04/11/09

J'irai au Pays des licornes ~ Jean-François Chabas

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 180 pages - 9,00€
illustration de couverture : Franck Juery

jirai_au_pays_des_licornesMalédiction ! Il fallait que ça m'arrive, j'étais trop étourdie de bonheur et d'amour, cela devait cesser. Jean-François Chabas est pour moi MA fantastique révélation littéraire de cette année, et je lis chacun de ses livres avec la garantie d'être émue et bouleversée par son contenu.
Oui, jusque là tout était émerveillement et petit lait à boire... sauf que je suis tombée des nues avec ce titre, J"irai au Pays des licornes. Pourtant, tout était réuni pour me plaire. Hélas, la magie n'a pas eu lieu.
L'histoire se passe en Ukraine. Pavlo n'a pas douze ans, il est orphelin et a été recueilli dans un établissement mauvais, sale et dégoûtant, où les pires sévices se jouent en toute impunité, le directeur ferme les yeux, qui ne dit mot consent ? Un soir, Pavlo manque d'être violé par un plus grand et il se rebiffe. Un oeil crevé pour son adversaire, la mise en quarantaine dans une cellule fermée pendant deux ou trois semaines pour lui.  La punition lui semble sévère et injuste, cela va forger son caractère. Pavlo devient un gamin dur, qui n'accepte plus de courber l'échine, il se découvre aussi une faculté au combat qui l'étonne lui-même.
Bref, le garçon va se sauver de l'orphelinat et se retrouver dans la rue. Une autre galère commence, il a faim, il a froid et il est seul au monde. Chaque minute, il doit sauver sa peau, surtout qu'un type costaud et idiot l'a choisi comme bouc émissaire et lui mène la vie dure. Jusqu'au jour où il est ^kidnappé^ par deux individus dans leur camionnette vers une autre étape de son existence vraiment pas rose du tout...
De mal en pis, l'histoire ne cesse d'aller. J'ai eu un mal fou à m'y accrocher, à me sentir à l'aise dans mes baskets, d'ailleurs j'ai fini par passer plusieurs pages, je n'en pouvais plus de lire autant de noirceur, d'amertume, de rudesse et de coup dur. C'est un roman pas facile, pas gai non plus et vraiment pas optimiste. Il fiche le moral à zéro, en dépit de l'écriture toujours impeccable de Chabas.
Je n'ai pas trouvé que ce roman pouvait me mener quelque part, ou disons que je n'ai pas accepté de suivre cette voie. J'ai bifurqué, j'ai moi aussi voulu trouver mon Pays des licornes, cette histoire était en fait un conte raconté par la maman de Pavlo et le garçon aime y repenser, comme s'il s'accrochait à une chimère, pour se consoler, s'évader de son univers âpre et douloureux.
Pfiou, ça fait du bien d'en sortir... tant ça fait mal et ça pèse lourd dans le ventre, et aussi dans le coeur.

ce qu'en dit l'éditeur : La rue, ses menaces et ses combats, Jean-François Chabas connaît bien. Mais c’est la situation de la Thaïlande contemporaine qui a été le déclic de ce roman. Là-bas, les combats d’enfants sont légaux et les fortunes gagnées grâce aux paris, colossales. Avec amertume, poésie, réalisme et pudeur, c’est la face sombre de sa Boxe du Grand Accomplissement que l’auteur nous livre ici, ainsi que sa façon, subtile, originale, de parler de l’antisémitisme.

Madeline de la Libraire L'Eau Vive explique pourquoi la fin du roman la dérange...

