18/01/20

Et le désert disparaîtra, de Marie Pavlenko

Et le désert disparaîtraSamaa a toujours connu le désert mais désire ardemment suivre les chasseurs de sa tribu (une mission exclusivement réservée aux hommes). Elle décide donc de s'éclipser en douce pour suivre la partie de chasse. Malheureusement son escapade tourne court : Samaa se perd, tombe dans une crevasse et se blesse.
Terrorisée, elle n'en est pas moins surprise de découvrir un filet d'eau et surtout un arbre immense. Le Graal des chasseurs qui cherchent justement du bois pour le vendre.
Les jours passent dans une morosité ambiante. Samaa rumine ses idées noires, revient sur son éducation, sur la place des femmes dans leur société, sur la nature en souffrance, sur les solutions à trouver pour guérir un monde exsangue.
Avec ses barres chocolatées pour seules provisions, elle calcule très scrupuleusement ses rations pour survivre le plus longtemps possible. Forcément, elle s'affaiblit et commence à confondre la réalité et les rêves...
Alors, c'est tout sauf une lecture renversante, une lecture menée à un train d'enfer ou une lecture enflammée dressant son héroïne contre l'ordre établi... c'est simplement un appel à se poser un instant pour prendre le temps de réfléchir sur la vie, la nature, la planète, tout ça. Huis clos oblige, le roman s'enferme dans une atmosphère accablante et pleine d'amertume. Vision contemplative ou conte écologique... ce roman peut déjà rejoindre Céleste, ma planète sur vos étagères !

©2019 Éditions Flammarion (P)2019 Éditions Gallimard

Très, très jolie lecture faite par Delphine Cogniard : sa voix claire et limpide nous enveloppe et fait oublier la réalisation sonore inexistante (aucun fond musical). Pour d'autres, c'est apaisant car moins racoleur. Cette perspective se discute, mais dans le cas présent, cette absence de fioritures apporte sagesse, solennité, écoute et sérénité. J'ai bien aimé ! 

♪♫ Elle pleure, elle pleure, elle pleure ma planète !
Elle sent que sa fin est proche
Et ça la rend folle !
Dites-leur, dites-leur, dites-leur qu'ils sont fous !
La Terre en a ras le bol un point c'est tout ! ♫♪

 

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17/12/19

Les Disparus du Clairdelune (La Passe-Miroir 2), de Christelle Dabos

A66198

« Il n’y a que deux catégories de femmes dans l’entourage de notre seigneur Farouk. Celles qui cèdent leurs charmes et celles qui cèdent leurs services. Si vous ne participez pas à son plaisir, vous ne survivrez pas longtemps ici. »

Après Les Fiancés de l'Hiver, on retrouve Ophélie dans sa nouvelle fonction de Vice-Conteuse officielle. Un caprice de Farouk ? En fait, notre héroïne n'a plus trop le choix mais s'emmêle vite les pinceaux. Elle accepte donc de se pencher sur un autre sujet d'actualité et se met à enquêter sur les disparus de Clairdelune. Encore un piège ? Hmm, hmm. 

Heureusement, Thorn veille au grain. Toujours taciturne et ombrageux, notre Intendant est loin d'être totalement indifférent aux agissements de sa promise. Mais l'engagement du couple n'a vraiment pas la cote auprès des Courtisans.

Et ça conspue, ça murmure, ça trahit, ça menace à coups de lettres énigmatiques... Oh oui, il y a du suspense dans ce roman ! C'est très excitant. Ce tome est encore plus formidable et captivant. J'avais été envoûtée par le tout premier, mais celui-ci m'a tenue en haleine. J'ai adoré.

Christelle Dabos est vraiment douée : plume élégante, charme fou et imaginaire foisonnant... vraiment, vraiment du talent !!!

©2015 Editions Gallimard Jeunesse
(P)2019 Editions Gallimard Jeunesse

La lecture de Clotilde Seille, « inventive et subtile », est désormais inscrite dans notre ADN. C'est une formidable voix de conteuse, qui nous transporte en plein cœur du monde merveilleux de la Citacielle. Finalement, on oublie vite nos réserves du début ! La lecture audio est une réussite.

