06/11/06

De toutes les couleurs - Angela Huth

de_toutes_les_couleurs"De toutes les couleurs" pourrait être un vaudeville au sein de la classe bourgeoise anglaise, un rien guindée. Angela Huth affectionne de croquer ces personnages en y mettant une surcouche d'artifices compassés et ampoulés. Ambiance feutrée et nunuche à souhait ! Il faut aimer (c'est mon cas !). Angela Huth a aussi cette indécrottable touche pour décrire ses personnages : en premier lieu Isabel, femme secrète ou égoïste qui s'isole dans son atelier pour travailler ses masques. Elle est l'antagonisme de son amie Carlotta, femme qui use de manoeuvres pour séduire (Dan ?... why not ?). Elle jalouse son amie, de la chance qu'elle a (une vie maritale réussie et épanouie), mais dans le fond elle sait très bien qu'elle ne pourrait jamais s'y contenter ! J'aime moyennement les personnages masculins (Dan, le mari d'Isabel, & Bert, l'ami de toujours), ils sont moins drôles. Autre chose, je ne comprends pas le rôle joué par Gwen, la femme de ménage. Est-ce par malice qu'Angela Huth a décrit ce caractère désoeuvré, poursuivi par un malade mental (comme dans "tendres silences" et surtout "folle passion")? A voir. Personnellement j'ai trouvé que c'était un personnage plutôt bouche-trou. Qu'importe... "De toutes les couleurs" est un très bon roman de cet auteur qu'on ne présente plus (au cas où, cliquez ici). C'est une lecture idéale pour qui cherche un instant plaisant, douillet et délicieusement décalé ! Et comme dit la présentation : Des êtres fragiles et ambigus, les troubles du désir, une valse des sentiments, des épilogues amoureux inattendus...  A lire.

Folio

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24/10/06

Le roman d'Oxford - Javier Marias

 

le_roman_d_oxfordLe narrateur a quitté Madrid pour venir enseigner à l'université d'Oxford pendant deux ans. Quatre mois après son arrivée, il tombe sous le charme de Clare Bayes, une femme mariée, mère d'un garçon envoyé dans un pensionnat pour ses études. L'espagnol est dépassé par la vie à Oxford, par son ambiance, ses us et coutumes, comme les fameux "high tables" où tous les universitaires se rassemblent autour d'une table pour un repas pantagruélique, tous vêtus de leur toge, engoncés et guindés, cherchant dans l'alcool le dégrisement nécessaire pour chasser l'engourdissement et l'ennui.

La vie à Oxford apporte aussi son lot d'enthousiasme, l'homme se découvre une passion pour les vieux livres et fouillent toutes les librairies poussiéreuses pour dénicher les ouvrages de Machen et Gawsworth. C'est ainsi qu'il rencontre un étrange individu, dénommé Alan Marriott, qui l'encourage à s'inscrire dans un club fermé de la "Machen Company". Mis à l'écart par sa maîtresse, le narrateur va courir les rues d'Oxford où il scrute les mines patibulaires des clochards avec une fascination malsaine et déplacée, y voyant quelques reflets prémonitoires, ou déjà bien réels. L'homme traverse une crise, nommée "perturbation", qu'il tente de dominer, grâce notamment à Cromer-Blake, son guide et protecteur dans la ville d'Oxford. "Je me rendis compte que mon séjour à Oxford serait certainement, à son terme, l'histoire d'une perturbation; et que tout ce qui y commencerait ou y surviendrait serait touché ou coloré par cette perturbation globale et ainsi, condamné à n'être rien dans l'ensemble de ma vie, qui elle n'est pas perturbée : à se dissiper et tomber dans l'oubli comme ce que racontent les romans ou comme presque tous les rêves. C'est pour cette raison que je fais aujourd'hui cet effort de mémoire et cet effort d'écriture, car je sais qu'autrement je finirais par tout effacer."

C'est ainsi que j'ai complètement douté de ce livre : s'agit-il d'un roman ou d'un témoignage romancé à partir d'une expérience réelle ? Car en 1983, l'écrivain Javier Marias est parti enseigner à Oxford et "Le roman d'Oxford" sera publié quelques années plus tard. Dans le portrait de Marias, on découvre des points communs avec le contenu de ce livre, notamment sur Gawsworth et sur le royaume de Redonda, ce qui me pousse davantage à opter pour la deuxième option pour appréhender ce livre. "Le roman d'Oxford" est effectivement un roman virtuose et ironique, écrit avec élégance, rigueur et montrant une grande érudition. Toutefois je me suis sentie plus d'une fois mise de côté et perplexe entre ses lignes, en gros j'ai trouvé ce livre usant. Il emprunte beaucoup de pistes, il brouille le fil conducteur et immanquablement le lecteur se perd. Mais d'un autre côté, j'ai trouvé qu'il était brillant dans sa peinture de la ville d'Oxford et du microcosme universitaire. Voilà pourquoi ce livre est habile, narquois mais galant. Cela fait beaucoup à penser pour un seul livre, il faudrait sans doute le lire en plusieurs fois...

Folio

Posté par clarabel76 à 21:50:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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