07/06/11

Vivre équivaut à marcher d'un bout à l'autre des ténèbres, sur un pont de rêves.

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Nous sommes confrontés à une société du futur, où les voyages dans l'espace sont devenus monnaie courante, où la procréation assistée permet d'avoir des enfants beaux et intelligents, et où il est possible de se greffer une puce dans le cerveau qui vous dicte tout, aussi bien votre façon de penser, de communiquer ou de consommer. En gros, vous êtes complètement lobotomisés mais vous êtes le dernier au courant !

D'un côté, nous avons Titus et sa bande de potes. Ils sont bruyants, brouillons, insupportables, ils vivent l'instant présent, suivent les modes sans se questionner. De l'autre côté, il y a Violet, belle, fascinante, tout chez elle la rend différente des autres, au risque de passer pour une intello pimbêche. Elle incarne la résistance passive, en n'ayant reçu son interface que tardivement, la jeune fille a ainsi appris par elle-même, pu réfléchir, analyser, contester, ce qui est une nouveauté pour Titus.

En toute logique, ses discours détonnent, bousculent la masse groggy et abrutie, mais ils ne sont pas pris au sérieux. Le pouvoir de l'interface est redoutable, mais pas infaillible non plus. Titus et ses camarades ont été victimes d'une attaque pirate lors de leur voyage sur la Lune, et si tout le monde semble avoir fait peau neuve, seule Violet en conserve des séquelles qui la condamneraient tristement à une fin prématurée.

Hélas pour moi, je suis complètement passée à côté de cette lecture. C'est triste, c'est pessimiste (à la rigueur ça se défend), c'est également empreint d'amertume et de résignation, attaché à un personnage (Titus) franchement peu charismatique, car totalement déshumanisé. Cet univers de dystopie est froid, glacial, il dénonce une vérité sournoisement consentie (nous sommes vendus aux dieux de la consommation, what else?), mais impossible de mettre le doigt sur ce qui m'a vraiment dérangée. Quelle frustration.

Interface - M.T. Anderson
Gallimard, coll. Pôle Fiction, 2011 (first published October 2004)

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09/05/11

En poche ! #34 : Toi et moi à jamais

Le voici, le voilà, votre roman de plage à dévorer sans aucun scrupule !

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Alice et sa soeur Riley passent l'été dans la maison familiale de Fire Island, près de New York. Sportive, vive et garçon manqué, Riley est maître sauveteur. Très différente, Alice est féminine, douce et brillante, elle prépare sa rentrée en fac de droit. Paul, l'ami d'enfance, revient après trois ans d'absence. Attirés l'un par l'autre, Paul et Alice vont avoir une liaison, dans le secret, mais Riley va les surprendre un soir.

Ann Brashares, auteur de la série Quatre filles et un jean, signe un bon gros mélo sentimental, cousu de fil blanc, voilà pour les défauts, mais alors qu'est-ce que j'ai aimé ! J'ai complètement mordu à l'hameçon, j'ai aimé cette histoire d'amitié et d'amour, j'étais toute vibrante d'émotions pour ce que vivaient les personnages, j'étais à leurs côtés, j'avais mon petit mouchoir dans la main, j'étais nouée par les révélations, et puis dégoûtée par certains choix, je ne comprenais pas qu'on puisse garder pour soi autant de souffrance, mazette j'étais à fond dedans, d'ailleurs, j'ai lu ce roman en une soirée parce que j'étais totalement mordue !

"L'amour peut-il durer toute une vie ? Peut-il passer indemne de l'enfance à l'âge adulte en survivant aux tourments et aux écueils de l'adolescence ? Est-il toujours le même à l'arrivée, simplement exprimé de façon différente ? Ou ces deux formes d'amour sont-elles radicalement étrangères et incompatibles ?"

Toi et Moi à Jamais - Ann Brashares (disponible en format poche, coll. Pôle Fiction chez Gallimard).

