02/01/10

(démarrage en douceur)

C'est sur un grand éclat de rire que débute cette nouvelle année en lecture, grâce à Rachel Corenblit qui a osé glissé dans son histoire un zest de Cloclo et de Magnolia-forever. Le métier de papa est un roman qui s'adresse aux lecteurs débutants (et plus) et qui nous raconte le désarroi de Paolo dont le père est en prison. Chaque semaine, sa mère se rend au parloir mais l'enfant refuse de l'accompagner. Il est taciturne, il ignore pourquoi son père est enfermé mais il refuse d'en parler. A l'école, une copine va lui donner du pétillant dans le coeur en l'invitant à assister à un concert de son père. Avec son costume en toc, qui brille de mille feux, et sa perruque blonde brushinguée, le papa de Magnolia rend vie à Cloclo ! Aaah... Et de fil en aiguille, Paolo va retrouver le sourire et comprendre qu'il n'a jamais cessé d'aimer son père. C'est un texte réaliste mais pas déprimant, au contraire il est drôle et aussi léger qu'une bulle !
Bien entendu, c'est un titre de l'excellente collection ZigZag du Rouergue... le_metier_de_papa Rachel Corenblit / illustrations de Nikol - 90 pages et 6 euros.

 

 

 

 

On ne quitte pas Rachel Corenblit puisqu'on la retrouve dans l'autre excellente collection doAdo Noir du Rouergue avec un roman flippant de la mort ! Un petit bout d'enfer raconte l'étrange parcours qui fera rencontrer une jeune fille de quatorze ans et un type d'une quarantaine d'années en pleine rupture sociale. Juliette a été punie par son père et doit passer un mois de vacances chez sa grand-mère dans un bled paumé. Elle profite d'un après-midi de courses pour se rendre au cinéma, ce jour-là son chemin croise celui d'un individu qui ne supporte ni le bruit, ni les mensonges, ni la trahison. Sous son manteau, il porte une arme et il n'hésitera pas à s'en servir. Kidnapping, cavale dans la forêt, fusillade sont attendus, en plus d'une tension horrible et haletante. C'est une lecture qui fait dresser les poils sur les bras, on lit ce court roman d'une traite, en prenant soin de respirer un bon coup après la dernière page tournée. Pfiou.
C'est le long soupir des arbres qui chantent la mort.
un_petit_bout_d_enferRachel Corenblit / 140 pages et 8 euros.

 

 

 

 

Retour en douceur grâce à ce délicieux roman d'Estelle Lépine (auteur de Demain l'année prochaine, seuil jeunesse), ou comment Hippo se perd au pays des émotions. E comme émotion est l'histoire peu banale d'un enfant décrit comme trop émotif - sensible, doué d'une imagination débordante, réceptif au monde extérieur, curieux des autres et de lui-même ? Hippo va dresser son propre dictionnaire des émotions, vu qu'il est sceptique quant à celui que possède sa famille. Les données sont trop formelles, trop évasives. Hippo est un garçon hors du commun, il comprend que les émotions entretiennent un lien étroit avec le corps. Son dictionnaire ressemble donc à un catalogue d'équations : Gaïa chuchote sur mon passage = mon coeur tombe dans mes baskets.
Ou bien : Mme Réda rend les dictées-surprises = mon coeur résonne dans ma poitrine +  embouteillage de salive à l'entrée de la gorge.
Et enfin ce passage que j'aime beaucoup : Les émotions sont impitoyables, elles transforment tout sur leur passage.
Un coeur en gong.
Un bras en gourdin.
Une gorge en entonnoir.
Des jambes en purée.
Un front en radiateur.
Les émotions sont des sorcières.
Tellement malignes que personne ne s'aperçoit que ce sont elles qui jettent des sorts.
Avec ce livre, c'est aussi une gentille réflexion pleine de pertinence et sans prise de tête que le lecteur découvrira. Encore une fois, dans l'excellente collection ZigZag... cette collection est toujours riche en découvertes, son esthétique est repérable entre mille, car ce sont des livres tout en noir et blanc, et les illustrations sont en osmose avec le texte. Le catalogue est une mine d'auteurs tous plus talentueux les uns que les autres.
J'adore !
Estelle Lépine / illustrations de Maud Cressely - 120 pages et 7 euros.  E_comme_emotions


15/08/08

(lectures de vacances - 4)

