13/06/14

Rosa Candida, par Audur Ava Olafsdóttir

Rosa Candida or

Après la tragique disparition de sa mère, Arnljótur quitte le foyer familial pour donner un sens à sa vie. Il a proposé ses services de jardinier dans un monastère où se trouve une roseraie abandonnée. Il souhaite y développer la culture de la Rosa Candida, une rose à huit pétales, sans épine, que sa propre mère chérissait. Arnljótur s'éloigne de son père, trop pressant, et de son frère jumeau, isolé dans sa bulle d'autiste, mais aussi de sa petite fille, un bébé de quelques mois, qu'il a eu avec la petite amie d'un copain, un soir, en couchant avec elle dans la serre. Cette relation, mine de rien, le taraude. Au fil de son périple, ponctué de rencontres éclatantes, le garçon y revient sans cesse, sans prendre le temps d'analyser son rapport aux autres. Car à vingt-deux ans, on croirait davantage un môme de douze ans ! Il est désespérément naïf, niais, placide... il ne m'a inspiré que de l'agacement. Comment, alors, s'attacher à un récit dont le personnage central vous sort par les trous de nez ? C'est bien dommage, car l'écriture est séduisante, l'aura globale doucement envoûtante, mais les pérégrinations du jeune homme ne m'ont pas touchée. Du tout, du tout. Je suis restée en marge, un peu lassée par son ton geignard. Et l'ensemble m'a paru morne, ennuyeux, mis à part la rencontre extraordinaire avec le moine cinéphile. Je quitte donc ma lecture sur une note de dépit. Pas franchement bouleversée par ce rendez-vous qui aurait déjà comblé «300.000 lecteurs» !

Points - coll. points d'or ♦ novembre 2013 ♦ traduit par Catherine Eyjólfsson pour Zulma

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12/12/11

Des animaux si placides et autonomes...

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Je m'attendais à un roman plus enfantin, et bien pas du tout ! Quelle bonne surprise ! Certes, des animaux sont au coeur de l'intrigue, mais leurs agissements et leurs pensées sont tellement calqués sur le modèle humain que ça en est confondant. Alors, on trouve des magouilles politiques, des kidnappings, des trahisons, des meurtres, de gros profits sur le dos des plus malheureux, des êtres égarés qui ne savent plus à quel saint se vouer... L'ambiance n'est pas à la fête, mais c'est justement ce climat sombre et sans pitié qui a su me captiver. 

A Foxboro, les renards crient famine et réclament auprès de leurs dirigeants de trouver une solution. N'y aurait-il pas dans les environs une forteresse de lapins, un garde-manger ô combien tentant pour des estomacs qui n'en peuvent plus de se tordre de douleur  ? Isaac, le vénérable directeur de l'administration de la ville, convoque son frère Harry pour une mission fortement monnayée. Il lui faut se rendre dans la forêt pour découvrir quel triste sort ont connu les éclaireurs précédemment envoyés afin de déterminer l'existence réelle, ou pas, des lapins. En chemin, il lui est notamment déconseillé de se rendre à l'Auberge de la Forêt ... il risquerait d'y faire des mauvaises rencontres. Un vison, par exemple. Un dénommé Gérard, très roublard à toujours vouloir arrondir les angles. Harry n'est pas un exemple de vertu non plus, aussi il sait toujours quand on cherche à le tromper. De toute façon, l'affaire confiée par son frère sent le mauvais plan pourri à des kilomètres à la ronde. Isaac et Harry se détestent depuis l'enfance, ils ont pris des chemins différents, aujourd'hui c'est juste par profit mutuel que tous deux se rencontrent. 