 Les Disparus du Clairdelune

Lauréate du Concours du premier roman organisé par Gallimard Jeunesse, RTL et Télérama en 2012,
Christelle Dabos confirme dans ce deuxième tome un talent hors du commun.


Grand prix de l'Imaginaire 2016

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25/11/19

Les choses humaines, de Karine Tuil

Les choses humainesL'histoire du roman met en avant beaucoup de choses qui vont de travers dans notre société et contre lesquelles on a parfois fini par s'y habituer, lâchement. C'est un constat affligeant. D'où ma lecture en apnée, dans un état d'hébétude, à la fois pressée d'en finir mais curieuse du dénouement.

Lors d'une soirée trop alcoolisée, un garçon propose à une fille de sortir prendre l'air puis lui roule un patin derrière une benne à ordures. Ce qu'il advient ensuite est flou, disons qu'il est vécu différemment par les deux protagonistes. Car dès le lendemain, Alexandre est accusé de viol et placé en garde à vue. Son attitude est nonchalante : le garçon nie les faits et réclame son passeport pour retourner à Stanford. Comble de tout, Alexandre Faller est un fils de - son père est un animateur emblématique de la télévision, sa mère est une journaliste féministe très engagée. Le poids de cet héritage va également peser dans la balance. Il ne faudrait pas ébruiter l'affaire et encore moins épiloguer pour un coup d'un soir d'à peine vingt minutes... damned.

Au fil de la procédure judiciaire, on s'intéresse à ce petit monde imbu de leur pouvoir et on déteste sans exception ce spectacle désolant. On évoque pêle-mêle la sentence médiatique, les hashtags qui pullulent en masse, la violence des réseaux sociaux, la sexualité bafouée, les propos explicites, les gestes anodins qui ne doivent plus l'être, l'absence d'empathie, quid du bourreau et de la victime, bref un constat sec et sans concession d'une société qui va mal. Au cœur de ce maelström, on se sent complice et coupable. On n'aime pas du tout ça ! Les personnages sont moches. Le miroir qu'on nous tend renvoie l'image d'un monde qui s'autodétruit. On a le moral à zéro après cette lecture... qui m'inspire vraiment peu d'espoir ! Quelle tristesse.

©2019 Editions Gallimard (P)2019 Editions Gallimard

Prix Interallié, 2019
Prix Goncourt des Lycéens, 2019

Le sexe et la tentation du saccage, le sexe et son impulsion sauvage sont au cœur de ce roman puissant dans lequel Karine Tuil interroge le monde contemporain, démonte la mécanique impitoyable de la machine judiciaire et nous confronte à nos propres peurs. Car qui est à l’abri de se retrouver un jour pris dans cet engrenage ?

Constance Dollé met en voix avec justesse un récit efficace qui révèle toutes les complexités soulevées par la question du consentement.

 

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22/11/19

Rose désert, de Violaine Huisman

G03362En comparaison avec Fugitive parce que reine, le deuxième roman de Violaine Huisman paraît d'abord beaucoup plus superficiel. C'est l'histoire d'une jeune femme qui vient de se séparer de son compagnon et qui décide de traverser le désert du Sahara pour tout oublier. Elle débarque avec un modeste bagage et ignorant les zones à risques qu'elle va fouler... qu'importe, elle va au-devant de rencontres et d'interdits un peu flous. C'est une jeune femme bohème, libre et entière, après tout.

Au fil des pages, on réalise aussi que l'histoire se répète, mais sonne plus profonde et consistante. L'ombre de la mère est toujours présente et plane sur son existence, ses choix de vie, ses aventures amoureuses. On y revient sans cesse. On parle aussi de son père, de leur famille, de son adolescence chaotique, des premières idylles et des hommes toxiques. Par contre c'est toujours aussi cru et impudique, tellement personnel aussi (comme raconter sa première fois), érotique et sensuel, pense-t-on, moi ça ne me branche pas beaucoup.

