01/11/17

Sharko, de Franck Thilliez

SharkoLe roman s'ouvre sur une scène classique de terreur : dans un bassin de requins, un type se saigne les bras et donne aux spectateurs un instant de carnage mémorable. Puis, les flics du 36 sont convoqués sur une scène de crime de nouveau sordide : un corps torturé, des sangsues et des cadavres de chats noirs. Sharko et ses collègues sont atterrés.
Or, le lecteur n'est pas dupe car, un chapitre plus tôt, il a été témoin de l'excès de zèle de Lucie Henebelle. Notre inspecteur chevronnée s'est en effet rendue seule chez un suspect, est tombée sur un os et a sorti son arme pour se sortir d'un mauvais pas. Seulement, la voilà coupable d'un meurtre et c'est son compagnon, Franck Sharko, qui accourt pour masquer le crime. Nomdédiou.
Le couple est dans l'impasse mais saisit les rênes de l'enquête pour la mener avec force et subtilité. Toutefois, cela se corse au fur et à mesure des révélations, car leur individu était loin d'être un enfant de chœur et semblait être un maillon d'une effroyable chaîne de barbarie.
Dans leur entourage, Nicolas Bellanger est au taquet. Déterminé à fouiller le passé du tortionnaire, à comprendre son exécution, à aller jusqu'au bout de l'énigme, le policier flirte avec la zone rouge, portant encore les stigmates de l'affaire Pandemia.

Au final, j'ai été aspirée par l'engrenage impitoyable que va déployer F. Thilliez. C'est du lourd, de l'innommable, dans le genre thriller intransigeant. L'intrigue bascule dans des sentiers perdus, on y trouve du sang, des vampyres, des sectes et des trafics. Toujours et encore. C'est un pur cauchemar, une vision de notre société et de l'humanité bien laide et déprimante. Au milieu de tout ça, le couple Sharko tient bon la barre en dépit de la menace rampante. Lucie est plus fébrile que jamais, tandis que Franck se veut un roc solide et intouchable, mais voilà... que du faux-semblant tout ça ! Cela m'a évidemment bien plu, il y a du rythme, de l'émotion et du crapuleux, j'ai aimé plonger dans les méandres de cette histoire effroyable et sordide. 

Par contre, côté technique, j'ai eu comme un souci avec la voix de Michel Raimbault, pourtant fidèle lieutenant de la garde, coutumier d'être le performeur en chef de la série Sharko & Lucie. Or, cette fois, grosse déception - une voix vieillissante pour notre flic roué et aguerri - ¿ qué pasa ? Malgré une interprétation de fine mouche, j'ai trouvé le trait forcé et déplaisant, en plus de donner un coup de vieux aux personnages. On réajuste la mesure, et c'est ok pour moi. ;-)

©2017 Fleuve Éditions / Audiolib lu par Michel Raimbault

Durée : 17 h 11 min

 

