14/02/17

L'homme qui a vu l'homme, de Marin Ledun

L'homme qui a vu l'hommeNostalgique de la lecture d'un autre roman se passant sur la côte Basque, cf. Du son sur les murs de F. Delplanque, j'étais curieuse de découvrir ce livre de Marin Ledun, dont j'avais déjà apprécié Les visages écrasés, pour son effet uppercut. 

L'histoire nous entraîne dans les étroits couloirs du mouvement basque (ETA), avec ses règlements de compte, ses kidnappings, ses conférences de presse solennelles et ses menaces sous-jacentes. Au départ, un jeune militant, Jokin Sasko, est porté disparu. Sa famille est à cran et sollicite tous les médias pour empêcher la justice d'étouffer le dossier. Iban Urtiz, un journaliste local, prend alors connaissance des enjeux et des guerres intestines qui se nouent entre les multiples vecteurs, depuis la communication jusqu'aux hautes instances du pouvoir. C'est un univers compacté, mais très oppressant et dangereux. Pas besoin d'être devin pour s'attendre à des trahisons et autres procédures d'intimidation visant à garder le contrôle de la situation. Urbiz se heurte aussi aux traditions et aux liens du sang, car on ne cesse de lui rappeler qu'il n'appartient pas à la “famille”, même s'il est né basque, il a quitté la région pour grandir en Savoie. Du coup, il ne parle pas la langue et ne connaît rien de l'organisation armée indépendantiste, du moins pas l'étendue de son influence. Qu'importe. Urbiz s'obstine et recueille des témoignages d'enlèvements, de séquestrations et de tortures. La naïveté du journaliste est fortement ébranlée, le meurtre de Jokin ne laissant plus de place au doute, la démonstration de force s'accentuant aussi, l'histoire braque son projecteur sur des mercenaires qui tentent d'étouffer la vérité et ne vont pas y mettre les formes.

C'est une guerre sans pitié qui se livre sous nos yeux, d'autant plus ahuris pour la profane que je suis, tant les circonstances sont floues et les règles du jeu purement inexistantes. Un point s'impose, nul ne décroche le rôle de héros ou de bourreau à juste titre, car tous les rôles sont implicitement mélangés. C'est d'ailleurs la réelle intention de l'auteur de dénoncer un imbroglio politique inextricable, où les premières victimes n'en demeurent pas moins les familles éplorées et en quête de vérité, même si cette dernière n'est pas bonne à entendre. Bref. J'ai eu une sensation d'apnée à l'écoute de ce livre - excellemment lu par Eric Herson Macarel - impression de revoir Daniel Craig sous les yeux - mais j'ai vécu une immersion glaçante et pénétrante. Cette ambiance du tout-pourri est désagréable, mais conforte l'idée d'un roman noir habilement exécuté, en plus d'être farouche et enragé. Le rythme est bon, malgré le sentiment de recevoir un cours accéléré de géopolitique, de recenser des faits et de distribuer des mauvais points, et puis la galerie des personnages est importante - faute de concentration, je m'embrouillais parfois avec les noms basques. :/ Ce ne sont que des détails négligeables, car le roman ajuste son coup et met souvent le lecteur k-o.
Cette fiction est inspirée de l’affaire Jon Anza, militant basque mort de façon suspecte en 2009.

Texte intégral interprétré par Eric Herson-Macarel pour les éditions Sixtrid (durée 11h 06) - Mai 2016

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04/07/16

L'Âme du chasseur, de Deon Meyer

L'âme du chasseur

Qu'est-ce qui pousse Thobela Mpayipheli à filer sur une moto à travers tout le pays, sans jamais ralentir son rythme, avec à ses trousses police, services secrets et journalistes ? Tout a commencé par la visite d'une jeune femme inquiète pour son père. Celui-ci, un vieil ami de Thobela, a été kidnappé par des individus qui réclament en échange un disque dur contenant de précieuses informations. Thobela a une dette à vie envers cet homme et n'a pas d'autre choix que de se rendre à Lusaka en Zambie pour le tirer d'affaire. Une décision assez lourde et pesante, puisqu'elle implique de renouer avec un passé qu'il pensait avoir rangé au fond du placard et qui le replonge dans les affres de l'angoisse d'une violence incontrôlable, alors qu'il s'était juré de ne plus jamais se salir les mains. Depuis quelques années, Thobela mène une vie tranquille, auprès de la femme qu'il aime et de son fils, et ne veut pas bousculer ce bonheur. Mais le temps presse, puisqu'il n'a que soixante-douze heures pour accomplir sa mission casse-cou. Il réfléchira plus tard aux conséquences de ses actes.

