06/07/19

Une proie si facile, par Laura Marshall

UNE PROIE SI FACILEAttention, attention : narratrice passablement mollassonne et passive droit devant !
Cela fait vingt-cinq ans que Louise a quitté le lycée mais elle vit toujours dans le souvenir de ses années brouillonnes, à vouloir suivre le mouvement et faire partie du groupe des populaires. Pour y parvenir elle était prête à se moquer d'une copine et de la pousser au suicide.
Oui, c'est flippant.
Aujourd'hui Louise est divorcée (de son béguin du lycée) et maman d'un garçon de quatre ans. Elle aurait lancé sa propre boîte de décoration intérieure sauf qu'on la voit beaucoup tâtonner et se rappeler de boucler ses dossiers. 
Un autre sujet la turlupine car elle vient de recevoir une invitation sur Facebook d'une camarade qu'elle croyait morte. Louise est donc persuadée d'être la cible d'une abominable vengeance et cherche à recontacter ses amis de l'époque pour la prochaine réunion de leur ancienne promotion.
On a surtout le sentiment que le temps s'est figé pour tous - les pestes sont toujours aussi garces et les moutons encore plus dociles et veules. Mais on s'interroge aussi sur leurs petits coups bas et les conséquences de leurs actes.
D'où une lecture aux impressions mitigées - ça se lit vite parce qu'il y a du suspense mais le dénouement est plat et les personnages pas brillants. Ça illustre cependant cette tendance à afficher sur internet un semblant de vie artificielle pour masquer la cruelle réalité.
Ça me hérisse les poils !

Fleuve Editions, Collection Fleuve noir (2018)

Traduit par Silke ZIMMERMANN - Titre VO : Friend Request

 

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27/06/19

Luca, de Franck Thilliez

luca thilliez lizzie

Une mère porteuse disparaît après son accouchement en avertissant les parents que le bébé est spécial et attire les ombres. Peu de temps après, l'équipe de Sharko reçoit une étrange lettre dénonçant les dérives des réseaux sociaux et la politique fallacieuse de la protection des données personnelles. Une enquête s'ouvre car les crimes s'enchaînent. Tous plus sordides et ignobles les uns que les autres. Ils surviennent là où on ne s'attend pas - à travers un pacemaker ou en direct sur le net. Sharko est dépassé. Lassé de cette surenchère de violence et du crime sans cesse réinventé.

L'ambiance dans les nouveaux locaux du 36 est donc électrique. La Seine est en crue. Les journées sont interminables mais le rythme est infernal. Toute l'équipe est mobilisée - ni Lucie ni Nicolas ne partent en roue libre. Reste la nouvelle recrue - Audra Spick - qui fait un peu de zèle et déjà on fabule sur son personnage, son passé, ses secrets, etc. 

Encore une intrigue retorse et perturbante, qui exploite toujours plus loin la manipulation génétique, les dérives du net et la perversité du mal absolu... On en bave sacrément, mais on a aussi un esprit d'équipe qui fait plaisir à voir. Enfin le personnage de Sharko ne tire plus la vedette à lui tout seul, cette enquête est gérée par tous, dans une parfaite cohésion. Et c'est juste parfait.

Reste maintenant le souci du narrateur... Avec tout le respect que j'ai pour Michel Raimbault, je ne comprends plus son interprétation, hélas, vieillissante pour incarner notre flic attitré. Sharko a certes 30 ans de métier - il le répète souvent - mais ce n'est pas un arthritique non plus. Ça casse tout, c'est dommage.

©2019 Luca : Fleuve Éditions, département d'Univers Poche / Origines : 12-21 éditions (P)2019 Lizzie

Origines est une nouvelle inédite en exclusivité. Au cours de la nuit du 31 décembre 1999, alors que d'autres fêtent l'arrivée du Nouvel An, la doyenne de l'humanité, Marie Pasteur, s'éteint doucement dans sa chambre d'hôpital. À son chevet, Claire, infirmière à la maternité située deux étages plus bas, assiste aux derniers instants de son arrière-grand-mère. Soudain, elle est témoin d'un phénomène inexplicable : Marie, dont le cœur avait pourtant cessé de battre, revient à la vie. Au même moment, dans cette clinique, les bébés meurent les uns après les autres, sans explication plausible... À la fois conte philosophique et récit fantastique, Origines aborde des problématiques liées à la survie de la planète. Glaçant.

 

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Luca Thilliez ban audible

RDV du #ClubAudible Mercredi 26 Juin.

