22/11/19

Fugitive parce que reine, de Violaine Huisman

G02701Quel beau roman... qui m'a d'ailleurs fait penser aux films de Diane Kurys et au roman de Gwendoline Hamon, Les dieux sont vaches. Des univers profonds, qui puisent dans l'intimité et l'authenticité, tout en titillant notre corde sensible. Ça peut effrayer, lasser, exaspérer - moi, ça m'a bien plu.

Dans ce roman, Violaine Huisman évoque sa maman, Catherine, une femme très belle et farouche, qui se voulait libre d'aimer sans la moindre attache. Par contre, c'était aussi une femme fragile, exigeante envers les hommes et tyrannique avec ses filles. Elle buvait trop, fumait comme un pompier, était malade, n'avait aucune convenance sociale. Honteuse de ses origines modestes et de son manque d'éducation, elle avait mis l'accent sur son charme, sa sensualité, son aura. Toute sa vie, Catherine a ainsi tracé son chemin sans tergiverser, se donnant sans retenue mais griffant comme une tigresse à la moins incartade.

Ce portrait de femme est raconté à travers les yeux de sa fille qui déballe son enfance tumultueuse, ses chagrins, ses frustrations, ses lacunes, ses désirs... avec toujours son besoin désespéré d'attirer l'attention de celle-ci, de crier son amour et d'en recevoir autant. C'est assez violent et sans concession (d'où l'étalage de sexe et d'obscénités... pas top !). Mis à part ce détail, le roman est envoûtant et touche au cœur de la cible (quand tu es en plein chaos affectif ou quand tu lis tout ce qui touche à la famille ou avec des mères sur la corde raide). C'est tout bon !

©2018 Éditions Gallimard (P)2019 Éditions Gallimard

Ce premier roman raconte l'amour inconditionnel liant une mère à ses filles, malgré ses fêlures et sa défaillance. Mais l'écriture poétique et sulfureuse de Violaine Huisman porte aussi la voix déchirante d'une femme, une femme avant tout, qui n'a jamais cessé d'affirmer son droit à une vie rêvée, à la liberté.

Violaine Huisman met en voix ses propres mots et livre une déclaration d'amour bouleversante. Une lecture d'une rare intensité. Note de moi-même : excellente perfomance ! Car il est rare qu'un auteur soit aussi bon lecteur... hé oui.

Disponible en collection Folio (n° 6631)

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PRIX LITTÉRAIRE DE L'ENS CACHAN 2019

PRIX FRANÇOISE-SAGAN 2018

PRIX MARIE CLAIRE DU ROMAN FÉMININ 2018

 

 

 

 

 

 

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13/11/19

En poche ! La Passe-miroir, de Christelle Dabos

Si vous préférez les couvertures plus sobres chez FOLIO... l'histoire, elle, est toujours aussi fascinante ! ♥

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« Écoute-moi bien, fille... Tu es la personnalité la plus forte de la famille. Je te prédis que la volonté de ton mari se brisera sur la tienne. » 

« Il n’y a que deux catégories de femmes dans l’entourage de notre seigneur Farouk. Celles qui cèdent leurs charmes et celles qui cèdent leurs services. Si vous ne participez pas à son plaisir, vous ne survivrez pas longtemps ici. » 

Après Les fiancés de l’hiver et Les disparus du Clairdelune, Grand Prix de l’Imaginaire 2016, la saga de La Passe-miroir se poursuit avec La mémoire de Babel.

 

Collection Folio : 2016 - 2018 - 2019

 

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02/10/19

En poche ! Les mystères de Larispem : Le sang jamais n’oublie, de Lucie Pierrat-Pajot

Après le succès de la révolution de 1871, Paris est devenu une Cité-État et a pris le nom de Larispem. Près de trente ans plus tard, sous l’impulsion du grand Jules Verne, la ville est à la pointe des technologies de la vapeur. 

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Je pourrais vous évoquer Larispem comme une version alternative d'un Paris de 1899. Vous évoquer un monde revisité où les insurgés de 1871 auraient remporté la victoire et banni les aristocrates de leur ville proclamée Cité-état indépendante. L'égalité et la solidarité ne seraient plus vains. De grandes innovations verraient le jour... notamment grâce à Jules Verne, convié à exécuter les idées fabuleuses qui nourrissent son imaginaire. Ceci dit, les tensions persistent car les Frères du Sang ourdissent complots et magouilles en lançant quelques avertissements, “le sang jamais n'oublie”.

