17/12/18

Les Âmes perdues, Tome 1 : Les Terres du bas, de Jeff Giles

Les âmes perdues TOME 1 Les Terres du basZoé vient de vivre une année difficile, après la disparition tragique de son père, dans un accident de spéléologie, puis par la mort brutale de ses voisins, un couple âgé sauvagement assassiné par un individu en fuite. Depuis, Zoé a le sentiment de perdre tous ceux auxquels elle tient et partage avec sa mère et son petit frère un quotidien précaire et morne.
Mais l
e jour où Jonah se perd dans la forêt, alors que Zoé était supposée l'avoir à l'œil, elle refuse la fatalité et se précipite hors de la maison pour le retrouver. Malheureusement, elle croise le chemin d'un criminel. Débarque ensuite un parfait inconnu, avec des pouvoirs magiques. Zoé est sidérée. Ce garçon prétend venir des Terres du Bas, en tant que Chasseur d'âmes. En volant à son secours, il vient non seulement de griller sa couverture mais aussi de mettre Zoé et sa famille en danger.
Voilà un roman assez complexe, car si le début se révèle fascinant, dans le genre mystérieux et émouvant (écriture lyrique, descriptions poignantes, dialogues cocasses), la suite n'a eu de cesse de me désappointer.
En vérité, je n'ai pas du tout accroché à l'histoire du grand amour, hélas le pivot de l'intrigue. Concrètement, Zoé s'attache et tombe amoureuse d'un type surgi de nulle part. Vite, trop vite. Elle balaie tout d'un revers de la main pour s'en remettre à cet ange gardien. Comment dire ? La fulgurance des sentiments, la romance inéluctable et néanmoins impossible, non merci. De plus, ce garçon a aussi de lourds bagages à traîner : i
l a oublié son passé, ne connaît pas son nom, a grandi dans les Terres du bas, l'équivalent de l'enfer, où il a été formaté pour obéir et accomplir des missions, sans libre arbitre. Qu'on ajoute du romantisme, oui... forcément, on adore. Mais à doser au plus juste car là, trop, c'est trop. C'est maladroit, parfois incongru et superficiel.
C'est un peu dommage, car j'ai vraiment 
aimé l'ambiance hivernale du roman, je me sentais bien dans le cocon douillet de la petite maison de famille, même si l'humeur n'est pas toujours au beau fixe. Il règne une osmose délicieuse, douce et bienveillante, ce qui fait un bien fou à sept jours de Noël. Le changement de décor, avec les Terres du bas, a du bon aussi car on s'aventure plus loin, on croise d'autres fantômes, on perçoit un peu de tension dramatique et on gratouille la coquille qui enveloppe la figure énigmatique du garçon qui fait tant battre le cœur de Zoé.
Reste cette sensation de roman bancal, inégal. 
En somme, oubliez le sirop, optez pour l'action. À suivre, donc.

bayard jeunesse (2018) - traduit par Emmanuelle Urien

Titre VO : The Edge of Everything

 

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03/03/09

Tu devrais voir quelqu'un - Emmanuelle Urien

41eYAzyiDKL__SS500_Sarah, trente-quatre ans, célibataire, a une passion : l'écriture. Mais jusqu'à présent ses écrits sont raillés, détestés, jetés et cachés. Personne ne peut juger. Et puis un matin, elle se réveille et trouve un homme, assis, immobile, chez elle. Il ne parle pas. Il porte un chapeau et un complet usé. Qui est-il ?

Personnage à la recherche de son auteur ! Voici un peu comment résumer ce livre impossible à raconter. Avec ce premier roman, Emmanuelle Urien (qui n'avait publié que des nouvelles) s'essaie à un exercice difficile, celui de la création littéraire. Le résultat donne une lecture étrange, où la folie et la violence se donnent la main. L'intrigue est brillante et sordide à la fois, l'humour grinçant, et la fin totalement inattendue. Le lecteur est manipulé, mais par qui, c'est une question qu'on se pose longtemps.

(version courte) 

Gallimard, 2009 - 166 pages - 15,90€

le non-blog d'emmanuelle urien : http://www.emmanuelle-urien.org/Tantpisjelaisse/

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Tu devrais voir quelqu'un - Emmanuelle Urien

41eYAzyiDKL__SS500_

(version bavarde)

Au début, cela ressemble à une histoire gentille et convenue, qui en rappelle d'autres. On y découvre Sarah, trente-quatre ans, célibataire. Elle est amoureuse du mari de sa meilleure amie. Et elle écrit, beaucoup. Des griffonnages qui la laissent mécontente et insatisfaite. Qui parfois finissent en miettes dans le bain. Avalés par les égouts. Elle est comme ça, Sarah. Sauvage, entière, exaltée et secrète. Car ses écrits sont personnels, ils remplissent son jardin dont la porte est bien verrouillée.

Et puis un matin, Sarah se réveille et trouve un homme, assis, immobile, chez elle. Il ne parle pas. Il porte un chapeau et un complet usé. Qui est-il ? Elle est seule à voir cette ombre, elle jure qu'elle n'est pas folle, elle préfère se croire malade et supplierait presque que la médecine lui trouve une tumeur pour lui curer le cerveau et lui ôter cette tâche qui l'indispose. Son entourage s'inquiète, le comportement de Sarah a changé. Elle fait peine à voir, elle est incohérente et fuyante. Elle refuse les coups de téléphone, ne répond plus à son amie et fait une croix sur son amant.

Quand elle comprend l'utilité de l'homme en noir, elle choisit son arme : un papier, un crayon. Il faut qu'elle aille au bout, il faut qu'elle écrive pour vivre. Pour survivre. C'est une façon de revisiter le mythe de Prométhée, une créatrice bordeline et sa créature incontrôlable, un rapport malsain, qui rend chèvre. Un truc de zinzin.

On a depuis longtemps dépassé le cadre strict de la bluette sympathique et déjà lue, on pénètre dans l'antre de la folie, et la violence a pris le pas. C'est bien assis et les yeux hallucinés qu'on lit cette intrigue, tantôt sordide, tantôt brillante. L'humour y est grinçant. La tromperie, énorme. On casse sans cesse les contours, les repères deviennent flous... il faut reprendre son souffle, ne pas s'attacher, mais se détacher et tuer. Au centre, c'est la mare aux canards. Ils se débattent tous, ils veulent vivre, ils réclament un bout d'existence, ils hurlent, ils sourient, ils s'aiment ou se quittent. Il n'y a toutefois qu'un maître à bord, quel est-il ? le lecteur ? l'auteur ? le personnage ? Qui manipule qui ?
A vous de le découvrir ! 

Gallimard, 2009 - 166 pages - 15,90€

le non-blog d'emmanuelle urien : http://www.emmanuelle-urien.org/Tantpisjelaisse/

Posté par clarabel76 à 08:29:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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