24/08/11

"If you ever want to hide from the world, live in a small city, where everyone seems anonymous."

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Quel beau roman ! Ariella, treize ans, vit à Saratoga Springs avec son père dans une grande maison de style victorien. Sa mère a disparu depuis sa naissance. C'est le sujet tabou. On ne trouve quasiment aucune trace d'elle dans la demeure, à part un livre de recettes ou une tapisserie de lavande. Les réponses à ses nombreuses questions demeurent évasives. En fait, le père d'Ari incite sa fille à réfléchir pour tirer elle-même ses propres conclusions. C'est lui aussi qui s'occupe de son instruction, il lui enseigne la littérature, la philosophie, tandis que Dennis, le meilleur ami de la famille, lui apprend les sciences. Ari vit dans un petit monde cloîtré, à l'abri de l'extérieur, elle est surprotégée et ne s'en plaint pas trop jusqu'à ce qu'elle fasse connaissance avec les enfants de Mrs McGarritt, leur cuisinière. C'est tout le contraire de ce qu'elle connaît, c'est coloré, bruyant, vivant. Ari est sous le charme, elle se lie d'amitié avec Kathleen, tombe amoureuse de Michael, et petit à petit cherche à remodeler son propre univers. Comprendre les secrets de son père, découvrir le pourquoi de la mystérieuse disparition de sa mère. Il faudra un drame, bien moche, pour qu'elle décide de tout quitter. 

C'est un roman sombre et fascinant, qui se passe dans un monde de vampires, sans surfer à fond sur la vague. L'ambiance est classique, très belle, gothique surtout dans la première partie, durant laquelle on suit une héroïne empruntée, qui découvre peu à peu ce qui l'entoure, ce qui nous permet de nous familiariser au même rythme à son histoire. C'est franchement réussi ! La partie où Ari s'échappe dans le Sud est un peu moins captivante, trop calquée sur le modèle de Kerouac (la lecture de "Sur la route" a clairement influencé l'héroïne), et c'est enfin dans la troisième partie qu'on renoue avec les secrets d'intrigue vampirique, bref c'est très original, d'une grande qualité littéraire, avec un certain charme vaporeux, et une héroïne qui paraît plus que son jeune âge, très forte et pleine d'élégance. J'ai été totalement impressionnée par ce livre, cela n'a rien à voir avec ce qu'on trouve actuellement, ici les vampires sont cultivés et érudits, aiment parler littérature et poésie, s'intéressent à la science et se mêlent de politique. La Société des S est une association secrète réunissant ceux qui ont choisi de révolutionner le genre (ne plus mordre pour boire le sang), je n'en dévoile pas davantage, même si je pense que ce premier tome ne fait qu'effleurer le sujet et que la suite promet de développer davantage cette belle idée. En fait, il s'agit cette fois d'un roman sur l'apprentissage de la vie et du passage à l'âge adulte, au bout des 400 pages Ariella aura appris et choisi, mais ceci est une autre histoire... 

Le deuxième tome paraîtra en novembre 2011 : Le Temps des Disparitions

La Société des S - Susan Hubbard  smileyc002
L'école des loisirs, 2011 - 412 pages - 16,80€
traduit de l'anglais par Marion Danton
illustration de couverture : Sereg 

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16/08/11

lectures de vacances #1

"There are no coincidences. And everything means something."

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Délicieuse ambiance que voilà ! Wicca est une série aux effets envoûtants, vis-à-vis de laquelle il ne faudrait pas se leurrer non plus, c'est l'histoire d'une adolescente de seize ans, qui se trouve quelconque, et qui tombe folle amoureuse du beau gosse du lycée, Cal, le nouveau venu, qui va également initier tout un petit groupe de lycéens à la Wicca. Miam, miam. La tournure des évènements fait des merveilles, c'est mystérieux et attrayant, bref je buvais du petit lait. Cela a su largement compenser l'aspect exaspérant qu'on retrouve dans les plates considérations adolescentes de Morgan, l'héroïne. Mes aïeux, qu'est-ce que c'est simplet ! Premiers émois amoureux, jalousie entre copines, fâcheries et vacheries, crises de colère, embrouilles avec les parents... ouhlala, c'est lourd ! (Oui, c'est l'âge.) Heureusement le thème de la Wicca fait oublier tout ce côté gonflant. J'ai été fascinée par le folklore, très curieuse d'en apprendre plus sur les origines de Morgan, de connaître l'histoire des anciens clans et de chercher à percer le mystère qui rôde autour de Cal, de sa mère et des autres personnages secondaires... Prenez donc votre mal en patience, il faut se farcir une petite nana qui joue avec nos nerfs, mais oubliez sa crise d'ado et plongez-vous dans l'univers captivant de la Wicca ! Cela vaut vraiment le détour.