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10/02/11

Pêle-mêle Clarabel #22

La Cité de l'Ombre - Jeanne DuPrau : Une ville souterraine créée pour sauver l'humanité. Le temps qui passe. La boîte de survie qui s'égare. Un maire tyrannique, qui s'enrichit sur le compte des autres. Un couple de jeunes héros prêt à comprendre, décoder, risquer et découvrir la vérité. Ou la réalité. C'est selon. Ma foi, l'histoire sur le papier est intéressante mais son traitement est frustrant. Clairement l'écriture est trop simple, cette série se destine à un lectorat jeune - dès 11 ans. Donc voilà, suis un poil déçue !

Ce livre a également été l'objet d'une adaptation cinématographique par Gil Kenan - qui a vu le film ? C'est bien ?

Folio junior (2008) - 294 pages - 6,70€
traduit de l'anglais par Julien Ramel

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Airman - Eoin Colfer : Un jeune garçon, né dans un ballon dirigeable, va ainsi être marqué à vie par les airs. Enfant intrépide et rêveur, il s'intéresse à la science et prévoit de créer sa propre machine à voler. Hélas, son destin connaîtra un sinistre revirement puisqu'il sera condamné à l'exil. Loin de lui, ses parents panseront leurs plaies, sa meilleure amie assumera ses fonctions royales, les vieux souvenirs seront enfouis. Pourtant l'heure de la vengeance a sonné et Conor s'est juré de rétablir son honneur et de faire éclater la vérité. Ce roman enlevé et au ton humoristique nous fait découvrir une autre étendue du talent du papa d'Artemis Fowl - Eoin Colfer nous embarque dans son monde chargé de références, et malgré quelques longueurs, le rythme ne manque pas de souffle et l'aventure de panache. Cela se lit vite, et avec grand plaisir !

Les dialogues font mouche - par exemple :

- Traverserez-vous le ciel pour venir me voir, sir Airman ?
- Je ne suis qu'un sir. N'est-ce pas trop roturier pour une reine ?
- C'est facile à arranger. Une simple piqûre de mon épingle à chapeau peut faire de toi un prince.
- Une épingle à chapeau ? Est-ce légal ?
- Il n'est pas nécessaire d'utiliser une épingle à chapeau, du moment que le sang coule et que tu souffres terriblement.
Conor prit sa main dans la sienne.
- Je crois maintenant que je vais terriblement souffrir jusqu'à mon retour.

Une adaptation pour le cinéma est actuellement en cours.

Folio junior (2011) - 506 pages - 8,10€
traduit de l'anglais par Philippe Giraudon

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07/02/11

Pêle-Mêle Clarabel #21

IMG_2289L'histoire est simple et gentille, mais elle s'est révélée super émouvante, en fait. Ninon apprend que sa mère, âgée de 38 ans, attend son 2ème enfant. La jeune ado n'est pas franchement emballée, elle se braque dès que son beau-père tente de s'immiscer dans leur quotidien, elle fait de la résistance passive pour attirer l'attention car elle se sent de plus en plus délaissée. Il n'en a que pour le bébé dans le ventre ! C'est d'un ridicule, pense Ninon, qui ne s'interroge pas sur ce qu'elle ressent. Serait-elle jalouse ou ennuyée par les changements à venir ? Elle verra ça plus tard. Pour l'instant, elle soupire fort, très fort et regrette de devoir partager sa mère. Puis, arrive la naissance prématurée. Longtemps le bébé sera entre la vie et la mort, toute la famille est bouleversée, Ninon est toujours tenue à l'écart, sa mère n'est plus qu'un zombie, Stéphane, lui, avance ses billes avec précaution mais efficacité. Je ne sais pas l'expliquer, mais j'ai été vraiment émue par le stress et la détresse qui gagnent la jeune fille concernant le sort de sa soeur, entre la découvrir totalement indifférente puis fondre pour ce gnome qu'elle trouvait inutile et affreux. A croire que son statut d'aînée la conduit à se montrer moins exclusive dans sa relation avec sa mère - et là encore, c'est un sujet qui me touche beaucoup ! Enfin bref, cela a été une lecture surprise fort agréable.

- Tu vois tous ces petits bébés ? Ils se battent pour vivre. Ils se battent jour et nuit. On ne peut pas les fragiliser avec des microbes.
J'ai pensé que mes microbes n'étaient pas pires que ceux de maman ou de Stéphane, mais je n'ai rien dit. Quand quelqu'un vous fait une faveur exceptionnelle, ce n'est pas le moment de chipoter.

