18/07/20

La chaîne, par Adrian McKinty

la chaineAffreusement stressante !!! Cette lecture m'a tenue en laisse pour connaître l'après et le pourquoi et le comment car tout est ficelé pour tenir en alerte.
Une femme reçoit un sinistre message anonyme : « Primo, vous n'êtes pas la première et vous ne serez certainement pas la dernière. Secundo, rappelez-vous toujours que ce n'est pas l'argent qui compte - c'est La Chaîne. »
Et d'apprendre ensuite que sa fille a été kidnappée.
Pour qu'elle s'en sorte vivante, il faut qu'elle enlève à son tour un autre enfant.
Le principe de la Chaîne.
Véritable tension psychologique. Rythme cardiaque qui s'emballe. Personnages prêts à tout pour suivre les règles. Ah... ce fichu instinct maternel ! Les cerveaux de la Chaîne ont basé là-dessus et tiré le gros lot.
En tant que lectrice, j'ai tout lu quasiment en apnée. C'était franchement stressant. J'ai tourné, tourné les pages pour que ça aille plus vite et qu'on me donne enfin la solution. Le dénouement est d'ailleurs particulièrement acrobatique (genre cinématographique un peu lourd). Bof bof. Sinon ce roman est une réussite en terme de choc émotionnel avec trouillomètre dans le rouge écarlate. Oui, oui, la lecture est totalement flippante.
Accrochez-vous.

Mazarine, 2020 - traduit par Pierre Reignier

#Lachaîne #NetGalleyFrance

 

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22/05/20

Quand nos souvenirs viendront danser, par Virginie Grimaldi

Quand nos souvenirs viendront danserL'impasse des Colibris est en émoi depuis l'annonce du maire : leurs petites maisons vont être rasées pour construire une école. Or, les habitants n'ont pas envie de bouger. Ils ont tous leurs souvenirs entre ces murs, autour de cette place à l'abri des regards, entre les épicéas et les pruniers.
Notre joyeuse bande d'octogénaires entre donc en résistance et met en place des opérations insensées. 

Plus que leur ingéniosité à tenir tête contre le pouvoir, c'est surtout la solidarité du noyau qui vaut qu'on s'y arrête : un noyau dur en apparence car menacé de se fissurer à cause de vieilles frustrations et autres rancœurs du passé.
Tous ont traversé des années de hauts et de bas, ces fameux aléas de la vie... vous savez, c'est comme ça. On se rencontre, on fonde un foyer, on voit le petit quitter le nid, on fait des erreurs, on garde le silence et on laisse le temps faire son œuvre.

Pourtant, il n'y a aucune triste dans cette histoire ! Juste de la tendresse.
Virginie Grimaldi possède cette légèreté de ton qui fait du bien mais qui plante aussi sa petite graine. On se dit... tiens, c'est vrai. On ne peut pas lutter contre le temps qui passe mais on peut toujours enrichir chaque instant pour adoucir l'existence et son issue.
Argh je n'ai pas envie d'être nostalgique car cette lecture m'a véritablement bercée et chouchoutée pendant que je la picorais par petites bouchées. J'ai passé un moment délicieux !
J'ai aimé les histoires des Octogéniaux au point d'avoir envie de danser en fermant les yeux... de fredonner des airs dépassés... de penser à ma famille et de faire le vide dans ma tête.
J'ai (à jamais) une affection toute particulière pour ce roman. ♥

©2019 Librairie Arthème Fayard (P)2020 Audiolib

  • Lu par : Colette Sodoyez
  • Durée : 6 h 40
  • Colette Sodoyez a trouvé le ton juste, entre émotion et mordant, pour coller au personnage de Marceline. L'écoute est agréable, avec une réalisation sonore enjouée et entraînante. Cela chasse les idées noires, si l'envie vous prenait, sachez que le format audio envoie tout balayer et on s'amuse comme des petits fous !