On pourrait s'attendre à une lecture frénétique et ébouriffante, comme le laisse supposer cette folle course-poursuite sur les routes du Cap et ses environs, on s'imagine sur le bolide de Thobela en train de foncer à toute berzingue pour se débarrasser du contrat sans plus attendre, avec les embûches d'usage pour pimenter l'action. Au lieu de ça, on constate que l'histoire ménage ses effets, qu'elle livre ses informations au compte-gouttes, qu'elle nous balade entre le passé et le présent, qu'elle ne néglige aucun détail et se focalise sur tous les personnages (et ils sont nombreux à courir après Thobela). Cela donne de l'ampleur à l'intrigue, malgré son rythme saccadé, le roman paraît plus touffu et profond. La lecture invite aussi à la découverte de l'Afrique du Sud, grandiose et magnifique par ses paysages, sans toutefois ignorer la réalité sur le terrain où le danger quotidien est permanent, la situation économique, sociale et politique gangrenée par la corruption et le passé historique du pays. Deon Meyer étoffe ainsi habilement son œuvre par sa richesse des intrigues et sa palette des personnages livre après livre (pas de Benny Griessel ni de Mat Joubert ici présent). Encore un bon moment de lecture.

Texte interprété par Eric Herson-Macarel, pour Sixtrid, Février 2016 (Durée : 12h 35)

Traduit par Estelle Roudet (Proteus) pour les éditions du Seuil / Repris chez Points (2006)

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13/05/16

En vrille, de Deon Meyer

En vrille

Après avoir vaillamment combattu ses vieux démons, Benny Griessel craque et replonge dans l’alcool, au grand dam de son collègue, Vaughn Cupido, à qui l'on vient de confier la responsabilité d'une nouvelle enquête criminelle. Ernst Richter, créateur d’un site qui fournit de faux alibis aux conjoints adultères, vient d'être assassiné, mais ce génie de l'informatique avait plus d'un tour dans son sac et multipliait les casquettes pour remettre à flot sa société aux comptes déficitaires. Tous les coups semblaient permis, aussi les forces spéciales ne s'étonneront plus de déterrer d'autres vérités cinglantes : activités illicites, lettres de menace et d'insulte. Les suspects ne vont pas manquer. Mais face à la séduisante Desiree Coetzee, la directrice opérationnelle d'Alibi.co.za, Vaughn perd également toute consistance. Il procède à une interpellation expéditive, se fourvoie avec panache et finit par remonter les bretelles d'un Benny désespérément inefficace en le contraignant à se soigner une bonne fois pour toute. Grosse prise de conscience pour notre Hawk à la carapace fêlée, mais grand pas en avant dans sa vie ! Ouf. En parallèle, on assiste aux rencontres entre un viticulteur et son avocate, auprès de laquelle il déploie l'arbre généalogique de sa famille. Pourquoi un tel déballage ? On le découvrira fort tard dans l'histoire, tout juste saisit-on que la police vient de débarquer sur ses terres pour procéder à une inculpation, mais qu'il entend préparer sa défense en bonne et due forme. Cette lecture m'aura finalement semblé moins palpitante, en comparaison du frénétique Kobra, dont le tempo avait été effréné et ensorcelant. C'est le risque avec les auteurs prolixes, à l'instar de Michael Connelly ou Harlan Coben, dont les parutions rapprochées sont souvent de qualité inégale mais continuent d'attirer les lecteurs dans leurs filets. Moi être chocolat. J'apprécie donc cette série sud-africaine où on y retrouve des personnages tenaces et imparfaits, un pays en butte à une ségrégation raciale et un taux de criminalité galopant. L'enquête est certes assez lente et pêche en révélations fracassantes, elle ne découle pas non plus sur un dénouement époustouflant, mais l'écoute reste agréable et entraînante, toujours sous l'égide du brillant Eric Herson-Macarel, dont la voix chaude illumine le texte et rend la lecture toujours classieuse et envoûtante.

