16/06/09

Tout amour est extraterrestre ~ Susie Morgenstern & Alain Grousset

tout_amour_est_extraterrestreCe roman est, comme l'indique la couverture, un ovni ! C'est d'abord l'histoire de Pauline, quinze ans, qui appartient à la quatrième génération de femmes. Car dans sa famille, de mère en fille, on donne naissance au sexe féminin. Les hommes n'ont pas droit de cité. Et cette aversion commune finit par déranger l'adolescente qui, a contrario, est fascinée par le sexe opposé. Son flirt avec Oliver est très poussé, son obsession pour le dessous de la ceinture aussi.

Et puis Pauline se découvre une poussée hormonale anormale, elle commence à se poser des questions, quand tombe le couperet. Autour de la tablée familiale, le secret des origines de Pauline est annoncé clairement. C'est la stupéfaction. Même chez le lecteur !

Un roman qui s'annonçait chronique d'une adolescente d'aujourd'hui, en quête de son identité sexuelle, curieuse de l'autre et scrupuleuse des détails corporels, devient d'un coup d'un seul un vrai roman d'aventures et de science-fiction ! Je dis ça, je n'en dis pas davantage. Il faut pousser la porte de la curiosité pour apprécier ce que Susie Morgenstern et Alain Grousset ont imaginé de concert. Et c'est franchement ahurissant. Le ton est donné, les descriptions jolies et coquines, on se met dans la peau d'une fille ou d'un garçon sans rougir, point de tralalas sur la chose, on flirte avec l'identité sexuelle en même temps qu'on recherche d'où l'on vient et qui l'on est. C'est fin, mené de façon intelligente et ce n'est jamais vulgaire ou voyeur. Et le fait que ce roman ouvre ses tiroirs pour rebondir sur d'autres intrigues en étonnera plus d'un, puisque c'est drôlement bien pensé, bien écrit, bien servi sur un plateau.
J'ai beaucoup aimé.

Medium de l'Ecole des Loisirs, 2009 - 137 pages - 9,00€

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10/06/09

Vérité, vérité chérie ~ Valérie Zenatti

verite_verite_cherieCamille est une ravissante petite louve à qui tout réussit. Elève surdouée, très intelligente, avec une moyenne de 30/20 qui souligne ses résultats excellentissimes, Camille est vouée à un grand avenir. Et puis vient ce devoir inattendu, qui consiste à dessiner le portrait de son grand-père, qui fait dresser les oreilles et hérisser le poil. Pourquoi Camille réagit de la sorte ? Incapable de s'expliquer la boule coincée dans la gorge, le petit prodige cherche des explications auprès de ses parents mais leurs réponses trop vagues éveillent sa suspicion.
A la nuit tombée, un soir de pleine lune, Camille va percer le mystère qui enveloppe son arbre généalogique.
Ce petit roman nous offre une palette de lecture très réjouissante, qui va des souffrances d'un enfant surdoué, du sentiment d'abandon, des questions sur qui je suis et d'où je viens, sans oublier une construction habile, tenant en haleine chapitre après chapitre, à suivre la quête des origines de Camille, laquelle se pose beaucoup de questions. Et des questions souvent très justes !
Pour mieux fondre son idée de comparaison, l'auteur a choisi de mettre en scène une communauté de loups avec ses codes et sa hiérarchie, animée par une mentalité finalement très humaine. L'histoire s'inspire aussi des contes de Perrault, comme le Petit Chaperon rouge ou Les 3 petits cochons. Inutile de donner d'autres détails.   
L'intrigue est formidablement bien développée, allant de surprise en surprise. C'est très franchement une première lecture qui tient la route et qui enchante petits et grands.

Illustrations d'Audrey Poussier

Mouche de l'école des loisirs, 2009 - 80 pages - 8€

A été lu par ma fille qui a beaucoup apprécié.

Coup de coeur pour Aurélie

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29/05/09

Celle que j'aime ~ Audren

tout commence à la cantine, avec un rêve qui se brise par la faute de saucisses...

Petit à petit, les bruits autour de moi se sont assourdis. Je n'entendais plus rien qu'un grondement semblable à celui de la soufflerie d'un parking. Je me noyais dans la panique, je respirais à peine, j'étouffais même. La nouvelle m'avait démolli, déboussolé, pétrifié. Mon pauvre cerveau, dur comme un fossile, ne fonctionnait plus du tout.

le drame de paul est d'apprendre que son amoureuse lison est végétarienne, son drame s'explique parce qu'il est fils de charcutiers et les deux données, ensemble, sont parfaitement incompatibles...