Et effectivement, il existe bel et bien une forteresse où sont planqués tous les lapins ! Eux aussi vivent au sein d'une communauté civilisée et hiérarchiquement organisée. Toutefois, depuis plusieurs mois, le climat est à la suspicion suite aux multiples disparitions de concitoyens. Le gouvernement veut arrêter les rebelles et leurs complices. Ce faisant, Quentin, un jeune lapin érudit, qui apprécie le confort et la routine, voit son existence bouleversée par la faute d'un ancien camarade d'école, Wally, qui prenait plaisir à le torturer. Il est de retour en ville et déterminé à se venger. Quentin doit à tout prix quitter l'enceinte protectrice de la forteresse, pensant trouver refuge auprès des rebelles, mais en chemin il va fourrer son museau dans une vaste escroquerie. 

J'ai beaucoup apprécié l'étonnante intrigue de ce roman, où les intentions les plus viles sont mises en scène, avec un certain humour noir. Même les personnages ne sont pas tous purs et nobles, mais opportunistes, craintifs et complices malgré eux. C'est une interprétation libre et intéressante de notre société corrompue par l'appât du gain, où il n'est pas dit que ce sont les meilleurs qui gagnent à la fin. Voilà un roman à lire, très vite et sans attente particulière. Ce fut un vrai plaisir !

La Forteresse des Lapins, par Linda Zuckerman
Seuil jeunesse, 2011. Traduit de l'anglais (USA) par Daniel Lemoine. 
illustration de couverture : Elizabeth Parisi 

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06/10/11

“A hunter in love with his prey.”

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Attention, lecture purement addictive ! Une fois entre les mains, le roman laisse ses pages filer à une vitesse inquiétante. C'est dire le potentiel d'accoutumance qu'il renferme (du moins, en ce qui me concerne, l'effet a été immédiat !). 
L'histoire de Jacinda, une draki, descendante des dragons, pourrait se résumer très classiquement. La jeune fille, qui croyait étouffer au sein de son clan, va tout quitter pour suivre sa mère et sa soeur jumelle dans une ville en plein milieu du désert afin d'y mener une existence nouvelle et plus ordinaire. En l'éloignant des autres drakis, sa mère cherche à tuer celui qui est en Jacinda, une décision que celle-ci subit avec impuissance et douleur. 
Contrairement à Tamra, qui ne s'est jamais manifestée et qui était malheureuse comme les pierres dans les montagnes, Jacinda parvient difficilement à s'adapter à la vie du lycée et aux camaraderies forcées. Seule la rencontre avec Will - le beau Will Rutledge - fait ressurgir chez la jeune fille des émotions fortes, des sensations éteintes. Au contact du garçon, le draki de Jacinda se réveille et lutte contre sa mort programmée. 
Très attirée physiquement, Jacinda se contraint de ne pas succomber à la tentation car Will ... est un chasseur. Elle l'avait rencontré lors d'une traque, au cours de laquelle il lui avait sauvé la peau inexplicablement. Mais il ignore que c'est son secret, et celui jalousement gardé de son clan, et veut pousser plus loin sa relation avec Jacinda. 
Ce premier tome s'attache sommairement à présenter l'univers surnaturel, puisqu'il est principalement dédié à décrire l'histoire d'amour belle mais contrariée des deux protagonistes. En digne midinette qui se respecte, j'ai totalement succombé à cette bluette. Cela peut paraître facile et banal comme intrigue, mais qui bouderait l'effet "papillons dans le ventre" ?! Pas moi. Toutes les scènes entre Will et Jacinda sont émoustillantes, ces deux-là dégagent un flot de sensualité, j'avais le sourire banane rien qu'à les lire. J'ai un coeur de guimauve, que voulez-vous ?! 
Ceci dit, l'histoire est également prenante, avec des événements démentiels qui surviennent à la fin de ce 1er tome, j'avoue que j'ai vraiment hâte de découvrir la suite (la parution française est annoncée pour le printemps 2012, reste la VO déjà disponible).

Lueur de Feu, par Sophie Jordan 
Gallimard jeunesse, 2011 - smileyc002traduit de l'anglais (USA) par Alice Marchand 

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03/10/11

"When he was sitting by you at lunch, he oozed so much testosterone that it was hard to breathe. He wants your body."

