrée. Polly n’a aucune envie de reprendre les cours ni de retrouver les autres. À coup sûr, pour être heureuse, il faudrait fuir. Fuguer. Maintenant. Pourtant, avant la fin de l’été, les choses étaient différentes. Polly croyait qu’il existait des sésames pour le bonheur. Comme cette Cléo aux yeux bleus dansant pour elle sur la plage d’Houlgate. Mais tout se perd. Tout s’abandonne, même les amies. Polly n’a pas pu faire autrement. Elle a fait comme son père : abandonner avant de l’être. À Houlgate, Polly s’est souvenue de lui, de leur unique rencontre, l’été de ses six ans. Une angoisse terrible, comme une bulle pleine de rien, l’a envahie. Depuis, Polly ne voit plus que lui. Elle doit reconstruire le puzzle de ce père absent. Maintenant. Mais avec quoi attrape-t-on un fantôme ?

 

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Ce roman figure parmi les titres conseillés pour l'été par L'école des loisirs. Aussitôt, mon esprit s'est imaginé une lecture légère et rafraîchissante, d'ailleurs le résumé parle de la plage d'Houlgate, mon petit coeur a fait un bond, j'ai foncé tête baissée.
Ouch.
Ce roman est d'une sensibilité, c'est inattendu et extrêmement délicat. Très à fleur de peau. Je m'y sentais comme sur des coquilles d'oeufs. Donc, j'ai tout repris à zéro pour mieux plonger dans cette histoire de quête des origines. Polly, la narratrice, est une adolescente mature, réfléchie, solitaire et malheureuse. Elle ne connaît pas son père, ni sa mère ni sa grand-mère ne lui en parlent, elle ne dispose que d'une photographie très floue de lui et se souvient l'avoir vu pour la première (et seule) fois à l'âge de six ans. Elle se rappelle des détails et des contours mais a oublié les mots, les paroles, les traits de son visage.
Aujourd'hui, en cette veille de la rentrée, Polly vide et range les cartons de sa famille en nous offrant un pêle-mêle raffiné de ses émotions, ses souvenirs, ses doutes, ses besoins. Sur la plage, à Houlgate, Polly a rencontré Cléo qui dansait et dessinait des arabesques sur le sable. Et puis Cléo est partie... Sans le vouloir, cette rencontre a bouleversé Polly. Il faut que sa grand-mère lui explique pourquoi ceux qu'elle aime la quittent, car elle en souffre et sa bulle pleine de rien est en train de se crever.
Je me suis noyée de plaisir parmi les lignes de Gabriel Martiarena, c'est un roman admirablement bien écrit, très élégant, classique, guindé sans être pédant, et au charme suranné. Par contre, ce classicisme marque aussi une certaine distance et il n'est pas facile de se fondre dans l'histoire. C'est beau, très sensible mais l'histoire ne nous transporte pas. Il faut davantage considérer ce roman comme un brillant exercice stylistique.
A conseiller aux très bons lecteurs (adolescents) et plus.

Pourquoi faut-il que tout ait une fin ? En ce premier jour de septembre, une nostalgie lourde me serre la gorge. Je repense à cet été qui s'achève, aux arabesques de Cléo sur le sable de l'immense plage normande. Bientôt, il faudra retrouver la compagnie étouffante et imposée de camarades de classe. Je sens poindre l'envie de fuguer. Le goût de la fuite me taquine. Je ne suis pas courageuse, non, vraiment pas. J'ai le sentiment profond que seuls les fuyards sont heureux. Soyons lâches, évitons les contraintes !
J'ai perdu Cléo, l'escalier bigarré... Il me reste Mamée, maman. Et l'absence obsédante de mon père.

Si j'oublie son absence ? Si j'oublie son absence ! Est-il seulement possible de s'affranchir de ce qui n'est pas ? Oublier revient à soustraire quelque chose de sa mémoire. Mais quand cette chose est un néant, comment s'en délivre-t-on ? Par quel bout s'empoigne le vide quand on veut le flanquer dehors, le bazarder ?
Je ne connais pas mon père, ou si peu. Pourtant il me pourrit l'existence. Je voudrais le frapper, lui hurler ma haine. Mes poings s'agitent dans le vent, mes cris ne rebondissent sur aucune chair. Lutter contre un fantôme.

Pêle-mêle Polly ~ Gabriel Martiarena
Médium de l'école des loisirs (2010) - 118 pages - 8,00€
illustration de couverture : Franck Juery

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28/06/10

Selon Faustin

Croyant lire un roman d'été, avec cette jolie couverture écarlate illustrant un longboard, la plage, le surf, bref je m'y voyais déjà et finalement je me retrouve en hiver ! Complètement à l'ouest, donc, j'avance dans cette histoire où Faustin, le narrateur, parle de sa vie auprès de ses potes et ses parents, tous fous de surf, alors que lui, non franchement, ce n'est pas son trip. En fait, sa passion s'appelle Lise, sa meilleure amie de toujours, celle pour qui son coeur bat très fort, celle avec qui il sait qu'un jour il quittera tout. Comme son frère, exilé à Paris, il changera de vie, il aura le goût de n'en faire qu'à sa tête, de ne plus chercher à convenir aux rêves de son père, interdit de surf depuis son accident. A lire comme ça, son existence n'est pas rigolote ni idyllique. C'est loin d'être l'extase, pas conforme à l'image d'Epinal. Sea, sex and sun.

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Cet hiver-là, Charlie fait son entrée dans la bande et aussitôt Lise ne voit plus que lui. Faustin assiste à son naufrage romantique avec toute la violence de ses quinze ans. Il boit beaucoup de bière, il fume, il refuse d'aller en cours, il dort et il se remet sur sa planche pour participer à une compétition, avant de tout plaquer. Le temps que durera l'amourette entre Charlie et Lise, Faustin va s'enfoncer dans la haine, la rancune et faire n'importe quoi. C'est aussi sa vie qu'il remet en cause, ses désirs qu'il affronte. Cela va partir un peu dans tous les sens, mais ça finira par toucher son but. La frustration, autour de l'amitié et de l'amour, déploie toutes ses ailes et rend ce texte poignant, charmant car poétique, teinté de mélancolie et de désarroi, mais c'est tellement propre à ce que vit, ressent Faustin qu'on ne peut que s'identifier, faire corps avec son coup de blues. Au passage, on saisit des éclats de phrases, des bouts de vie, des éclairs de lucidité, des mots justes, des mots forts. On ne sait plus pourquoi on aime ce livre, mais on sait qu'il cache toute la douceur, toute la rancune et toute la véhémence de l'adolescence. Donc, non ce n'est pas une lecture légère et tout sourire. Pas vraiment. Cela n'empêche pas qu'on aime ça aussi...

Selon Faustin ~ Emmanuelle Richard
Médium de l'école des loisirs (2010) - 180 pages - 10,00€
illustration de couverture : Hélène Millot

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