Mais elle, en quelques mots, venait de démolir mon rêve. Maintenant je devais choisir : Lison ou la charcuterie. Un choix douloureux, impossible.
Lison était intelligente et si jolie ! Mais la charcuterie, c'était ma vie, mon bonheur, mon envie !

comment résoudre ce problème insoluble ? paul est effondré, il décide de rayer la belle lison de sa vie, du jour au lendemain il l'ignore et ne lui parle plus, bien évidemment la petite copine a beaucoup de peine car elle ne comprend pas ce brusque changement de comportement. la solution viendrait-elle sur ce constat, simple et efficace :

Je venais de réaliser que s'aimer ne signifiait pas forcément se ressembler.

ce n'est pas grave si lison ne deviendra pas une charcutière, paul sait qu'à deux ils réinventeront le monde... sans viande ! ;o)

Un délicieux petit roman servi par la plume facétieuse d'Audren et par les illustrations "chatoyantes" de Stephanie Blake, à apprécier pour les plus jeunes, dès 6 ans.

celle_que_jaime

Mouche de l'école des loisirs, 2009 - 47 pages - 6,50€

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15/05/09

Mon violon argenté ~ Aurélien Loncke

Premières phrases :

Je me demande souvent si des musiciens sont en train de jouer dans ce kiosque au centre du parc, pas très loin de chez moi, et si un public vient parfois les écouter. Je me le demande chaque jour, et chaque jour j'ai la déception de retrouver un kiosque vide. Dans un monde parfait, les kiosques à musique devraient être riches d'un bon paquet d'auditeurs. Des auditeurs pas forcément aussi hystériques que dans ces concerts gigantesques à l'intérieur des stades, mais en totale admiration, béats. Des auditeurs un poil sensés qui applaudiraient à tout rompre après chaque morceau, ce qui n'est jamais le cas dans les parcs municipaux, il faut bien le reconnaître. Dans les parcs municipaux, les gens applaudissent très timidement.

mon_violon_argente

Franne a un talent inné pour le violon, hérité probablement par sa mère qui était une violoniste hors pair, mais dont la santé fragile l'a emportée trop tôt. La fillette avait tout juste cinq ans. Dix ans ont passé, Franne vit seule avec son père, dans un village retiré, entouré par la mer et les bateaux. Elle a quinze ans et souhaite intégrer le conservatoire de musique, un désir que lui refuse son père. Et ce, de façon catégorique. L'adolescente se braque, elle se révolte et hausse le ton.
Roman très sensible, tourné sur l'introspection, qui détaille avec justesse les sentiments de la narratrice, entre colère, incompréhension, détresse et remords.
Cela se lit très bien, l'écriture est vraiment belle, les descriptions sur la mer ou la musique sont palpables, on les sent, on les vit, c'est saisissant. Pourtant il m'a manqué un léger quelque chose dans cette histoire, je ne sais pas, je ne pense pas à la fin qui est ouverte et libre à toute interprétation, personnellement j'apprécie ce genre de perspective. Peut-être me suis- je tenue trop à distance des tergiversations de Franne, pas concernée ou pas touchée. Toutefois, la sensation que l'histoire traîne en longueur est aussi une manière de montrer qu'il n'existe guère de solution idéale pour réconcilier tout le monde.
Ce roman a du charme, vraiment. L'écriture d'Aurélien Loncke est de toute beauté, il ne faut pas rester sur ses doutes et ne pas hésiter à en découvrir plus ! 

Ecole des Loisirs, coll. Medium, 2009 - 153 pages - 8,50€

l'avis très enthousiaste d'Aurélie

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29/03/09

Il n'y a pas de petits lecteurs ! #3

(nous lisons bien et beaucoup en ce moment... pourquoi s'en priver ?)