 

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02/11/09

La plus belle fille du monde ~ Agnès Desarthe

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 163 pages - 9,00€
illustration de couverture : Sereg

la_plus_belle_fille_du_mondeLa plus belle fille du monde vient de faire son entrée dans la classe de Sandra, quatorze ans, élève de seconde au lycée. Liouba Gogol est éblouissante de beauté, d'intelligence, de simplicité et de gentillesse. Son charisme est dévastateur, la petite bande que forme Sandra et ses amis (deux filles, un garçon) risque de ne pas résister à ce grand bouleversement. Mais en fait, au début, tout semble paisible... Liouba n'est pas une insupportable peste, le danger vient peut-être de là, elle a tout pour elle et elle est irrésistible. Sandra et ses amis n'osent pas reconnaître que cette nouvelle élève leur pose un problème, ou si, ils l'avouent en pointillés, et bien maladroitement. Pire ils se chamaillent bêtement et se lancent des propos vexants. Résultat, le groupe fait bande à part, avec haute trahison puisque l'un d'eux se lie d'amitié avec Liouba et, clash final, Sandra tombe malade et s'absente pendant trois jours. Elle vit mal ce champ libre imposé, c'est une défaite, elle sent que ses amis vont l'abandonner un par un et que Liouba Gogol va creuser son trou dans leur bande.
Quel est le problème, après tout ?
Il faut remonter aux origines de cette amitié pour comprendre les liens sacrés qui les unissent... mais ce qui est sacré ne signifie pas être exclusif non plus.
Avant d'en arriver à une conclusion joyeuse et réconfortante, Sandra - la narratrice de cette histoire - nous emmène dans une haute considération à moitié philosophique sur ce qu'est l'adolescence, l'amitié, les études, l'absence du père, l'écriture aussi. Car Sandra a choisi d'ouvrir son histoire comme un roman en pleine éclosion. La demoiselle rêve d'être écrivain, elle ne connaît ni les règles ni les tournures, et elle s'en moque un peu, aussi nous propose-t-elle un livre ouvert à toutes ses considérations, ses pensées, sa façon d'élaborer son récit, ses digressions (nombreuses !) et son histoire avec la plus belle fille du monde prend peu à peu une forme plaisante et jubilatoire.
Agnès Desarthe est un auteur qui m'enchante, et j'aime particulièrement ses écrits pour la jeunesse. Ce titre ne fait pas exception à la règle, et j'imagine qu'il trouvera écho chez les jeunes de 13 ans et plus.

 

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29/10/09

Malo de Lange, fils de voleur ~ Marie-Aude Murail

Neuf de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 275 pages - 11,00€
illustration de couverture : Yvan Pommaux

malo_de_langeUn bambin de deux ans, blond aux yeux bleus, orphelin abandonné à l'hospice, est recueilli par deux soeurs, deux vieilles filles qui rêvaient d'une petite fille en parfaite santé, ni trop grande ni trop petite, propre, sage, intelligente, sans croûtes sur la figure. Et c'est comme ça que Malo devient le protégé des demoiselles de Lange. C'est un enfant charmant, intrépide et frondeur, qui n'hésite pas à creuser dans les murs séparant son jardin des voisins pour faire connaissance avec la ravissante Léonie de Bonnechose puis avec La Bouillie, qui n'a pas sa langue dans sa poche et avec laquelle Malo va apprendre l'arguche.
Car malheureusement son bonheur sera de courte durée, un type dénommé Riflard se présente chez les demoiselles de Lange en prétendant être son père. Ni une ni deux il kidnappe le blondinet, le séquestre dans un coffre d'où Malo découvre le sinistre plan de Riflard et sa bande de voleurs. C'est un usurpateur, le chef d'une bande qui pille les riches familles en usant de violence et de vice. Les origines du garçon sont jusqu'alors inconnues, mais elles constituent la pièce maîtresse de toute l'intrigue du roman.
En effet, Malo porte en tatouage dans le dos la marque de la fleur de lys, ou le symbole des criminels. C'est assez pour qu'il se sente impliqué dans un destin à mille lieux de celui offert par les demoiselles de Lange, Malo devient un grinche (= un voleur) et s'entoure de garçonnets aussi perdus que lui. De plus, les rues de Paris renferment d'autres dangers qu'un gamin de son âge aurait tort de sous-estimer, malgré son art pour le déguisement et la comédie, Malo doit prendre gare là où il met les pieds.
Ce délicieux roman, à la mode des feuilletons du 19°siècle, nous fait partager un tourbillon d'émotions et nous plonge au coeur de l'action, aux trousses d'un enfant attachant. Malo de Lange, fils de voleur ? C'est ce que le lecteur brûle de savoir, en attendant la grande révélation dans les toutes dernières pages. 
Ce livre pourra être lu par des lecteurs de la tranche 9-12 ans (et plus). Car c'est un livre qui appartient à la collection Neuf de l'école des loisirs, donc il est parfaitement accessible. L'histoire est essentiellement écrite en argot (ou arguche) qui donne un ton original et bien senti à cette histoire, racontée à la première personne par Malo himself. C'est vraiment bien, drôle et ça ne manque ni de rebondissements ni d'action.