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07/11/16

Rêver, de Franck Thilliez

REVERPour son nouveau roman à suspense, Franck Thilliez fait montre d'une abominable rouerie en explorant les arcanes du sommeil et des rêves via son héroïne atteinte de narcolepsie. Abigaël souffre de cette maladie depuis des années et a souvent recours à des brûlures ou des scarifications pour distinguer le vrai du faux. Tout s'embrouille dans un flou constant, ce qui empoissonne naturellement sa vie.
Psychologue chevronnée, spécialisée en criminologie, elle prête souvent son concours aux enquêteurs pour débroussailler le terrain et les guider vers des issues possibles. Depuis plusieurs mois, tous s'échinent à démasquer un kidnappeur d'enfants, le mystérieux Freddy, en référence au personnage créé par Wes Craven, qui prend plaisir à infliger à ses victimes des tortures insoutenables. Mais la vie d'Abigaël bascule dans le cauchemar, alors qu'elle accompagne son père avec sa fille pour un weekend de détente, leur voiture est accidentée en rase campagne, seule Abigaël sort indemne de la carcasse et n'a aucun souvenir du choc. Six mois plus tard, toujours effondrée et shootée aux calmants, Abigaël tente de se raccrocher à son travail, avec le soutien de son ami Frédéric, enquêteur de police. Elle tente, parallèlement, de reconstituer les dernières heures qui ont précédé son accident de voiture et va pointer des détails troublants dans le planning de son père.  Et lorsque certaines pistes recoupent celles de l'immonde Freddy, le sang d'Abigaël ne fait qu'un tour. 
Certes, la lecture est assez laborieuse car il faut prêter attention, à chaque instant, aux dates et aux lieux des événements, ne pas lâcher le fil de l'intrigue, aussi ingénieuse soit-elle, et se dépêtrer du brouillard perpétuel qui enveloppe les pensées et les faits de la jeune femme. La maladie d'Abigaël entre souvent en jeu et vient un peu compliquer la donne : entre l'acquis et le supposé, les frontières s'effacent. Et c'est le point fort du roman. F. Thillez dupe facilement le lecteur en lui faisant croire tout et n'importe quoi, mais le piège est facile et pleinement consenti. J'ai apprécié suivre le mouvement, perdre mon équilibre et culbuter d'une idée à l'autre. Lorsque la brume se désépaissit et laisse filtrer un début de vérité, c'est encore plus flippant et excitant. 
Résultat, ce roman m'a beaucoup plu. Au départ je trouvais l'interprétation de Clémentine Domptail glaçante et mécanique, puis l'atmosphère générale a réussi à me convaincre que cela collait au personnage d'Abigaël. Constamment sur le fil du rasoir. Cela n'empêche pas non plus les émotions de se faufiler, on a le choix entre frissonner de dégoût et trembler de peur, se questionner sur la santé mentale de l'héroïne et éprouver aussi de la compassion. Entre séquences fortes et instants dramatiques, la balance, en tout cas, est parfaite. Ce cru 2016 s'émancipe du duo Hennebelle & Sharko et offre sans aucun doute une bonne échappatoire à la routine ! 

Texte lu par Clémentine Domptail pour Audiolib (durée : 13h 14) - Octobre 2016
© California Dreamin', The Mamas and the Papas - Universal Music Division Barclay.
© 2016, Fleuve éditions, département d'Univers Poche

13/10/15

Pandemia, de Franck Thilliez

PANDEMIA

L'auteur avait prévenu que la fin d'Angor était illusoire. L'Homme en Noir est de retour ! Et sa vengeance sera terrible... Nicolas Bellanger s'est mis en travers de son chemin, par amour pour la jolie Camille, les répercussions ne seront pas longues à attendre. Et cela se passe sur le Parc du Marquenterre où sont retrouvés les corps de trois cygnes, porteurs d'une souche grippale virulente. Effet boule de neige assuré. Les locaux du 36 sont désertés par les malades qui s'effondrent les uns après les autres. L'équipe de Sharko est diminuée, alors qu'elle recense une autre attaque bactériologique au sein de leurs murs. Sur ces entrefaites, Amandine Guérin, une biologiste de l'Institut Pasteur, est également préoccupée par l'acte criminel qui semble avoir trouvé sa source dans leurs laboratoires. Sans rien dire, elle travaille sur de nouvelles pistes, qui se conjugueront avec celles de la police, après bien des découvertes sinistres et sidérantes. Son acharnement entre aussi en confrontation avec sa vie personnelle et révèle une obsession maladive contre les microbes. Un portrait de femme très intéressant à suivre, et qui mériterait de prendre une plus grande place dans d'autres livres ! ;-)

Pandemia clôt un nouveau cycle en résolvant pas mal d'interrogations, mais me laisse une sensation d'éternelle frustration, comme un arrière-goût d'inachevé et un dénouement qui manque de force. Le face-à-face qu'on craignait tant arrive au terme d'une lecture de plus de 600 pages (et d'une écoute de 17 heures) et peut se comprendre, mais il n'empêche que ça me turlupine. J'aurais voulu un autre final, même s'il est clairement dit que « cela ne pouvait finir autrement ». Amen. Après tout, j'ai gobé ce roman-fleuve en retenant mon souffle et en stressant de bout en bout. Peut-on décemment se plonger dans un tel schéma narratif, en étant mysophobe comme moi ? Cela revient à s'infliger un supplice de chaque instant. Ou je suis clairement maso. Certes, on a du rythme, de l'émotion et un cheminement incroyable vers l'esprit torturé de l'espèce humaine. Mise à part la fin, je ne regrette absolument rien de ma lecture. C'est un roman de très bonne facture - moins versé dans les atermoiements sentimentaux, plus dans l'action et la réflexion. Et il me tarde, déjà, de retrouver tout ce petit monde ravagé dans de nouvelles enquêtes qui dépassent l'entendement. Avec un Michel Raimbault (Audiolib) grave et imposant dans le registre policier noir et accablant.