Wicca, livre 1 : L'éveil - Cate Tiernan
Hachette jeunesse, coll. Black Moon, 2011. 

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Cela ressemble à une petite brique noire, de plus de 400 pages. La couverture énigmatique donne le ton, ce sera fantastique et drôle et inventif, ou je ne m'y connais pas ! Dès le départ, nous faisons connaissance avec les trois personnages - Mélusine, Framboise et Tristan. Ce ne sont pas des adolescents ordinaires, ils possèdent des dons ou des capacités dont ils ignorent la portée jusqu'à ce qu'ils soient pris en charge par les dirigeants de l'université invisible. Isolés sur une île, ils appréhenderont les rouages de cette institution, vont parfaire leurs connaissances et développer ce qu'on nous présente comme étant une forme de télépathie et télékinésie en version plus élaborée. Au fil des chapitres, d'autres acteurs entrent en scène (des vampires, par exemple !) et de nouvelles données mettent à jour l'ambition teintée d'ambiguïté de l'université. Il ne faudrait pas croire que tout est parfait et altruiste dans ce monde ! Il se passe, bien évidemment, des tas de petits évènements qui, mis bout à bout, constituent une intrigue habile et haletante. Maëlle Fierpied a imaginé une société du futur vouée à la technologie (les livres sont rangés en tant que vieilleries), le fantastique y trempe un doigt de pied, j'ai même cru au début me rapprocher de la trilogie Phaenomen d'Erik L'Homme, mais finalement les similitudes sont beaucoup moins évidentes. Car ce que j'ai trouvé frais et très agréable ici, c'est l'humour un rien espiègle de l'auteur. Cela nous donne des personnages attachants, en gros des adolescents souvent susceptibles, boudeurs et bornés, mais doués et perspicaces, n'hésitant pas à braver les interdictions, et un rythme d'intrigue fluide et très digeste. J'ai juste un peu regretté la fin précipitée de cette tétrade, mais ceci dit je n'ai pas boudé mon plaisir et confirme que ce fut une lecture bien divertissante !

Chroniques de l'Université Invisible - Maëlle Fierpied
Ecole des Loisirs, coll. Medium, 2010. 

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28/07/11

I couldn't hear what you were saying

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De Paris à Veules-les-Roses, un adolescent écrit à sa mère qui est partie sans lui, mais pour son boulot et un autre homme, pendant 21 jours. Isolé chez ses grands-parents, Romain se défoule sur papier pour crier sa frustration, sa jalousie, son amour et son incompréhension. Excessif, sûrement. Romantique et impatient, aussi. Voilà un jeune homme qui entretient une relation peu commune avec sa maman - ce qui, pour ma part, me touche énormément. Et pour mieux se rapprocher de l'absente, Romain lit les 11 ouvrages conseillés par celle-ci et décortique les situations, saisit des bouts de phrase, les confond avec sa vie et son expérience. Résultat, il vitupère, jette même ses livres à la mer et grommelle dans son coin. Il ne partage guère ses tourments avec ses grands-parents, on ignore aussi les retours de sa mère, on assiste juste à la crise romanesque d'un garçon trop passionné, jusqu'à la révélation finale du "fameux" secret de famille qui expliquerait que ... Définitivement, un bon roman !

Signé Romain - Catherine Gualtiero
Médium de l'Ecole des Loisirs, 2010 - 85 pages - 8,00€
photographie de couverture : Franck Juery 

Cathulu a dressé la liste des 11.