1 - Qu’avez-vous pensé de ce titre ? Et de la prestation de Michel Raimbault ?

Beaucoup aimé la première partie, la suite est plus complexe et revient aux sempiternelles obsessions sur les dérives technologiques et médicales. Rien de neuf quand on suit cette série sur Sharko et Lucie depuis ses débuts. Je trouve la voix de Michel Raimbault trop vieillissante pour les personnages. Oui, Sharko a 30 ans de métier mais ça lui fait... quoi... la cinquantaine ? Faudrait pas pousser mémé dans les orties non plus.

2 - Aviez-vous déjà lu des titres de Franck Thilliez ? (cf #ClubAudibleManuscrit Inachevé) Si vous êtes un(e) fan, quel titre nous conseilleriez-vous afin de découvrir cet auteur, et quel est votre titre préféré ?

Ai TOUT lu de Thilliez ! J'ai une petite préférence pour les livres avec Lucie - avant sa rencontre avec Sharko. Quel parcours ! Me souviens du Syndrome E et de Gataca comme étant des lectures fort, fort bouleversantes. Par contre, je suis moins fan de Nicolas. Et l'arrivée d'Audra est pataude.

3 - Quel est l’aspect ou le thème abordé dans ce roman que vous ayez préféré ? Et celui qui vous a le plus dérangé(e) ou mis(e) mal à l’aise ?

J'aime l'esprit d'équipe, très présent dans cet épisode. Sharko se calme, Lucie reste dans son ombre. Le service entier est mobilisé autour de l'enquête. C'est mieux. Un peu comme les romans de Vargas où l'on retrouve une deuxième famille. S'il fallait émettre un bémol, c'est peut-être sur l'intrigue alambiquée qui se déploie dans la deuxième partie. En plus j'ai l'impression que c'est toujours le même refrain. Mais j'y retourne sans cesse donc il faut croire que cela ne me dérange pas.

4 - Avez-vous écouté « Origines », la nouvelle qui suivait « Luca » ? Qu’en avez-vous pensé ?

Je comptais l'écouter dans la foulée, puis mettre pause pour y revenir avant ce soir... et puis j'ai loupé mon coup. Je vais m'y remettre plus tard. Trop de chaleur. Ça use, non ?

→ RDV sur la Page FB AudibleFR

24/04/19

L'Erreur, de Susi Fox

L'ERREURAprès un accouchement difficile, une femme peine à s'émouvoir face au berceau de son nouveau-né puis finit par se convaincre qu'il ne s'agit pas de son bébé. Son SOS se heurte à un mur d'indifférence car tous pensent qu'elle est en pleine dépression post-partum.
Hospitalisée au service psychiatrique, elle rencontre d'autres mères en détresse, confie ses déboires et met au point un test ADN pour clamer sa vérité à la face du monde. Son fils est sous couveuse, fragile et vulnérable. Son mari lui raconte des boniments et son père lui fait des révélations fracassantes. On nage en plein délire !
Et pourtant, j'ai longtemps apprécié ce que je lisais car l'ambiance est poignante et hyper stressante, avec une tension insoutenable qui donnerait presque envie de tout zapper pour connaître la fin.
Par contre, on se cogne aussi à des
détails incongrus et gros à avaler. Même l'explication finale est tirée par les cheveux. On a un enchevêtrement de drames et de mensonges qui se déroule en vase clos - bonjour l'angoisse. La chronologie minutieuse vise aussi à casser le mythe du couple beau et amoureux des premiers chapitres. Peu à peu, on s'éloigne du vernis pour une réalité plus amère et douloureuse. Sauf qu'on reste sur le carreau.
Dommage d'avoir dérapé car j'étais mortifiée de partager le désespoir de cette femme en me disant aussi qu'elle délirait peut-être. Qui sait ? C'est l'autre point fort du livre d'avoir réussi à brouiller les pistes et de laisser le lecteur s'imaginer toutes sortes de divagations. Psychose ou pas, on vit un vrai cauchemar. C'est sûr.
Ça reste néanmoins une lecture en demi-teinte à cause des longueurs et des improbabilités du scénario. J'en sors frustrée, avec une sensation d'inconfort et de malaise d'avoir vécu une expérience traumatisante.

