29/11/17

Celle qui fuit et celle qui reste (L'amie prodigieuse 3) de Elena Ferrante

Celle qui fuit et celle qui resteJ'ai accueilli avec joie la parution du troisième tome, après L'amie prodigieuse & Le nouveau nom, en format audio, puisque je n'envisage plus de connaître la suite de l'histoire autrement qu'en écoutant Marina Moncade. C'est un plaisir que je n'explique plus, mais j'aime cette plongée directe dans les chroniques napolitaines racontées avec tendresse et authenticité.
Nous retrouvons ainsi les deux amies dont les choix de vie ont pris des directions opposées - Lena se glorifie du succès inattendu de son premier roman, elle part s'installer à Florence avec son fiancé et s'enorgueillit du milieu intellectuel dans lequel elle gravite. De son côté, Lila trime dans une usine de salaisons et bousille sa santé, elle se sensibilise à la cause syndicale et se lance dans des revendications pour défendre les droits de la femme. Comme toujours, les deux amies vont reprendre contact et se tirer la bourre, par jalousie ou simple incompréhension. Leur relation n'en finit plus d'être “le reflet de leurs insuffisances” et se couvre d'amertume. Lila est devenue une personne sèche et aigrie, tandis que Lena demeure obstinément obsédée par son béguin de toujours, Nino Sarratore, avec lequel son amie a eu une brève liaison. À jamais insatisfaite, Lena ne parvient plus à se contenter de son bonheur conjugal et part en vrille. 
Certes, ce troisième tome évoque les engagements politiques soulevés après Mai 68, les ouvriers revendiquent de meilleures conditions de travail, les femmes dénoncent les abus de pouvoir et le harcèlement... Mais il est aussi question de sexualité, de maternité, d'épanouissement personnel, d'équilibre et d'accomplissement. Lena et Lila ne sont pas des mères exemplaires, elles recherchent un autre sens à leur vie mais sont enfermées dans des rôles et des carcans établis de longue date dans leur quartier napolitain. Lila n'a pas renoncé à son désir de diriger sa propre entreprise, alors que Lena peine à écrire un autre roman et à perdurer sur la scène littéraire. Les deux jeunes femmes se perdent dans leur course à l'intelligence, à la beauté, à la richesse, l'une est lâche, l'autre méchante, les deux sont égoïstes, et la cruauté de leur relation est flagrante. 
Quelle conclusion apporter à cette histoire ? Pour le savoir, il faudra patienter jusqu'en janvier 2018 avec la parution de 
L'enfant perdue en simultané avec le format audio - chic ! 

©2013 Titre original : "Storia di chi fugge e di chi resta" ("L'amica geniale", volume terzo), Traduit par Elsa Damien

(P)2017 Éditions Gallimard - coll. Écoutez lire, texte lu par Marina Moncade (durée : 13h 45)

 

 

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25/09/17

Des chauves-souris, des singes et des hommes, de Paule Constant

Collection Folio (n° 6348)  -  Parution : 07-09-2017

des chauves souris des singes et des hommesDans un village africain, la jeune Olympe trouve dans la forêt une chauve-souris qu'elle ramène chez elle pour la dorloter comme son doudou. Dans la foulée, ses frères et d'autres garçons ramènent fièrement le cadavre d'un Silverback, qu'ils vont mitonner en ragoût et organiser un festin pour la tribu. Le Docteur Désir, célèbre camelot de passage dans la région, convoite avec envie la peau du singe et poursuit son chemin en se frottant la panse et les mains. Pas très loin, dans une mission humanitaire, Agrippine se désespère de recevoir son stock de vaccins dans les plus brefs délais. Elle vient de lier connaissance avec Virgile, jeune sociologue et ethnologue fraîchement promu, dont les idées réfractaires à toutes formes de colonialisme répondent quelque part à un désir d'émancipation familiale. Dans cette partie du nord Congo, longée par le fleuve et ses affluents, un chaos indescriptible est en train de se mettre en place, de façon pernicieuse et radicale. L'hécatombe frappe d'abord le village d'Olympe, alors accusée d'avoir introduit le malheur avec sa chauve-souris. Puis, la pirogue sur laquelle voyagent Agrippine et son équipe doit rebrousser chemin, échaudée par l'imprécation d'une vieille sorcière. La mort est en train de semer ses petits dans les moindres recoins, drainant un vent de panique et de malédiction.