Audiolib / Septembre 2015 ♦ Texte lu par Michel Raimbault (durée : 17h 04) ♦ 644 pages chez Fleuve Noir

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15/01/15

Angor, de Franck Thilliez

Angor

Angor s'inscrit dans la lignée du triptyque (Syndrome E, GATACA et Atom[ka]), avec toujours Sharko et Lucie Henebelle en tête d'affiche, sauf que le couple se fait voler la vedette au profit de nouveaux personnages : Camille Thibault, jeune gendarme travaillant dans le Nord, et Nicolas Bellanger, leur capitaine au 36, quai des Orfèvres. Depuis sa greffe du cœur, Camille est obsédée par l'identité de son donneur. Elle s'imagine partager les pensées de celui-ci, car elle se surprend à avoir des envies de fumer ou fait souvent des cauchemars avec une inconnue appelant à l'aide. Tout ceci l'interpelle et rien ne peut la détourner de son but. Sur la route de ses vacances, elle en profite pour mener son enquête... qui la conduit vers l'équipe du 36. En ce mois d'août caniculaire, l'effervescence est à son comble, dans les bureaux. Des corps refont surface, orientant vers une piste fumeuse, également suivie par Camille, qui fait cavalier seul. Mais les enquêtes respectives mènent vers un seul but : le démantèlement d'un réseau de trafic d'organes ! F. Thilliez n'y va pas avec le dos de la cuillère et nous plonge, à nouveau, dans l'ignominie de l'espèce humaine (qui n'est pas sans rappeler La Patience du diable de M. Chattam !).

J'ai beaucoup aimé renouer avec l'univers macabre et tordu de l'auteur, reprendre contact avec ses personnages et, pourquoi pas, donner une chance aux électrons libres de s'affirmer. On a entre les mains une intrigue diabolique et efficace, mais dont le schéma peine ici à se renouveler car j'ai été beaucoup moins surprise par la logique et le dénouement de l'enquête. Celle-ci part carrément en roue libre, du fait de l'entêtement de Bellanger, qui perd tout son bon sens et se fiche de la procédure, au nom de l'Amour ! Quelle fumisterie. Rien que pour ça, j'ai un peu tiqué. Par principe. Les tourments de Nicolas prennent trop d'importance et nuisent à la crédibilité de l'histoire. Je ne suis pas déçue, mais plutôt frustrée, car l'affaire n'est pas proprement terminée et annonce d'autres rebondissements, gageons ainsi que nos tourtereaux retrouveront leur rigueur et leur professionnalisme pour ne plus me laisser cette sensation de “too much” au fil des chapitres. D'un autre côté, je tiens à souligner l'excellente réflexion, objective et pertinente, sur le don d'organes, proposée en filigrane dans ce livre !

Audiolib, décembre 2014 ♦ texte intégral lu par Michel Raimbault (durée : 17h 47) ♦ 618 pages chez Fleuve Noir

Interprétation irréprochable de Michel Raimbault, dont la voix colle à merveille avec le caractère bourru de Sharko ! Aucune fausse note à l'écoute de l'Audiolib, même s'il faudrait songer à une autre alternative pour les voix féminines...

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23/10/14

Puzzle de Franck Thilliez

en poche ! 

puzzle

Pocket, octobre 2014

Ilan est tombé en dépression après la mort de ses parents et la rupture avec sa petite copine Chloé. Lorsque celle-ci refait soudainement surface, c'est pour le supplier de participer à un nouveau jeu, en faisant miroiter le pactole à décrocher (de quoi retaper la demeure familiale, par exemple). Le jeu, bien mystérieux, se présente comme une grande chasse au trésor et porte le nom de Paranoïa. Les épreuves sont tordues, mais conduisent un petit nombre de candidats à s'enfermer dans un ancien établissement psychiatrique, dans les montagnes, sous une tempête de neige. Dernière ligne droite, dernière chance pour remporter ce jeu démoniaque.

Et effectivement, tout, dans ce roman, est vicieux, tendu, complexe mais efficace. On se retrouve cloîtré comme les personnages dans un univers qui fait froid dans le dos, on est pris dans l'engrenage, bien malgré nous, et plus on cherche à comprendre, à briser les arcanes du jeu, plus on s'interroge sur les intentions de tous les participants, bref on vit un véritable enfer. Olé ! Rien que pour ça, l'auteur a réussi son coup. L'orchestration est brillante, inspirée du modèle des “Dix Petits Nègres”, donc peu de surprise à prévoir, et pourtant on se laisse embobiner à merveille.