Fleuve Noir (2019) - Traduit par Héloïse Esquié

 

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25/02/19

La Veuve, de Fiona Barton

La Veuve lizzieVeuve du principal suspect dans la disparition de Bella Elliott, Jane Taylor est désormais libre de tout confesser. Avait-elle connaissance de la double vie de son mari ? est-il coupable d'avoir enlevé l'enfant ? où se trouve la fillette ? Jane est-elle complice de son crime ? ou simplement victime du caractère dominant de son époux ?
Très vite, le doute est planté dans l'esprit du lecteur. La personnalité trouble et troublante de la veuve est avérée. On suit ainsi les multiples échanges entre Kate Waters, la journaliste qui cherche à arracher son scoop, ou Bob Sparkes, le policier principal qui y perd son latin, et les différents protagonistes de cette enquête. On alterne aussi entre le passé et le présent, brouillant davantage les pistes pour remonter le fil de l'intrigue et débroussailler l'obscur et l'inexplicable.
Au final, la lecture est un labyrinthe sans fin. Jane mène la danse tout du long, mais son personnage est déroutant, peu charismatique, trop secret, bref non fiable. On perçoit déjà chez Kate Waters une pugnacité qui fera son succès (cf. La coupure), de même Bob Sparkes révèle une sensibilité profonde, que cette histoire sordide ne va pas manquer d'ébranler. Quoi qu'il en soit, nous sommes tous les pigeons de cette étrange histoire.
Par contre, l'interprétation audio est excellente, tenue de main de maître par Marie-Eve Dufresne qui s'entend pour accentuer le malaise autour de la veuve et appuyer sur les interrogations : qui a fait quoi, qui dit vrai ou pas. Tout ce qui en sort n'est nullement émouvant, mais inspire du dégoût, de l'incompréhension. Un grand flou. On déteste ça, on a les yeux ou les oreilles collés aux mots de l'auteure. On absorbe cette confession insaisissable et désolante, tout en pestant ou en hochant la tête. Beaucoup de distance à prévoir, peu d'empathie à espérer, mais une sensation d'uppercut permanente (et désagréable, forcément). Une expérience très déstabilisante pour la fascination qu'elle suscite. À tenter.

©2017 Fleuve Éditions, département d'Univers Poche, pour la traduction française. Traduit par Séverine Quelet (P)2019 Lizzie

Repris en format poche chez POCKET (2018)

LA VEUVE

16/10/18

La disparue de la cabine N°10, de Ruth Ware

La disparue de la cabine No 10

Laura Blacklock doit remplacer au pied levé sa rédactrice en chef et participer à la croisière organisée pour la presse qui encadre le lancement du nouveau paquebot pour la Norvège. Or, la journaliste n'est pas au mieux de sa forme. Récemment victime d'une agression à son domicile, elle souffre d'un choc post-traumatique et prend des cachets en avalant de grandes rasades d'alcool pour calmer ses angoisses. Un cocktail explosif, on s'en doute. Son esprit vaseux serait-il donc en cause quand, en pleine nuit, elle surprend un bruit étrange (un corps jeté par-dessus bord) et comprend que sa voisine de cabine a disparu. Elle alerte la sécurité, fait le tour de l'équipage, se confie auprès de ses collègues mais peine à les convaincre. En fait, c'est sa crédibilité qui est remise en cause, car Laura est jugée trop fragile, peu digne de confiance.

Ce schéma narratif étant devenu de plus en plus à la mode depuis les succès de Paula Hawkins (La fille du train), SJ Watson (Avant d'aller dormir) ou Gillian Flynn (Les apparences), on trouve désormais une pléthore de romans avec des narratrices marchant sur la corde raide et aux confessions prêtant à confusion. Cet engouement n'est pas pour me déplaire. Il faut juste se farcir une palanquée de spécimens agaçants, comme Lau Blacklock, qui sème le trouble d'entrée de jeu. La journaliste est à côté de la plaque, hystérique, lente et sans jugeote. Elle a beau s'échiner à raconter son histoire, on peine à cerner le vrai du faux. Effets secondaires ou pas, ses propos sonnent confus et douteux, même s'ils incitent à en découdre. Résultat, on plonge aussi sec dans son récit. C'est décousu et fébrile, en mode huis clos, psychotique et claustrophobe, pas très rassurant. Est-ce surprenant ? Non, mais pas inintéressant non plus. Seule la fin m'a paru longue et un peu abusée... 

©2018, Fleuve Éditions. Traduction de Héloïse Esquié. (P)2018 Lizzie

Très bonne lecture faite par Alice Taurand, qui distille un suspense efficace en incarnant une héroïne aux nerfs fragiles et aux pensées brouillonnes. On la suit tant bien que mal, dans ce parcours confus et erratique, par contre on ne lâche pas l'affaire jusqu'au dénouement.

