09/07/18

Pêle-Mêle : Presque maintenant - Dept. H : Meurtre en grande profondeur

Presque maintenantAnna, violoniste au conservatoire de Paris, fait la rencontre d'Alexis, étudiant en lettres et féru de Russie, et son colocataire Félix, un étudiant en biotechnologies qui rêve de sauver l'humanité.
Les trois jeunes gens deviennent inséparables. Ils s'aiment plus que des amis mais une frontière invisible semble s'être établie entre eux. Anna est le centre de leurs attentions, mais demeure inaccessible. Félix et Alexis ont conscience de cette sacralisation, sous peine de trahison.
Et finalement, un couple se forme. Le trio est dissous.
Le temps passe et Félix touche au but de sa vie : des Nanopills sont élaborées, conçues pour l'organisme humain et visant à améliorer l'espérance de vie. Sauf que cette quête de la perfection va vite virer à l'obsession... Pour Félix, pour Anna et pour Alexis, la vie  est aspirée par un nouveau tourbillon.
Cette allusion à Jules & Jim n'est pas anodine car on y pense beaucoup au début de la lecture, pour finalement s'atténuer car la lecture se renferme sur le besoin tyrannique de gérer une hygiène de vie sans défaut, faisant exploser les limites du tolérable.
Peut-on tout contrôler et renoncer à la notion de désir ? Que vaut une vie, longue et lisse, si celle-ci n'est jalonnée que de privations (plus de vin, plus de glace, plus de voyage à New York, plus de plaisir) ? Peut-on réellement déjouer la mort ? Quels contrecoups subit le corps à force de tout verrouiller ?
Vieillir, oui... mais vivre vieux et en bonne santé en refusant de vivre. Pfiou... tordu ! En fait, Félix a été traumatisé par la perte de son père, depuis il a condamné son entourage à vivre dans une bulle sanitaire pour se préserver des risques.
Même si les émotions des personnages m'ont paru artificielles, la lecture est entraînante, dans un style graphique très séduisant. Une BD pleine d'élégance et qui évoque la vie, la jeunesse, l'amour et la mort. 

Presque maintenant, de Cyril Bonin 

Futuropolis (2018)

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dept h Meurtre en grande profondeur

Le docteur Hari Hardy a été assassiné dans sa station sous-marine, le Dept H. Bravant tous les risques, sa fille Mia se rend sur place et ouvre une enquête.

Ses premières conclusions sont terrifiantes : l'un des sept scientifiques est le coupable. Qui, parmi Lily, l'amie d'enfance rancunière depuis une dispute, Bob, l'expert en armes, Aaron et Jérôme, l'assistant et le directeur de recherches, Q. le chef de sécurité, son frère Raj et Roger, l'associé et meilleur ami de son père, a pu commettre ce crime odieux ? Mia les connaît tous et se trouve face à un casse-tête.

Mais la vie sous-marine recèle évidemment des mystères. Peu à peu, les caractères vont se révéler, le passé va remonter à la surface et les secrets viendront dévoiler d'autres vérités. Autre élément perturbant, le temps est compté à bord de la station où les incidents techniques se multiplient et où le risque d'une contamination bactériologique serait avérée. Après tout, sur quoi bossait son père ?

Entre récit d'espionnage et crime mystérieux dans un univers huis-clos, cette série en 4 tomes est juste bluffante ! Au départ, j'étais peu sensible au graphisme et aux illustrations... mais j'ai vite revu mon jugement. J'ai finalement été sous le charme des décors, de l'ambiance et du scénario à suspense. J'attends le dénouement avec impatience !

DEPT.H : Meurtre en grande profondeur, de Matt Kindt & Sharlene Kindt

Futuropolis (2018) - série en 4 tomes

 dept h Meurtre en grande profondeur 2

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09/02/18

Essence, de Fred Bernard & Benjamin Flao

Essence fred bernard benjamin flao

Autant le dire de suite, j'ai adoré cette histoire et cette BD !

Un type est au volant d'une voiture et traverse un paysage désertique, en compagnie d'une brune sexy qui se fait appeler “mademoiselle”. Assez évasive, elle prétend tout connaître de lui - Achille Antioche - mais veille à ce qu'il fouille dans ses souvenirs pour comprendre où ils sont et ce qu'ils font ensemble. On devine rapidement que le gars est mort et qu'il erre dans un semblant de purgatoire revisité. Au volant de sa bagnole, toujours en quête d'essence, il traverse des décors fluctuants, censés booster sa mémoire en vrac. Et là, apparaît le spectre d'un crime crapuleux. Une sombre histoire d'espionnage et de meurtre. 

Faisons court, faisons bien. Cela se lit d'abord comme un polar. C'est prenant, tragique et mélancolique. En même temps, on baigne dans une ambiance fantasmagorique, étrange et fascinante, avec une histoire qui emprunte des tours et des détours parfois confus et pourtant pertinemment pensés. Tout est cohérent. Bien ficelé. Et surprenant. Les couleurs sont superbes, les illustrations remarquables. Une BD qui envoie du lourd !