La drôle de vie d'Archie - Agnès Laroche
illustrations de François Foyard

archieLa vie n'est pas drôle pour Archie, élève de 6ème. Ses parents se sont séparés, sa mère est rentrée dans son pays, en Angleterre, et a cru que son fils n'aurait pas supporté le choc d'un déménagement doublé d'une expatriation. C'était sans savoir que la situation à la maison allait virer en catastrophe : son père ne travaille plus (il est enquêteur de police), il dort toute la journée et il s'est mis à boire. Archie doit se débrouiller seul pour manger, faire ses devoirs etc. Ses résultats scolaires sont déplorables, le garçon n'a pas la tête à apprendre ses leçons, il préfère dessiner (et il est doué pour croquer de savoureuses caricatures des personnages et des situations qui l'entourent).
Au collège, il a un seul copain, Pierre-Louis, surnommé le P'tit. C'est un enfant précoce, il a neuf ans. Lui aussi a des soucis : sa mère le couve trop, depuis son veuvage. Elle s'est dernièrement mise en tête d'inscrire son fils dans une école spécialisée pour les enfants surdoués, mais Pierre-Louis n'en a pas du tout envie. Comme sa mère reste sourde à ses protestations, le P'tit a un super plan. Il est persuadé que cela va résoudre tous les problèmes, y compris ceux d'Archie.
Pierre-Louis explique que leurs parents ont besoin d'un électro-choc. Alors il décide de disparaître. Il met en scène sa fugue, sauf qu'Archie ignore où se cache son copain, même lorsque sa mère vient le supplier ou lorsque la police a ouvert son enquête. D'ailleurs cela devient de plus en plus inquiétant. Où est Pierre-Louis ?

Un super plan qui n'en est pas vraiment un, un papa qui prend conscience de sa déchéance, une mère qui étouffe son enfant, un prof d'arts plastiques bienveillant, une enquêtrice qui ressemble à un hamster, un copain qui n'a peur de rien, une recherche de repères, un besoin d'amour, un espoir d'être entendu, écouté, compris... enfin voilà de quoi parle ce roman !

Nous avons pris beaucoup de temps à lire ce roman, à voix haute. Contrairement à d'habitude, c'est un livre assez long, de 155 pages, et qui parle de sujets que nous n'avons pas coutume de lire (mais cela n'empêche pas de s'y intéresser) :  l'alcoolisme, la solitude, le désarroi. Très vite, l'histoire parle également d'espérance, d'entraide et laisse présager un horizon teinté d'amour, des retrouvailles avec la maman et des familles qui resserrent leurs liens. C'est un roman sensible, agréable à lire. Nous avons beaucoup aimé la personnalité d'Archie et ses dessins qui illustrent son état d'âme.   

le blog d'agnès laroche : http://agneslaroche.blogspot.com/

Rageot, coll. Famille, 2009 - 155 pages - 6,30€
A partir de 9 ans.

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Un week-end d'enfer - Brigitte Smadja

weedendMehdi et Baptiste sont meilleurs copains depuis toujours. Medhi garde pourtant secret son amour fou pour Angelica, la soeur de 17 ans de Baptiste. Il sent une profonde et inexplicable animosité chez le garçon envers son aînée, qui ne s'améliore pas lorsque les parents annoncent leur projet de week-end au Maroc et la charge à Angelica de garder son frère et son camarade. Medhi est fou de joie, ce qui contraste avec l'humeur bougonne de Baptiste. Il traite sa soeur de démone, et elle l'appelle Crapaud. L'ambiance s'annonce lourde et orageuse.
Mais dès le vendredi soir, tout se passe à merveille. Angelica bichonne les garçons, leur cuisine un gratin dauphinois (loupé) et gère sans sourciller la situation quand, en pleine nuit, ils sont tous tirés du lit en catastrophe car la chaudière manque de les asphyxier. Arrive le samedi et le climat idyllique est rompu. Angelica informe les plus jeunes qu'ils sont consignés dans la chambre de Baptiste car elle organise une fête (avec l'accord des parents) où ne sont invités que les 'vieux' de 17 ans, pas moins. Le petit coeur de Medhi se brise, il ressent la même rancune qu'éprouve son ami, meurtri et blessé d'être rejeté par sa grande soeur. Alors il choisit ses armes pour se venger : il passe la nuit à chatter sur le net avec une nana du nom de Dita, elle est plus âgée, ça le flatte. Aussi il accepte sans réfléchir un rendez-vous fixé au lundi.

Entre nuit d'enfer, nuit apocalyptique, climat polaire et climat enfiévré, le roman se balade... Angelica et ses amis sont des amateurs du gothique - un code comme un autre pour se prouver qu'ils existent en appartenant à un groupe. Le regard de Medhi, le narrateur de l'histoire, est intransigeant, parfois moqueur. Il sait aussi que son ami agit bêtement en discutant avec une inconnue, par simple esprit de vengeance et parce qu'il se sent incapable d'avouer à sa soeur qu'il l'aime très fort et qu'il attend d'elle de l'intérêt sincère.
La personnalité de Baptiste est vraiment troublante, très paradoxale, épuisante aussi car elle change tout le temps. On passe de l'euphorie au stade dépressif en un quart de tour. Une vraie crise d'adolescence, avec ses inépuisables complexités.
A lire en connaissance de cause, sinon ça use !