 


17/09/18

La Coupure, de Fiona Barton

la coupureAprès la découverte d'un squelette de bébé, sur un chantier de Londres, trois femmes voient leur passé resurgir et réveiller les souvenirs enfouis.
Entre Angela, brisée depuis la disparition de son nouveau-né, Emma, marquée par une adolescence difficile et sa relation conflictuelle avec Jude, sa mère, convaincue d'avoir perdu son amant par sa faute, le lien semble donc invisible mais réel. Kate Waters, une journaliste en manque de scoop, pressent une histoire bien poignante à raconter dans ses colonnes. Elle a du flair et de l'empathie, assez pour avancer ses billes et détricoter les mailles des vieilles rancœurs tenaces.
Face à ces nombreuses pistes, j'ai ressenti beaucoup de confusion et de perplexité au cours de ma lecture. Le début est assez lent et étrange, car l'histoire met peu à peu en place des éléments, a priori ordinaires, qui se révéleront décisifs une fois qu'ils seront assemblés tous ensemble. En attendant, on prend notre dose de révélations sordides et d'ambiance sinistre. À vrai dire, le suspense n'est pas si haletant, le roman baigne dans le drame et l'émotion, pourtant rien n'est laissé au hasard et on attend avec une certaine fébrilité l'enchaînement des indices. Résultat, même si le roman de Fiona Barton n'est pas très original, il accroche bien son lecteur et distille une sensation oscillant entre le malaise et l'addiction.
J'ai apprécié aussi la réalisation du livre audio, avec plusieurs comédiens pour incarner tous les personnages du roman. C'est un choix judicieux de Lizzie, qui suit une ligne éditoriale convaincante (avec de bons acteurs et des titres d'actualité ou parmi les meilleures ventes).

©2017 Fiona Barton. Traduit par Séverine Quelet (P)2018 Fleuve Noir / Lizzie (un département d'Univers Poche)

la coupure lizzie

 

31/07/18

Le Manuscrit inachevé, de Franck Thilliez

le manuscrit inachevé

Le lecteur est prévenu d'entrée de jeu : il s'agit d'un manuscrit inachevé, un roman dans le roman, bouclé par une tierce personne.

Deux histoires s'inscrivent donc en parallèle : la traque d'un tueur en série par deux policiers confrontés aux pires horreurs et l'enquête d'une femme écrivain pour retrouver sa fille kidnappée par un maniaque aux inspirations proches des sévices qui fleurissent dans ses romans à succès. Accrochez-vous, car c'est un vrai casse-tête !

On plonge très vite dans un dédale interminable, avec une intrigue tordue et une énigme finale à se taper la tête contre un mur quand on a écouté le livre audio - en effet, nul indice palpable mais une invitation à réécouter le tout, triple gloups ! En attendant, le rythme est tendu, les pistes sont nombreuses, parfois brouillonnes, avec une solution trop facile à mon goût, eu égard au génie de F. Thillliez.

Mais on reste dans le très bon, avec suspense glaçant et logique implacable, ambiance oppressante et clins d'œil foisonnants. Une recette toujours bougrement efficace. Finalement, j'ai glané la réponse en faisant mes yeux de Chat Potté et ne suis pas mécontente d'avoir obtenu les tuyaux qui sauvent. Merci #ClubAudible ! On referme ce chapitre en attendant le prochain rendez-vous.

©2018 Fleuve Noir (P)2018 Lizzie

 

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 le manuscrit inachevé lizzie

Aux alentours de Grenoble, un jeune a fini sa trajectoire dans un ravin après une course-poursuite avec la douane. Dans son coffre, le corps d'une femme, les orbites vides, les mains coupées et rassemblées dans un sac. À la station-service où a été vue la voiture pour la dernière fois, la vidéosurveillance est claire : l'homme qui conduisait n'était pas le propriétaire du véhicule et encore moins le coupable.

Léane Morgan et Enaël Miraure sont une seule et même personne. L'institutrice reconvertie en reine du thriller a toujours tenu sa vie privée secrète. En pleine promo pour son nouveau roman dans un café parisien, elle résiste à la pression d'un journaliste : elle ne donnera pas à ce vautour ce qu'il attend, à savoir un papier sur un auteur à succès subissant dans sa vie l'horreur racontée dans ses livres. Car sa vie, c'est un mariage dont il ne reste rien sauf un lieu, L'inspirante, villa posée au bord des dunes de la Côte d'Opale où est resté son mari depuis la disparition de leur fille.