La petite fille dans une boîte en verre - Marie Leymarie
Gallimard jeunesse, coll. Hors-piste (2010) - 154 pages - 8€
illustrations de Pierre Bailly

A signaler en sortie(s) poche :

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Ce que j'ai vu et pourquoi j'ai menti, roman de Judy Blundell : New York, 1947. Evie vit dans le Queens avec sa mère et Joe. Lorsque ce dernier reçoit un coup de fil insistant, il décide de partir en vacances en Floride. A Palm Beach, ville fantôme où seul un petit hôtel minable est ouvert, les Spooner vont lier connaissance avec un autre couple, les Grayson, et un ancien soldat qui a connu Joe en Europe, Peter Coleridge. Evie tombe immédiatement amoureuse de lui, elle a quinze ans, elle est naïve et a toujours vécu dans un cocon, elle voue une vraie fascination pour sa mère, Bev, qui est belle comme Lana Turner. A côté, Evie se sent comme le vilain petit canard, quelconque, transparent jusqu'à ce que Peter l'aborde, l'invite à danser, lui sourit, propose de la balader dans sa voiture et l'embrasse.

Sous ce climat lourd et pesant, la tension monte, donne du suspense au récit, lequel va très mal se terminer, mais le lecteur s'en rend compte tout seul, au fur et à mesure que l'histoire avance, l'amertume gagne du terrain, les masques tombent, certaines révélations apparaissent, les confiances se perdent, et au milieu Evie se prend la plus grande claque de sa vie. Son passage à l'âge adulte résonnera comme une lente tombée du haut d'un ravin, tant elle comprendra qu'autour d'elle il n'y a que duperie, mensonge et trahison. C'est ahurissant, et le décor de l'après-guerre apporte aussi son lot en dramaturgie et autres horreurs à dévoiler, c'est franchement flippant et hallucinant. La voix d'Evie devient encore plus poignante et magnifique, on partage longtemps cette dualité qui naît en elle, en même temps que la tragédie va fragiliser son petit monde.

C'est un roman à lire d'une traite, écrit dans un style proche des films noirs d'après-guerre, classique et envoûtant, aussi amer qu'un chocolat. Une atmosphère à laquelle j'ai été très sensible.

Coll. Pôle Fiction chez Gallimard jeunesse - 6,60€

A venir : Les confidences de Calypso - Romance royale.

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03/02/10

En poche ! #29

Deux sorties en format poche pourraient intéresser petits et grands lecteurs (sur ma bonne foi ! ;o)

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Tobie Lolness, Tome 1 : La vie suspendue de Timothée de Fombelle

Folio junior, 2010 - 390 pages - 7,60€

Tobie Lolness, un millimètre et demi de la racine des cheveux à l'ongle des pieds, appartient au peuple du grand chêne. Le père de Tobie, savant génial et prophète d'une grande sagesse, a refusé de livrer le secret d'une invention pour transformer la sève de l'arbre en énergie motrice. Furieux, le Grand Conseil a condamné les Lolness à l'exil dans les basses branches, territoire sauvage. Tobie y rencontrera la jolie Elisha. Et plus encore...

Vous ne connaissez pas encore Tobie Lolness ? Réparez vite cet oubli ! Tobie est un personnage de littérature qui deviendra classique, c'est ma conviction ! Tobie Lolness est un héros hors du commun, attachant, courageux, fidèle en amitié et en amour, sensible et droit. Un modèle ! A ceci, s'ajoute une aventure captivante, en plus d'être intelligente et poétique. On y trouve des valeurs fondamentales, des messages subliminaux (prenez soin des arbres et de la planète  !) et c'est tellement bien écrit. Pas de fantastique, pas de magie, simplement de l'élémentaire. La preuve que cela demeure une valeur fondamentale ! François Place apporte également sa contribution grâce à des illustrations de toute beauté. C'est plus qu'un cri d'alarme, c'est une absolue nécessité de lire Tobie Lolness (à suivre avec un deuxième tome, Les yeux d'Elisha).