Si vous êtes sensibles aux ambiances psychotiques, qui rendent nerveux et méfiants à tout bout de champ, plongez dans cet enfer et vous hésiterez un moment avant d'éteindre la lumière avant de vous coucher ! 

 

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06/10/14

La Chambre des Morts, de Franck Thilliez

La chambre des morts

Imaginez... Vous roulez en pleine nuit avec votre meilleur ami, tous feux éteints. Devant vous, un champ d'éoliennes désert. Soudain le choc, d'une violence inouïe. Un corps gît près de votre véhicule. À ses côtés, un sac de sport. Dedans, deux millions d'euros, à portée de main. Que feriez-vous ? Vigo et Sylvain, eux, ont choisi.

Petit coup de projecteur sur ce roman impliquant la toute première enquête de Lucie Henebelle, alors simple brigadier à Dunkerque et maman célibataire de jumelles âgées de quelques mois. La jeune femme crève d'envie de s'éloigner de son bureau, d'être sur le terrain et de se frotter aux mécanismes tordus des criminels chevronnés. En cette période de Noël, où l'effectif au boulot est plutôt restreint, Lucie tient une opportunité en or : une fillette a été enlevée, la demande de rançon a viré au fiasco, d'autres victimes s'annoncent.

Et l'on perçoit déjà tout ce qui fera le succès de Lucie : une enquêtrice avec du flair, sans cesse sur la corde raide, travaillant à l'instinct, capable de prendre tous les risques et allant jusqu'au bout de ses idées fixes. C'est flippant, mais c'est sa marque de fabrique, qui fera toute la différence par la suite. L'histoire baigne dans un cadre triste et désolant (ah, le Nord... on s'y retrouve !), les personnages drainent dans leur sillage un flot de misère, ça sent la déprime à plein nez.

Mais on s'en tire bien, le rythme est entraînant, l'intrigue juste assez sordide pour dresser les cheveux sur la tête, sans tomber dans la surenchère non plus. Par contre, pour avoir lu les derniers romans de l'auteur, j'ai pu constater que son style avait évolué, parce que les clichés et les facilités du style « sucette à tabac » (cigarette) ou « engin de mort » (Beretta) sont un peu grinçants à la longue. Bref, cette lecture livre tous les prémices d'un univers ravageur, qui ne manquera pas de s'étoffer au fil des épisodes ! Rendez-vous est pris.

Pocket, décembre 2012 pour la présente édition ♦  Pocket vient de réunir en un recueil (édition spéciale, Octobre 2014) les deux premières enquêtes de Lucie Henebelle, La Chambre des Morts & La Mémoire Fantôme.

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05/05/14

Puzzle, par Franck Thilliez

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Ilan a sombré dans la dépression suite à la mort de ses parents, suivie peu de temps après par sa rupture avec sa petite copine Chloé. Lorsque celle-ci s'invite chez lui à l'improviste et le supplie de participer à un nouveau jeu, Ilan hésite avant de saisir l'occasion de décrocher le pactole pour retaper la demeure familiale. Le jeu, bien mystérieux, se présente comme une grande chasse au trésor et porte le nom de Paranoïa (tout un programme !). De fil en aiguille, il va conduire un petit nombre de candidats à s'enfermer dans un ancien établissement psychiatrique, dans les montagnes, sous une tempête de neige.

Tout, dans ce roman, est diaboliquement efficace, on se retrouve cloîtré comme les personnages dans un univers qui fait froid dans le dos, on est pris dans l'engrenage, bien malgré nous, on cherche à comprendre, à briser les arcanes du jeu, on ne cesse aussi de s'interroger sur les intentions de tous les participants, bref on vit un véritable enfer. Et rien que pour ça, l'auteur réussit son coup. L'orchestration est brillante, inspirée du modèle des “Dix Petits Nègres”, donc peu de surprise à prévoir, et pourtant on se laisse embobiner à merveille, car la lecture est saisissante !