Le roman est donc un fourre-tout de souvenirs, de rencontres, d'expériences, d'états d'âme et d'espoirs. Dommage pour le déballage grivois (tendance porno-chic). Reste la sincérité derrière les confidences. Et puis ce roman est merveilleusement lu par Rachel Arditi, comédienne prodigieuse et interprète formidable, qui mérite à elle seule qu'on n'abandonne pas trop vite ni trop tôt ! 

©2019 Editions Gallimard (P)2019 Editions Gallimard

En revisitant ses rapports aux hommes depuis l'adolescence, la narratrice aborde avec une sincérité rarement égalée les tabous de l'éveil à l'amour et à la sexualité. L'écriture si particulière de Violaine Huisman, à la fois poétique et abrupte, s'impose sur ce sujet intime dans toute sa vitalité.

 

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Fugitive parce que reine, de Violaine Huisman

G02701Quel beau roman... qui m'a d'ailleurs fait penser aux films de Diane Kurys et au roman de Gwendoline Hamon, Les dieux sont vaches. Des univers profonds, qui puisent dans l'intimité et l'authenticité, tout en titillant notre corde sensible. Ça peut effrayer, lasser, exaspérer - moi, ça m'a bien plu.

Dans ce roman, Violaine Huisman évoque sa maman, Catherine, une femme très belle et farouche, qui se voulait libre d'aimer sans la moindre attache. Par contre, c'était aussi une femme fragile, exigeante envers les hommes et tyrannique avec ses filles. Elle buvait trop, fumait comme un pompier, était malade, n'avait aucune convenance sociale. Honteuse de ses origines modestes et de son manque d'éducation, elle avait mis l'accent sur son charme, sa sensualité, son aura. Toute sa vie, Catherine a ainsi tracé son chemin sans tergiverser, se donnant sans retenue mais griffant comme une tigresse à la moins incartade.

Ce portrait de femme est raconté à travers les yeux de sa fille qui déballe son enfance tumultueuse, ses chagrins, ses frustrations, ses lacunes, ses désirs... avec toujours son besoin désespéré d'attirer l'attention de celle-ci, de crier son amour et d'en recevoir autant. C'est assez violent et sans concession (d'où l'étalage de sexe et d'obscénités... pas top !). Mis à part ce détail, le roman est envoûtant et touche au cœur de la cible (quand tu es en plein chaos affectif ou quand tu lis tout ce qui touche à la famille ou avec des mères sur la corde raide). C'est tout bon !

©2018 Éditions Gallimard (P)2019 Éditions Gallimard

Ce premier roman raconte l'amour inconditionnel liant une mère à ses filles, malgré ses fêlures et sa défaillance. Mais l'écriture poétique et sulfureuse de Violaine Huisman porte aussi la voix déchirante d'une femme, une femme avant tout, qui n'a jamais cessé d'affirmer son droit à une vie rêvée, à la liberté.

Violaine Huisman met en voix ses propres mots et livre une déclaration d'amour bouleversante. Une lecture d'une rare intensité. Note de moi-même : excellente perfomance ! Car il est rare qu'un auteur soit aussi bon lecteur... hé oui.

Disponible en collection Folio (n° 6631)

  G02630

PRIX LITTÉRAIRE DE L'ENS CACHAN 2019

PRIX FRANÇOISE-SAGAN 2018

PRIX MARIE CLAIRE DU ROMAN FÉMININ 2018

 

 

 

 

 

 

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20/11/19

Ça peut pas faire de mal : Les femmes écrivains, lu et commenté par Guillaume Gallienne