Interprété par Eric Herson-Macarel, pour Sixtrid (avril 2016) - Durée : 11h 46

Traduit par Georges Lory (Icarus) pour les éditions du Seuil

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23/02/16

Kobra, de Deon Meyer

Kobra

Lecture anarchique oblige, je redécouvre un Benny Griessel requinqué et fringant cowboy comme membre des Hawks, l'unité de police spéciale, après l'avoir croisé en sale posture, au fond du trou et alcoolique, dans Jusqu'au dernierSa vie amoureuse aussi se porte au mieux, même si notre homme est chiffonné par des soucis techniques, qu'il n'ose confier à personne, par honte ou par pudeur. Résultat, son entourage s'imagine déjà que sa mine des mauvais jours signifie que Benny a replongé dans son addiction et ses vieux démons. Ceci étant, l'enquête policière va également solliciter son attention et ses méninges. Un triple assassinat dans une guest-house, un client britannique disparu et des douilles de cartouches gravées d'une tête de cobra... Benny Griessel et son adjoint Cupido en restent comme deux ronds de flan, soucieux d'avance de négocier avec les prérogatives internationales. Mais le mystérieux Cobra, ce criminel qui tue plus vite que son ombre, ne chôme pas et vient de signer un nouveau massacre en ville, en abattant des agents de sécurité qui venaient d'interpeller un jeune pickpocket. Et bim, Tyrone Kleinbooi prend à son tour sa place sur l'échiquier... La suite ne demande qu'à s'écrire. Et c'est rondement mené. 

Car on a là un bon bouquin d'action, qui nous envoie en Afrique du Sud... fragile et violente, comme ses héros ! L'intrigue se déroule sans temps mort et se lit tout aussi efficacement. Rien n'est laissé au hasard pour amener à un dénouement particulièrement haletant et surprenant. Cette série policière est une découverte riche en émotion et pleine d'entrain. Une très bonne pioche.

Sixtrid / Juin 2015 ♦ Interprété par Eric Herson-Macarel (Durée : 11h 37)

Traduit par Estelle Roudet pour les éditions du Seuil ♦ Disponible en poche Points Policier / Novembre 2015

Kobra POints

29/01/16

Le Comte de Monte-Cristo, d'Alexandre Dumas

Le comte de Monte-Cristo I

Il m'aura fallu pas moins de six jours pour lire et écouter les deux fois vingt-cinq heures de cette œuvre remarquable et, heureusement, captivante ! Pfiou. Quelle lecture, mais quelle lecture ! L'histoire commence à Marseille, en 1815. Le jeune Edmond Dantès, un marin de dix-neuf ans, débarque chez son père pour fêter sa bonne fortune - il sera prochainement promu capitaine de son propre navire et va épouser celle qu'il aime, Mercedès. C'était sans se méfier des jalousies de son entourage, dont le dénommé Danglars, comptable à bord du Pharaon, et Fernando, son ami d'enfance, également amoureux de sa jolie fiancée catalane. Ces deux-là rédigent une lettre de dénonciation contre le pauvre Dantès, accusé de soutenir Bonaparte en exil sur l'île d'Elbe, et n'ont aucun scrupule à le savoir expédié au Château d'If pour une longue, longue peine de quatorze ans. Edmond n'a pas le temps de réagir lorsque la foudre s'abat sur lui pour bousiller sa vie. Il est sonné, naïf et incrédule, il n'a de cesse de plaider sa cause, soutient son innocence, mais ne se doute pas d'être le pion central dans une tragi-comédie orchestrée par ses semblables. Au bord du désespoir, se sachant oublié des siens, Edmond doit son salut à son voisin de cellule, l'abbé Faria, qui le mettra en garde et lui confiera son projet d'évasion, avec un trésor à la clef. Après quoi, Dantès va reprendre du poil de la bête et se prétendre la main vengeresse de Dieu. Il deviendra le mystérieux Comte de Monte-Cristo, qui va se faufiler comme une anguille parmi ses ennemis pour les démolir sournoisement les uns après les autres. 

Voilà une magistrale interprétation, par Eric Herson-Macarel, d'une œuvre époustouflante et étonnante de modernité ! On ne voit pas le temps passer tant le rythme est enlevé, l'action dense et la trame romanesque flamboyante. Et puis il y a un vrai suspense au cœur de l'intrigue, où l'on ne devine pas tout des ressentiments de Dantès, ou du moins ne partage-t-on pas tous ses plans machiavéliques pour assommer ses ennemis. On le surprend dans la peau de Simbad le marin, de l'abbé Busoni ou de lord Wilmore, on le découvre derrière une porte dérobée au chevet d'une jeune fille qu'on tente d'empoisonner, il est ici ou là, partout et ailleurs, insaisissable et implacable. Chaque petite pièce apportée n'est jamais anodine et vient compléter un tableau magistral pour assouvir sa vendetta personnelle. Chaque intrigue secondaire, chaque anecdote ou chaque rencontre est introduite exprès pour servir un ensemble arachnéen. Dumas tisse fil par fil la trame de son roman, piochant dans les éléments du théâtre (rebondissements, déguisements, suspense et révélations) ou préfigurant le genre policier et les romans d'aventure avec le super-héros masqué qui fait justice lui-même. C'est prodigieux. J'ai été complètement soufflée. 