Le mot de l'éditeur : On lit les premières lignes, on s'emballle, et très vite on cavale derrière Malo, ce fils de grinche à la recherche de son daron ! On tremble, on rit, on accepte de bonne grâce les situations rocambolesques et les coincidences en pagaille. On dévore à belles dents un vrai roman d'aventures, trop heureux de le lire d'un trait et pas découpé en feuilleton dans le genre de presse populaire où Malo de Lange aurait eu toute sa place au XIX°siècle.

 

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15/10/09

Rose ~ Colas Gutman

Neuf de l'école des loisirs, 2009 - 82 pages - 8,50€
illustration couverture : Dorothée de Monfreid

rose_gutmanLe livre de Colas Gutman est un amour de petit roman.
C'est l'histoire d'une fillette, Rose, élève en cm2. Elle a pour particularité de parler comme une nouille, comme elle dit, et de voir sa famille déménager quartier après quartier, parce qu'il faut sans cesse changer d'école. Pas facile d'avoir la langue qui fourche, de penser une chose et l'exprimer autrement.
Du coup, le langage de Rose est fleuri, culotté, drôle, cocasse, impertinent, mais aussi ridicule, gênant et source de gros malentendus (d'où les déménagements, donc). Dans sa bouche, maman devient Ventouse et papa Patate, les grandes personnes sont des lampadaires, la main une pince à cinq doigts, un collant un ami, bonjour-chez-vous une connaissance, des paupiérises des clins d'oeil et être coeurifié signifie être amoureux.
A lire, c'est un vrai régal. A vivre, on devine le malaise de l'enfant... qui comprend que son parler s'emmêle dès qu'elle s'échauffe, et la demoiselle est du genre soupe-au-lait (elle a de bonnes raisons de s'agacer, à ce propos) et fatalement cela devient un cercle infernal.
Dans sa nouvelle école, par exemple, il y a une barrière qui sépare la cour de celle du collège. Les plus jeunes ont interdiction de s'y approcher, les grands ont tendance à leur lancer des cailloux ou des insultes. Bien évidemment, Rose trouve cette situation inqualifiable et décide de passer outre. Elle s'affiche devant la barrière, elle fait front et elle ose. Admiration générale de la part de ses camarades, tolé de protestation chez les classes de 6°.
La devise de Rose fait des émules : ^avec les solitaires, on est jamais seul^ ! Et ainsi Rose va se sentir plus en confiance, enfin comprise et soutenue, car la petite n'est pas bête, bien loin de là !
Je vous conseille de le lire et de le faire lire à vos enfants, de bonnes séances de rigolade sont à prévoir (mais pas seulement).

 

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09/10/09

Mon petit coeur imbécile ~ Xavier-Laurent Petit

Neuf de l'école des loisirs, 2009 - 135 pages - 8,50€
illustration de couverture : Gwen Le Gac