Les femmes écrivains ça peut pas faire de malCette émission radio, diffusée sur France Inter, est excellente ! Elle m'accompagne souvent sur les routes des vacances et offre à découvrir un large panel de lectures et d'univers littéraires.
Cette fois, ce sont les femmes écrivains qui sont à l'honneur. De grandes dames comme Marguerite Duras, Annie Ernaux, Simone de Beauvoir et Marguerite Yourcenar. Comme le souligne Leïla Slimani en préface, il n'existe pas d'écriture féminine mais il y a une urgence pour les femmes à raconter leur histoire. « À lever le voile sur des expériences, des émotions, des combats qui ont été trop longtemps passés sous silence. L'avortement. Le viol. L'érotisme. La maternité. La domination sociale et le combat pour la liberté. »
Toutes ont aussi puisé dans les livres une émancipation, une échappatoire. Elles ont bouleversé l'ordre, changé de classe sociale, affronté le regard des autres, bousculé la pudeur. Elles ont ainsi fait preuve de courage, de lucidité ou de tendresse à raconter leur parcours. Leurs romans évoquent des femmes qui s'affranchissent, qui font des études, qui aiment librement, qui se détournent du patriarcat. Tous les quatre nous touchent à leur façon et pourraient encore éveiller des consciences endormies. Hé-ho, ça se passe ici et ça peut pas faire de mal !
J'ai donc passé deux heures trente fabuleuses à me bercer de mots, de musique d'ambiance et d'extraits de romans où l'on respire un parfum quelque peu suranné... j'aime beaucoup !

"C'est un drôle de truc, l'écriture."
Marguerite Duras

 "Être femme, c'est le résultat d'une histoire."
Simone de Beauvoir

"Il est des livres qu'on ne doit pas oser avant d'avoir dépassé quarante ans. On risque avant cet âge de méconnaître l’existence des grandes frontières naturelles qui séparent l'infinie variété des êtres."
Marguerite Yourcenar

 "Il n’y a pas de vraie mémoire de soi."
Annie Ernaux

©2018 France Inter (P)2019 Editions Gallimard

Guillaume Gallienne rend hommage avec délice à quatre grandes écrivaines, accompagné au piano par Philippe Dubosson et au violoncelle par Ernesto Insam. L’écoute en classe de ce CD est autorisée par l’éditeur.

 

 

Voix off, de Denis Podalydès

Voix off Denis PodalydesVoilà un journal qui trouve admirablement écho en l'amoureuse des mots et des livres audio que je suis ! ... 
Denis Podalydès est un personnage attachant dont j'ai apprécié le portrait profond et émouvant qu'il dévoile. Sans aucun narcissisme, mais avec un soupçon de philanthropie et beaucoup de pudeur.
L'homme se raconte à travers ses proches, sa famille, son enfance, ses cicatrices, ses débuts au théâtre, les hommes politiques, les acteurs admirés, les auteurs lus et aimés. Un vrai bouillon de culture.
Lorsque le comédien se livre pour la première fois à l'exercice du livre audio, il en sort mécontent et frustré. Pourquoi cette voix ? d'où vient-elle ? comment l'enrichir ... même si elle est déjà riche d'un héritage foisonnant, elle cache un homme et révèle une âme, non ?
Quelle belle réflexion qui amène à une lecture plus large et passionnante. J'ai été transportée dans ces bribes de vie aux accents nostalgiques, mais également drôles et sans mièvrerie.

©2008 Mercure de France (P)2019 Éditions Gallimard

« Est-il, pour moi, lieu plus épargné, abri plus sûr, retraite plus paisible, qu'un studio d'enregistrement ? Enfermé de toutes parts, en capitonné, assis devant le seul micro, à voix haute - sans effort de projection, dans le médium -, deux ou trois heures durant, je lis les pages d'un livre. Le monde est alors celui de ce livre. Le monde est dans le livre. Le monde est le livre. Je confie à la voix le soin de me représenter tout entier. Les mots écrits et lus me tiennent lieu de parfaite existence. Alors d'autres voix encore se font entendre, dans la mienne. »

 

 

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13/11/19

Les Fiancés de l'hiver (La Passe-Miroir 1), de Christelle Dabos

A65376

Ce n'est pas faute d'avoir été prévenue : ce roman, tu verras, exhale un charme hypnotique contre lequel tu ne pourras guère résister. Au-delà de la magnifique couverture, c'est tout un monde, tout un univers qui s'ouvre à toi. Et c'est grandiose.