Pour les fans, le nouveau roman de Timothée de Fombelle, VANGO, sortira en librairie le 18 mars !

 

skully_fourbery

Skully Fourbery de Derek Landy

Folio junior, 2010 - 360 pages - 7,60€

Skully Fourbery est, comme son nom l'indique, un squelette qui, camouflé sous son allure de dandy, se révèle un détective doublé d'un extraordinaire magicien. Il a aussi un humour imparable. La jeune Stephanie Edgley fera sa connaissance en héritant d'un oncle richissime, car dans le même temps elle devient la cible d'individus peu recommandables qui attendent d'elle de leur donner une clef que détenait son oncle défunt. 

Stephanie va découvrir que la petite ville irlandaise où elle vit repose aussi sur un monde souterrain, un univers plus sombre, où on trouve des Forces des Ténèbres, des mages, des sorciers, des magiciens, des gentils, des méchants. La lecture est entraînante, on a à peine le temps de souffler. Il y a du complot, de l'action, des batailles échevelées, et surtout beaucoup d'humour. Le personnage de Skully Fourbery est épatant, sa petite partenaire très attachante. D'ailleurs, ceux qui sont fans du détective squelette auront le plaisir de le suivre dans deux autres tomes, chaque livre offrant la liberté de prolonger ou non l'aventure, il n'y a pas de final à se ronger les ongles parce qu'on crève d'envie de connaître la réponse.

  ******   

A signaler pour ceux qui ont eu le bon goût d'apprécier le premier tome, Le livre du temps, Tome 2 : Les sept pièces de Guillaume Prévost est déjà disponible en Folio junior  !

 

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08/12/09

Les extraordinaires aventures d'Alfred Kropp ~ Rick Yancey

Folio junior, 2009 - 350 pages - 7,10€
paru en Hors-Série en 2006 (la couverture était mieux !)
traduit de l'anglais par Jean Esch

J'ai souvent lu des romans d'aventure où le héros était un type charmant, courageux, intelligent, bref un surhomme qui ne peut exister que dans la fiction. Soupirs. Avec Alfred Kropp, la vérité est enfin avouée : aucun glamour, beaucoup de maladresse, un esprit pas très vif, un coeur gros comme ça, un bon gros nounours au physique hors du commun, et malgré tout, beaucoup de charisme, de l'humour malgré lui et une cascade de péripéties à suivre les cheveux au vent. Visez la couverture d'un mauvais goût assuré, sic, mais je suis sûre qu'elle branchera les jeunes lecteurs avides de sensations fortes (bon, je dis ça en toute innocence, accro aux jamesbonderies, je trouve que l'histoire ici s'inspire des clichés du genre, en plus de bonnes trouvailles et de mélange du genre, attendez que je développe, bref tout un programme !).

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Alfred Kropp a quinze ans. Il n'a jamais connu son père, sa mère est décédée d'un cancer, il a été recueilli chez son oncle (quarante ans, célibataire, gardien de nuit pour l'homme le plus riche de la ville), il déteste le foot, il n'a pas d'amis et encore moins de petite amie. Le parfait type de la loose.
Mais imaginez que son oncle et lui, contre un million de dollars, sont prêts à dérober une épée, tombent alors nez à nez avec trois moines armés d'une épée (décidément !) et mettent les pieds dans un beau traquenard... Car cette épée serait celle du roi Arthur et la rencontre avec Bennacio, le dernier chevalier, va entraîner Alfred, au volant d'une Ferrari Enzo, vers une palpitante course-poursuite depuis le Tennessee jusqu'au Canada, via l'Europe et le fantastique site de Stonehenge.
Au tournant, on trouve de la bastonnade, des crimes commis de sang-froid, de la fourberie, en plus de l'appât du gain, et en même temps se mêlent les légendes arthuriennes, la chevalerie, Excalibur, le code de l'honneur et de la loyauté, le courage, la fraternité, l'amour et mon coeur palpite à cent à l'heure.
Les Suzuki Hayabusa et les hélicoptères noirs peuvent pleuvoir et arroser l'intrigue en donnant dans la surenchère racoleuse, cela m'importe peu car j'ai tout lu d'une traite, j'ai beaucoup aimé, l'action est prenante, les personnages ne manquent pas de charme, il y a aussi beaucoup d'humour et Alfred Kropp prouve qu'un garçon ordinaire peut devenir un héros extraordinaire, et plus encore.
La fin suppose que Kropp will be back !