Sixtrid / Décembre 2015 ♦ Texte intégral lu par Eric Herson-Macarel

 

“A tous les maux il est deux remèdes: le temps et le silence.”

 

et la suite... Le comte de Monte-Cristo II

Le comte de Monte-Cristo s’est installé à Paris. Par sa magnificence, sa spiritualité et ses étranges manières, il devient la personnalité la plus recherchée de la haute société. C’est justement ce qu’il voulait afin de pouvoir mettre en place son implacable vengeance. Son plan redoutable est conduit sur un rythme haletant et réserve bien des révélations qui ne cessent de surprendre. Quel final ! ;-)

Sixtrid / Décembre 2015 ♦ Texte interprété par Eric Herson-Macarel

Rappelons aussi le lobbying de miss Cécile dont l'enthousiasme débordant a su me motiver pour découvrir cette œuvre classique d'une richesse extraordinaire. Merci d'avoir contribué à cette découverte !  😘

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07/01/16

Goat Mountain, de David Vann

Goat Mountain

Automne 1978, dans le nord de la Californie. Quatre hommes, dont l'un à peine sorti de l'enfance (le narrateur), se rendent sur les terres de Goat Mountain pour l’ouverture de la chasse. Pour ce môme de onze ans, c'est un baptême attendu avec impatience, lui qui a grandi avec les armes et dans la culture de la chasse, initié par son père, son grand-père ou Tom, l'ami de la famille. Pour la première fois, il va pouvoir abattre son propre gibier. Alors qu'ils parcourent les centaines d'hectares du ranch, les quatre hommes tombent sur un braconnier qu'ils observent depuis la lunette de leur fusil. Un excès de confiance. Un soupçon de complicité. Un semblant d'initiation. Et là, la maladresse, le tressaillement, le drame... Nos chasseurs émérites s'effondrent, de dépit, de stupeur, d'effroi. La partie de chasse vire au chaos. C'est le règlement de comptes. Le pétage de plomb. L'enfant qu'on accuse et qu'on accule. La famille qui se dresse. Cela vire au cauchemar. Et très franchement, David Vann y prend plaisir. Petits meurtres en famille. Ou comment vous désillusionner sur les liens du sang, sur l'éducation, sur le dialogue et le partage. Le vide sidéral. La lecture nous plonge alors dans un profond désarroi, auquel je n'arrive décidément pas à m'habituer (cf. Sukkwan Island qui m'a également déplu). Ceci ne remet pas en cause les qualités du roman, « sa prose poétique, précise et obsédante », simplement je reste hermétique à cet univers, trop rude, trop opaque, trop rudimentaire. La description des paysages, de la nature belle et sauvage, côtoie une violence latente dans ce qui s'apparente être un parcours initiatique conditionné aux instincts primitifs. L'histoire n'est pas très longue, racontée par un Eric Herson Macarel éloquent et efficace. Seulement, la perspective que donne l'auteur de l'humanité n'est clairement pas glorieuse et me laisse de plus en plus déconfite. 

Sixtrid,  juin 2015 ♦ Interprété par Eric Herson Macarel (Durée : 7h 42) ♦ Traduit par Laura Derajinski pour les éditions Gallmeister

25/09/15

Et rien d'autre, de James Salter

Et Rien D'autre CD

Présentation de l'éditeur : La Seconde Guerre mondiale touche à sa fin. À bord d’un porte-avions au large du Japon, Philip Bowman rentre aux États-Unis. Il a deux obsessions, qui l’accompagneront tout au long de sa vie : la littérature et la quête de l’amour. Embauché par un éditeur, il découvre ce milieu très fermé, fait de maisons indépendantes, et encore dirigées par ceux qui les ont fondées. Bowman s’y sent comme un poisson dans l’eau, et sa réussite s’avère aussi rapide qu’indiscutable. Reste l’amour, ou plutôt cette sorte d’idéal qu’il poursuit, et qui ne cesse de se dérober à lui. 