L'histoire, en quelques mots... Rien ne prédestinait Ophélie à quitter le cocon douillet de son enfance... si ce n'est ses fiançailles avec un inconnu (Thorn) et l'obligation de vivre loin de chez elle, auprès de sinistres individus qui la méprisent ou veulent lui faire la misère. Ophélie est une demoiselle très discrète, qui parle peu ou juste en murmurant. On dirait une petite souris grise, planquée dans son écharpe et derrière sa paire de lunettes, toujours le nez dans des livres. Peu aguerrie aux enjeux politiques et aux ambitions dévorantes, la demoiselle se trouve soudainement propulsée au cœur d'une arène froide et dangereuse...

Mais l'histoire n'a pas tout dit... des dons cachés, des dons singuliers, des pouvoirs convoités, des clans alliés et des clans ennemis, des contacts rapprochés, des discussions franches et des aveux d'indifférence... tout ça, tu le sauras en te procurant ce roman.

Vrai de vrai, cette lecture est imprégnée d'une aura fabuleuse et envoûtante. À peine les premiers mots collés sur le papier, ils nous aspirent et nous emprisonnent. Comme un enchantement magique : on n'a plus envie d'aller voir ailleurs et on se surprend à y penser jour et nuit. J'ignorais totalement dans quoi j'embarquais - j'ignorais tout de l'histoire de La Passe-Miroir - une véritable prouesse depuis le temps que la série rôde autour de moi avec des yeux aguicheurs - et pourtant j'ai résisté vaillamment car je refusais de souffrir l'attente des parutions.

L'annonce du dernier tome approchant, j'ai donc profité de la découverte en livre audio pour plonger dans cet imaginaire extraordinaire. C'est indescriptible à raconter. Tous ceux qui avaient déjà succombé m'avaient averti que ce roman avait un pouvoir magnétique.

Ils avaient raison.

Donc je n'en dévoile pas davantage : juste cédez à la tentation !

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Les Fiancés de l'hiver

©2013 Éditions Gallimard Jeunesse. Couverture illustrée par Laurent Gapaillard (P)2019 Éditions Gallimard Jeunesse

Alors, cette version audio ?

Il y a du bon et du moins bon :  l'interprétation est élégante mais peu enjouée... Le ton est grave, assez pesant. Et parfois cela plombe l'ambiance. Par contre cela n'a pas été rédhibitoire non plus. Certes, je n'aurais probablement pas imaginé la voix des personnages de cette façon... mais cette impression (mitigée) se dissipe au fil du temps.

En tout cas, c'est un livre audio parfaitement exécuté pour une série qui était fortement attendue !!! Merci.


Pour info : le livre 2 sort en format audio courant JANVIER 2020. ♥

 

La Passe-miroir est le lauréat du concours du premier roman jeunesse

organisé par Gallimard Jeunesse, RTL et Télérama.

 