Ecole des Loisirs, coll. Neuf, 2009 - 93 pages - 8,00€
dès 10-11 ans

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Un oeuf dans la foule - Manuela Draeger

un_oeuf

Les Josette sont un groupe d'écolières qui s'appellent toutes Josette. Depuis un mois, elles ne vont plus à l'école mais sur les bords de l'estuaire manger des oeufs durs. Elles attendent la douze millième Josette. Bobby Potemkine, Lili Nebraska et Lili Iomelli essaient de savoir pourquoi.

Une brochette de personnages hors du commun, une histoire à se taper la tête contre un mur, une nuit qui ne tombe jamais, des écolières qui font l'école buissonnière, une Josette numéro 12000 est attendue... où, pourquoi, comment. Le narrateur - Bobby - mène une enquête qui échappe à toute logique. Le décor n'a pas de lieu, le temps n'est plus et le lecteur se sent vite perdu.
Ce livre correspondrait davantage aux goûts des amateurs d'intrigue tordue et innovante, aux amateurs d'onirisme.
S'assurer aussi que son cerveau est bien connecté. (Ce n'était pas mon cas, voilà pourquoi !)

Après recherche, j'ai trouvé ceci sur le site de Ricochet :

Derrière Manuela Draeger se cache Antoine Volodine, qui est peut-être lui-même un pseudonyme… On le connaît aussi sous le nom de Lutz Bassmann, Elli Kronauer. Les différents auteurs, qu’il appelle des « voix du post-exotisme », sont censés venir d’un ailleurs inventé, un monde de fiction politisé et dur. Ils racontent ces univers dans des livres pour en échapper. Cela donne des romans étranges, hypnotisants, et Manuela Draeger plonge dans le surréalisme le plus total. Son héros récurrent Bobby Potemkine lutte contre les difficultés de communication, la solitude engendrées par son environnement. Une expérience littéraire à ne pas manquer.

 

(Tout s'explique !)

 

Ecole des Loisirs, coll. Medium, 2009 - 63 pages - 7,00€

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rendez-vous le week-end prochain pour un nouveau tour d'horizon car... il n'y a pas de petits lecteurs ! ;o)

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28/01/09

Wiiiiiiiiissssss ! Titiiiiiiiiiii !

Nina Titi - Brigitte Smadja

9782211091558Nina est une Titi. Elle est haute comme une noix de coco. Elle a le don de l'imagination, du rêve et du chant. Comme tous les Titis. En fait, ce sont ses parents qui souhaiteraient la voir comme ça. Car Nina se sent plus l'âme d'une Wiss, comme son ami Arthur. Elle aime la voltige, grimper dans les arbres, faire des sauts. Au début ses parents ne comprennent pas, sa mère chipote, son père se gratte derrière l'oreille. Tous deux conspirent, préparent une surprise. De son côté, Nina veut s'entraîner pour accomplir l'exploit de grimper jusqu'à la cime du Géantissime et y planter son drapeau. Toute seule, ce ne sera pas facile. En plus Nina a le coeur qui palpite, prêt à exploser. Mais à deux, on est plus fort ? Arthur choisit de lui tendre la main pour aider son amie et devenir les héros de la forêt. 

C'est bien mignon, tout ça.
Sur le moment, avec l'histoire des petits peuples qui vivent dans la forêt, j'ai instinctivement pensé à Tobie Lolness. C'est fugace. Car l'histoire de Nina Titi fait plus appel à la solidarité, à l'amitié et à l'entraide. Le seul but pour l'héroïne est de démontrer à ses parents son courage et la possibilité d'être autre chose que ce qu'on attend d'elle.
Absolument charmant. Plein de fraîcheur. De belles illustrations, aussi (d'Alan Mets).
A conseiller pour vos enfants, qui lisent tout seuls. Ou pour la lecture orale.

Ecole des Loisirs, coll. Mouche, 2008 - 62 pages - 7€
Texte de Brigitte Smadja - Illustrations d'Alan Mets.