C'est tout bonnement ahurissant comment ce roman parvient à nous captiver par sa magie, en quelques pages, la tension dramatique s'installe au-delà des espérances. Car se déroule sous nos yeux la naissance d'une pandémie, à travers un mécanisme anodin, des gestes innocents, un enchaînement de circonstances malheureuses. L'impact émotionnel est poignant, et en même temps l'histoire ne verse pas dans le pathos. On a davantage le sentiment de lire un conte africain, avec son folklore, ses grigris et ses légendes, avec aussi de l'humour et de l'ironie, du défaitisme et de la rage, sans toutefois négliger d'épingler les grands coupables (la mondialisation, entre autres) ni d'édulcorer le drame en puissance.

J'ai été littéralement absorbée par cette lecture, alternant le roman et le livre audio. Paule Constant a choisi Marie-Christine Barrault pour interpréter cette tragédie aux allures de conte poétique. Un choix de raison, une exécution solennelle et péremptoire, pour une écoute assez pesante. La transition des deux supports a donc permis d'apprécier autrement cette histoire, d'en estimer les qualités et les subtilités, avant d'en sortir avec une sensation de chair de poule. Verdict : la lecture est sombre et désenchantée, mais inspire beaucoup d'empathie et invite à la réflexion. Je recommande !

 

Des chauves-souris, des singes et des hommes ecoutez lire

Lu par Marie-Christine Barrault - Durée d'écoute : environ 5 h

Collection Écoutez lire, Gallimard (2016)

 

« Malédiction! C’était trop grave. La mère appela le Chef. De mémoire, il n’avait rien entendu de semblable, un singe mangé sans les rituels. Il savait que dans l’ordre des interdits on ne pouvait trouver pire. Il n’y avait plus qu’à aller consulter Reine Mab. Son nom disait long déplacement, coût exorbitant, pratiques compliquées et engueulade assurée. » 

 

 

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20/09/17

L'autre qu'on adorait, de Catherine Cusset

L'autre qu'on adoraitThomas, trente-neuf ans, vient de mettre fin à ses jours dans une petite ville universitaire des Etats-Unis. Lui qui se voyait à la tête d'une carrière brillante et une vie personnelle comblée n'a jamais cessé de cumuler les déconfitures, d'où sa capitulation. La narratrice, ancienne amante devenue sa proche amie, est sidérée par la nouvelle. Elle décide alors de retracer son portrait, et son parcours, en s'adressant à la deuxième personne, toi mon ami à jamais perdu et éternel incompris. C'est avec beaucoup d'empathie, beaucoup de pudeur, qu'elle s'exprime, ne cachant ni son admiration, ni son exaspération. Thomas était un être entier, imparfait, il avait des rêves de grandeur, mais aussi des sautes d'humeur. Il avait coutume de traverser des périodes noires, entrecoupées par des sursauts d'optimisme et d'ambition dévorante. En vérité, Thomas était malade - il était bipolaire - avec les ravages que l'on sait pour son entourage et pour lui-même. Même en amour, Thomas détruisait tout ce qu'il construisait. Il s'attachait vite, et mal. Mais le temps passant, il se heurtait aussi aux restrictions de la société, la beauté, l'arrogance, la compétition farouche entre doctorants. Le microcosme intellectuel, entre Paris, New York, Salt Lake City ou Portland, est finalement codifié partout pareil. Fatigué de se cogner aux conformités, enfermé entre les murs d'une prison dont on ne s'échappe jamais, Thomas a fini par abdiquer.

Aussi poignante soit-elle, la lecture est aussi très déprimante. La voix grave et monotone de Catherine Cusset ne tire pas non plus vers le haut. On se sent ratatiné dans ce texte, comprimé par un sentiment de gâchis, d'incompréhension et de fatalité. C'est lourd, trop pesant. J'avais hâte d'en sortir.

Collection Écoutez lire, Gallimard
Parution : 18-05-2017
Durée d'écoute : environ 7 h 30

« Quand tu penses à ce qui t’arrive, tu as l’impression de te retrouver en plein David Lynch. Blue VelvetTwin Peaks. Une ville universitaire, le cadavre d’un garçon de vingt ans, la drogue, la police, une ravissante étudiante, une histoire d'amour entre elle et son professeur deux fois plus âgé : il y a toute la matière pour un scénario formidable. 

Ce n’est pas un film. C'est ta vie.» 