 

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27/10/09

Les sortilèges du passé ~ Marianne Curley

Folio junior, 2002 - 550 pages - 7,90€
traduit de l'anglais par Valérie Mouriaux
titre vo : Old Magic

 

 

old_magicJ'ai d'abord connu le roman en anglais avant de découvrir qu'il avait été traduit en français et qu'il existait une version en format poche chez folio junior, hélas la couverture est repoussante comme ce n'est pas permis (je vous en fais grâce, par souci de préserver votre sensibilité). Bref, l'histoire sur le papier avait tout pour me séduire et je n'ai pas hésité un instant.

C'est donc l'histoire d'un garçon très, très beau, Jarrod Thornton, qui fait son entrée dans la classe de Kate Warren au lycée d'Ashpeak, une petite ville paumée dans les montagnes. L'arrivée de ce garçon ne passe pas inaperçue, tous les regards sont braqués sur lui, l'apparition semble irréelle, Kate elle-même est subjuguée. C'est une jeune fille différente des autres, avec une beauté atypique, elle a un teint diaphane, des cheveux longs très noirs et des yeux bleus translucides, qui font frissonner son entourage, les quolibets ne manquent pas et Kate est souvent mise à part, rendue invisible et ça lui va très bien puisqu'elle est sorcière, c'est un secret bien sûr, concrètement cela s'explique par des dons qui lui permettent de sentir les émotions des autres, de se glisser dans leur tête pour deviner leurs pensées. Elle tente de cerner le nouvel élève, mais son esprit se ferme. Qui est-il ? Kate sent un pouvoir immense chez Jarrod, dont il ne semble pas avoir connaissance, et très vite ça se vérifie puisque, sous le coup de la colère, le garçon provoque une tempête avec éclair, tornade etc. dans la classe de chimie !
Kate n'hésite pas une seconde et veut lui expliquer l'importance de son don. Elle l'entraîne chez sa grand-mère, également sorcière, et lui parle de magie et de sorcellerie, mais sans se rendre compte de la frayeur de Jarrod. C'est un garçon ultra rationnel, il refuse de la croire, il a le désir de mener une vie normale, d'être accepté au lycée et de faire partie de la bande des branchés, bref il l'envoie balader.
Kate ne va pas renoncer aussi facilement, d'autant plus qu'elle réalise qu'elle est tombée amoureuse de Jarrod et qu'elle ne supporte pas de le voir fréquenter les deux filles les plus populaires de l'école. C'est alors qu'un drame va frapper la famille de Jarrod, et ainsi le garçon va écouter les théories de Kate, selon lesquelles il serait maudit depuis des siècles et devrait effectuer un voyage dans le passé pour anéantir cette malédiction.

La version française aurait besoin d'une relecture et d'une nouvelle traduction pour offrir un texte plus peaufiné (avec moins de coquilles aussi) et plus élégant afin de mettre en valeur cette histoire qui pourrait être passionnante et captivante. C'est un roman qui en a toutes les capacités, même si la première partie est parfois lente et les personnages agaçants (Jarrod s'entête à être lâche et à le revendiquer) tandis que Kate s'obstine dans son rôle de fille solitaire, forte de sa personnalité cachée et qui rêve de partager son univers excentrique.
Un bon point, concernant la construction, c'est l'alternance des points de vue. L'histoire est racontée à la fois par Kate, puis par Jarrod, chapitre après chapitre, ce qui permet de savoir ce que les deux personnages pensent au même moment, et c'est vraiment très bien. L'histoire évite de piétiner, même si la deuxième partie arrive tardivement, avec son voyage dans le temps, sa plongée dans l'Angleterre du 13° siècle, l'affirmation des pouvoirs de Jarrod et sa prise de confiance en lui.
Et bonne nouvelle, ce livre ne s'inscrit dans aucune série ! Il se suffit à lui-même, il est même le premier roman de l'australienne Marianne Curley, auteur d'une trilogie The Guardians of time (pas traduite, à ce jour). C'est un roman qui n'est pas désagréable, mais qui mériterait (pour ceux qui souhaitent le découvrir en français) d'être rafraîchi. Un bon coup de neuf pourrait lui donner une seconde chance d'élargir son lectorat, actuellement friand des histoires d'amour entre lycéens qui possèdent des pouvois paranormaux.