 

 

 

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Le grand voyage de Minusman - Nathalie Brisac

9782211093545Dommage pour nous, nous ne savions pas que Minusman était le jeune héros d'aventures à suivre. Nous ne le découvrons qu'avec Le Grand voyage de Minusman, avec le sentiment d'être passées à côté de quelque chose.

A la base, Isaac est un garçon qui rêve la nuit de se transformer en Minusman,  « le petit qui gagne contre les grands ». Il vit des histoires palpitantes, incroyables et pleines de rebondissements. Il est déjà venu en aide à Yapa Plujuste, sorcière très laide mais très gentille, et à Kouik Mériadec, l'un de ses camarades issu d'un pays en guerre qui vit en France sans papier. Cette fois-ci, il va partir sur une nouvelle planète, Mask 1, où la population a pour particularité de porter un masque. Les rencontres sur cette planète ne sont pas géniales, au début la princesse lui fait les yeux doux mais très vite les autres enfants se montrent vilains et blessants. Minusman, avec son masque de Zorro, perd de la prestance et l'admiration de sa belle. C'est décevant et triste.

Heureusement il rencontre Père Poubelle, un homme au masque très laid qui vit seul dans une maison isolée. Minusman va lui proposer de l'accompagner et de rentrer sur terre. L'homme hésite, mais l'enfant lui donne ce conseil : « Sur notre Terre, ceux qui s'aiment enlèvent leurs masques, c'est bien mieux comme ça ». Une petite phrase à méditer.

Nous ne connaissons pas bien la série, comme nous la découvrons par hasard, c'est ennuyeux. Mais elle promet monts et merveilles grâce à l'écriture charmeuse de Nathalie Brisac, aux illustrations de Magali Bonniol... mais surtout grâce à son petit héros attachant, fragile et rêveur. Un bon exemple pour les bambins. A conseiller.

Ecole des loisirs, coll. Mouche, 2008 - 48 pages - 6,50€
Texte de Nathalie Brisac - Illustrations de Magali Bonniol

Les autres titres :Minusman (2006) ; Minusman et les 100 papiers (2007)

Le site de l'auteur : http://www.nathaliebrisac.com/

03/01/09

Tatiana sous les toits - Gisèle Bienne

412abFXzsiL__SS500_Encore une bonne pioche chez l'école des loisirs, avec ce titre de Gisèle Bienne. Tatiana sous les toits, c'est une jeune et belle comédienne qui aime les fleurs, porte de longues jupes et un châle, écoute de la musique toute la journée. Elle habite sous les toits, un appartement au-dessus de la narratrice, Aurore, qui est littéralement fascinée. L'adolescente balbutie un vague bonjour lorsqu'elle la croise, fait d'ailleurs exprès de l'apercevoir et d'être aperçue. Un jour, elle est invitée à pénétrer dans l'enceinte rêvée...

Tatiana incarne la liberté, l'insouciance, l'espoir, le choix. Pour Aurore, adolescente en mal de repères, c'est un déclic. Elle comprend que la vie d'artiste signifie une vie différente. Avec un nom comme le sien, Aurore Dupin (qui était aussi celui de George Sand), cela n'est pas anodin. Marquée par une tragédie, sa famille ne tourne plus rond, ses parents sont dépassés, accaparés par le petit frère tyrannique. Aurore cherche à discuter, et c'est auprès de Tatiana qu'elle trouve les mots qui lui pèsent. Ce portrait sur l'adolescence en souffrance est porté par sa délicatesse, sa sensibilité, sa perplexité et ses nuances. On sort de cette lecture avec le poids des rires et des larmes. C'est une superbe histoire d'amitié et d'amour, qui communique une envie folle de se plonger dans La Ménagerie de verre, de Tennessee Williams. Et Nougaro, en fond musical, c'est tout à fait ça...

Ecole des Loisirs, coll. Medium - 2008 - 140 pages / 8,50€

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30/12/08

Miss Charity - Marie Aude Murail

Ce roman est un refuge, 560 pages durant lesquelles une demoiselle prénommée Charity voit jour, grandit, se passionne pour les animaux et la botanique, grandit et s'isole dans son monde, où la peinture et les histoires sont ses principales sources d'intérêt. Nous sommes dans l'Angleterre victorienne, riche et prospère, crispée et hypocrite sur ses arrières. Charity Tiddler n'a pas d'autre choix que parfaire son éducation pour briller dans les hautes sphères de la société, elle fera cependant montre d'un tempérament exceptionnel (pour l'époque) en refusant de se plier aux règles établies et de se fondre dans le moule.

