17/12/16

La Part des flammes, de Gaëlle Nohant

La Part des flammesC'est toute honte bue que j'ai enfin plongé dans le deuxième roman de Gaëlle Nohant, dix-huit mois après sa parution aux éditions Héloïse d'Ormesson. Comme il figurait parmi les nouveautés du mois, en exclusivité sur Audible, j'ai ainsi pu rattraper mon retard à écouter Françoise Cadol pour Audible Studios. Et quelle prouesse !  
L'histoire nous installe dans le Paris de la fin du 19e siècle. Trois femmes ignorent encore que leur destinée va être liée par la tragédie du Bazar de la Charité. En attendant, elles se croisent autour du comptoir n°4 où La duchesse d'Alençon tient un stand en compagnie de Violaine de Raezal, une jolie veuve qui souffre de sa réputation, et Constance d'Estingel, une jeune fille fragile qui vient de rompre ses fiançailles sans la moindre explication. Ses parents sont fous de rage. 
Et puis, c'est le drame. Un incendie ravage les locaux du Bazar en faisant de nombreuses victimes. La duchesse est portée disparue, Violaine panse ses blessures tandis que Constance est grièvement meurtrie, tenue à l'abri des regards indiscrets. Son fiancé Lazlo de Nerac se fait alors connaître pour signer des articles assassins dans la presse. D'un esprit sans complaisance, il pointe du doigt les bassesses de l'espèce humaine et fustige la bonne société du Tout-Paris pour son égoïsme et son paraître. Ses propos font vibrer la corde sensible du peuple, fortement affligé par la tragédie, en même temps que fleurissent des portraits élogieux des anonymes ayant accompli des actes héroïques, parfois au péril de leur vie. 
La description de la catastrophe est remarquable : force, émotion, réalisme, peur, exaltation, suspense... On ressent avec une telle âpreté chaque seconde de cet événement qu'il en devient la pierre angulaire du roman. Tant de destins se jouent et vont se jouer autour qu'on peine à décrocher du rythme. La mise en scène est saisissante, elle propulse les personnages dans un chaos flamboyant et poignant. Car la vie de Violaine ou de Constance est jusqu'au bout chahutée, compressée, broyée pour en tirer des bribes éparses. 
J'ai beaucoup, beaucoup aimé la construction du roman. C'est propre, lisse, impeccable. Cela rappelle aussi les feuilletons de l'époque, qui ont consacré Dumas ou Balzac, en proposant une flopée d'aventures et autres rebondissements (amour, liaison, duel, enlèvement...). L'ensemble est foisonnant et se pose comme une lecture passionnante, en complet décalage avec notre réalité. L'illusion est parfaite, le tableau du 19e siècle est dépeint avec élégance et authenticité. Il y a un vrai travail de recherches qui ne prend pas non plus le pas sur le sens du romanesque. Ce n'est pas qu'un roman historique, inspiré d'après un fait réel, mais bel et bien une fiction enrobée de bon goût et de délicatesse, une œuvre romanesque vibrante de sensations. 
La lecture audio dure approximativement 12 heures, mais ne laisse jamais l'impression de temps qui s'écoule lentement. C'est au contraire captivant du début à la fin, savoureux et délicieusement guindé. Après être tombée amoureuse de L'Ancre des rêves, je retrouve la plume de G. Nohant avec grand plaisir. L'auteur a gagné en évocation, en puissance et en majesté dans un genre très différent. Bravo ! 

Texte lu par Françoise Cadol pour Audible Studios (version intégrale, durée : 12h 25)

>> Uniquement disponible en téléchargement.

©2016 Héloïse d'Ormesson (P)2016 Audible FR

La Part des flammes | Livre audio

 

Posté par clarabel76 à 09:30:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , ,


10/10/12

“What are we, if not an accumulation of our memories?”

IMG_7928

Une femme se réveille dans un lit, la mémoire en vrac. Un homme dort à côté d'elle. Un sentiment de frayeur la gagne aussitôt. Dans le miroir de la salle de bains, son image lui fait pousser des cris d'effroi : elle a vingt ans de trop. Qu'est-ce que cela veut dire ? Et c'est ainsi, chaque matin, le même rituel. Christine souffre d'une amnésie rare (elle n'a plus aucun souvenir et ne peut stocker de nouvelles données). Elle a été victime d'un accident à l'âge de vingt-neuf ans, le temps a passé, la mémoire aussi, désormais elle tente de se reconstruire et de s'accrocher à sa vie en cherchant à comprendre. La lecture de son journal l'aidera peut-être à débroussailler son esprit ravagé. Jour après jour, Christine doit enregistrer les mêmes informations. Son présent est morne, son passé est évanoui, elle tente de cerner les ombres, de combler les vides et cherche à reconstituer le puzzle. C'est long, troublant, assez répétitif, tous les matins elle repart de zéro, doit encaisser le même choc et ainsi ingurgiter vingt années d'une vie qui s'est déroulée sans elle. Alors pourquoi un tel traumatisme ? qu'est-ce qui a pu provoquer son accident ? pourquoi son mari Ben refuse de rencontrer les médecins ? Quel est le vrai du faux, en somme ?!

Car l'histoire, aussi habile et terrifiante soit-elle, nous plonge dans un climat de paranoïa d'où germe un sentiment de doute qui ne fait que grossir. Heureusement j'aime être baladée de la sorte, ne plus savoir ce qu'il faut penser, se méfier de tout et de tout le monde, imaginer le pire scénario, craindre un dénouement encore plus tordu qu'il n'est en réalité. Tout du long, la tension psychologique est parfaitement maîtrisée. Le format livre-audio permet aussi une nouvelle approche de la lecture, c'est une expérience excitante et bien frustrante aussi, puisqu'il faut s'en tenir au rythme de la narratrice et qu'il est impossible de sauter des passages. Je l'avoue, parfois j'ai eu envie d'aller plus vite que la musique. Mais je ne regrette pas ce format non plus ! Pour info, le texte est lu par Françoise Cadol, la voix française d'Angelina Jolie et de Mary Alice dans Desperate Housewives. (Prévoir 11 heures d'écoute !)

Avant d'aller dormir, par S.J. Watson
Audiolib, 2012 (Livre audio 1CD MP3 - 644 Mo) ou éditions Sonatine, 2011
traduit par Sophie Aslanides / Prix  SNCF du polar-roman 2012

Posté par clarabel76 à 10:15:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,