 

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24/04/09

Le Bon Gros Géant ~ Roald Dahl

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Adaptée fidèlement du roman de Roald Dahl, cette pièce de théâtre mise en scène par David Wood est aussi un guide pertinent pour les lecteurs qui souhaiteraient passer du rêve aux planches. D'excellentes indications sont données, en guise de décors, de personnages, d'accessoires, de bruitages et d'éclairage.
Plusieurs scènes sont ensuite proposées, qui reprennent l'intrigue principale du Bon Gros Géant, et qui se découpent comme suit : L'enlèvement de Sophie ; Sophie au pays des géants ; Schnockombre et Frambouille ; La pêche aux rêves et le spectacle des rêves ; Sophie et la reine ; Petit déjeuner au palais de Buckingham ; L'enlèvement des géants.

L'histoire ne change pas : Sophie, une orpheline, est enlevée par le BGG. Heureusement pour elle, ce géant, contrairement à ses acolytes, ne mange pas les mouflets. Toutefois, il est préférable de cacher la fillette car dans le pays des géants la menace est partout.
Le BGG est aussi un attrapeur de rêves, il s'en ressert ensuite pour les distribuer grâce à sa trompette. Autre particularité : notre BGG est un poème à lui tout seul, son langage n'appartient qu'à lui, c'est un baragouinage permanent, Sophie, qui ne s'y trompe pas, « trouve qu'il parle magnifiquement », le lecteur, lui, est totalement béat.
« Pour moi, les mots c'est un problème horripilateur. Je sais exactement les mots que je vais dire, mais ils finissent toujours pas s'entortillembrouiller à la sortie. »
Un peu d'action vient saupoudrer cette belle amitié entre un géant et la fillette, des rencontres royales aussi vont survenir, telles des petites notes saugrenues mais pourvues d'un humour rafraîchissant.
On sort de cette lecture (une sorte de raccourci au roman, j'avoue) en se sentant l'âme « fantastoc et faramidable » !

Folio junior, 2008 - 150 pages - 5,50€
Adaptation de David Wood
Traduction de l'anglais de Jean Esch
Illustrations de Jane Walmsley

Le roman a été lu par Erzebeth et Alice

10/04/09

Le gang des culottes courtes ~ Zoran Drvenkar

« le gang des culottes courtes est né au beau milieu de l'hiver, un moment à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire du monde »

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Rudolpho, Island, Snickers et Ciment sont quatre jeunes canadiens dont la vaillance est tellement reconnue qu'ils sont conviés au studio de télévision pour raconter leurs aventures. Ils ont réussi à sauver des vies lors d'une tempête de neige, d'un accident de train, à dompter les grizzlis, à braver les fantômes et à se transformer en accoucheurs coincés dans une voiture.
Cela peut paraître invraisemblable et exagéré, et j'aimerais pouvoir trancher entre ce qui est vrai ou faux, mais c'est inutile. C'est un tel régal de se laisser berner par leurs sornettes (ou pas), de rire aux éclats en découvrant leurs péripéties abracadabrantes.
A tour de rôle, ils prennent donc la parole pour répondre à la question du public, comment sont-ils devenus la coqueluche du pays ? Très sérieusement, parfois timidement, et même un peu gênés, ils s'expriment. Et pour ça, ils sont cash. Désopilants. Attachants. Drôles. Fanfarons. Eux espèrent que toute la vérité sera enfin dite sur leur compte, puis rêvent d'aller manger une part de pizza loin des feux de la rampe.