Emmanuel Dekoninck, pour Audiolib, nous livre une interprétation tout aussi captivante et roublarde, qui rend la psychose ambiante encore plus palpable et flippante. Seul détail (négligeable), le comédien ne sait pas prononcer le mot “cobaye”... on en sourirait presque. Le concept de jeu suscite effroi, angoisse, stress et paranoïa (forcément), et a donc sur le lecteur l'effet escompté. C'est un puzzle déroutant, mais abouti et très convaincant. Une totale réussite ! 

Audiolib, avril 2014 ♦ texte intégral lu par Emmnauel Dekoninck (durée : 12h 54) ♦ Fleuve Noir, octobre 2013

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05/03/14

ATOM[KA], de Franck Thilliez

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Je n'allais pas lâcher Sharko et Lucie en si bon chemin, et me suis donc plongée dans cette nouvelle histoire avec empressement. Nous sommes à quelques jours de Noël, presque deux ans après la fin de Gatacales deux flics bossent désormais ensemble au 36, quai des Orfèvres. Le corps d'un journaliste vient d'être découvert chez lui, dans son congélateur. Sa collègue, également une journaliste d'investigation, est portée disparue. Un gamin errant est retrouvé dans la forêt, mutique et portant des traces de sévices. Sans identité, il a dans sa poche les coordonnées de la journaliste aux abonnés absents.

Encore une sale affaire en perspective ! La brigade est à cran, elle avance dans ses recherches avec tact et fait face à des découvertes sidérantes et invraisemblables. Certes, le titre dévoile en partie qu'il sera question de nucléaire, avec pour spectre les ravages de Tchernobyl et ses sinistres conséquences. L'histoire fera remonter à la surface l'idée d'un vaste complot impliquant les sphères politiques, scientifiques et humanitaires, avec une petite pensée à Hibernatus, mais n'en dévoilons pas davantage ! On peut juste constater que nos flics ont décidément le chic pour débusquer des crimes horribles, qui leur font voir du pays !

L'histoire nous emmène également sur un terrain beaucoup plus personnel. Nous retrouvons une Lucie à fleur de peau, obsédée par son désir de tomber enceinte, tandis que Sharko n'ose pas lui avouer qu'il passe une batterie d'examens médicaux pour satisfaire sa demande. Ces silences et non-dits mettent le couple en péril, oui, toujours et encore, malgré toutes les épreuves traversées ensemble... Fait plus grave, l'individu qui cherche à pourrir la vie de Sharko, entraperçu dans Gatacaest de retour, bien déterminé à mener son projet machiavélique jusqu'au bout. Le commissaire est au taquet ! À tel point qu'on se demande dans quel état on va le récupérer à la fin !?

On peut dire que Thilliez tisse sa toile sur tous les fronts, d'abord en instaurant une relation de confiance et de complicité entre le lecteur et ses personnages - on les aime, Sharko et Lucie ! Puis, il se sert toujours de ses intrigues scabreuses pour faire passer des messages, sur le nucléaire en l'occurrence. En fournissant un important travail de documentation, l'auteur a à coeur de traverser les consciences et d'inviter le lecteur à réfléchir plus loin que le thriller qu'on vient d'ingurgiter et apprécier à sa juste valeur. Très bon, très stimulant ! 

Audiolib, décembre 2012 - texte intégral lu par Michel Raimbault / en version papier aux éditions Fleuve Noir (sept. 2012) ou en format poche chez Pocket (oct. 2013)

Fasciné par les romans de Franck Thilliez, dont il a déjà lu pour Audiolib Syndrome E et GATACA, Michel Raimbault donne ici une interprétation haletante de ce roman où science et suspense se mêlent avec une égale rigueur.

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03/03/14

[GATACA], de Franck Thilliez

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À la suite des événements douloureux survenus dans Le Syndrome E, l'auteur ne s'embarrasse pas de détails et continue de nous infliger les pires tourmentes avec ce roman. D'entrée de jeu, ça fait mal. Les personnages ne sont pas à la fête, le lecteur non plus, tout le monde est éprouvé et encaisse avec amertume l'enchaînement des nouvelles. Puis, intervient le début d'une nouvelle enquête policière (le meurtre d'une étudiante, spécialiste de l'évolution), Sharko est dans les rangs, même s'il n'est plus que l'ombre de lui-même...

Cette affaire va à la fois le rebooster et lui en faire voir de toutes les couleurs, le renvoyant même à un passé trop douloureux, car trop neuf. Pourtant, cela lui offrira l'occasion de retrouvailles inespérées, mais dans des circonstances maladroites et poignantes. Sharko va risquer gros pour cette enquête, mettant en péril sa carrière déjà bien vacillante. Tant pis, il sait qu'il doit aller jusqu'au bout, franchir la ligne jaune. Difficile de trop en dévoiler pour ne pas spoiler l'intrigue, c'est terriblement frustrant !