 

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04/06/18

Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie, de Virginie Grimaldi

le parfum du bonheurTout juste séparée de son compagnon, Pauline est retournée vivre chez ses parents avec son fils de quatre ans. Malheureuse et déprimée, elle peine à tourner la page car elle ne comprend pas la décision de Benjamin. Ses parents s'inquiètent aussi pour elle et sont attentifs à ses moindres besoins. Par contre, ils la poussent à consulter un psychiatre avant de l'embarquer un mois en vacances dans leur grande maison près de la mer. Pauline n'a pas renoncé à reconquérir son mari et entreprend d'écrire leur histoire en espérant que l'évocation de leurs meilleurs souvenirs raviveront les sentiments de Benjamin. En attendant, une cure de soleil s'impose - détente, réunion familiale, introspection et grand déballage. Place aux émotions en montagnes russes ! Voilà un beau roman, particulièrement touchant, qui communique par sa simplicité et sa fraîcheur un tourbillon de tendresse. Ils sont déjà nombreux, les lecteurs, à avoir succombé à cette rencontre bouleversante. Et en effet, la sensation d'immersion est revigorante. On s'installe naturellement au sein d'une famille ordinaire, croisant des états d'âme, des soucis, des rêves et des désirs qui font partie du lot commun, on se sent ainsi tellement proches des uns et des autres. La détresse de Pauline est foudroyante, on devine qu'elle est plus profonde qu'en apparence, que la suite de l'histoire va mettre à nu des secrets enfouis et qu'elle va tout ravager sur son passage. C'est un roman qui évoque avec tact les liens filiaux, la transmission, le rôle de maman, le socle familial, l'amour, la vie, la mort... J'ai ressenti beaucoup de chaleur et de bien-être. C'est hyper réconfortant à lire (et à écouter). Sophie Frison apporte une douceur dans sa lecture qui rend son interprétation délicate et bienfaisante. J'ai finalement quitté à regret ce petit monde. C'était ma petite bulle, ma thérapie, mon goût du bonheur. Un roman poignant et sincère qui raconte une histoire dans laquelle on se reconnaît. C'est très, très bon. Moins léger que le formidable Tu comprendras quand tu seras plus grande, mais son intensité émotionnelle n'est pas mal non plus... Très joliment raconté ! J'en redemande.

©2017 Librairie Arthème Fayard (P)2018 Audiolib. Lu par Sophie Frison (durée : 7h env.)

 

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02/06/17

Tu comprendras quand tu seras plus grande, de Virginie Grimaldi

TU COMPRENDRAS QUAND TU SERAS PLUS GRANDE AUDIOLIB

En apprenant la mort de son père, Julia est débordée par son chagrin et décide de tout plaquer - son boulot, sa vie de couple, sa famille, Paris. Direction une maison de retraite à Biarritz où elle va effectuer un remplacement de six mois en tant que psychologue. Sur place, la jeune femme tente de s'acclimater à sa nouvelle existence et de panser ses blessures. Claquemurée derrière ses remparts, elle veille à tenir à distance les pensionnaires et ses collègues. C'est toutefois sans compter sur la spontanéité des anciens, leur énergie insoupçonnée, leurs truculentes anecdotes, leurs humeurs et leurs secrets, qui vont l'aider à se remplumer. Et quel bonheur !

Cette lecture fait effectivement un bien fou et nous embarque dans sa bulle, où la palette des émotions ne manque pas de couleurs. On passe facilement du rire aux larmes à s'en ébrouer le plumage. On s'attache aussi à l'ambiance qui règne aux Tamaris et à ses fringants occupants (Miss Mamie, Louise, Gustave, Léon, Marine, Greg, etc.). On prend goût à leur routine, on suit Plus Belle La Vie, on écoute Franck Michael en se dandinant, on glousse dans le potager, on sursaute aux grondements nocturnes, on se joint aux soirées entre colocs, on renifle fort, fort, fort en partageant les chagrins, les confidences, les peines, les pertes. En somme, ce roman enfile des moments de l'existence, les petits bonheurs et les grands tracas, comme des perles sur un collier. Sont ainsi convoqués la vie, l'amour, la mort et l'espoir, dans un grand souffle romanesque, avec la juste dose d'humour, de chaleur et de bienveillance. Un peu comme le roman de Gilles Legardinier - Quelqu'un pour qui trembler. ♥

La lecture audio a également été une expérience grisante et stimulante. La voix d'Astrid Roos est douce et agréable, elle apporte au roman cette même sensation enveloppante et réconfortante. Dès les premières minutes, on comprend qu'il n'y a plus qu'à s'installer et se laisser porter par le rythme, buller en toute sérénité. C'était pile ce que je recherchais. Et j'ai adoré.

©2016 Fayard (P)2017 Audiolib / Texte intégral lu par Astrid Roos (durée : 9h04)

 

heart

 

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06/11/15

La Bicyclette bleue, tome 3 : Le Diable en rit encore, de Régine Deforges

Après, La Bicyclette Bleue #1 & La Bicyclette Bleue #2 : 101, avenue Henri Martin ...