En attendant, leur histoire se laisse lire avec un plaisir non simulé. A la fois c'est dépaysant, cela se passe au Canada, on a droit à tout le folklore (tempêtes de neige, caribous, grizzlis, hockey sur glace), ensuite les personnages sont inimitables, des Petites Canailles au grand coeur, qui se trouvent brusquement au coeur de l'action puis propulsées sur le tapis rouge, contre leur gré. Ils restent des enfants attachants, simples et sympathiques.

Et puis j'ai également aimé la mise en scène voulue par l'auteur, comme quoi le traducteur « Dick Sionert » serait venu en personne rencontrer Zoran Drvenkar dans sa maison de bois, près du lac Manitoba, retranché du reste du monde. Drvenkar est le seul à connaître toute l'histoire, à avoir recueilli les confidences secrètes des protagonistes... De cela, on n'en saura pas plus car l'histoire est bricolée de telle sorte qu'elle intrigue du début à la fin, mais l'auteur en joue jusqu'au bout, on trouve dans ce texte une profusion de notes, toutes plus risibles les unes que les autres, qu'importe, c'est du bonheur en barre !
Un bouquin dédié aux enfants, mais qu'on peut sans honte leur chiper !!!

Folio junior, 2009 - 192 pages - 5,90€
traduit de l'allemand par Laurence Bouvard
dès 11 ans

Illustrations intérieures de Ole Könnecke
Illustration de couverture Matthieu Sapin

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28/03/09

Il n'y a pas de petits lecteurs ! #2

(pour ceux qui l'ignorent encore, j'ai coutume de lire des romans à voix haute pour mademoiselle ma fille, elle a peut-être bientôt 9 ans, mais elle ne rechigne pas contre quelques séances de lecture avant l'extinction des feux...) voici un échantillon des dernières lectures.

Céleste, ma planète - Timothée de Fombelle
Illustrations de Julie Ricossé

celeste_ma_planeteDans un futur proche, le narrateur, un jeune garçon délaissé par sa mère, vit dans une ville modelée par d'immenses tours de verre et des nuages de pollution. Il rencontre Céleste, qui lui redonne le goût d'être amoureux. Mais au lendemain de leur rencontre celle-ci disparaît. Il décide de la retrouver, puis de la sauver lorsqu'il apprendra qu'elle est gravement malade, et de faire un formidable coup d'éclat pour réveiller les consciences endormies, car soigner la planète guérira aussi Céleste.

Ce merveilleux petit roman est un cri d'amour, un signal d'alerte mais jamais un moratoire pour nous faire prendre conscience de l'état de la planète. Suffit d'un zest d'intelligence pour réagir, il me semble. Enfin bref, le roman dénonce les abus, la pollution, la consommation à outrance, l'individualisme... mais sans jamais être dogmatique. Pour faire avaler la pilule plus joliment, l'auteur s'est tenu à raconter une histoire d'amour, très pure et pleine d'espoir, entre Céleste et le garçon. Il y a beaucoup de charme, d'aventure et d'émotion dans ce livre qu'il faut lire à n'importe quel âge !

Ce texte a précédemment été publié en 2007 dans la revue Je Bouquine.

Folio junior, 2009  - 92 pages - 4,00€  (c'est donné !)

l'avis de Gaëlle

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Je ne suis pas soeur Emmanuelle - Carine Tardieu

je_ne_suis_pasAdèle a 13 ans. C'est une fille sans histoires. Un soir, sa mère l'envoie faire quelques courses. En parcourant les rayons, l'adolescente a une envie de chewing-gum. Pas de problème, elle glisse le paquet dans son panier. Mais au moment de passer en caisse, elle l'oublie et s'en rend compte. Pourtant elle choisit de ne rien dire. C'est son premier larcin : voler. Une pulsion soudaine, qui fait naître en elle de nombreuses questions relatives à la honte et à la culpabilité. Non elle n'est pas soeur Emmanuelle, la bonté faite femme, mais pourquoi insiste-t-elle là-dessus ?
En fait, on découvre qu'elle avait une soeur aînée, Emmanuelle, qui est morte avant d'avoir ses treize ans. Cette tragédie a marqué la famille et sans le vouloir Adèle s'est couverte d'un manteau de culpabilité qui l'oppresse horriblement. C'est par le vol du paquet de chewing-gum que tout va ressortir, pour aussi arriver à ce constat : je ne suis pas parfaite, mais au moins je suis vivante.