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Sur les chemins noirs, de Sylvain Tesson & Lu par Grégori Baquet

sur les chemins noirs

En 2014, Sylvain Tesson fait une chute de plus de dix mètres en escaladant un chalet chez des amis à Chamonix. Le corps en vrac, après des mois d'hospitalisation, l'écrivain se relève douloureusement de ce traumatisme et se lance pour défi de traverser la France à pied. Un périple qu'il va effectuer entre août et novembre 2015, non sans mal. Lui qui avait coutume de vivre en surchauffe se découvre une lenteur et une faiblesse qui ralentissent sa marche et entaillent son insouciance. Durant tout son voyage, il éprouve avec peine son endurance, se familiarise avec son nouveau corps, n'ignore pas que sa paralysie faciale suscite effroi et répulsion, ou qu'il s'exprime désormais avec l'apathie d'un vieux grabataire. Sylvain Tesson est un miraculé, mais ne supporte plus la compassion qui l'entoure et s'échappe donc vers “les chemins cachés, flanqués de haies, les sous-bois de ronces et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés”. C'est donc avant tout pour le plaisir de flâner au cœur des campagnes profondes et oubliées qu'on se plonge dans cette lecture, parsemée d'éclats poétiques, de considérations philosophiques, d'aigreurs politiques, de fulgurances littéraires et de petites victoires personnelles. La marche de l'écrivain est en effet jalonnée de rencontres avec d'autres randonneurs, à la recherche du pittoresque, et surtout avec des paysans désabusés, les rares témoins du paysage de la France et de son évolution. Le roman est court, il s'écoute en seulement 4 heures, s'apprécie pour la composition sensible et sincère de Grégori Baquet, portée par une réalisation sonore qui invite à l'évasion et à la rêverie. Cela se lit aussi comme une échappée belle à la Giono - prose élégante et contemplation de la nature environnante - cela nous contraint quelque part à se poser, à profiter du moment présent, à souffler et à réfléchir aux vies toujours pressées que l'on mène. Cela force enfin l'admiration, pour l'acharnement à reconquérir une liberté perdue, pour l'accomplissement de soi et la sensation galvanisée d'une renaissance chèrement acquise.

Ce livre s'ouvre comme une parenthèse salvatrice et bienfaisante - que l'on referme à regret. Au final, c'est aussi une belle leçon de vie et d'absolutisme, un hommage à la beauté des paysages façonnés par des artisans de l'ombre. Un récit qui s'écoute avec beaucoup d'attention.

©2016 Éditions Gallimard (P)2016 Éditions Gallimard Coll. Écoutez Lire

Lu par : Grégori Baquet - Durée : 3 h 51

  • « Il m'aura fallu courir le monde et tomber d'un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j'ignorais les replis, d'un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides. La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs. Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre. »  

(Sylvain Tesson) 

 

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04/07/17

La soupe de poissons rouges, de Jean-Philippe Arrou-Vignod

La soupe de poissons rouges

La famille des Jean-Quelque-Chose est enfin installée à Toulon, dans une grande et belle maison, dont les nombreux couloirs et autres recoins impressionnent nos bambins, avides de parties de cache-cache. Mais la colline environnante est trop tentante pour ne pas y installer une cabane et devenir leur nouveau terrain de jeux d'espionnage. Or, le territoire est disputé par la bande des Castors, que les garçons Jean vont canarder de patates grâce à une carabine... chipant sans le savoir le repas du soir, au grand mécontentement de leur maman. Ce sera gratin de chou-fleur en compensation ! Et une bonne soupe à la grimace. Nos jeunes héros ne manquent, en effet, jamais de ressources, ils composent avec l'ordinaire du quotidien pour le transformer en une folle épopée virevoltante. Ils peuvent toujours quémander auprès de leurs parents pour avoir une télé et suivre comme tout le monde La Piste aux étoiles et les épisodes de Zorro. En attendant, les garçons redoublent d'imagination et se traitent joyeusement de bananes pour se taquiner.

Dans cet épisode, on assiste également à la rentrée de Jean-B en sixième, on rencontre la voisine alsacienne qui les gave de spécialités régionales peu ragoûtantes, on se rend complice de la première boum de Jean-A, on part en mer avec Wellington et Zakouski les poissons rouges, on s'attendrit des premiers émois amoureux, on sourit aux rêves des Jean quant à leur avenir (espion comme James Bond ou écrivain comme Enid Blyton), on assiste à la pendaison de crémaillère lors d'un barbecue explosif, on prend la pose pour des photos de groupe mémorables...