Venise, Shakespeare, une grand-mère et sa petite-fille, la même passion du théâtre, le goût de l'exubérance. Ce sont des arguments imparables pour m'intéresser à ce petit roman, qui bénéficie d'une réédition (ce livre a préalablement paru en 2003).
Elisa et sa grand-mère Eia se voient tous les jours, pour parler de peinture ou réciter du Shakespeare. Cela casse la solitude de la grand-mère, qui est fâchée avec sa fille, laquelle s'inquiète car elle juge sa mère un peu folle. Elisa ne veut pas que sa grand-mère retourne en hôpital psychiatrique, alors elle édulcore la réalité et tente de dresser un portrait d'une mamie gâteau pour la paix des ménages.
Un jour, au hasard d'une promenade, grand-mère Eia trouve un peigne de cheveux en écaille de tortue. Elle ne le sait pas encore, mais dans les jours qui vont suivre, d'étranges signes de métamorphose vont apparaître. Et c'est en tortue qu'elle se transforme, sous les yeux incrédules de sa petite-fille.
Elisa garde le secret, fait quelques recherches sur internet, découvre quelle race de tortue il s'agit (un spécimen très rare, qui vit à Aldabra, au large du Pacifique) et rencontre un collectionneur passionné, Max, qui va crever d'envie de rencontrer la fillette et sa tortue.

Ce roman est un puits d'imagination, un voyage entre le réel et l'imaginaire. J'ai eu un peu de mal à m'embarquer, me mettre dans l'idée qu'une grand-mère puisse se transformer en tortue... Après tout, pourquoi pas ? Marie Darrieussecq avait bien fait sensation avec son héroïne qui devenait une truie ! Bref, dans ce livre destiné pour la jeunesse, je crois que l'auteur s'est servie de cette parabole pour parler d'une fuite qui tromperait la mort. Comme le dit la grand-mère, "L'astuce, c'est de se transformer."
Ce voyage dans l'imaginaire reste une exploration tour à tour déconcertante, charmante, drôle et sympathique, mais les esprits frileux pourront reprocher cet excès d'invraisemblances et/ou d'inepties. La lecture invite à voyager, ne l'oublions pas... 

Aldabra : La tortue qui aimait Shakespeare - Silvana Gandolfi

Seuil, coll. Chapitre - 158 pages - 9,50€

A partir de 10 ans.

IMGP5951

Demain l'année prochaine :

Ce livre me rappelle la cruelle difficulté de plonger dans une histoire qui ne s'adresse pas à vous, mais il faut faire comme si, et pourtant là non, je ne peux pas.
Je n'ai plus l'âge, je ne supporte plus les crises des adolescentes hystériques, qui se réveillent en petites femmes parce qu'elles viennent de passer leurs premières vacances en colo avec les copines et les copains.
On assiste aux scènes du genre "je bois du café comme une grande", "je dors des heures pour tromper l'ennui", "ma vie n'est qu'une somme d'injustices", et patati et patata.
C'est par le regard de sa jeune soeur, Mélanie, que se dessine le portrait de cette adolescente insupportable. Léna se rebelle, en fait baver à ses parents, lesquels ont aussi de gros soucis (plus de boulot pour le père, et trop de travail pour la mère). Il faut gérer toutes les situations, mais Mélanie ne nous donne pas l'impression que c'est chose faite.
Se sentant un peu transparente, coincée entre son aînée trop bruyante et le petit dernier qu'il faut occuper, surveiller, câliner, Mélanie cherche à exister. Elle n'est plus une petite fille - son corps lui donne les premiers signes - et la vie à la maison ne lui accorde pas le droit de lever le doigt, de montrer qu'elle existe. Son rôle, c'est d'être la plus discrète possible. Ecoute, vois, tais-toi.
A conseiller à toutes les adolescentes concernées par ce problème, à savoir : où se trouve ma place !?
On évoque les problèmes familiaux, les soucis d'argent, le sentiment de ne pas exister, les émois amoureux, les angoisses face à la puberté, la rentrée scolaire qui s'annonce... Un panel de sujets assez large est donc abordé, qui concerne aisément le lectorat visé (dès 11 ans).

(Je ne suis pas mécontente d'avoir franchi ce cap, par contre je crains de devoir remettre le couvert, pour ma fille, tôt ou tard... Malheur !)

Demain l'année prochaine - Estelle Lépine

Seuil jeunesse, coll. Chapitre - 122 pages - 7,50€

A partir de 11 ans.

Moi qui ne vais pas au bout
Des choses,
Un jour j'irai au bout
Du monde
Pour voir si là-bas
Toutes les causes valent qu'on s'y penche
Et qu'on y tombe

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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