mon_petit_coeurNous sommes dans un village africain, loin de toute civilisation. La jeune Sisanda vit avec sa mère et sa grand-mère dans leur keja d'une pièce et compte, tous les matins, les battements de son coeur. C'est un soulagement de l'entendre, c'est signe qu'elle a gagné encore un jour à vivre. Car Sisanda est très malade, le médecin a déjà prévenu que sa vie pouvait cesser à tout instant et seule une opération qui coûte des millions pourrait la guérir totalement. Mais comment une famille de bergers pourrait réunir autant d'argent ? Le père de Sisanda est déjà parti sur des chantiers et ne revient jamais auprès de sa famille, sauf pour leur envoyer son salaire.
L'Afrique qu'on nous dépeint généralement percluse de maladie et de misère se montre ici nettement plus joyeuse et optimiste, car Sisanda et sa mère Maswala ont connaissance du grand marathon qui offre aux trois premières places une somme astronomique, laquelle permettrait de combler toutes leurs attentes. Ni une, ni deux Maswala - dont le nom veut dire Mamantilope, car swala signifie antilope - ne cesse plus de courir et courir encore, elle passe sous la fenêtre de l'école de sa fille, cette dernière entend son coeur battre trop fort, lui demande de se calmer et de patienter jusqu'à la course, c'est un bonheur, un apaisement d'apercevoir le passage de sa mère, un rythme immuable, jusqu'au jour où Maswala n'est pas au rendez-vous...
Mon petit coeur de maman a battu très, très fort en lisant cette histoire de mère courage, et c'est d'ailleurs assez paradoxal de sentir son coeur qui bat au même rythme que la petite narratrice, un coeur qui s'emballe alors que c'est strictement interdit. Sisanda doit se protéger des sensations fortes, elle n'a pas la même vie que les enfants de son âge, elle n'a pas le droit de courir et doit se protéger du vent, à la place elle est super forte en mathématiques, habile avec les chiffres, et pour cause...
C'est un roman qui possède tous les accents du drame et du suspense, pourtant il ne frôle jamais le pathos indécent ni ne tombe dans les clichés (en même temps on se doute que tout va bien se terminer, ou du moins on y croit coûte que coûte !). La vie du village est vraiment bien décrite, avec son folklore (la grand-mère a des dons de sorcière), son exubérance (le poste de télévision installé avec les moyens du bord), son monde de couleurs et de bruits, la foule constante, la curiosité de l'épicier et des voisins, mais la solidarité envers et contre tout.
En un mot (ou presque), j'ai pris grand plaisir à lire ce texte.
A conseiller pour tous les lecteurs dès 9-10 ans.

> Simon de la librairie M'Lire a également beaucoup aimé

Présentation sur le site de l'Ecole des loisirs

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28/09/09

Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons ~ Martin Page

Médium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 60 pages - 7,50€
illustration de couverture : Rascal

traite_sur_les_miroirsDans ce livre, il n'est pas question de dragons ni de sorcellerie ou de magie, non il est juste question d'amour et  plus particulièrement de ... chagrin d'amour !
Martin a treize ans, il est amoureux de Marie qui lui déclare l'aimer elle aussi. Soixante minutes plus tard, elle lui annonce qu'elle préfère rester amis. Martin est abasourdi. (Le lecteur aussi.)
La journée, de toute façon, est placée sous un signe noir, très très noir. Le matin même, son chien est mort en se réveillant ! Le père de Martin, médecin, propose d'organiser une fête-enterrement et d'inviter quelques amis - les fidèles, Erwan, Bakary et Fred.
Ce petit roman est absolument réjouissant, malgré son sujet apparemment tristounet, il s'avère enlevé, drôle et pertinent. Le jeune garçon nous fait part de ses pensées profondes, le fait d'avoir perdu sa maman, de consulter un psy pour raconter ce qui lui passe par la tête, ou d'envisager son père à l'esprit chamboulé,  souvent dépassé par la réalité qui l'entoure, et qui préfère nettement apprendre à son fils comment remplir sa déclaration des impôts ou faire son noeud de cravate.
Ce sont des petits instants précieux qui jalonnent ce texte, touchés par un grain de folie, et en même temps ce n'est jamais fatalement idiot. L'histoire dégage une vraie tendresse, elle véhicule un message important sur la perte de l'être précieux, sur la souffrance et sur la force de rebondir, de croire en la vie, etc.
Ce n'est pas traité de façon bateau  non plus, c'est - selon moi - sensé et philosophe (mais jamais trop sérieux non plus). Cela se lit avec beaucoup de plaisir et de facilité, l'impact est immédiat, la folie douce au rendez-vous, il y a aussi une belle brochette d'hurluberlus, tous très attachants. Bref, c'est un roman original et absolument charmant (que j'ai beaucoup aimé... mais était-il besoin de le rappeler ?).