Quoi qu'il en soit, j'ai davantage apprécié ce roman que j'ai trouvé bouleversant - Lucie est un personnage qui ne cesse de me toucher - mais aussi diablement maîtrisé, à proposer mille pistes qui vont toutes se recouper dans la dernière ligne droite. C'est bien fichu, tendu au cordeau, on ne s'ennuie pas. Et même les longues théories scientifiques ne m'ont pas paru trop pesantes (ou il m'a fallu alterner avec le roman, car la lecture orale atteint parfois ses limites, mon attention avait tendance à s'envoler...).

Bref, c'est une lecture habile, redoutable, particulièrement stressante, très forte sur les émotions ressenties (sauf concernant le couplet des amants maudits). Cela m'a beaucoup plu, en dépit du fait que l'auteur ne fait jamais dans la dentelle et semble prendre un plaisir sadique à malmener ses personnages. Gataca clôt un dyptique fascinant sur l’origine de la violence. (Comment a-t-elle évolué depuis les premiers hommes jusqu'à nos civilisations modernes ? Par quel biais s'est-elle propagée ? Génétique ou culturel ?)

Audiolib, juin 2011 - texte intégral lu par Michel Raimbault (durée d'écoute : 18h 17) / en version papier chez Fleuve Noir ou Pocket

Comme il l’avait fait dans Le Syndrome E, Michel Raimbault maintient jusqu'à son terme l’angoisse que fait naître l’analyse de la barbarie inhérente à la condition humaine.

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28/02/14

L'anneau de Moebius, par Franck Thilliez

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J'ai réalisé, un peu tardivement, que j'avais DÉJÀ lu cette histoire, sauf qu'il ne m'en était resté que de très vagues souvenirs ! Pour ma défense, il faut reconnaître que l'histoire s'appuie sur un scénario invraisemblable, à propos de théories insensées sur les voyages spatio-temporels, mais surtout concernant des rêves, qui seraient à la fois des visions et des prémonitions. Un synopsis digne d'un épisode de la Quatrième dimension. ♥

Stéphane Kismet fait donc des cauchemars où il se voit traqué par la police, accusé d'un crime sur une petite fille. Comprenant qu'il peut peut-être changer le cours de son destin, il se lance sur la piste de son futur hypothétique. En parallèle, Victor Marchal, qui débute dans la PJ, est confronté à sa première enquête ardue : un tueur en série, des scènes de crime insurmontables, des victimes à la pelle, tout ça grouillant dans un milieu abject et sordide.

Chassé-croisé infernal, canevas serré et impitoyable, le roman est épuisant à suivre, mais aussi absolument bluffant. On s'y perd un peu, c'est sûr, mais le rythme vif du récit nous rend tout bonnement accro. Je suis sortie de cette lecture complètement éreintée, et honteuse de ma fascination morbide. Quelque part, ce livre m'a fait penser à la série de films - Destination finale - dans lesquels les personnages se débattent pour contrer leur destin, auquel ils ne pourront JAMAIS y échapper. C'est flippant, flippant, flippant.

Ce cher monsieur Thilliez se donne à coeur joie dans la description de scènes nauséeuses, de quoi heurter la sensibilité des lecteurs, je constate surtout que c'est de plus en plus une marque de fabrique chez nos auteurs français (Maxime Chattam, Karine Giebel...). Dans l'entretien accordé à l'équipe d'Audiolib, Franck Thilliez explique que c'est probablement dû à l'influence des films comme Seven ou Le silence des agneaux. En clair, nous appartenons à une génération marquée au fer rouge, en quête d'émotions fortes, et qui pousse à bout cet attrait pour l'inexplicable. Tant pis, j'assume. ;o)

Audiolib, février 2009 - texte intégral lu par Philippe Allard (durée : 13h 30) / ** merci Bladelor pour le prêt ! ** / en format poche chez Pocket, janvier 2011 pour la présente édition

Note sur l'Audiolib : L'interprétation toute en tension de Philippe Allard accompagne l'auditeur dans cette vertigineuse plongée dans un temps devenu réversible. Suivi d'un entretien exclusif avec l'auteur.

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