Le Diable en rit encore

Ce tome 3 s'ouvre à peine qu'il ne cesse d'enchaîner les drames, les trahisons et les coups durs. Quelle hécatombe ! On ne quitte plus Léa, en pleine campagne bordelaise, luttant avec l'énergie du désespoir pour sauver sa peau et celle de ses proches. Mais les représailles sont de plus en plus dures, la guerre est en train de prendre un nouveau tournant, en défaveur des allemands et des miliciens, leur hargne ne cesse de se décupler. Forcée de fuir le carnage, Léa court se réfugier à Paris, auprès de ses tantes, rue de l'Université. François aussi a disparu de la circulation, laissant la jeune femme plus désemparée que jamais. Ses repères ne cessent de s'effondrer les uns après les autres. Même à l'heure de la libération, la quiétude ne la gagne pas. Léa se sent lessivée. Éteinte. Comme morte. Elle comprend qu'il lui faut partir. Échapper à cette liesse populaire, dans laquelle elle ne se reconnaît pas. Tourner le dos aux scènes d'épuration, qui singent une justice dépassée par la situation. Fuir, toujours plus loin.

Ce 3ème tome sacre définitivement Léa Delmas en lui octroyant ses derniers galons d'Héroïne. Combative dans l'adversité, sensuelle dans l'amour, elle a su mener de front tous les combats, au risque de s'être perdue elle-même. Mais les épreuves lui ont apporté aussi un soupçon de douceur et de maturité. Ses sentiments pour Camille, pour Laurent, pour François, pour Mathias aussi (le bougre se rachète enfin) vont donc lui apparaître sous un jour nouveau. Et alors qu'on ne cesse d'essuyer nos larmes, on tombe sur la dernière phrase du roman, et là, tout vous paraît plus beau. Cette dernière note est radieuse. Magique. Éblouissante. Et boucle le cycle 1 avec maestria.

Fayard, 1985 ♦ Couverture de Jérôme Lo Monaco

 

# été 2015 : Je relis la saga #

La Bicyclette Bleue SAGA

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01/09/15

La Bicyclette bleue, tome 2 : 101, avenue Henri-Martin, de Régine Deforges

101, avenue Henri-Martin

La campagne bordelaise étant devenue incertaine et menaçante, Léa a rejoint Paris pour soutenir sa sœur Françoise et retrouve sa brochette de connaissances - Raphaël Mahl, Sarah Mulstein, François Tavernier... Ce dernier ne cesse de charmer notre délicieuse héroïne, intrépide et frondeuse, qui a besoin de distraction pour oublier les soucis de Montillac. L'argent manque et l'intendant de la propriété convoite les biens de la famille Delmas. Même le retour de son ami Mathias n'en finit pas de la ronger, à tel point que l'absence de Laurent n'est qu'un détail sur l'échiquier.

La résistance aussi s'organise en masse, à laquelle Camille et Léa joignent leurs efforts. Mais les allemands serrent la vis et bénéficient du zèle appuyé de la milice française. Et déjà les premiers ravages s'abattent dans l'entourage des jeunes femmes. Le ton se durcit, l'action s'intensifie et les larmes coulent sur les joues. Dans ce vaste chaos, la relation entre Léa et François s'épanouit et gagne en émotion. Toutefois ce deuxième volume, toujours aussi voluptueux, ne perd nullement de vue le contexte politique dévastateur.

Entre les collaborationnistes et les activistes opposants, Léa est de tous les milieux, mais rêve de lendemains meilleurs. Nous aussi. Et pourtant, la suite pressent des heures bien sombres... En attendant, la lecture a, une fois de plus, su me transporter au-delà de mon petit confort. L'intrigue y est bouleversante, romanesque, palpitante et fabuleusement excitante. Foin de la polémique, R. Deforges est enfin en roue libre et installe sa série avec une remarquable efficacité !

éditions Ramsay, 1983 / Fayard, 1993 ♦ Couverture de Jerome Lo Monaco

 

# été 2015 : Je relis la saga #

La Bicyclette Bleue SAGA

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30/07/15

La Bicyclette bleue, de Régine Deforges

La Bicyclette Bleue

Août touchait à sa fin. Léa, la deuxième fille de Pierre Delmas, qui venait d'avoir dix-sept ans, les yeux mi-clos, assise sur la pierre encore chaude du petit mur de la terrasse de Montillac, tournée vers la plaine d'où montait certains jours l'odeur marine des pins, balançait ses jambes nues et bronzées, aux pieds chaussés de bazardaises rayées.