Trois personnages vont faire leur entrée : Carmine, une apprentie bouchère au franc-parler éclatant, son amie Liberté, débarquée de sa campagne pour devenir mécanicienne, et Nathanaël, un orphelin qui cherche un but à sa vie. Tout en suivant leurs parcours chaotiques, on fait aussi le tour du propriétaire et on explore sous plusieurs angles ce Paris rétrofuturiste qui se livre sous nos yeux ébahis. C'est comme ça qu'on se balade des quartiers populaires à la légendaire Tour Verne (pour y croiser le fameux écrivain), qu'on se faufile la nuit dans les couloirs d'un orphelinat ou qu'on s'introduit dans un club de chimie un peu spécial, qu'on part en maraude ou qu'on ravive de vieux souvenirs éteints. L'histoire prend ses aises mais avance à un rythme entraînant car je me suis souvent surprise à avaler les chapitres en savourant chaque instant.

Je pourrais donc vous évoquer cette série qui débute de façon sensationnelle. Où l'on apprécie le fond, la forme, l'élégance, l'ambiance, les points de suspension. Lauréat de la deuxième édition du Concours du premier roman jeunesse, ce livre est décidément plein de promesses et ravit mon petit cœur de lectrice toujours en quête d'extraordinaire. Suis en pleine lecture du tome 2 : Les Jeux du Siècle. #fascination

Collection Folio SF (n° 640)

Parution : Septembre 2019

Lucie Pierrat-Pajot est née en 1986 à Nevers. Elle grandit dans la campagne bourguignonne, entre champs et forêts. Pour s'occuper, elle aime grimper aux arbres et vivre des aventures imaginaires en compagnie de sa soeur. La vie quotidienne lui semblant quelque peu étriquée, elle tombe très tôt dans l'addiction à la lecture afin de combler son appétit pour les voyages immobiles. Elle fait plusieurs détours dans diverses régions de France avant de s'installer dans l'Yonne avec son mari et sa fille, où elle travaille actuellement comme professeur-documentaliste dans un collège. Après avoir tenté sa chance lors de la première édition du concours, elle décide de participer à nouveau avec Les Mystères de Larispem et devient la grande lauréate de cette seconde édition.

 

 

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14/05/19

Les corps brisés, d'Elsa Marpeau

Les corps brisésDirection L'Heure Bleue, une clinique privée isolée dans les montagnes auvergnates, où des malades vont et viennent, pour se soigner ou pour vivre leurs derniers instants. 
Sarah était pilote de course automobile. C'était une jeune femme fougueuse, indépendante et ambitieuse jusqu'à ce qu'un accident brise sa carrière et son corps.
La voilà clouée dans un fauteuil, en plein déni. Son kiné lui fait miroiter une probable guérison. Son psy la rappelle à la réalité. Son aide soignant au regard ténébreux palpe son corps sans broncher. Et le Grand Manitou des lieux invoque méditation, repas équilibré et vie en communauté avec activités artistiques pour panser les bleus de l'âme.

Sarah broie du noir avant de lâcher prise grâce à la patience de sa coloc qui lui inspire beaucoup d'admiration. Mais le jour où celle-ci disparaît, Sarah décide de mener son interrogatoire car elle n'est pas convaincue par les explications évasives du personnel.
En fait, cette lecture s'inscrit dans un rythme lent et une attente angoissante. On pressent qu'un drame est en cours, on anticipe des révélations choc et en même temps on se plie aux rituels hospitaliers - pointilleux et monotones.
Doucement mais sûrement, j'ai été happée par cette atmosphère un peu glauque et flippante. On s'alarme d'un rien et on se fait surprendre. Bim bam boum. Ça a le goût d'un sacré électrochoc comme bouquin ! Et c'est pas mal du tout.

Folio Policier / coll. Thriller (2019)

« S'il existe bien un loup, dans cette bergerie des cimes où les brebis sont les créatures les plus fragiles et les plus impuissantes qui soient, il convient de rester prudente. Avec son fauteuil, elle constitue une proie aisée. Elle voudrait éviter les pièges mais pressent qu'au fond elle ne peut que perdre, quoi qu'elle tente de faire. »

 

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16/05/18

Le chagrin des vivants, de Anna Hope

le chagrin des vivantsEn ce début de novembre 1920, trois femmes sont plongées dans les plus noirs tourments.
Ada a perdu son fils unique dans les derniers jours de la guerre et demeure inconsolable au point de vivre parmi les fantômes en s'imaginant que Michael cherche à la contacter. Hettie, danseuse de compagnie au Hammersmith Palais, rencontre des anciens soldats parfois lourdement handicapés, mais espère secrètement voir son destin basculer. Evelyn travaille au bureau des pensions de l'armée, croise des âmes meurtries et égarées, n'en peut plus de supporter ce ballet désespérant, pense à son fiancé décédé et perd les pédales quand on évoque le nom de son frère.
En toile de fond, on assiste aux préparatifs en grandes pompes de la première cérémonie commémorative, avec notamment 
le rapatriement du corps du Soldat inconnu. Un hommage tardif mais bouleversant. Pour beaucoup, c'est l'occasion de soulager leur deuil et leur chagrin, de saluer aussi le sacrifice d'une génération, car pendant longtemps le premier réflexe était d'effacer et oublier les horreurs des tranchées.