Mais un appel lui annonçant son hospitalisation à la suite d'une agression va faire resurgir le pire des quatre dernières années écoulées. Il a perdu la mémoire. Elle est seule. Dans le vent, le sable et le brouillard, une question se posera : faut-il faire de cette vie-là un manuscrit inachevé, et en commencer un autre ?

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#ClubAudible_Juillet2018

 

08/11/16

Purgatoire des innocents, de Karine Giébel

Purgatoire des innocents

Ô douleur ! ô misère ! Ce roman de Karine Giébel ne nous épargne rien. L'auteur nous plonge dans une histoire sombre et d'une extrême violence avec ce supplément d'âme qui n'appartient qu'à elle. C'est un très bon roman, mais ô combien éprouvant. 
Suite à un braquage loupé dans une bijouterie, Raphaël conduit ses complices et son frère William, blessé, dans un village paumé où il oblige une vétérinaire à le secourir. Une arme braquée sur elle, Sandra n'a pas d'autre choix. Elle se plie aux exigences des intrus qui s'installent de force dans sa grande maison isolée, mais la jeune femme n'est pas sotte. D'instinct, elle comprend qu'elle peut retourner la situation à son avantage et manipule à sa guise les uns contre les autres. Très vite, la cohabitation tourne à l'aigreur et un lourd climat de suspicion opprime les occupants. Le retour anticipé du mari gendarme va également chambouler les plans, car Patrick n'est pas homme à se laisser abuser.  
OK. Je pense être foncièrement tordue à me complaire dans la lecture de tels ouvrages ! Ce roman très, très noir inspire à la fois le plus vif dégoût, une fascination morbide et une totale incompréhension. Car comment elle fait, l'auteur, pour puiser de telles horreurs et s'en extraire ensuite pour retourner à un semblant de vie ordinaire ? C'était la question que je me posais déjà à la lecture de La conjuration primitive de M. Chattam qui semblait aussi prendre son pied à décrire âprement des séances de tortures insoutenables et cauchemardesques. Dans le roman de K. Giébel, on bascule donc dans l'horreur et le sadisme, avec ce spectre de la folie et de la fatalité brandi au-dessus des personnages. C'est moche et inacceptable. Plus d'une fois, mon cœur s'est arrêté de battre. Je répugnais à poursuivre l'écoute, et pourtant je restais pendue à mon ipod, par dépit et aussi d'effroi, car je crevais d'envie de connaître la fin du calvaire. Cette expérience de lecture est franchement éreintante et ne se raconte pas. Le scénario est d'une perversité sidérante, mais son orchestration est magistrale et bluffante. J'attends déjà le prochain titre disponible en exclu sur Audible. ^-^

Texte lu par Sylvain Agaësse (durée : 15h 23) pour Audible FR - Septembre 2016

>> En téléchargement & en exclusivité sur Audible.

©2013 Univers Poche (P)2016 Audible FR

Purgatoire des innocents | Livre audio

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12/10/16

Satan était un ange, de Karine Giébel

Satan etait un angeAvec Karine Giébel, les livres se suivent et ne se ressemblent pas. Mes appréciations de lectrice non plus, hélas. Car cette lecture a été une énorme déception. Ni plus ni moins.
C'est l'histoire d'un gars en fuite, François, un avocat en pleine déprime après avoir appris qu'il était atteint d'une maladie incurable. Par fierté, il choisit de prendre le large, loin de son foyer, ne voulant pas imposer à sa femme sa prochaine déchéance. En route, il croise un jeune autostoppeur.
Paul rentre chez lui à Marseille. C'est un môme charismatique, et pourtant pas très honnête. Car François découvre vite que le garçon est un délinquant recherché pour meurtres et trafic de drogue. Cette réalité le fait sortir de ses gonds, d'autant plus qu'il est maintenant embarqué dans la même cavale, avec une bande de tueurs à leurs trousses. Et malgré tout, François se sent incapable de tourner le dos à Paul. 
Entre ces deux-là, existe désormais une relation semblable à celle d'un père et d'un fils. En dépit des disputes, des mensonges, des écarts sociaux et des différences culturelles, François et Paul ont extirpé de leur rencontre incongrue cette petite étincelle d'espérance en l'avenir. 
Ouhlàlà. J'ai vérifié plusieurs fois le nom de l'auteur sur le bouquin tant j'ai cru halluciner. On est loin, très loin des histoires poignantes et remarquables de K. Giébel. Il s'agit tout juste d'une histoire de traque semée de cadavres, qui ne conduit même pas à un final bluffant. C'est même surprenant de conformisme, gonflé de bons sentiments et louable pour la forme (à vouloir dénoncer le marché honteux des déchets nucléaires). C'est pour moi une franche déception. Une lecture longue et ennuyeuse, écrite de façon trop maniérée, et qu'on lit comme une éternelle errance vers le vide. 