Quelle déception. J'ai tenté de découvrir ce roman encensé par OdL lors de la rentrée 2014, en profitant du format audio (roman lu par l'excellent Eric Herson Macarel), mais quelle lecture ennuyeuse ! Elle m'est apparue lente, plate, inintéressante. Cela raconte l'histoire d'un pauvre type, Bowman, qui est mou et barbant, de surcroît misogyne, et qui m'a très vite tapé sur le système. Allez comprendre pourquoi. Le texte est farci de scènes de sexe très détaillées (pour moi, elles sont vulgaires et malvenues). Et il ne se passe rien d'exceptionnel dans la vie de cet homme qui mérite qu'on s'y arrête. Tout est banal. C'est une histoire sur le temps qui passe. Super. On a déjà lu ça mille fois. Salter a cependant une belle écriture, agréable à lire. Mais son roman m'est tombé des mains. Abandon à mi-parcours pour cause de saturation. 

Ce que continue d'en dire l'éditeur : Ce livre magnifique est comme le testament d’une génération d’écrivains, derniers témoins, sans le savoir, d’un monde promis à la disparition. Parce que l’art est le seul lieu où les contraires coexistent sans se détruire, il noue d’un même geste la soif de vivre de la jeunesse et la mélancolie de l’âge mûr, la frénésie érotique et le besoin d’apaisement, la recherche de la gloire et la conscience aigüe de son insignifiance.

Sixtrid / Juin 2015 ♦ Interprété par Eric Herson Macarel (durée : 11h 27) ♦ Traduit par Marc Amfreville pour les éditions de l'Olivier (All That Is)

 

Et rien d'autre

Disponible en format poche chez Points, août 2015

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03/09/15

Jusqu'au dernier, de Deon Meyer

Jusqu'au dernier CD

Veuf depuis deux ans, Mat Joubert a sombré dans la dépression, en noyant son chagrin dans l'alcool et les cigarettes. Même son boulot d'inspecteur peine à le motiver tous les matins, tant il préfère retrouver le calme de sa maison, avec un bon bouquin pour seule compagnie. L'arrivée d'un nouveau chef au sein de la brigade va pourtant tout chambouler. Contraint de suivre un régime et de consulter un psy, Mat va peu à peu renaître de ses cendres !

On lui colle aussitôt dans les pattes une sombre histoire de meurtres en série, avec pour seul indice, un Mauser de collection. Cette affaire est rapidement parasitée par les tribulations d'un gentleman cambrioleur, qui détrousse les banques à tour de bras en faisant le joli cœur et sans guère se soucier de la police à ses basques. Voilà donc une 1ère rencontre avec Deon Meyer qui s'est pour le moins soldée sur une excellente appréciation !

C'est autant pour l'ambiance, les personnages et l'évolution des enquêtes que j'ai été captivée par ma lecture - lue par le magistral Eric Herson-Macarel, pour Sixtrid. Les tourments de notre flic désabusé, peu à peu résigné à s'extirper de son apathie, sonnent terriblement justes, sans affectation. Il en va de même pour son camarade Benny Griessel qu'on retrouvera vraisemblablement dans les prochains livres.

En somme, on a là un livre au suspense entraînant, avec une réelle profondeur dans l'analyse psychologique du personnage principal et un dénouement inattendu. Bon point pour cette alléchante introduction ! ;-)

Sixtrid / Janvier 2015 ♦ Texte lu par Eric Herson-Macarel (durée : 12h 28) ♦ Traduit par Robert Pépin (Dead at Daybreak)

Jusqu'au dernier

Points, coll. Policiers, thrillers & romans noirs / Février 2003

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14/04/15

Goldstein, de Volker Kutscher

GoldsteinCD

Berlin, 1931. L'arrivée en ville du gangster américain, Abraham Goldstein, met le commissariat en ébullition. Pour éviter les risques d'une flambée de violence (guerre des gangs, récupération politique), Gereon Rath doit lui coller aux basques. Mais Goldstein ne va pas hésiter à tromper l'adversaire à force de malice. Les raisons de sa venue étant assez floues, on impute aussitôt à l'individu les premiers meurtres de quelques voyous notoires. La presse antisémite s'embrase et Gereon est à la peine. 

Sa compagne Charly est elle aussi tracassée par la disparition de son principal témoin dans une affaire de cambriolage loupé. La jeune délinquante accuse un policier d'avoir poussé dans le vide son partenaire. L'affaire est grave, Gereon appelle à la prudence avant de reprocher à Charly d'accorder une confiance aveugle à une inconnue. Cela suffit pour mettre le feu aux poudres au sein du couple. Jalousie, incompréhension, dialogue de sourds, nos amoureux sont dans l'impasse.