extrait :

Il y a un mystère dans la difficulté qu'ont les adultes à former des amitiés. Mon hypothèse est que l'amitié, pour naître et durer, a besoin de circonstances exceptionnelles et de danger. Et seule l'enfance réunit ces conditions. Une fois adulte, il n'y a plus de grands risques. Je ne dis pas que c'est facile, mais la terreur devant l'avenir, ce qu'on est, ce qu'on va devenir, est atténuée. D'après ce que je sais, d'après ce que j'ai lu, d'après ce que j'ai vu au cinéma, le seul moment où les adultes peuvent devenir amis, c'est en période de guerre. A leur manière, l'enfance et l'adolescence sont aussi une période de guerre.

> les libraires sont unanimes !  Mel de la Soupe de l'Espace - Le Préau - la librairie Rêv'en Pages
Sophie Pilaire sur Ricochet
- Les lectures de Marie

> Et le blog du monsieur, dont cette partie qui fait écho à ce billet (et plus, encore) : 

J'ai fini d'écrire Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons vendredi. Geneviève Brisac, mon éditrice à l'Ecole des Loisirs, m'a répondu, et tout va bien. Il y a toujours cette peur d'écrire des choses trop bizarres qui n'ont de sens que pour moi. Et puis c'est mon premier Medium (la collection pour les plus de douze ans à l'Ecole des Loisirs), j'étais un peu inquiet.

Je sais que certains adultes ne lisent pas de livres pour enfants (les idiots), alors qu'il y a des merveilles.

> la nouvelle adresse : http://www.martin-page.fr/blog/

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24/09/09

Les cheveux de la poupée ~ Eva Almassy

Medium de l'Ecole des loisirs, 2009 - 60 pages - 7,50€
illustration de couverture : Franck Juery

les_cheveux_de_la_poupeeLa veille de son dixième anniversaire, Charlotte est invitée chez son oncle pour choisir une poupée en cadeau. Et pas n'importe quelle poupée ! Son oncle est un grand collectionneur qui rêve d'ouvrir son musée de poupées. Il en possède des centaines, tous les modèles, toutes les époques, toutes chargées d'une histoire. Charlotte est impressionnée mais hésite. Trop précieuse, trop belle, trop poussiéreuse, trop interdite, trop fragile, etc. Ce n'est pas facile de choisir l'élue, quand son regard se pose sur une magnifique poupée aux cheveux plus vrais que nature. Son choix est fait, son oncle est impressionné, il n'a que peu d'informations sur cette poupée, elle vient d'Allemagne, a probablement été conçue dans les années 40 et ses cheveux sont de vrais cheveux, pas du vulgaire synthétique. La demoiselle rentre chez elle, enchantée. Sa poupée, de plus, se couche le soir en échangeant quelques mots avec la petite fille, elle souhaiterait qu'on l'appelle Charlotte, elle lui confie deux, trois trucs rigolos, la magie est réelle, la connivence certaine, paf, le début d'une histoire d'amour est signé. Et puis le lendemain, patatras, Charlotte apprend de la bouche de son amie Marianne une autre histoire qui fait froid dans le dos, une histoire sur la guerre, sur les enfants déportés, sur les camps de la mort, et Charlotte n'est plus sûre d'aimer sa poupée. Soudain, elle lui apparaît effrayante.