Texte lu par François Tavares pour Audible FR (durée : 8h 19)

©2014 Univers Poche (P)2016 Audible FR

Satan était un ange | Livre audio

>> Ce livre audio en version intégrale est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

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31/08/16

La Méthode du crocodile & La Collectionneuse de boules à neige, de Maurizio De Giovanni

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Cette série policière à la sauce napolitaine figure parmi mes découvertes de l'été ! J'ai ainsi enchaîné avec beaucoup d'enthousiasme les deux premiers tomes, le troisième - disponible chez Fleuve Éditions - est en cours de lecture.

Giuseppe Lojacono est un homme fini. Inspecteur de police suspecté de magouilles mafieuses, l'homme a perdu son poste, son rang social et sa famille. Sa femme n'a pas supporté l'humiliation publique et a demandé le divorce, le privant aussi de son droit de garde en lui refusant tout contact avec sa fille. Lojacono a pourtant clamé son innocence, mais a été broyé par une machine infernale. Il vit depuis dans une petite ville napolitaine, coincé dans un bureau des plaintes, et passe son temps à jouer sur l'ordinateur. Un soir de garde, seul au commissariat, il reçoit un coup de fil signalant le meurtre d'un adolescent, abattu devant chez lui. Malgré l'interdiction, il se rend aussitôt sur les lieux et a le temps de noter deux, trois indices importants, dont des mouchoirs en papier trempés de larmes. Laura Piras, le substitut du procureur, est impressionnée par l'individu et réclame sa présence pour diriger l'enquête. 

Celle-ci révèlera une histoire poignante et dégoulinante de désespoir. Sans connaître son identité, on suit le tueur traquant ses victimes, patientant des heures durant et versant inévitablement des larmes de crocodile, d'où son pseudonyme. La lecture dévoile ainsi une personnalité troublante et attachante d'un criminel en quête de vengeance qu'il aura élaborée de longue haleine. L'atmosphère qui règne dans ce livre est donc pesante, mais son format court et son découpage bien ficelé rendent la lecture captivante. Impossible à lâcher.

Dans La Collectionneuse de boules à neige, l'inspecteur Lojacono obtient une promotion inespérée en intégrant la nouvelle équipe du commissariat Pizzofalcone, pourtant entaché par un scandale de corruption. Il rejoint ainsi une brochette d'outsiders, tous recrutés par le commissaire Gigi Palma, qui mise sur ces flics fêlés et meurtris pour réhabiliter le bureau menacé de fermeture. Entre rapidement en scène une affaire de meurtre, l'épouse d'un notable a été découverte assassinée dans son salon, le crâne fracassé par une boule à neige. Pour l'occasion, Lojacono retrouve la belle Laura Piras, qui en pince secrètement pour lui, mais n'oublie pas non plus ses rendez-vous quotidiens à la trattoria de Letizia, elle aussi entichée de notre policier au charme ténébreux. C'est en compagnie du jeune Marco Aragona qu'il va mener son enquête, passant au crible la vie du couple.  

L'intrigue criminelle est du genre ordinaire, mais laisse longtemps planer le doute quant à son dénouement. Il reste à la lecture une mise en place pertinente de ses nouveaux personnages, outre l'inspecteur Lojacono, le casting s'enrichit de personnalités insolites, calfeutrées dans ses secrets et ses non-dits, qui ouvrent ainsi le champ des possibles en promettant de nombreuses ramifications à la série. C'est frais, c'est moderne, ça ne piétine pas des heures et ça se renouvelle sans cesse. La dimension humaine est également très présente, ce qui assure du drame, de la sensibilité, de la vie, de l'humour, mais aussi de l'évasion et simplement de la distraction. Une série convaincante !  

Traduit de l'italien par Jean-Luc Defromont pour Fleuve Editions

Repris chez 10x18 en juin 2014 & avril 2016

La Méthode du crocodile  La collectionneuse de boules à neige  Et l’obscurité fut