Très bon texte, qui traite de l'adolescence à fleur de peau et du deuil. Le monologue de la narratrice déborde aussi d'un humour corrosif, pas désagréable à lire. Excellente découverte !

Actes Sud junior, coll. D'une seule voix, 2009 - 62 pages - 7,80€
illustration de couverture : Anne-Marie Adda

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Un coeur gros comme ça, - Jo Hoestlandt
illustrations de Frédéric Rébéna

un_coeur_grosClasse verte pour l'école de Garance, direction la montagne et le bon air de la campagne. Nos petits citadins vont découvrir pendant trois semaines le calme, le silence, la nuit noire, les étoiles, les murmures, la nature, les animaux... Dans la classe de Garance, tout le monde s'entend très bien, même si Manu reste la tête de turc. C'est un garçon qui ne s'embarrasse d'aucun tracas, on peut penser de lui tout ce qu'on veut, il s'en moque (et il a bien raison !). C'est un idéaliste, un rêveur et un original. Il donne toujours le sentiment d'être à l'ouest, il réfléchit dans son coin, il pose beaucoup de questions qui sortent de l'ordinaire, et elles ne sont pas forcément inintéressantes. Garance s'en rend compte. Elle était un peu comme ses copines, à traiter Manu de lourd et de balourd. Et puis elle s'aperçoit que c'est un type bien aussi. Avec lui, elle a des petits codes, la nuit avant de s'endormir, ils s'adressent un toc toc toc contre la paroi qui sépare leur chambre, ou bien le garçon lui explique qu'une petite souris de Paris s'est prise d'affection pour lui et lui envoie des tas de lettres. Pour la remercier il a l'idée de conserver tous les bons fromages de montagne pour les envoyer dans un colis avant leur départ.

Parfois, on ne remarque pas les gens précieux à côté de nous. Il suffit d'ouvrir ses yeux... C'est le message qui figure en quatrième de couverture. Et on ne se lassera jamais de le répéter ! Nous avons beaucoup aimé ce petit roman, très tendre, drôle et attachant. La petite Garance a des airs d'une certaine demoiselle de ma connaissance (et sa maman m'en rappelle une autre ! ;o)). La façon de raconter les rapports entre les uns et les autres est d'ailleurs très pertinente, on y découvre aussi qu'on ne cesse jamais d'apprendre d'autrui et qu'on n'est jamais à court de surprises !
Excellente lecture, dès 8 ans.

Nathan poche, coll. C'est la vie, 2009 - 102 pages - 4,80€

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Et si votre enfant aime les histoires policières, voici un petit conseil de lecture sympathique :

bonflairUne enquête de Mister Bonflair, L'étrange incendie
de Claire Clément
illustrations de Frédéric Benaglia

L'histoire est simple : Bertus le sanglier a invité ses amis à pique-niquer, mais la petite fête tourne au drame. Tout le monde part fâché. Et peu de temps après, on découvre la maison de Bertus en cendres. Tout a brûlé. Est-ce possible que parmi les suspects se trouve un de ses amis ? Bertus est soulagé de croiser Mister Bonflair sur sa 600 Taquavoir. Fin limier, celui qu'on ne doit surtout pas nommer Achille Duchoux, son vrai nom qu'il déteste, va flairer et chercher des indices.

Vraiment un livre idéal pour un lecteur débutant (dès 6 ans) qui aime mener sa petite enquête.
Cette lecture s'accompagne de précieuses illustrations qui permettent au lecteur de chercher par lui-même, de faire attention au moindre détail pour trouver des indices. L'auteur a aussi ponctué chaque double page d'une question - 1) pour tenir l'intérêt du lecteur en haleine - 2) pour l'amener à réfléchir par lui-même. Ainsi l'enfant aura la certitude d'avoir participé à l'enquête et (pourquoi pas ?) trouvé la solution tout seul !
Un roman qui requiert la participation du lecteur. C'est bien, non ?

Nathan poche, coll. Mystère, 2009 - 30 pages - 4,70€