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25/07/11

Les Sorcières de Skelleftestad

Nils Swedenborg est un homme simple, heureux et un peu bête. Charpentier de la ville, il tombe sous le charme de la nouvelle venue, la mystérieuse Ingrid, très belle, très sûre d'elle. Ils se marient, font des bébés (trois filles) et vivent à l'écart du village. Un bonheur sans nuages. Néanmoins, Ingrid a un secret - c'est une sorcière. Pas du genre nez crochu, vilain chapeau et blouse noire sur le dos, se baladant sur son balai et concoctant des potions dans son chaudron. Certes, Ingrid affectionne la soupe aux yeux de brebis. Elle s'échappe aussi régulièrement pour courir les sabbats de la confrérie des sorcières. Elle est moqueuse, talentueuse, cachottière.

C'est sa fille aînée, Johanna, qui raconte cette histoire cocasse et doucement déjantée, croquant un portrait peu flatteur de sa maman sorcière, livrant au passage des secrets (comme le fait qu'une sorcière est ovipare) et brossant un portrait tendrement complaisant de son père, le benêt de service. Car, finalement, qu'est-ce qui a poussé Ingrid a épousé cet homme ? Quels sont ses plans en débarquant à Skelleftestad ? 

Jean-François Chabas ne s'en cache pas : en écrivant cette petite saga sur les sorcières, il a essentiellement voulu s'amuser, proposer du léger à ses lecteurs, après des romans plus durs et particulièrement douloureux. L'humour y est donc sarcastique, le ton est joyeux même si le portrait d'Ingrid n'est pas tendre, la narratrice n'y va pas avec le dos de la cuillère, car il faut se méfier de sa mère, c'est une sorcière redoutable, adepte de magie noire, et qui va nous prouver par la suite que ses intentions ne sont pas toujours louables... Tome 2 : Les soeurs Swedenborg

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Nous retrouvons Johanna et ses soeurs, Agnes et Greta, toutes trois filles de la sorcière Ingrid, qui ont donc hérité des mêmes pouvoirs de leur mère depuis qu'elles ont seize ans. Or, les demoiselles ne font pas la fierté de leur génitrice. L'une se gave de gâteaux, l'autre se perd dans les fanfreluches, tout ceci est niais et vain aux yeux d'Ingrid. Tous ses espoirs reposent donc sur son aînée, Johanna, qui se pose beaucoup de questions sur le bien et le mal, qui ne comprend pas sa mère, qui est très attachée à son père et ne supporte pas qu'on se moque de lui. Mais poussée par ses proches, elle craque et trouve son sort de magie noire, un sort tellement intelligent et retors qu'il attire l'attention de Monsieur (le diable) en personne ! La rouerie de ce dernier est particulièrement pernicieuse, puisqu'il offrira et reprendra ses faveurs avec une vicissitude propre à sa réputation. 

Aucune surprise à attendre de ce deuxième volume. Si vous avez apprécié l'humour du premier, vous renouerez avec la tendre ironie de Johanna avec grand plaisir. Il n'est plus besoin de découvrir les petits secrets d'Ingrid, il est surtout question de gérer l'héritage bien lourd de cette sorcière de mère. Toutefois, celle-ci nous réserve encore quelques pépites sur son étonnante vie, ce qui agacera prodigieusement la narratrice. Et le lecteur aussi. Ce fut une lecture quelque peu piquante, où résonne au loin le rire sardonique de la sorcière, Hou, hi, hi ! Très sympa, donc.

Les Sorcières de Skelleftestad, tome 1 : L'étrange mariage de Nils Swedenborg & tome 2 : Les soeurs Swedenborg - Jean François Chabas (Ecole des Loisirs, coll. Medium, 2010 & 2011)
photographie de couverture :  Franck Juery

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18/07/11

La fiction s'insinue dans la réalité comme des racines qui font craquer le revêtement d'un trottoir.

L'histoire suivante se passe au pensionnat Biriozy, près de Novgorod, où trois camarades de chambrée, Pénélope, Ludmila et Sanouk, suivent leurs études entre ennui et torpeur. C'est alors qu'arrive leur nouveau professeur de littérature, Anton Mordiev, qui leur confie un petit livre qui va tout faire basculer. Les filles décident de se faire la lecture tous les soirs, dans leurs lits, et aussitôt se prennent de passion pour la découverte de la civilisation nénètse, un petit peuple qui vit de l'élevage de rennes au-delà des Monts Oural. Mais cette lecture n'est pas du goût de tous, car la sous-directrice, Olga Petrovna, leur confisque l'ouvrage avant de procéder à des mesures plus radicales. 