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Ok, c'est loin d'être une lecture originale, puisqu'elle surfe sur la tendance du moment, et nul doute qu'elle trouvera grâce aux yeux des jeunes lectrices qui en apprécient les ficelles, pour ma part je suis restée sur ma faim. 
L'héroïne, Kylie, a dix-sept ans et est suivie par un psy du fait de cauchemars nocturnes qui angoissent sa mère. Après sa rupture avec son petit copain, elle décide de se changer les idées en se rendant à une soirée qui tourne à la catastrophe. Résultat, Kylie doit passer ses vacances d'été dans un camp pour ados rebelles à Shadow Falls. 
L'adolescente ne décolère pas et cela triple ses ressentiments envers ses parents, ces derniers sont en cours de divorce et elle le vit très mal. De toute façon, Kylie m'est vite apparue comme une jeune fille compliquée et tête à claques, également donneuse de leçons en rapport avec l'attitude de sa copine Sara (qui couche !) ou de son ex, Trey (qui veut coucher !). Autre détail agaçant : Kylie s'entiche d'un type qui ressemble physiquement à son ex ! Pff, quelle gourde, me suis-je dit. 
Je n'ai pas tout de suite été irritée par l'héroïne, c'est venu tout doucement, au fil des chapitres. Au départ, le climat à Shadow Falls est étrange et captivant, on y découvre que c'est finalement un camp réservé aux jeunes possédant des spécificités surnaturelles mais il semblerait que Kylie demeure une inconnue. Ses cauchemars seraient-ils la clef de l'énigme ? 
L'histoire est assez longue, elle prend son temps pour planter le décor, pour présenter les personnages, pour amorcer les relations sentimentales aussi. A partir de là, j'ai lâché prise. Quel ennui ! C'est plat, affreusement volage et inconsistant. Partout où elle passe, Kylie fait tourner les têtes et passe pour une mijaurée : un jour dans les bras d'un type, à ressentir "le vent de la passion" en échangeant un simple baiser, un jour suivant aux crochets d'un autre, à imaginer "les étoiles étinceler, comme tout droit sorties d'un film de Disney"... mouaip ! 
Bémol sur le casting, donc. Sans quoi, l'intrigue se révèle mystérieuse et envoûtante, la quête d'identité un cheminement lent et insolite, le tout passerait facilement pour un cocktail judicieux et alléchant, mais le parfum ne m'a pas enivrée plus que de raison. C'est une affaire de goût, je n'en tire aucune conclusion bien entendu. :)

Nés à Minuit, tome 1 : Attirances par C.C. Hunter
Michel Lafon 2011 - 400 pages - 15,95€
traduit de l'anglais (USA) par Marianne Roumy 

à découvrir : la fan page du livre

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09/09/11

On ne savait pas encore qu'on dessinait mieux que les autres de notre âge. On ne les connaissait pas.

IMG_5323 On était toujours les deux ensemble.

Au premier coup d'oeil, le graphisme peut déconcerter (une gros trait noir, sur fond blanc) mais ce serait se méprendre et passer à côté d'une tendre histoire sur l'enfance et les souvenirs. Piero est le frère de Baudouin, autrement surnommé Momon dans le livre, ils sont frères et ont grandi un peu à l'écart des autres, tous deux partagent la passion du dessin.

Cette passion ne les quittera jamais, même si en grandissant il faudra faire des choix et apprendre à se sacrifier en écoutant la voix de la sagesse. En attendant, c'est une histoire terriblement attachante, où il est question de jeux insouciants, de complicité, de rêves et de fantasmes, et même à l'adolescence les idées folles ne les quittent pas, les sorties entre copains deviennent leurs nouvelles préoccupations, l'attirance vers l'autre sexe aussi... Et tout ça, à une époque différente de celle d'aujourd'hui, une époque plus heureuse et apaisante, ça fait du bien de s'y plonger.