Futuropolis, 2018

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Seule, de Denis Lapière & Ricard Efa

seule denis lapiere efa ricardDepuis trois ans, la petite Lola vit chez ses grands-parents dans un village au cœur de la campagne catalone. Trois ans qu'elle n'a pas revu ses parents ni sa petite sœur nouvellement née. Elle est d'ailleurs assez triste de réaliser qu'elle ne se souvient plus de leurs visages ni de leurs voix. Et cela l'angoisse. Toutefois, la vie au village est soudainement bouleversée par la guerre. Les bombardements, les troupes fusil au poing, les exécutions arbitraires. Les villageois ont tous fui en attendant le retour au calme, mais pour Lola le temps s'écoule lentement. Et les questions se bousculent à la pelle. Sa grand-mère blessée, son grand-père part en catastrophe jusqu'à l'hôpital le plus proche, confiant l'enfant aux bons soins des voisins. Mais la fillette décide de s'en aller pour rejoindre ses parents. Un long voyage qu'elle entreprend seule, dans un pays à feu et à sang. 

Inspirée d'après les souvenirs de Lola, 83 ans, la grand-mère de l'épouse de Ricard Efa, l'histoire de Seule raconte un incroyable périple, tantôt palpitant, tantôt invraisemblable et ahurissant. La vision de la guerre est assez crue et réaliste, mais rapportée d'après un regard d'enfant. Du coup, la lecture est riche en émotions et attachante de bout en bout. On reste des yeux ronds comme des billes à suivre cette petite poupée, courageuse et déterminée, sur les routes d'une Espagne livrée aux franquistes.

Futuropolis, 2018


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17/11/17

Geisha ou Le jeu du shamisen, de Christian Perrissin & Christian Durieux

geishaJapon, 1912. La famille de Setsuko Tsuda quitte leur village de campagne pour s'installer en ville dans l'espoir d'une vie meilleure. Ancien samouraï, l'homme est fier mais accepte les petits boulots, jusqu'au jour où, suite à un accident de tramway, il devient éclopé. La misère ronge leur foyer, le père s'oublie dans l'alcool, puis prend la décision de vendre sa fille à l'okiya Tsushima. Coup dur pour la fillette de dix ans. La patronne lui réserve un accueil froid et implacable - elle juge son physique ingrat et son visage peu harmonieux. Elle change aussi son nom pour Kitsune, “la renarde”. L'enfant suit néanmoins une éducation de qualité et fait l'apprentissage des arts (chant, danse, prestance, musique, thé). Elle assiste également ses grandes sœurs, les geisha, mais subit les foudres de Komayo, la favorite. S'exerçant en secret au shamisen, une guitare à trois cordes, Kitsune révèle un véritable don qui lui assure une porte de secours, contrairement à sa camarade Kingyo, une jolie fille sans réel talent, qui n'échappera pas à sa destinée de servante ou prostituée. Quelle lecture captivante ! C'est avec un intérêt grandissant que j'ai suivi le parcours romanesque de la jeune Setsuko, devenue Kitsune, plongée dans les coulisses d'une vénérable maison de geisha. On y découvre un monde secret, à la hiérarchie pointilleuse et dont le respect pour la tradition est éminemment appliqué. Le tout baigne dans un esthétisme soigné, en noir et blanc, idéal pour accentuer le raffinement et la nostalgie d'une époque. Il s'agit cependant de la première partie d'un diptyque - je l'ignorais - d'où ma frustration au moment de tourner la dernière page car j'en voulais encore ! En attendant, je suis sous le charme, ravie de cette bande dessinée qui incarne magnifiquement la fascination qu'exercent les geisha, et qui rend hommage aux femmes cultivées qu'elles étaient, sans sombrer dans une panoplie de clichés ou fantasmes graveleux. Une lecture passionnante, à la fois délicate et mélancolique. Très, très bon ! ♥

Futuropolis, 2017

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Et il foula la terre avec légèreté, de Mathilde Ramadier & Laurent Bonneau

et il foula la terre avec legerete

Jeune ingénieur parisien, travaillant pour une compagnie pétrolière, Ethan se rend au nord de la Norvège, sur les îles Lofoten, pour étudier les gisements de pétrole. Sur place, c'est le choc. Choc des cultures. Choc des paysages. Choc des rencontres. Choc des enjeux. Sans s'y attendre, Ethan revoit ses priorités et remet sa propre existence en question. MAZETTE ! Cette bande dessinée se contemple et se dispense de commentaires. Tout est magnifique - les planches superbes, dignes de vrais tableaux paysagers, avec des couleurs toutes plus splendides. J'étais impressionnée. Le texte est plus sobre - le parcours d'Ethan est tracé sans remous - mais la portée de son récit va au-delà de la simple narration, car ce texte force évidemment à réfléchir et nous fait découvrir l'écologie profonde du philosophe Arne Næss (Une écosophie pour la vie). C'est beau, c'est pur, c'est bouleversant. C'est tout à la fois un voyage poétique, une réflexion sur le monde de demain, un dépaysement inégalable, un retour aux sources, une vrai magie. Une révélation. Franchement top ! 