En quelques 200 pages et des brouettes, et avec une élégance très appréciable, Anne Bouin a tout saisi de la subtile balance entre le divertissement, la beauté et le charme d'une rencontre. Elle nous livre un roman incroyable, d'une force rare, et qui renoue avec l'art de raconter une histoire. Et ce qui est étonnant, aussi, c'est la richesse de l'intrigue et tout ce qu'il est possible d'impliquer, d'imaginer, de dénoncer. Et puis c'est drôle, l'amitié entre les filles est espiègle, sincère et rafraîchissante, il y a aussi du suspense, beaucoup de poésie, quand Sanouk découvre une petite feuille de bouleau entre les pages du livre, elle ressent, plutôt qu'elle ne comprend, que la lecture de l'ouvrage sera capitale pour elle. Et c'est enfin grandement dépaysant, l'histoire se déroulant en Russie, nous nous baladons alternativement entre les murs du pensionnat austère, dans la très coquette isba bleue de la babouchka de Sanouk, ou sous un tchoum, à se réchauffer sous une peau de renne. Bref, j'ai été totalement sous le charme, plus qu'enchantée par cette première approche, qui se poursuit avec Un été sibérissime.

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Les vacances d'été réservent à nos trois héroïnes, Pénélope, Ludmila et Sanouk, des retrouvailles avec leurs familles respectives, sans se douter qu'une nouvelle fois les aléas de la vie vont les réunir pour se serrer les coudes au nom d'une cause commune. 

Ce deuxième épisode n'a rien perdu de son charme, de sa fraîcheur, de son dépaysement. Les premiers chapitres nous offrent même une impression de nonchalance estivale, mais il ne faudrait pas s'y tromper, car l'histoire reprend ses droits et nous plongeons alors dans un roman qui mélange l'aventure, l'espionnage, la mafia et même les premiers émois amoureux... Sincèrement, c'est toujours aussi beau, doux et élégant. L'ensemble paraît plus dynamique, synchronisé comme un ballet russe qui s'enflamme. On vit au rythme des personnages, de leurs palpitantes aventures, on tremble face aux dangers, on oublie le monde qui nous entoure, on prend fait et cause pour protéger la culture nénètse, et on aime jusqu'aux méchants, qui peuvent se révéler attachants à leur façon. Vraiment, ce fut une lecture chaleureuse, enivrante, simple et parfaitement efficace, et j'ai très envie de retrouver tout ce petit monde le plus vite possible ! 

Petite Feuille Nénètse (Médium, EdL 2009) & Un Eté Sibérissime (Médium, EdL 2011) - Anne Bouin
illustration de couverture : Rascal   smileyc002

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30/05/11

Pêle-mêle Clarabel #35

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Un bel exemple de tendresse : La pêche à la lune est un album aux effets secondaires remarquables. A chaque fois, sa lecture m'apaise et m'enveloppe dans une sensation de douceur et de béatitude. La journée de Momo commence mal, aussi il n'hésite pas à partir avec son Papy à la pêche à la lune. Vous savez comment pêcher la lune ? Avec un seau, une louche et beaucoup de patience. Un vrai miracle, croyez-moi. De plus, le regard de Momo, à la fin, ne cesse de m'enchanter. Je trouve à ce petit album un charme fou, c'est définitif !  Par Claude K. Dubois (Pastel, 2011)

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Je demande : le très classique Tomi Ungerer et son incroyable Crictor ! Madame Louise Bodot, grande dame française, reçoit un cadeau empoisonné de la part de son fils : un boa constrictor ! Gloups. Une fois calmées les émotions fortes, notre belle dame se prend d'affection pour son nouvel animal de compagnie. Elle le berce, lui confectionne un tricot pour l'hiver, le promène en laisse, c'est l'amour fou. Ils sont inséparables, les passants s'étonnent d'un tel couple, et pourtant ce cher Crictor va devenir un héros avec sa statue édifiée sur la place principale. Pourquoi, comment ? Bah je ne vais pas tout vous raconter non plus. Je ne cache pas mon faible pour le côté rétro et délicieusement guindé des illustrations - oui, j'aime beaucoup ! Le reste, c'est classique, très classique, ça ne se démode pas, c'est très bien. (L'école des loisirs, 2011 pour cette présente édition) 

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Et pour finir, Georgette la poulette - mon clin d'oeil. Parce que c'est drôle. Parce que Georgette est adorable et craquante. Parce qu'on trouve des petits détails qui font sourire. Parce que je me demande à quoi peut ressembler un oeuf carré. Par Christine Naumann-Villemin & Marianne Barcilon (ma fille a beaucoup lu leurs albums quand elle était plus jeune !) 