On suit donc trois femmes durant cinq jours dans cette atmosphère d'après-guerre merveilleusement esquissée. On ressent le poids des larmes, l'amertume des vivants, l'ahurissement des survivants, la colère et l'incompréhension, les secrets et les drames.
C'est loin d'être gai, mais c'est captivant. On se sent aspiré par ces bribes de vies, trouvant dans chaque destin une force et une sensibilité rares. J'ai aimé aussi la préciosité des personnages et la description des sentiments. Le style est impeccable, le ton juste, la note pure, avec une touche finale pleine d'espérance. Un
 roman remarquable, à la fois poignant et transcendant, aux émotions à fleur de peau. Très belle lecture ! 

Folio, 2017 - Traduit par Élodie Leplat

Titre VO : Wake

 

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#En poche ! Chanson douce de Leïla Slimani

chanson douce folioLouise est engagée comme nounou pour soulager Myriam, mère de deux jeunes enfants, qui décide de relancer sa carrière d'avocate, ne supportant plus d'être confinée chez elle, engoncée dans son rôle de maman. Toute la famille accueille ses services avec chaleur. Une véritable aubaine. Louise est menue, fragile, discrète, efficace. Le couple ne tarit pas d'éloges, leurs amis sont admiratifs et leur envient cette perle rare, babillant sur leurs propres déconvenues ou autres tristes expériences en matière de “personnel” peu qualifié.

Louise s'installe donc dans leur quotidien telle une petite fourmi ouvrière, rapide, utile, rassurante. Les enfants redécouvrent la présence affective d'une figure féminine, à défaut d'avoir leur mère, qui fuit - toujours - le foyer. Celle-ci ne s'y épanouit plus et panique rien qu'à l'idée de perdre leur nounou. En effet, son mari évoque une sensation de malaise en sa compagnie. Il n'a pas les mots pour l'exprimer, mais il incite sa femme à chercher d'autres alternatives.

En attendant, le couple continue de s'appuyer sur Louise, femme secrète, silencieuse et troublante. Femme dangereuse. On le sait, le roman s'ouvre sur une scène dramatique, les deux enfants sont morts. Qui, comment, pourquoi. Le roman décrypte tous les signes, tous les signaux, et s'applique à recadrer un tableau sinistre et dérangeant d'une dépendance mutuelle et d'une psychose latente. Le ton est sec et glaçant, mais délivre un suspense envoûtant en nous confiant cette triste radiographie de notre société (ambition, apparence, pouvoir, soumission, autonomie, folie...). Nul n'est épargné - seules les victimes nous touchent par leur innocence et l'injustice de leur tragédie. Pour le reste; la condamnation tombe - implacable et insoutenable.

Collection Folio (n° 6492), Gallimard

 

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20/02/18

Poupée volée, d'Elena Ferrante

G01447Une femme, en vacances au bord de la mer, s'amuse à observer la routine d'une famille napolitaine, parmi laquelle se détache le duo d'une jeune mère Nina et sa fille Elena, en train de jouer à la poupée.
Quand le précieux baigneur disparaît mystérieusement, c'est la panique générale. Toute la tribu se mobilise pour retrouver la poupée, avec force gesticulations et clameurs. Leda est aspirée par cette frénésie et se mêle volontairement à la battue.
Sauf que c'est elle qui a pris la poupée et qu'elle se garde bien d'en piper mot.

Ma foi, je suis perplexe. Comme tant d'autres lecteurs, c'est pour avoir aimé L'amie prodigieuse que j'ai tenté celui-ci, par curiosité. Un roman publié en 2006, dont la verdeur ressort un tant soi peu, mais qui aborde déjà la question de la femme en tant que mère, avec une héroïne ayant privilégié sa carrière au détriment de ses enfants.
Leda approche des cinquante ans, elle a deux filles, aujourd'hui installées au Canada près de leur père. Ce départ n'a jamais été vécu comme un échec, mais c'est en épiant chaque jour Nina et Elena qu'elle entreprend un bilan sur sa propre expérience.
Le constat est rapidement doux-amer. On sent une femme pleine de contradictions, assez lucide, ne ressentant aucune culpabilité et néanmoins éprouvant le besoin de justifier pourquoi. Et puis les souvenirs remontent à la pelle, certains assez sombres, lourds, déchirants.
Mis bout à bout, ils donnent à l'histoire une tonalité confuse et acerbe. Oubliez l'ambiance estivale, l'insouciance d'une lecture à la couverture alléchante, la composition se drape dans un voile opaque et noir. C'est sournois, peu rassurant.
La lecture vous laisse, sans surprise, un arrière-goût de folie douce très dérangeante. Je n'ai pas du tout accroché. Et la déception est proche. 