Vivant dans l'insouciance de ses 17 ans et la certitude d'être aussi belle que farouche, Léa Delmas règne sur son essaim de prétendants avec une insolente assurance. Mais nous sommes en août 1939, la guerre éclate. La jeune fille est désespérée. Elle vient de voir l'élu de son cœur en épouser une autre et lui arracher la promesse de veiller sur celle-ci. Camille est fade, douce, assommante. Tout le contraire de notre rousse volcanique. Pour plaire à Laurent, elle accepte tous les compromis.

Car Léa est fougueuse, sensuelle et impudique. Elle réclame de l'amour des étreintes passionnées, pouvant l'arracher du chaos ambiant et de cette guerre cauchemardesque. Aussi, la jeune femme se donne sans compter et multiplie les amants... entre Mathias, son ami d'enfance, insatiable et impatient, sans oublier l'inaccessible Laurent, qu'elle tente de séduire à maintes reprises, ou François, pour lequel elle ne peut réprimer son attirance, et qui la comprend mieux que personne. « Votre désir sera toujours plus fort que votre intelligence et votre instinctive prudence. Vous êtes une enfant gâtée qui n'hésite pas à prendre le jouet d'une autre même si, une fois en votre possession, le jouet vous semble moins beau. Vous voulez tout, Léa, et tout de suite. »

Cette saga s'ouvre sur un premier tome flamboyant, que j'ai dévoré le cœur battant fort, fort, fort, quand bien même je l'avais déjà lu vingt ans plus tôt ! Si les premiers chapitres rappellent immanquablement que la trame d'Autant en emporte le vent constitue effectivement la base du roman, en guise d'hommage ou de pastiche, on bascule vite dans un autre monde, une autre époque, un autre combat et d'autres amours interdites. Et sulfureuses. Léa folâtre pour conquérir sa liberté et défier la mort, avec cette candeur et cette gourmandise qui la caractérisent tant. R. Deforges n'a pas fini de nous transporter dans les affres de la passion, avec pour toile de fond les ravages d'une guerre destructrice et implacable. Tout simplement, captivant !

Fayard ♦ éditions Ramsay / 1ère édition : 1981 ♦ Couverture de Jerome Lo Monaco

 

# été 2015 : Je relis la saga #

La Bicyclette Bleue SAGA

 

 

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17/01/13

"Ne pensons plus au passé que lorsqu'il nous apporte du plaisir, et contemplons l'avenir avec confiance et espoir."

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L'histoire se passe quelques années après le mariage des filles Bennet, en 1803. Nous sommes sur le domaine de Pemberley, où Darcy et Elizabeth coulent des jours heureux. Leur seule préoccupation consiste à organiser, dans la plus stricte tradition familiale, le bal de Lady Anne, avec peut-être l'annonce des fiançailles de Georgiana, qui semble entourée de deux prétendants. Et puis c'est le drame, un corps est découvert dans les bois, le couple Wickham fait une entrée fracassante et l'on comprend vite que le mari de Lydia est désormais le suspect idéal. La famille Bennet est effondrée, Liz et Jane se serrent les coudes, leurs époux font également preuve de patience, mais tout ce petit monde est clairement abattu. Plus on avance dans la lecture, plus on plonge dans un profond désarroi. L'ambiance devient sinistre, lourde, déprimante.

Il ne faut donc pas s'attendre à beaucoup d'action dans cette histoire, essentiellement alimentée de bavardages et composée d'introspection. P.D. James a privilégié une étude des sentiments et une analyse psychologique de la situation, revenant sans cesse sur des événements connus par les lecteurs de Jane Austen. Celle-ci était réputée pour sa finesse et son bon esprit, mais n'est pas Jane Austen qui veut ! Le style de Mrs James est plus classique, nettement peu mordant ou espiègle. C'est même parfois répétitif, on a l'impression de tourner en rond quand les mêmes faits et pensées sont rappelés d'une façon puis d'une autre. J'ai toutefois savouré cette ambiance, Pemberley occupe une place de choix dans le livre, mais aussi dans le cœur de ses occupants. Même les domestiques lui vouent un sens du devoir et du sacrifice qui peut paraître sidérant ! Et puis c'est toujours un plaisir de retrouver des personnages aussi chers, les sœurs Bennet ont fait du chemin et sont globalement heureuses, seul le couple Wickham fait preuve de sottise et d'inconséquence, comme d'habitude, ces deux-là n'ont vraiment pas changé. Quelle plaie ! Le petit clin d'œil à Emma a été également très fin, très délicat, je n'ai pas manqué de sourire à la fin.