Une belle lecture, vraiment. Où l'auteur se dévoile avec humilité et pudeur, c'est touchant. Comme une envie de "continuer l'enfance". Bref, c'est tout simplement réussi. C'est aussi un formidable hommage. D'un frère à l'autre. D'une vie à une autre. Et un hymne au dessin comme souffle de vie.

Piero - Baudouin
Gallimard, 2011 - 123 pages - 15€ 
Le présent ouvrage a fait l'objet d'une première publication aux éditions du Seuil en 1998.
couverture illustrée par Piero 

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11/02/11

Ils diront d'elle

- C'est à cause de ton père n'est-ce pas ? avait demandé sa mère quand elle avait deviné, quelques années plus tard, à quoi pouvait ressembler sa "vie avec une copine" dans un bled maritime, quartier abandonné pendant dix mois de l'année, vent qui souffle, grosses marées, mais personne pour juger quand on veut s'embrasser.

L'avantage des questions fermées c'est qu'elles parlent à la place du sujet concerné. Estelle avait l'habitude, elle avait toujours entendu sa mère répondre pour elle. Depuis l'âge des jambes croisées qui se balancent sous la chaise, jusqu'à celui des pieds qu'on lui laissera enfin ne pas avoir "sur terre", sa mère commençait ses phrases par "ma fille" et Estelle attendait de connaître la suite en même temps que la directrice du collège ou que l'enseignant qui les avait convoquées. Elle apprenait qu'elle était comme ci ou comme ça, qu'elle avait envie de faire ceci ou cela, elle était quelqu'un qu'on lui décrivait.  Alors oui, si elle le disait, si c'était la réponse que sa mère proposait, parce que ça l'arrangeait, parce que ça l'épargnait, elle, qu'est-ce qu'elle aurait raté ?

De la faute de son père, c'est bien restons-en là, avait pensé Estelle. Elles n'avaient jamais eu de véritable discussion. Elle s'était contentée d'apprécier que sa mère ait deviné sans paraître mortifiée, qu'elle ait mis le pied dans le plat sans même se déchausser. Plus tard, Estelle doutera de l'avoir correctement interprété.

IMG_2461A l'occasion des retrouvailles en famille pour les fêtes de fin d'année, Estelle a choisi de discuter des parents avec ses frères et soeurs. Elle a grandi sous le poids des secrets, elle s'est sentie étouffée et empoisonnée, cela continue de la hanter, aujourd'hui il est temps de s'en libérer. C'était la petite dernière, beaucoup d'écart la sépare de ses aînés, a-t-on cherché à la protéger, à la tenir à l'écart car elle était trop jeune ? Ou est-ce de sa faute aussi d'avoir noirci le tableau ? Entre la disparition du père, cavaleur et faible, qui aurait cédé à la facilité, et entre le silence martyr de la mère, Estelle en a vu de toutes les couleurs et a longtemps tu ses frustrations. En choisissant donc de briser le tabou, elle s'expose. Elle entend bousculer ses frères et soeurs, mais la réalité la déconcertera davantage.
Ce roman conserve une empreinte de tristesse et de désolation qui ne parvient pas à s'enlever, je m'y suis enlisée, je ne sais pas pourquoi, j'ai trouvé que les problèmes d'Estelle étaient pesants et m'ennuyaient un peu. Fatalement ses histoires de famille empiètent sur sa vie personnelle, sur son manque d'ambition, sa vie sentimentale qui m'apparaît subie. Oui, elle est heureuse auprès de Vanessa, qui est une jeune femme à la personnalité flamboyante. Tout est terriblement lié - le manque de repère et de confort a fragilisé Estelle, qui se rassure et se sustente dans sa fascination. C'est compliqué, j'exagère ou je raccourcis, mais il me restera de cette lecture une impression mitigée. J'avais nettement préféré les précédents romans de Fanny Brucker,
Far Ouest et J'aimerais tant te retrouver
.
Celui-ci m'échappe un peu...

Merci, merci, F.B. !

Ils diront d'elle, roman de Fanny Brucker
JC Lattès (2011) - 267 pages - 17€

 

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