Collection Écoutez lire, Gallimard (2018)

Lu par Ivana Coppola. Durée : env. 4h 30

Trad. de l'italien par Elsa Damien [La figlia oscura]

Ivana Coppola restitue avec talent et justesse l’intensité de ce récit introspectif, portrait sans fard d’une femme qui oscille entre raison et folie.

EXISTE en Collection Folio (n° 6351)

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24/01/18

En poche ! Celle qui fuit et celle qui reste (L'amie prodigieuse III) d'Elena Ferrante

EN POCHE ! REPRISE EN FOLIO DU TOME 3 DE LA SÉRIE D'ELENA FERRANTE.

Celle qui fuit et celle qui reste FOLIO

Fin des années 60. Lena se glorifie du succès inattendu de son premier roman et part s'installer à Florence avec son fiancé. De son côté, Lila trime dans une usine de salaisons et bousille sa santé. Alors que l'une brille au sein d'un microcosme intellectuel, l'autre se sensibilise à la cause syndicale et se lance dans des revendications pour défendre les droits de la femme. Et lorsque les deux amies vont reprendre contact, elles se tirent la bourre, par jalousie ou simple incompréhension. Leur relation n'en finit plus d'être “le reflet de leurs insuffisances” et se couvre d'amertume.

Ce troisième tome n'est pas seulement celui des engagements politiques (luttes syndicales, dénonciation des inégalités et du harcèlement au travail), il évoque aussi la sexualité, la maternité, l'épanouissement personnel et le besoin d'accomplissement. Lena et Lila sont des féministes malgré elles - loin d'être des mères exemplaires, elles recherchent un autre sens à leur vie mais sont enfermées dans des rôles et des carcans établis de longue date dans leur quartier napolitain. De plus, les deux jeunes femmes se perdent dans leur course à l'intelligence, à la beauté, à la richesse, l'une est lâche, l'autre méchante, les deux sont égoïstes, et la cruauté de leur relation est flagrante. 

La conclusion de cette sombre histoire se passe dans L'enfant perdue, quatrième & dernier tome de la série enfin disponible !

FOLIO, 2018

Trad. Elsa Damien

"Storia di chi fugge e di chi resta"

 

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14/11/17

Pêle-Mêle : Bart is back + Comment sauver son couple en dix leçons (ou pas) + La BD de Soledad

Bart is backEn 2015, un fait divers sordide fait la une des journaux en Floride - un chat enterré depuis cinq jours est sorti de la tombe sous le nez de son propriétaire abasourdi. L'animal a aussitôt été surnommé Zombie Cat. S'inspirant de cette histoire, Soledad Bravi imagine à son tour la folle épopée d'un chat ressuscité à travers ses neuf vies. Et croyez-moi, c'est trash ! Sitôt revenu à lui, après avoir été aplati par un camion, Zombie Cat est déchaîné après les humains et bouffe tout ce qu'il trouve sur son chemin, il parvient aussi à réveiller la fibre révolutionnaire chez ses camarades et les incite à redevenir sauvages. Puis Zombie Cat se lance dans la chanson, subit une chirurgie réparatrice, prend des vacances et s'envole en Chine. Là-bas, il sera kidnappé, séquestré, bouilli, rasé, enduit de glutamate, égorgé, grillé au chalumeau, vendu en sucette sur le marché... STOP ! C'est particulièrement dégoûtant, mais d'un humour caustique décapant. C'est féroce, mais piquant. Après tout, l'auteur dénonce les pratiques douteuses concernant la culture alimentaire en Asie, mais l'auteur retourne la question : voudriez-vous être une oie à Noël ? un agneau à Pâques ? et tout le reste de l'année, un cochon, un bœuf, un poulet, un lapin, un cheval ? ... À bon entendeur, salut. ☺

Bart is back, de Soledad Bravi

Folio BD, 2017

 