20/05/11

« Un élixir est une petite créature qui n'a qu'un but dans la vie : montrer la beauté du monde »

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Quel roman absolument déconcertant ! J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans l'histoire, la mise en place est lente, compliquée (un peu) et puise dans le réservoir de l'imaginaire avec délectation. D'un autre côté, c'est réjouissant d'avoir un livre qui sait si bien raconter une histoire, avec son lot de créations et propositions qui sortent des sentiers battus. On rencontre Pauline, une petite fille qui apprend via sa tante l'existence des Elixirs et des sorcières amputeuses, ces dernières les avalent pour leur force et leur capacité à montrer la beauté du monde. C'est incroyablement poétique, merveilleux et fantastique. Puis le suspense grimpe avec l'arrivée de la terrible Humbaba, la sorcière la plus vieille et la plus puissante. Elle veut récupérer le Murmure qui s'est échappé de son igloo et qui s'est réfugié dans la chambre de Pauline. Mais la petite fille tient tête et va affronter la sorcière jusque dans son repère, et au péril de sa propre vie !

J'avais apprécié le premier roman de Sabrina Mullor, Le merveilleux petit champignon atomique. J'ai été déstabilisée par celui-ci, l'univers est plus riche et complexe, il faut s'accrocher, de plus la séduction est longue à venir. Globalement j'ai aimé et j'ai été déçue aussi. Cet imaginaire si fourni risque de décontenancer les plus jeunes lecteurs, alors que je reconnais que c'est bon de lire un roman aussi original et inventif. Car il se passe de jolies choses dans ce roman, qui font battre le coeur et qui donnent envie de croire à ces histoires d'Elixirs et de beauté du monde... C'est en soi un conte moderne et novateur, avec du charme à revendre, beaucoup de poésie et une pointe de déconfiture aussi, qu'il ne faudrait pas négliger du fait de la mise en route qui est quelque peu déstabilisante...

Pauline contre Humbaba et les sorcières amputeuses - Sabrina Mullor
Neuf de l'Ecole des Loisirs (2011) - 167 pages - 9,50€
illustration de couverture : Adrien Albert

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11/05/11

Pêle-mêle Clarabel #34

Lu et aimé Plus loin que le bec des hirondelles d'Annie Agopian & Magali Bardos,

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Un texte qui se moque avec gentillesse du tourisme de masse, des clichés sur carte postale et autres, en même temps qu'il dénonce les rêves sur papier glacé, ceux qui font partir toujours plus loin afin de trouver ce qu'ils ne trouvent plus chez eux, ou ceux qui donnent envie de repartir à zéro en voulant croire que la vie est plus belle ailleurs. Des illustrations enthousiasmantes, et une belle histoire d'amour à sens unique. (Rouergue, 2011)

C'est ainsi que nous avons ressorti des étagères Le trou d'Annie Agopian & Alfred.

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Une mère et son fils sont confrontés aux aléas de l'administration qui visent à ce que vous certifiez vos origines, parfois en dépit du bon sens. Ceci conduit la maman à confesser une histoire émouvante, celle du grand-père qui a quitté l'Arménie et s'est retrouvé apatride, la petite histoire embrassant la plus grande, c'est aussi le génocide d'un peuple qu'on découvre, la date du 24 avril 1915 et l'exercice de mémoire qu'il faut entretenir, encore et toujours. Les illustrations d'Alfred commentent avec force les propos d'Annie Agopian. Cet album attendait depuis trop longtemps que nous le découvrions, mais heureusement il n'est jamais trop tard pour bien faire ! (Rouergue, 2010)