Ce roman est un bel hommage à la littérature, en s'inspirant de Beatrix Potter, Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, de même en citant Shakespeare que Charity apprend par coeur pour réciter à tue-tête, dès son plus jeune âge. C'est un roman épais, près de 600 pages, qui pourtant se lit avec plaisir et grande facilité, les illustrations de Philippe Dumas apportent un raffinement précieux, en pleine osmose avec l'aura de l'histoire. Cette peinture de l'époque est savoureuse, le portrait de Charity est attachant, très beau. Il soulève l'excentricité d'une demoiselle qui s'émancipe avant l'heure, et qui va accomplir de belles choses dans le domaine qui la touche, malgré la désapprobation générale, de même en s'affichant avec un garnement passionné de théâtre, qu'on considérait alors comme un voyou !

Marie-Aude Murail réussit à partager avec son lecteur son amour pour la lecture et sa reconnaissance pour cette littérature d'antan qui continue d'influencer les oeuvres romanesques de nos jours ! Ce serait merveilleux d'en trouver davantage.

9782211089258

(en savoir plus)

Ce roman est un refuge, dans lequel les 560 pages ne sont pas de trop pour nous couver, nous dorlotter, nous emporter. On ne se lasse pas une minute, on plonge, on adore et on décolle pour une autre dimension, on vit à l'heure victorienne dans cette Angleterre riche et prospère, un peu crispée et hypocrite sur ses arrières. C'est aussi l'histoire d'une jeune demoiselle, sensible et cultivée, intelligente et originale. Miss Charity Tiddler, née en 1870, est l'unique rejeton d'un couple guindé, qui appartient à la bonne société. C'est une enfant solitaire, elle aime trouver refuge au troisième étage de la demeure familiale, dans sa nursery où elle cache sa petite ménagerie. Car Charity s'entoure de petits animaux (des souris, des grenouilles, des lapins, des canards etc.) et passe son temps à les observer pour les dessiner, les peindre à l'aquarelle.

Son goût des sciences naturelles, ses longues promenades dans la campagne du Kent, ses discussions en aparté avec ses compagnons animaux et ses lectures de Shakespeare qu'elle apprend par coeur ne font pas d'elle une jeune lady appliquée. Et c'est justement parce que Charity Tiddler ne convient pas à l'image moulée et à l'archétype attendu qu'on s'attache à elle, en reconnaissant implicitement un parcours à la Beatrix Potter... Mais c'est de manière générale un hymne à la littérature, à travers Jane Austen, la comtesse de Ségur, Charlotte Brontë et George Sand, pour ne pas en nommer davantage, que cet épais ouvrage nous convie. C'est un véritable enchantement. Un remarquable travail de finesse, d'humour, de délicatesse. Et les illustrations de Philippe Dumas sont un atout inestimable dans cet ensemble raffiné.

J'ai tout bonnement adoré, c'est simple, je ne voulais plus en sortir. J'ai aimé les mille petits détails qui fourmillent à chaque page, la belle description de l'éducation anglaise, la volonté encore balbutiante de l'émancipation de Charity, son tempérament teinté de discrétion et de modestie, ses bonnes manières, sa gentillesse, son amitié pour sa gouvernante française et pour sa bonne, une écossaise à la chevelure rousse, Tabitha, qui raconte des histoires folles parce qu'elle-même est ravagée. Et Charity, à l'aube des manifestations d'indépendance pour la femme, apparaît davantage excentrique et incomprise. C'est une originale, certes, mais surtout elle est différente, rêveuse et douée. Elle chante faux, joue mal du piano, fuit la broderie mais elle se révèle dans le dessin et l'aquarelle. Elle comprend très vite une chose, 

« Autant les fleurs et les champignons trouvaient facilement leur nom et leur définition au clair soleil de ma raison, autant les choses humaines se déposaient au fond de moi, toutes grises et indécises. »

Miss Charity ne se mêle pas aux sorties mondaines, noue des relations profondes avec des personnages jugés inconvenables, comme Kenneth Ashley, un ami d'enfance de ses cousins, un fils de fermier qui s'est lancé dans le théâtre. Quelle belle rencontre, d'ailleurs. Ce jeune homme est remarquable, effronté et coquin pour l'apparat, mais sa fantaisie est attirante ; et on ressent presque des petits papillons dans le ventre lorsqu'il fait son entrée et taquine la timide Charity.