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Comment sauver son couple en dix leçonsJ'ai pour habitude de lire les albums jeunesse de Stephanie Blake, d'où ma grande surprise de la découvrir dans ce registre pour public adulte, où elle explore des facettes de son talent et de son humour au-delà des attentes usuelles. Et c'est tant mieux. Elle raconte donc l'histoire d'un couple usé par les années de mariage, du moins la femme est en pleine crise existentielle et aspire au renouveau. Mais elle doute. Elle s'interroge sur la vie à deux, elle fantasme et hésite à tout plaquer. Elle décide donc de mettre en pratique “10 leçons” de survie, qui conduisent souvent à la déconfiture. Ce portrait de couple est fatalement dans le vrai et renvoie des reflets que le lecteur percevra ci ou là pour son compte personnel. Surtout, n'y voyez aucune prétention à vous sortir de la mélasse, tout est à prendre au second degré. En clair, c'est délicieusement revanchard, sans réelle volonté de changer la donne, ni de bousculer les idées reçues. C'est plein d'humour et très actuel, mais surtout truffé de dérision avec une chute qui prête à sourire ! ☺

Comment sauver son couple en 10 leçons, de Stephanie Blake

Folio BD, 2017

 

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Pour rappel, on retrouve également l'univers récréatif de Soledad Bravi dans des compilations annuelles, qui regroupent toutes les planches parues dans ELLE, et qui racontent des tranches de vies pleines de légèreté et d’autodérision. Avec des illustrations inédites et d'autres surprises. 

BD DE SOLEDAD 1 BD DE SOLEDAD 2 BD DE SOLEDAD 4 

La BD de Soledad, Rue de Sèvres

 

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10/10/17

Les héritiers de la mine, de Jocelyne Saucier

Les héritiers de la mine

La famille Cardinal, ce sont 21 enfants vivant avec leurs parents à proximité d'une mine désaffectée à Norco, en Abitibi, au Québec. Une tribu soudée, qui ne s'apitoie jamais sur son sort et qui se braque dès qu'on cherche à les jauger. Avec leurs surnoms à la gomme (LesJumelles, Tintin, ElToro, LeGrandJaune, Zorro, Mustang, LaPucelle, Geronimo ou LeFion), les Grands, les Moyens et les Titis ont grandi dans les rêves du père, convaincu de trouver un gisement au fond des mines et assurer leur richesse. En attendant, ils se dépatouillent dans la crasse, la poussière, la misère, malheur à celui qui chercherait à renier ses racines ! Devenus adultes, ils ont pourtant tous pris la poudre d'escampette, ils vivent aux quatre coins du globe et ne se voient quasiment plus. Il a suffi d'une cérémonie spéciale pour leur père, à qui l'on va remettre la médaille du prospecteur de l'année, pour que tous rentrent au bercail. Avec la peur au ventre, le cœur en vrille, la honte chevillée au corps... Car tous savent qu'ils ne pourront plus taire le grand drame de leur vie, à savoir la disparition d'Angèle, l'une des jumelles. Des années plus tôt, celle-ci a péri dans l'effondrement d'une mine piégée par la dynamite. Qui, comment, pourquoi ? Les langues ne se sont jamais déliées, la fratrie s'est désunie et a emporté tous ses secrets. Ces retrouvailles vont donc crever le mensonge qui couve depuis trop longtemps.

J'ai tout simplement adoré ce roman ! Je l'ai commencé en toute innocence, pas très rassurée par le décor qui se dessinait - un cadre rudimentaire et miséreux, avec des mômes en mode survie, qui ne laissent filtrer aucune sensibilité, aucune tendresse. Et bim, cette histoire de famille a finalement eu toute mon adhésion, car au fil des pages, on découvre des non-dits qui ont gangrené la tribu, déjà ravagée par la perte d'une des leurs et à jamais prostrée sur un sentiment de culpabilité. Au détour de leurs résurgences, apparaît la jolie Angèle, “le plus pur joyau de la famille”. Son crime ? Avoir trahi les siens en acceptant les fanfreluches d'un couple désirant l'adopter. Angèle partait en vacances, portait de belles robes, se rendait au collège, mais demeurait une Cardinal convaincue et acceptait les pires brimades et les reproches piquants. L'intensité des sentiments qui animent les frères et sœurs révèle aussi toute la tragédie du roman - l'analyse des émotions et des actes est forte, saisissante et poignante. Le style de l'auteur est également très évocateur, comme une petite musique captivante qui vous entraîne jusqu'au terrible dénouement. C'est dur et brillant. Un petit bijou de finesse et de maîtrise. Je conseille fortement. ♥

 

Collection Folio (n° 6196) - 2016

Préalablement paru aux éditions Denoël

 

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