Une série policière se déroulant à Berlin dans les années 30 ? On pense aussitôt à la Trilogie de Philip Kerr. Mais là où Bernie Gunther s'avère un personnage horripilant, Gereon Rath surprend agréablement. Moins arrogant, mais pas forcément moins lisse, le type cultive des relations sulfureuses avec la pègre locale ou la presse. Il n'aime pas non plus recevoir des ordres et a tendance à partir en roue libre, ce qui a souvent mis sa carrière en péril.

Qu'importe, notre homme n'est ni ambitieux, ni parvenu. Ce qui compte avant tout, c'est son bonheur auprès de sa Charly, dompter sa jalousie maladive, et se tenir à l'écart du chaos politique régnant en ville. L'ombre d'Hitler plane, les chemises brunes sèment la zizanie, dans un semblant de confusion habilement organisé en coulisses, tandis que la population, soucieuse des restrictions économiques, préfère sous-estimer la menace. 

C'est avec une étourdissante simplicité que Volker Kutscher rend compte de l'état d'esprit de l'entre-deux-guerres, à travers une intrigue à suspense, parfaitement maîtrisée, malgré quelques longueurs. Ce 3ème opus des enquêtes de Gereon Rath, après Le Poisson mouillé et La Mort muette, est un très bon roman policier, sur fond historique, mené tambour battant, sous la houlette d'Eric Herson-Macarel (bien connu par les amateurs de livres audio). Entre espionnage, banditisme, corruption, sens du devoir et trahison, le récit est d'une intensité dramatique saisissante.

Texte lu par Éric Herson-Macarel pour les éditions  Sixtrid (novembre 2014) ♦ Traduit par Magali Girault pour les éditions du Seuil & Points

Goldstein

03/09/13

L'enfant allemand, Audiolib (16 h 25) lu par Eric Herson-Macarel

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Ce cinquième volet de la série de Camilla Läckberg était, à mon sens, le plus attendu. Il renferme un terrible secret et donne enfin une explication sur le comportement froid et insensible de la mère d'Erika et Anna. En fouillant les affaires de celle-ci, Erika a en effet trouvé un journal intime, une brassière maculée de sang et une médaille ornée d'une croix gammée.

Cette pièce a été confiée à un éminent professeur, un spécialiste de la question nazie, mais l'homme ne donne plus de nouvelles. En vérité, il a été tué chez lui et cette mort étrange semble liée aux interrogations d'Erika. Cette dernière a entrepris de travailler à domicile, comptant sur son époux, en congé parental, pour s'occuper de leur fille et lui laisser un peu de champ libre. En théorie, bien sûr. En pratique, le couple va frôler la crise de nerfs ! De plus, Patrik est attiré par le lieu du crime et meurt d'envie de se mêler de l'enquête, par petites touches, car son devoir de père le rappelle souvent à l'ordre. Et puis, on s'en fiche un peu de toutes ces considérations existentielles du couple Hedström. Ce qui nous passionne, disons-le franchement, c'est de plonger dans le passé de cinq jeunes gens, dans les années 40, au moment de la guerre, de l'arrivée des réfugiés, du soulèvement des résistants, des risques de la dénonciation, du spectre des tortures et de la mort... On découvre une histoire poignante, entre fascination et horreur, et qui apportera aussi une immense consolation pour les sœurs Falk qui ont grandi sans une once d'amour maternel. Cette fois, on comprend mieux pourquoi.

Ce cinquième volet me voit aussi dans l'obligation de faire une courte pause, je me sens rassasiée et pleinement repue. J'en viens presque à constater les défauts dans la belle mécanique de Camilla Läckberg, dont les livres sont orchestrés sur le même principe, qui se répète inlassablement. C'est en ingurgitant plusieurs tomes à la suite qu'on s'en rend compte. Mais je garde tout de même un très bon souvenir de cette lecture à long terme, sous la houlette de Monsieur Eric Herson-Macarel, qui est pour moi l'un des meilleurs narrateurs sur le marché.

L'enfant allemand, par Camilla Läckberg
Audiolib, 2011 / Actes Sud, 2011 pour la traduction française 
Texte intégral lu par Eric Herson-Macarel  (durée d'écoute : 16 h 25)
Traduit par Lena Grumbach et Catherine Marcus

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