09/09/19

Venise n'est pas en Italie, par Ivan Calbérac

Venise n'est pas en ItalieÉmile, quinze ans, craque pour Pauline, musicienne et passionnée de cinéma. Il a suffi d'une simple balle de ping-pong pour lui mettre la tête à l'envers. Depuis, il ne cherche qu'à lui plaire et attirer son attention. La patience aidant, le garçon est invité à l'accompagner pour un concert à Venise.
Son cœur manque d'exploser dans sa poitrine. Ne reste plus qu'à convaincre ses parents pour acheter le billet de train, et alors... en avant la dolce vita ! Seulement, rien ne va se passer comme prévu. Mouise après mouise, Émile croit sa chance lui échapper. Mais il va s'accrocher - il n'est pas prêt de renoncer à son rêve - et s'embarque pour une aventure pleine d'émotions.
Au programme, l'histoire réserve pas mal de dérision et de tendresse. Elle croque surtout le portrait d'une famille haute en couleurs - les Chamodot sont des gens extraordinaires aux apparences terriblement ordinaires. Pour Émile, la cohabitation n'est pas simple. Il faut dire que le garçon a un peu honte des siens tandis que Pauline est habituée au velours, au faste et au grand luxe.
Très peu pour la famille d'Émile, qui vit en caravane sur un terrain embourbé et qui s'imagine qu'on peut teindre les cheveux en blond pour paraître différent. Ça peut sembler saugrenu - et parfois on atteint les limites du cocasse - mais l'émotion n'est jamais loin pour révéler la vérité derrière les faux-semblants.
Et je ne regrette absolument pas d'avoir découvert ce roman en format audio - le comédien est franchement top. Son interprétation est enjouée, propre au fatalisme des adolescents, elle incarne le désarroi amoureux, les affres du premier amour, l'espoir et les désillusions en vrac. C'est pertinent, entraînant. Sûr que ce voyage entre Montargis et Venise surprend mais l'expérience est pleinement revigorante. Très, très chouette lecture !

©2015 Flammarion (P)2017 Éditions Gallimard

 

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31/01/19

Fahrenheit 451, de Ray Bradbury

Fahrenheit 451Guy Montag mène une vie tout à fait ordinaire, il est marié à Mildred depuis dix ans, une union sans accroc et sans peps. Il est aussi pompier, mais attention, son métier ne consiste pas à éteindre les incendies, c'est tout le contraire. Jour après jour, il part en mission avec son équipe et met le feu aux livres ! Puis il rentre chez lui, avec le sentiment du devoir accompli.
C'est après sa rencontre avec sa jeune voisine de 17 ans suivie de l'opération de trop (chez une vieille dame vivant seule parmi ses montagnes de livres) qu'il va peu à peu prendre conscience de son existence en dérive. Après tout, que renferment les livres ? quel pouvoir possèdent-ils pour nécessiter des mesures radicales ? Montag songe pour la première fois à y réfléchir plus longuement. Un choix non sans conséquence.
Grand classique de la littérature, paru en 1953, Fahrenheit 451 ne vieillit pas. Son message est même hélas toujours d'actualité : le désamour du public envers les livres au profit de technologies plus modernes. Oui, mais à force d'ôter à la société une diversité de réflexion, d'évasion et d'imagination, ne va-t-on pas vers une vision étriquée de notre existence ? des cerveaux éteints ou lobotomisés par une somme d'informations artificielles et peu subversives ? D'où le risque de tirer profit d'une société rendue docile et malléable...
Tout ça, Montag l'analysera à force de pousser les murs, de croiser des rêveurs, d'interroger des philosophes. Ainsi, notre homme va glisser incidemment vers la résistance et la clandestinité, devenir son propre ennemi et être la nouvelle cible de ses collègues. Cette lecture fait franchement froid dans le dos. Elle produit aussi un effet hypnotique qui conduit le lecteur à écouter cette voix sentencieuse. J'ai été fascinée par Christophe Montenez, par son énergie, par sa gravité, par sa condamnation muette. Par contre, c'est vrai que je m'attendais à un récit plus dynamique ou au rythme plus soutenu. La portée du texte est renversante, mais c'est aussi une lecture un poil exigeante et qui aurait pu devenir fastidieuse si elle avait été plus longue. En bref, j'ai été charmée par le livre audio, l'interprétation est extraordinaire, bouleversante et percutante. C'est le format qui me convenait. En plus, je suis contente d'avoir enfin percé le mystère de cette œuvre souvent citée en exemple en littérature, il existe d'ailleurs pas mal d'ouvrages qui s'en sont inspirés comme La Brigade l'œil de G. Guéraud (que je recommande).

©1995 Éditions Denoël. Traduit par Jacques Chambon et Henri Robillot (P)2018 Éditions Gallimard, coll. Écoutez Lire