Nous avons lu également Le voyage de Mémé de Gil Ben Aych,

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1962. La famille de Simon déménage. Elle quitte le nord de Paris pour s’installer à une vingtaine de kilomètres, à Champigny-sur-Marne. Tout le monde est déjà parti mais il reste à faire bouger Mémé. La grand-mère tout juste arrivée d’Algérie refuse catégoriquement de monter dans une voiture, un bus ou un métro. Elle veut marcher, un point c’est tout. Simon, son petit-fils, se voit chargé de l’accompagner à travers la capitale et la proche banlieue. En chemin, Mémé va de découverte en découverte. Cette histoire vraie s’est passée il y a près de cinquante ans. Pourtant, elle est toujours d’actualité. C’est, sans doute, ce qui a fait de ce livre un classique de la littérature jeunesse que l’école des loisirs a choisi de rééditer.

Même si je lui reconnais d'énormes qualités (j'aime beaucoup la plume de Gil Ben Aych), je suis un peu restée en retrait et je n'en ferai pas une lecture inoubliable, à la rigueur indispensable pour qui recherche un livre traitant de déracinement et de mal du pays avec un zest d'humour.

(Neuf de l'Ecole des Loisirs, édition 2011) Illustration de couverture : Philippe Dumas

09/05/11

Zarra

Je garde tout ça pour moi bien sûr, ou pour mon journal, je ne veux pas qu'on me prenne pour une timbrée. C'est quand même pas moi la timbrée ici...

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Il fait beau, on en profite à l'ombre des pommiers en fleurs en bouquinant quelques-uns des romans de la collection Neuf de l'Ecole des Loisirs. Nous ne tombons pas toujours sur la perle rare, mais nous rencontrons de chouettes personnages, comme la petite Zarra. (Nous avons également lu le dernier roman d'Audren, Les zinzins de l'assiette, mais nous en attendions plus. C'est un texte qui commence par décrire le bonheur de bien manger et de se faire plaisir autour d'une table, l'ambiance à la maison gagne en euphorie et le bonheur coule à flots. Ils sont quatre garçons à la maison, tous nés de pères différents et qu'ils ne connaissent pas, la mère se dit féministe et refuse de partager son toit, car elle ne veut pas faire la bobonne. Elle est très mauvaise en cuisine et n'a pas envie d'apprendre, même pour faire plaisir à ses fils. Ces derniers décident d'apprendre et testent des recettes faciles en cumulant les gentilles bévues. Puis, l'histoire bascule avec la rencontre d'un nouvel amoureux qui dépose ses valises chez eux et qui se révèle également un très bon cuisinier. Les enfants l'adoptent, puis reprochent à leur mère de saboter sa relation à cause de principes ridicules. C'est à partir de là que nous avons commencé à nous désintéresser de l'histoire qui cumulait les clichés et les principes de précaution. De plus, je n'ai pas trouvé le texte abouti. D'ailleurs cela commence à faire plusieurs romans d'Audren où je commence de moins en moins à m'enflammer. C'est dommage.) L'illustration de couverture est de Gabriel Gay.

Refermons cette parenthèse pour revenir à notre petite Zarra. En fait, il s'agit d'Axelle. Elle a une maman maniaco-dépressive, dont les crises se manifestent soudainement et de façon violente. Ce n'est pas rigolo tous les jours, soit sa mère passe son temps à dormir, soit elle hurle et prétend qu'elle n'aime pas sa fille, qu'elle en a marre de sa vie et qu'elle veut partir, à la rigueur avec son fils, mais pas avec sa fille. Axelle n'a personne à qui se confier, elle n'ose pas en parler à sa meilleure amie et son père est trop souvent absent à cause de son boulot. Alors, Axelle se réfugie dans les rêves et se prend d'admiration pour Fantômette. Comme elle, Axelle devient une justicière de la nuit et propose ses services pour sauver la planète.