Bref. Cette chronique familiale est une fois encore une lecture touchante et attachante. La lecture faite par Laurent Stocker est également malicieuse et vive, elle nous fait vivre l'histoire avec un sentiment de légèreté, de jovialité et de candeur. C'est adorable, cocasse et surtout très drôle. Un superbe rendez-vous à savourer pour toutes les générations. C'est un petit bout de nostalgie, un album de famille à partager. Et on s'y sent parfaitement bien. 

Une série incontournable, qui ravive les souvenirs d'enfance et qui raconte avec bonheur et émotion des petits fragments de vie autour d'une famille nombreuse. Super drôle et agréable à écouter. ♥

 

Illus. de couverture : Dominique Corbasson

Gallimard Jeunesse - Coll. Écoutez lire (durée 2h 15) / Juin 2017

 

Promo de l'été sur Audible avec l'intégralité du catalogue 0-10 ans à moins de 6 € (jusqu'au 31 août).

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©2007 Éditions Gallimard Jeunesse (P)2017 Éditions Gallimard Jeunesse

La soupe de poissons rouges (Histoires des Jean-Quelque-Chose 2) | Livre audio

Lu par : Laurent Stocker (version intégrale) pour Gallimard

 

☼ Écoutez, c'est l'été ! ☼

 

 


Fantastique Maître Renard, de Roald Dahl

Fantastique maitre renard

Trois fermiers, gros, gras et idiots, rêvent d'attraper Maître Renard afin de mettre un terme à ses menus larcins. En effet, celui-ci est particulièrement doué pour chaparder leurs volailles, et ainsi nourrir sa famille de renardeaux. Aussi, le jour où les fermiers ont dégainé leur fusil, Maître Renard a eu chaud aux fesses ! Le temps de l'insouciance est envolé. Notre goupil va devoir davantage ruser pour échapper à ses poursuivants. C'est comme ça qu'a débuté une campagne de déboisement dans cette paisible vallée, au point d'alerter les curieux, mais surtout mettre en panique les terriers. Branle-bas de combat chez les blaireaux, les taupes, les lapins, les belettes... La famine guette tous les animaux fouisseurs. Heureusement, Maître Renard a un plan et il promet de sauver la situation !

Quelle farce, quelle fantastique comédie ! Outre le comique de situation, on apprécie beaucoup l'interprétation vive et enjouée de Daniel Prévost, soutenu par une Christine Laroche qui joue le rôle de Dame Renard et des petits renardeaux avec une tendresse et une candeur délicieuse. L'affrontement entre Maître Renard et les trois fermiers s'étend sur une centaine de pages (format poche, coll. Folio cadet) et nous régale en une franche bouffonnerie de 55 minutes, au cours de laquelle se mêlent l'espièglerie, l'énergie et la drôlerie. 

C'est court, mais exaltant ! Un bon moment à découvrir et à écouter. 

Illus. de couverture : Quentin Blake

Trad. : Raymond Farré, Marie Saint-Dizier

Gallimard Jeunesse - Coll. Écoutez lire (2016 pour la présente édition)

10% de tous les droits d'auteur de Roald Dahl sont versés à nos partenaires de bienfaisance. Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.roalddahl.com.

 

 

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©1977 Éditions Gallimard Jeunesse (P)2008 Editions Gallimard Jeunesse

 

Fantastique Maître Renard | Livre audio

 

Lu par : Christine Delaroche Daniel Prévost / Durée : 55 min 

 

☼ Écoutez, c'est l'été ! ☼

 

 

14/05/17

Ça peut pas faire de mal - Le roman français du XIXᵉ siècle : Balzac, Flaubert, Zola, Maupassant lus par Guillaume Gallienne

ça peut pas faire de malExcellente introduction aux classiques, aux romans réalistes, à l'émission sur France Inter et à l'art de la lecture en général... Ça peut pas faire de mal « conjugue le verbe lire à tous les temps, tous les styles et tous les genres, par la voix de Guillaume Gallienne, sur cette barque-bibliothèque sonore, timonier sur le fleuve sinueux de nos textes classiques ». Quel alléchant programme. 

J'ai ainsi savouré les 2 heures 30 offertes dans cette édition à écouter Guillaume Gallienne lire et commenter quatre grands romans français du XIXe siècle, soit Le Lys dans la valléeMadame BovaryL'Assommoir et Bel-Ami. La mise en scène est simple et immuable : introduction de l'ouvrage en bonne et due forme, puis lecture d'extraits ponctuant au mieux l'intrigue, que des commentaires judicieux vont entrecouper d'une note légère et pertinente.