En bref, j'ai plus qu'aimé. Je me suis noyée avec bonheur dans ce roman-pavé de près de 600 pages. Impossible de l'abandonner. C'est en outre regrettable de tourner la dernière page et de lâcher la main de Miss Charity. Marie-Aude Murail a su brillamment nous enchaîner... encore, des lectures de la sorte !

Ecole des Loisirs, coll. Medium Grand Format - 2008 - 562 pages - 24,80€
Illustrations de Philippe Dumas

--) les avis de Marie , Alice et Emjy

 

21/12/08

L'âge d'ange - Anne Percin

41_bDDWyHPL__SS500_On ne sait pas qui nous raconte cette histoire, fille ou garçon, enfant ou vieillard... quelle importance. « Longtemps, je n'ai pas su. J'étais un ange, peut-être. Un ange qui attend la chute. » C'est plus tard, en avançant dans le roman, qu'on apprend plus exactement qui tient la plume. Afin d'être totalement neutre, j'opte bien volontiers pour le masculin, sans y voir là quelconque indice.

Cette histoire est en fait racontée des années plus tard, par rapport aux événements rapportés. Le narrateur était au lycée, timide, influençable, quasi transparent. C'était un élève appliqué, qui aimait le grec, et s'enfermait à la bibliothèque pour feuilleter un album sur les amours des dieux et des héros. Un jour, ce manuel est emprunté par un autre. Aussitôt c'est le brouillard, un mélange de frustration, de colère, d'incompréhension, de curiosité. Notre ange doit savoir qui - à part lui - nourrit cette même passion pour les mythes grecs. Est-ce possible ? Le sentiment naissant d'être moins exclusif commence à fleurir.

Et notre camarade rencontre alors Tadeusz, un étudiant d'origine polonaise, au physique d'apollon. On ne parle plus de coup de foudre, mais de choc... violent, qui fait trembler. Une forte connivence va se créer, tous deux deviennent inséparables. Mais en même temps leur relation cultive avec finesse l'androgynie. De quoi déroûter le lecteur.

Ce roman veut faire état de l'esprit de confusion qui traverse l'adolescence, l'identité flottante dans laquelle parfois on se berce, par pêché d'attention, d'ennui, de solitude, « cette période indéterminée où je ne savais pas qui j'étais ». Les deux héros du livre vivent une belle histoire d'amour et d'amitié, et seront malgré eux les pantins d'un drame orchestré par la bêtise humaine. Car les oppositions sont constantes, par les origines sociales notamment. L'ange a des parents très riches, habite un quartier calme et en sécurité, tandis que Tadeusz fréquente la banlieue, la pauvreté, l'immigration. La violence urbaine gronde, explose,  « il n'y a pas de justice possible, dès lors qu'on accepte la misère. Et que les forts ne sont forts que parce qu'ils laissent les faibles s'entre-tuer. »

Ce roman n'est pas léger, contrairement à ce que j'ai pu lire dernièrement sur le thème de l'adolescence, mais ce n'est pas une lecture moribonde non plus. Le ton grave qu'adopte le narrateur reflète aussi cette sensation de perte, d'errance et d'impuissance. De la tristesse, non il n'en est pas question. On ne saute pas au plafond, après avoir tourné la dernière page, mais on sent une richesse nous gagner. On se fait la réflexion que la société est hypocrite, mesquine et bien mal-pensante. Et l'injustice règne de part en part...

Je ne sais pas comment dire, mais j'ai été touchée par ce roman. Ce n'est pas simple, mais c'est fort.

Ecole des Loisirs, coll. Medium - 2008 - 127 pages / 8€

l'avis de Thomas Savary, sur le site de Citrouille

http://annepercin.blogspot.com/

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18/12/08

Petites bulles de bonheur

J'aime quand tout se remet en place dans ma vie, en douceur et avec efficacité. Peut-être l'année 2008 va enfin m'accorder un peu de répit pour les quelques jours qui restent ? Qui sait. Je l'espère de tout coeur. Mes soucis matériels se règlent, mes bleus à l'âme ont trouvé leur pansement et mes pannes de lecture sont maintenant écartées. Ou bien je vais franchement mieux, ou bien je ne tombe que sur des livres qui sont divins et me rendent un grand service !

I feel light, c'est sûr !!!