Au début, alors que je lisais les premiers chapitres, j'avais un peu de mal à visualiser cette histoire aux mains de jeunes lecteurs de 9-12 ans. Le sujet n'est pas facile, pas courant non plus, les accès de folie de la mère peuvent dérouter, je ne sais pas, j'étais moyennement convaincue. Et puis, il s'est passé une petite étincelle et je n'ai pas pu m'empêcher de sourire et de trouver Axelle forcément sympathique et attachante. Tout n'est pas très crédible, comme les escapades nocturnes d'une gamine de douze ans dans une ville où le crime rôde, et le sujet reste malgré tout survolé, mais il n'empêche... La fin montre aussi que la dépression est une maladie grave et longue à guérir, que personne n'est responsable et qu'il ne faut pas croire les méchancetés entendues ni celles qu'on se chuchote à soi-même (Axelle a souhaité plus d'une fois la mort de sa mère afin de retrouver un équilibre familial). Alors voilà, c'est un portrait de petite fille qui souffre et s'accuse d'être coupable du mal dont souffre sa mère, qui préfère se réfugier dans le rêve et l'imaginaire, et qui va peu à peu prendre confiance en elle et faire face à tout ce qui la ronge. L'humour, heureusement, sauve la mise... car le sujet n'est pas très évident à suggérer aux enfants. (Je ne suis pas sûre non plus qu'ils connaissent tous Fantômette, d'où mon envie de conseiller davantage ce roman aux adultes.)

Neuf de l'Ecole des Loisirs, 2010. Illustration de couverture : Dorothée de Monfreid. 

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08/05/11

Mon royaume est un cheval

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Quatre auteurs se partagent l'affiche autour d'un même thème : le cheval. L'animal sert principalement à symboliser une envie, un rêve, l'enfance, l'espoir, l'acte de grandir, l'amitié, l'amour aussi... Yann Coridian évoque le premier amour, à travers un spectacle scolaire, où le jeune narrateur joue le rôle d'un cheval et n'a d'yeux que pour une petite copine qui interprète un arbre. Ils sont en CM2, la fin d'année approche, ils vont se séparer, ce sont les vacances et le garçon reçoit une carte postale avec un cheval, illustrant la réciprocité des sentiments. Et j'ai été attendrie par cette belle histoire, même si elle est bien trop courte aussi. C'est le souci du recueil de nouvelles, de toute façon. Les mondes s'enchaînent, les rencontres avec les personnages passent à toute vitesse, et le lecteur jongle avec l'immension frustration de dire adieu et bonjour à la fois.
Susie Morgenstern a le goût de la chute - un garçon est attaché à son cheval, c'est son trésor, le dernier cadeau de son grand-père, il n'en parle même pas à ses meilleurs potes, il se coupe du monde extérieur pour passer son temps avec, un peu aussi pour se réfugier des disputes incessantes de ses parents, lesquels divorcent puis se remarient avec un bébé à la clef. La nouvelle ne l'enchante guère, mais c'est sans se douter que cela l'aidera à grandir et à se détacher de son cheval. Pour un bien. Pour grandir, quoi.
Le texte de Christian Oster est celui qui m'a le moins emballée : un cheval (qui parle), vieux et traînant la patte, désormais sans maître ni cavalier, erre comme une âme en peine et rencontre un escargot. Ils font route ensemble, la bestiole sur la tête afin d'observer le paysage. Un lutin leur offrira un coup de bûche pour faire grossir l'escargot, qui bave de plus en plus, mais la proposition de la fée sera poliment déclinée, et même la promesse faite à la limace n'entravera pas cette jolie connivence qui s'est crée entre le cheval et l'escargot. Non, honnêtement je n'ai pas beaucoup apprécié.
Par contre, j'ai été fort sensible au joli récit de Brigitte Smadja où une jeune adolescente, rêveuse, passe deux semaines de vacances chez sa tante en soupirant d'ennui. Elle rencontrera sur la plage un cheval fou et sa cavalière et sera pleine d'admiration devant ce couple. Elle prendra conscience qu'elle a besoin de changement dans sa vie, elle aime le latin mais n'osait pas l'assumer devant sa bande de copains. A la place, elle suivait le mouvement en mettant le bazar et en se moquant de la prof. Elle en a soupé d'être un mouton, elle veut de nouveau ressentir ce que la rencontre du cheval et sa cavalière a éveillé en elle, et elle y arrivera à force de ténacité et d'indifférence. C'est un texte d'une telle force, laquelle se dégage tranquillement, j'ai beaucoup aimé ce doux paradoxe !
En bref, voilà un recueil à la qualité appréciable mais au plaisir parfois inégal. A la base, je voulais relire un texte de Yann Coridian, et je n'ai pas été déçue.

Neuf de l'Ecole des Loisirs (2011) - 100 pages - 8,00€
illustration de couverture : Sereg

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