Une parfaite découverte d'une émission intelligente, qui donne envie de lire et relire les classiques ! L'accompagnement au piano par Philippe Bianconi apporte une touche d'élégance à ce programme remarquable. La prestation de Guillaume Gallienne est évidemment d'une qualité irréprochable - diction et intonation soignées, voix inimitable. J'ai été totalement captivée. Ma lycéenne de fille, qui passe son Bac Français dans un mois, m'a d'ailleurs chipé ce livre audio et l'écoute avec ébahissement. Preuve que le comédien possède ce talent rare de redonner le goût des mots aux plus réfractaires ! ;-p

Coédition Gallimard / France Inter. Contient 2 CD audio. Durée d'écoute : env. 2 h 30

Collection Écoutez lire, Gallimard / 2017

 

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10/04/17

Le mystère Henri Pick, de David Foenkinos & lu par Pierre Hancisse

le mystere henri pick

Passionné de littérature, Jean-Pierre Gourvec s'inspire d'une idée de Richard Brautigan et décide d'ouvrir une bibliothèque des livres refusés dans sa petite commune du Finistère. En vacances chez ses parents, non loin de Crozon, Delphine Despero, une jeune éditrice parisienne, découvre parmi ce fatras une véritable pépite. Une histoire d'amour perdu, vraisemblablement écrite par le pizzaiolo du coin. Delphine parvient aussitôt à convaincre sa veuve de publier le manuscrit, lequel va rencontrer un succès commercial inouï. L'existence de Madeleine Pick et de sa fille Joséphine en est complètement chamboulée. Seulement, cette aubaine n'est pas sans attirer la convoitise des uns et des autres, à commencer par Jean-Michel Rouche, un journaliste en quête d'influence, également convaincu d'une supercherie éditoriale. Décidé à percer le mystère Henri Pick, il se rend alors en Bretagne pour mener son enquête et rencontre les acteurs de cet incroyable vaudeville. On réalise finalement combien les répercussions de cette “découverte” ont eu un impact autant positif que négatif sur leur vie. David Foenkinos prend visiblement son pied à raconter cette comédie burlesque, qui dénonce à la fois la superficialité du milieu littéraire et les nombreuses ramifications pour extirper une œuvre quelconque vers le firmament, d'où les enjeux, les gros sous, les ambitions, les campagnes de presse, les émissions TV, les sourires factices, les jalousies et autres petitesses d'un secteur très éloigné du glamour promis. J'ai vite pris le pli et suivi avec grand intérêt la mise en scène de cette intrigue rondement menée. On regarde chaque personnage aller et venir, placer ses billes, on fait mine de tout gober, on soupire, on peste, on espère, on avale les indices et on recoupe les informations en souriant sardoniquement. Oui, oui. J'ai sincèrement pris goût à cette enquête littéraire, formulée avec verve, tendresse et insolence. Pierre Hancisse y mène également sa barque avec ce qu'il faut de légèreté, d'humour et de délicatesse. Un vrai régal. J'ai été la première surprise à savourer autant ce roman, dont on devine pourtant les ressorts d'une potentielle adaptation cinématographique (ou télévisuelle). Cela n'altère nullement le sentiment d'avoir passé un moment de lecture très plaisant, frais, printanier et distrayant. 