 

 

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31kJVPvI2qL__SS500_Milana, 14 ans, s'est longtemps considérée heureuse et fière d'être indépendante et de pouvoir se débrouiller seule comme une grande. Toutefois, une semaine de vacances va tout bousculer car elle s'aperçoit soudain du bonheur procuré d'être cajolée, dorlottée, couvée... comme un poussin. Alors elle se questionne, non sa mère n'est pas une mère poule, elle a pour discours qu'il faut être prêt pour la guerre de la vie, drôle d'idée quand on a 14 ans et pas le sentiment d'avoir connu de galère, juste faire son lit, vider le lave-vaisselle, prendre ses rendez-vous chez le médecin. Être blindée pour le reste à venir n'est finalement pas si confortable, et Milana choisit d'entrer en grève et de retourner en enfance. Mais sa meilleure amie lui rappelle qu'elle fait fausse route : être poussin ne signifie pas régresser et virer paresseuse. C'est compliqué de grandir !

Milana invente alors un terme tout nouveau tout beau, et qui correspond à sa démarche : elle plonge directement dans l'adultance. En numéro 1 de sa liste, elle inscrit de partir visiter les soixante-seize châteaux au Luxembourg.  C'est plus qu'une initiation qui l'attend, c'est la rencontre avec elle-même, et d'autres surprises au tournant ! Toutefois, Milana pourra l'affirmer tout de go : « je comprends alors que je serai toujours là pour moi », c'est une certitude. Ce roman sur la quête d'identité peut être lu comme la remise en question d'une adolescente en pleine crise, mais c'est terriblement plus drôle, facétieux et intelligent. On oublie d'être agacée, on s'amuse davantage et on goûte avec bonheur au style virevoltant d'Audren. C'est farci de petites phrases qui font mouche, on s'en gave sans hésiter. Un régal. 

« Ma mère ne me protège pas. Elle m'élève. Elle m'aide à bien grandir. C'est le propre des mères, n'est-ce pas ? »

Puisque nous sommes toi, Audren
Ecole des loisirs, coll. Medium - 164 pages - 9€

l'avis de Gaëlle

 

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« Allongé dans le pré encore tout vibrant au soleil du jeune printemps, Paul regarde la cime du peuplier et les nuages, édredons frangés d'or, qui traversent un ciel d'un bleu à croire en ses rêves. »

51JTIuBP7SL__SS500_Apprendre à grandir, apprendre à accepter de laisser partir ce qu'on aime, apprendre tout court, toujours... L'amour en cage est ce petit roman qui vous dit tout, avec justesse, poésie, délicatesse et tendresse. Paul a onze ans, c'est un garçon de la terre, il vit à la ferme et il est fier de la tradition familiale. Au collège, pourtant, il comprend qu'être paysan passe pour une insulte. Il se renferme, puis se lie d'amitié avec Aïssatou qui arrive de Guinée. Elle est différente des autres, sa voix, son sourire, sa peau et ses baisers au goût de gingembre... C'est doux et velouté, comme un duvet d'oiseau.

Un jour, dans les champs, il trouve une petite pie qu'il décide d'apprivoiser. Mais plus le temps passe et plus Faranah manifeste le désir de voler toujours plus loin. Est-ce une preuve d'amour de retenir ce à quoi on tient, parce qu'on a peur, parce qu'on ne veut pas souffrir, parce qu'on prétend aimer, donc protéger ? Mais empêcher, ça n'est pas de l'amour. « Tu la perdras encore plus si tu l'empêches d'être libre... » C'est un avertissement, un signal qu'il ne faut pas mélanger l'amour et la liberté. Aimer, c'est aider. C'est pousser. C'est faire quitter le nid. C'est donner des ailes. L'amour ne se met pas en cage.

Voici l'exemple concret qu'un roman peut simplement, en 90 pages, raconter une histoire capable de déclencher un grand impact émotionnel. Absolument magnifique.   

« Dès ta naissance, je savais que tu partirais, toutes les mères le savent. Elles l'acceptent, elles s'y préparent, c'est dans l'ordre des choses que les enfants ouvrent leurs ailes... »

L'amour en cage, Maryvonne Rippert
Seuil jeunesse, coll. Chapitre - 90 pages - 7,50€
A partir de 10 ans.

Illustration couverture : Olivier Tallec

 

 

l'avis de gaëlle !

 

Lend me yours wings and teach me how to fly.
Show me when it rains, the place you go to hide.
And the curtains draw again and bow - another day ends.
The leaves applaud the wind.