J'ai bien aimé cette histoire, pourtant je ne suis pas sûre qu'elle puisse plaire à tous les lecteurs visés (12 à 16 ans). C'est un livre dans lequel on retrouve plusieurs thèmes - les poupées, la guerre, les disparus, la mémoire - et en même temps j'ai le sentiment que cela fait beaucoup pour un seul livre. On part de l'idée d'une poupée, chargée en mystère et en histoire, d'ailleurs un lecteur adulte y verra déjà quelques signes pour la tournure des événements, et dans la foulée on apprend que le passé familial de Charlotte, sa mère et son oncle, est lui-même chargé d'absences et de silence. C'est alors qu'une tierce personne vient ouvrir les yeux de la fillette, simplement le personnage de Marianne ne m'est pas apparu très crédible. A dix ans, qui connaît autant sur la déportation et les choses de la guerre ? ... Bref, ce sont des détails, mais des détails qui chiffonnent car ce livre mérite d'être lu, mais je ne sais pas par qui. Ma fille est encore trop jeune, pourtant je pense que cette histoire de poupée pourrait l'intéresser, mais l'histoire impliquée me semble trop pédagogique et lourde de significations.
J'attends d'autres avis pour en discuter.

> Pascale Pineau, sur Ricochet, pense que c'est un livre qui interroge et bouscule.

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Un petit garçon idéal ~ Zeruya Shalev

Mouche de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 45 pages - 7,00€
traduit et adapté de l'hébreu par Valérie Zenatti
illustrations d'Iris de Moüy

un_petit_garcon_idealGour est « le petit garçon à sa maman ». C'est lui le plus beau, le plus fort, le plus grand, le plus intelligent. Autant d'amour vous blinde une armure d'acier pour affronter le monde... mais l'école est une claque. Gour comprend qu'il n'est pas le plus beau, le plus fort, le plus grand, le plus intelligent. Le constat est terrible. Serait-ce sa mère qui est aveugle ? N'a-t-elle pas réalisé qu'il existait d'autres enfants mieux que lui ? Cette vérité le paralyse. Il ne faut surtout pas qu'elle s'en rende compte, ou alors elle cessera de l'aimer !

Eh oui, les enfants, je vais vous apprendre une nouvelle terrible : vous n'êtes pas la huitième merveille du monde, hélas pour vous, mais vous l'êtes et le resterez à jamais pour vos parents ! Le drame est dissipé.

C'est un délicieux petit roman qui vous l'expliquera, avec des baisers sur la joue qui laissent des traces de rouge à lèvres, tel un envol de papillons. Je vous le confirme, ce livre est craquant, Gour est un garçon adorable, et je ne connais pas d'enfant ni de maman qui n'a pas dévoré d'amour son bout d'chou en le noyant sous les plus folles déclarations.

Oui, amis parents, cette lecture aussi s'adresse à vous. Zeryua Shalev est l'auteur (très connu, selon moi) de romans talentueux, comme Vie amoureuse, au sujet plus que sulfureux. Un petit garçon idéal  est son premier roman pour les enfants (et les plus grands), il est illustré par les petites touches candides d'Iris de Moüy, visez la couverture, c'est un ange, non ? Cela donne envie d'aller plus loin, et de craquer pour cette petite galette rouge où l'amour d'une maman et les questions d'un enfant jouent ensemble à la marelle.
C'est génial !

un_petit_garcon_ideal_mouche_inter

@ iris de moüy

 

 

 

 

 

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L'Enchanteur ~ Louis Muratet

Mouche de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 45 pages - 6,50€
illustrations d'Isabelle Bonameau