Lu par Pierre Hancisse, pour Gallimard / Collection Écoutez lire,

durée d'écoute : environ 6 h 30

Parution : Novembre 2016

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28/03/17

Chanson douce, de Leïla Slimani & Lu par Clotilde Courau

Chanson douceLorsque Louise est engagée comme nounou pour soulager Myriam, mère de deux jeunes enfants, qui décide de relancer sa carrière d'avocate, ne supportant plus d'être confinée chez elle, engoncée dans son rôle de maman, c'est pour toute la famille une véritable aubaine. Louise est menue, fragile, discrète, efficace. Une véritable aubaine, vraiment. Leurs amis sont d'ailleurs admiratifs et leur envient cette perle rare, babillant sur leurs propres déconvenues ou autres tristes expériences en matière de “personnel” peu qualifié. Bref. Louise s'installe donc dans leur quotidien telle une petite fourmi ouvrière, rapide, utile, rassurante. Les enfants redécouvrent la présence affective d'une figure féminine, à défaut d'avoir leur mère, qui fuit, toujours, le foyer. Celle-ci ne s'y épanouit plus et panique rien qu'à l'idée de perdre leur nounou. En effet, son mari évoque une sensation de malaise en sa compagnie. Il n'a pas les mots pour l'exprimer, mais il incite sa femme à chercher d'autres alternatives. En attendant, le couple continue de s'appuyer sur Louise, femme secrète, silencieuse et troublante. Femme dangereuse. On le sait, le roman s'ouvre sur une scène dramatique, les deux enfants sont morts. Qui, comment, pourquoi. Le roman décrypte tous les signes, tous les signaux, et s'applique à recadrer un tableau sinistre et dérangeant d'une dépendance mutuelle et d'une psychose latente. Le ton est sec et glaçant, mais délivre un suspense envoûtant en nous confiant cette triste radiographie de notre société (ambition, apparence, pouvoir, soumission, autonomie, folie...). Aucun acteur du drame n'est épargné, seules les victimes nous touchent par leur innocence et l'injustice de leur tragédie, pour le reste la condamnation tombe, implacable et insoutenable. C'est avec la même intransigeance, le même sang-froid, que Clotilde Courau nous plonge dans l'histoire terrifiante de Louise. Son interprétation est remarquable, à la fois puissante, tranchante et sévère. Une mise en scène pertinente au service d'un roman fort, poignant, profondément marquant. 

Gallimard, coll. Ecoutez Lire, 2017 - Lu par Clotilde Courau (Durée d'écoute : env. 5 h 45)

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22/02/17

Le nouveau nom, d'Elena Ferrante

le nouveau nom CD

J'ai donc, sans plus tarder, écouté la suite des aventures de Lena et Lila, après une première rencontre dans L'amie prodigieuse, pour les retrouver face à leur destin - un mariage, une trahison, des désillusions à la pelle.
Les napolitaines ont le réveil lourd des lendemains difficiles et l'amertume en bouche, mais elles n'ont guère le temps de s'apitoyer. La vie les entraîne dans une tourbillon de futilités, d'études, de doutes et de lassitudes. L'été venant, et sur les conseils du médecin, toutes deux partent en vacances au soleil, sur l'île d'Ischia, où Lena croise son béguin de toujours, son amoureux secret, Nino Sarratore, qui n'aura d'yeux que pour son amie Lila, laquelle s'enorgueillira d'exercer cette fascination sur un jeune homme aussi cultivé. Ah, cette éternelle soif de reconnaissance qui constitue la quête absolue des deux jeunes femmes ! Marquées par leurs origines modestes, elles veulent s'en extirper mais retombent souvent dans leurs filets par manque de chance, par fatalité ou par dépit. Cette ambition affichée a aussi un impact sur leur relation, car les deux amies sont souvent à couteaux tirés, sans s'affronter ouvertement. Ce sont surtout des coups bas ou des non-dits qu'elles appliquent sournoisement, chacune cherchant à doubler l'autre, à la dépasser, à prouver sa supériorité. C'est assez déconcertant, et cela ne nous les rend guère sympathiques, car malgré leur histoire fascinante, Lila et Lena sont toutes deux très agaçantes. 
Pourtant, la “magie” a encore opéré et j'ai parcouru cette lecture avec avidité. D'abord, pour l'ambiance du quartier populaire qui s'anime sous nos yeux, avec les camorristes, les alliances et les affaires louches, mais aussi pour les hasards de la vie, les fiançailles, les ruptures, les scandales et les ragots. C'est toujours aussi coloré et braillard, étouffant et doucereux. De l'autre côté, on goûte aussi à l'univers plus ouaté de l'université, son milieu intellectuel, les discours politiques, l'utopie d'une société en train de réviser le monde... Le décalage est énorme, le fossé lui aussi se creuse, Lila et Lena en ont conscience mais ne se donnent plus la peine d'élaborer des ponts pour maintenir un semblant de lien.  
J'ai déjà hâte de lire la suite - de préférence, en audio. L'interprétation de Marina Moncade est inaliénable à mon plaisir de lecture. Elle imprime force et justesse à une saga qui ne manque ni de souffle ni de passion et qui nous séduit par son caractère romanesque d'une fluidité remarquable.

Texte intégral lu par Marina Moncade (durée : env. 16h) pour Gallimard, coll. Ecoutez Lire / Janvier 2017

Série : L'amie prodigieuse, Livre 2 - Collection Folio (n° 6232) - Trad. de l'italien par Elsa Damien

 

le nouveau nom

L'amie prodigieuse, Le nouveau nom & Celle qui fuit et celle qui reste 
sont les trois premiers tomes de la saga d'Elena Ferrante.

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