Lecture hivernale par excellence, ce livre aura été un moment agréable et peu conséquent. Prévoir un peu plus de 10 heures d'écoute en Audiolib. Texte intégral lu par Guila Clara Kessous.

La mort s'invite à Pemberley, par P.D. James
Fayard, 2012 / Audiolib, 2013  - traduit par Odile Demange

Écoutez l'extrait lu par Guila Clara Kessous

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09/06/09

Les mots des autres ~ Clare Morrall

les_mots_des_autresA sept ans, Jessica Fontaine était une petite fille robuste, charpentée. Grosse d'après ses deux cousins, bien portante d'après sa mère distraite et peu observatrice. Ses yeux bruns où dansait une lueur fiévreuse regardaient droit devant, contrairement à son habitude de les tenir baissés.

Hors du commun, Jessica l'est certainement. D'un naturel discret et renfermé, la petite fille apprécie l'isolement du vaste manoir familial, Audlands, dont le faste a hélas fané au fil du temps. Contrairement à sa mère, Connie, et sa petite soeur Harriet, Jessica n'apprécie guère les parties de chasse au trésor ni les manifestations publiques que ses proches prennent plaisir à organiser. L'enfant se découvre toutefois une passion pour la musique et sort de son mutisme pour exiger de sa mère des leçons de piano.
Etudiante, Jessica a pour amie Mary avant de rencontrer Andrew. C'est un violoniste de grand talent, au charme certain et au tempérament éclatant. Jess tombe amoureuse et accepte de l'épouser. Elle entrevoit tout juste la dépression ronronnante du garçon, ses bouffées d'ennui, son excentricité, le calme avant la tempête. Andrew n'entretient pas de bonnes relations avec sa mère, Miranda, décrite comme une Lucrèce Borgia, mais Jessica est éblouie par sa liaison naissante et opte pour l'aveuglement au lieu de l'inquiétude.
Vingt-cinq ans plus tard, Jessica est divorcée, elle vit avec son fils Joel qui lui rappelle étrangement son père indolent. Et au moment où Andrew manifeste le désir de renouer avec le bon vieux temps en suggérant à son ex-femme de reprendre la vie à deux, Jessica revient sur sa vie écoulée.

Il s'agit du troisième roman de Clare Morrall, après Couleurs où déjà on suivait le portrait d'une femme fragile, délicate et émouvante. Cette fois, Jessica Fontaine a également pour dilemme de composer avec les autres, le regard des autres, ou les mots des autres. Depuis toute petite, on aperçoit déjà qu'elle est à part, mutique, réservée et solitaire. Même sa propre mère s'imagine qu'elle n'est pas "normale" et soupçonne un autisme non déclaré qui fait s'esclaffer son époux. Roland a tout compris de sa fille, elle est intelligente, au-delà de la "normale", et cela la rend particulièrement si différente. Mais Jessica ignore ce genre de considérations, la seule manifestation à une quelconque ouverture s'est trouvée dans la musique. Elle n'avait pas dix ans lorsqu'elle a su qu'il fallait qu'elle apprenne le piano. Cette relation sensorielle n'a peut-être pas affiché son plein épanouissement, car il lui faudra beaucoup de temps, de prise de conscience et d'événements qui agissent en électrochoc pour comprendre que Jessica est à part des autres, dans le bon sens du temps. Aucune crainte de la solitude chez elle, c'est d'ailleurs un besoin, son oxygène. Longtemps étouffée par des parasites, Jessica s'est retrouvée dans le monde embroussaillé des autres, comme elle dit. Se contentant de glisser "ses pas dans le sillage épineux de quelqu'un".

Construit comme un patchwork, le roman passe du temps présent au temps passé, de l'enfance à la vie estudiantine, la vie conjugale et la maternité frustrée. Ainsi se dresse un portrait de femme qui pourrait paraître extravagant - comme souvent dans les romans de Clare Morrall. Mais personnellement je trouve que c'est le genre de lecture qui confine dans une bulle, en 400 pages l'histoire coule tranquillement, cela se laisse lire, c'est fluide, sympathique. J'aime beaucoup. Et c'est intéressant de suivre "l'accouchement" de cette femme, qui a souffert de n'avoir jamais su communiquer avec les autres et qui vivait sa vie parmi le monde comme un confinement perpétuel. Cela peut paraître étrange, or je peux vous garantir que Clare Morrall possède une capacité admirable de vous raconter tout cela sans susciter le moindre soupçon de perplexité.