lenchanteurUn mystère, ce roman. Je n'arrive pas à dire si nous l'avons apprécié ou non. L'histoire est croquignolette, un brin saisissante avec la tournure fantastique dans les dernières pages, mais je la trouve bien légère pour séduire des lecteurs au-delà de huit ans.
Lou rencontre pour la première fois son cousin Toly. C'est un bébé ravissant, au sourire ravageur. Son papa dit de lui que c'est un Enchanteur, et effectivement il se passe des choses magiques depuis son arrivée. Les fleurs ne fanent plus, les portes se ferment toutes seules et la nuit un Spectre apparaît dans un nuage de fumée et poursuit la petite fille en la menaçant.
Ce gros contraste entre le début - guilleret et naïf - et la fin - abracadabrante - est déconcertant. Impossible de cerner le propos de l'histoire, est-ce du lard ou du cochon, de la fantaisie pure et dure, à prendre ou à laisser.
Et puis j'ai dégoté ceci...
A la question : qu'est-ce qui a nourri votre imaginaire ? la plupart des auteurs répondent : la lecture. Ce n'est pas le cas de Louis Muratet, tout jeune auteur, étudiant en 3e année de fac de cinéma, qui avoue ne pas lire, à part des BD, et surtout des mangas. Forcément, cette présentation sur le site de L'école des loisirs rend ce jeune auteur attachant et très, très original.
Rien que ça, j'aime beaucoup. Par contre, son livre... je ne sais pas. Même ma fille est mitigée, elle se sent trop grande et a trouvé que ce n'était pas très crédible, enfin elle a eu du mal à adhérer à l'histoire.
Pas grave...

 

 

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18/09/09

Je ne suis pas un panda ~ Ariel Kenig

Mouche de l'école des loisirs, 2008 - 54 pages - 6,50€
illustrations de Pascal Lemaître

je_ne_suis_pas_un_pandaLe jeune Ariel se sent défiguré par la faute d'une tache de naissance qu'il a sous l'oeil. C'est trop laid, il ne la supporte plus du tout. Ses parents ne le comprennent pas et s'attendrissent sur cette marque de fabrique, c'est si mignon et atypique. Mais le garçon rugit de colère, s'emporte et se cogne la tête contre les murs. Résultat, un bel oeil au beurre noir. Que dire à Clémentine, la fille dont il est presque amoureux, et qui s'inquiète et s'esclaffe de rire lorsqu'elle apprend qu'Ariel fait de la boxe. C'est du n'importe quoi, et ne lui parlez pas de panda ou il se fâche tout rouge.

«Les pandas, c'est tout mou. Ça marche pas vite et c'est gros du bide. Ça s'ennuie et ça mange des bambous parce que dans leur forêt, il n'y a rien d'autre à manger. C'est triste à mourir, les pandas. Ça vit tout seul, ça ne fait jamais l'amour, ça ne prend jamais de plaisir et ça fait très peu d'enfants. Franchement, il suffit d'en regarder un pour comprendre que les pandas, ça ne fait rien de sa vie.
Pour le reste, si vous vous renseignez un peu, vous apprendrez que les pandas, ça n'arrête pas de mourir. Soit parce que les humains détruisent la forêt. Soit parce qu'on les tue. Et quand on ne les tue pas, on les met en cage.
»

Et voilà, chose promise, chose faite. J'ai lu le titre qui  précédait Je ne suis pas une lumière, lequel m'avait laissée bien perplexe. En fait, il ne s'agit pas d'une série avec suite etc., on peut très bien lire l'un sans l'autre. C'est juste la personnalité du jeune Ariel que je souhaitais découvrir davantage, car une fois goûtée, on a du mal à s'en passer. Ce jeune garçon se pose énormément de questions, il a du mal à s'accepter, cette fois c'est son physique qui l'indispose à cause d'une tache sous l'oeil, cela lui donne des bouffées de colère incontrôlables (le coup de la piscine, mes aïeux, ce n'est vraiment pas sympa !). Mais le message à la fin, cette fois, m'est apparue plus clairement et c'est même très, très mignon. Bien entendu, j'ai moyennement apprécié le cheminement du garçon pour en arriver à cette conclusion, non mais franchement, pauvre Clémentine !  ;o)

Le style d'Ariel Kenig colle à merveille avec cette collection pour jeunes lecteurs. C'est frais, drôle, actuel et ça pose des questions essentielles sans jamais être consensuelles ni prises de tête. Vraiment pas désagréable à parcourir !

> Un texte qui nous touche au plus profond de l’intime, même s’il y a de la légèreté dans ce texte. Un petit malheur d’enfant est souvent traité à la légère par les adultes. Et pourtant un malheur c’est un malheur. Il y a les mots et les regards qui font mal. (dit Pascale Pineau sur Ricochet

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