Fayard, 2009 - 404 pages - 23€
traduit de l'anglais par Françoise du Sorbier

Par contre la couverture anglaise est beaucoup plus jolie ! clare_morrall

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23/10/08

Remington - Joseph Incardona

Matteo Greco, vingt-neuf ans, mène une vie de peu : chômeur, il bosse par interim pour Fixe Gardiennage, fait de la boxe, se rend à un atelier d'écriture, arpente les rayons de la fnac et sort sa carte bleue pour gonfler sa collection de films. Il vit seul dans un petit appart' avec son chat Basile et il découpe tous les faits divers trouvés dans la presse.

Cette petite vie insipide va être bouleversée par la rencontre d'une femme fatale. Elsa Duvivier. Elle vient aux ateliers d'écriture, joue les serveuses dans les soirées pour chicos et séduit à tour de bras tous les hommes qu'elle croise. Matteo tombe dans le piège, malgré les mises en garde. Il vit auprès d'elle une liaison forte mais fragile, il est utilisé par Elsa, ne s'en rend pas compte. Il a notamment accepté de revoir son manuscrit en lui apportant quelques corrections. Et sans le vouloir, Matteo le réécrit complètement et lui donne un titre plus accrocheur : Treize à table.

Il s'absente quelques jours pour un job à Paris et s'inquiète de n'avoir plus de nouvelles d'Elsa. En cherchant davantage, il découvre qu'elle est folle de rage contre lui et ne souhaite plus le revoir. Cependant, elle s'abstient d'annoncer que son roman va être publié et qu'elle fréquente quelqu'un d'autre. Le sang de Matteo ne fait qu'un tour. La pilule sera encore plus amère lorsque le bouquin deviendra un triomphe.

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J'ai l'impression d'avoir quasiment raconté tout le roman, oui et non.
Parce que le roman s'écoule aussi assez lentement, il n'y a jamais d'action trépidante, de renversement de situation et on entend encore moins les trois coups de théâtre qui sonnent le glas de cette intrigue frissonnante.
En fait, l'histoire elle-même ne nous surprend pas, le coup du pauvre type gentil mais niais qui se laisse entuber par une mante religieuse est assez commun. A ceci s'ajoute la trame du manuscrit volé par essence...
Par bien des aspects, cette lecture est donc prévisible. Jusqu'au bout du tunnel, on suit son chemin et on n'en sort pas aveuglé. Ceci ne veut pas dire que c'est mauvais, trop copié ou souvent imité. Car finalement on s'interroge, on ne quitte pas un instant le personnage principal, on vit dans la peau de Matteo Greco. On sue sang et encre, on a de la sympathie pour lui et on ressent toute sa frustration, sa jalousie et sa peine. Bien sûr on ne porte pas dans notre coeur Elsa Duvivier, une vraie garce. On la déteste, on devine son jeu et on en vient à réclamer le divorce auprès de Matteo qui reste bêtement aveugle à sa machination diabolique.

« On a beau dire, on écrit pour se raconter soi-même, le plus souvent, les autres ne sont qu'un prétexte. Meubler le vide est une imposture. »

Ce qui tient en haleine, dans ce roman plus noir que noir, c'est la tension qui ne lâche jamais sa prise, même dans les moindres détails, dans le dédale d'une vie courante ou l'accomplissement de gestes anodins, dans le cadre d'une routine. On s'attend toujours à être saisi à la gorge par je-ne-sais quelle harpie en folie au détour d'une rue, ou dans les rayons de la fnac ! C'est appliqué, au millimètre carré près. La violence est distillée au compte-goutte, elle n'intervient pas gratuitement. Elle n'est même pas assise, bien à l'aise dans les vicissitudes de cette histoire tordue. On sent qu'il faudra qu'elle intervienne tôt ou tard, rien ne nous surprend de toute façon !
Et pourtant, si. On a peut-être tenu la main de Matteo, on ne la lâche pas si facilement. Car c'est un personnage affable de prime abord, mais pas seulement. Froid, implacable, cynique et sans état d'âme. Et si on s'était gourré de victime sur toute la ligne ?
A vous de voir.

Fayard Noir, Octobre 2008 - 316 pages - 19€

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