« Être là, ce n’était pas simplement chercher ses repères et reconstruire le connu. Il fallait se rendre disponible. Être à l’affût des moindres choses pour comprendre ce nouvel environnement, l’expérimenter. »

Résultat de recherche d'images pour "et il foula la terre avec légèreté futuropolis" Futuropolis, 2017

 

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09/10/17

Plutona, de Jeff Lemire & Emi Lenox

PLUTONAÀ Metro City, Teddy scrute chaque soir le ciel en quête de capes, il appartient à la société du “capespotting” et partage en ligne ses informations. Pour ses camarades, Ray, Mie ou Diane, le garçon n'est qu'un nerd. Mais lorsque le petit Mike s'échappe de la surveillance de sa sœur et tombe en pleine forêt sur le corps inanimé de Plutona, la superhéroïne par excellence, les enfants restent sans voix et ne savent plus comment réagir. Plutona est morte. Aussitôt, ça se bouscule, ça se chamaille, l'un veut prendre des photos et créer le buzz sur internet, l'autre veut fuir au plus vite pour tout oublier, bref ça part en vrille. Au final, ils se donnent rendez-vous le lendemain après les cours pour enterrer Plutona en toute discrétion. Or, le jour d'après, le corps a disparu et les bisbilles au sein du groupe ne sont guère apaisées.

Cette lecture laisse malheureusement une sensation aride et désenchantée au moment de tourner la dernière page. L'histoire raconte comment cinq jeunes vont se comporter face à un événement dramatique, et là tous se confrontent, les mots cognent, les poings volent. C'est un chaos sans nom, avec des mômes aux abois, qui ne peuvent guère compter sur leur entourage pour soulager leur conscience. C'est tout à la fois poignant et embarrassant. La fin, tragique, ne donne aucune place à un sursaut d'espoir ou un regain de confiance. C'est plombant. Le mélange des genres est a priori intéressant, entre le thème des superhéros ancrés à Metro City depuis quinze ans, les parenthèses façon comics, et l'ambiance très sombre, digne d'un roman noir. Il y a de la matière pour développer le récit, même si celui-ci s'attarde uniquement au caractère singulier des jeunes et scrute le passage de l'enfance à l'adolescence sans artifice. On a donc plutôt un récit initiatique éprouvant, mais peu touchant. Jeff Lemire est toutefois largement présenté comme étant une valeur montante de la bande dessinée canadienne. 

Futuropolis, 2017 (Trad. Sidonie van Dries)

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26/04/17

Un million d'éléphants, de Jean-Luc Cornette & Vanyda

790382J'étais curieuse de découvrir cette nouvelle BD de Vanyda qui raconte aussi l'histoire de sa famille au Laos, en remontant jusqu'aux années 30 avec son ancêtre Sauradeth, qui meurt suite à une blessure lors d'une chasse au tigre. Son fils Virasay va grandir dans la religion bouddhiste, faire son service militaire, trouver l'amour, fonder une famille et vivre de sa passion pour la musique traditionnelle qu'il joue dans l'orchestre royal. La vie s'écoule paisiblement, les bébés naissent et le couple baigne dans le bonheur. Mais avec les années 50, viennent aussi les instabilités politiques. Virasay accompagne le contingent envoyé en renfort pour soutenir l'armée française en difficulté à Diên Biên Phu, et rencontre un nouvel ami, Phou Chay, dont le rêve serait de devenir taxi. L'arrivée des Viet Minhs, farouchement opposés à la monarchie du Laos et aux occupants occidentaux, va néanmoins profondément bouleverser leur destinée. Suite aux persécutions et aux massacres, des milliers de personnes vont traverser le Mekong pour atteindre la Thaïlande et se résigner à leur triste sort en végétant dans des camps surpeuplés, certains pourront s'envoler jusqu'en France et construire une vie nouvelle, non sans difficulté là aussi. J'ai éprouvé beaucoup d'empathie et d'émotion à la lecture de ces parcours de vie, qui concernent aussi bien Virasay et sa famille, mais aussi d'autres proches, des camarades rencontrés au fil du temps, même des copains de ses enfants. Cela donne un tableau assez vaste, pour ne pas dire confus, d'où la frustration. Jean-Luc Cornette et Vanyda ont certes réalisé un projet ambitieux, aux intentions nobles et admirables, mais le résultat est hélas confus et déroutant. Le déroulement de l'histoire est en effet trop rapide, on ne s'attarde jamais, on ne s'attache pas aux détails, on avance toujours plus loin dans le temps, et les portraits défilent. Seulement, il y a beaucoup de personnages et de noms à retenir, les dessins ne donnent aucun signe distinctif, c'est trop imprécis et il m'est arrivé plus d'une fois de me concentrer pour replacer qui était qui, où, quand, comment. C'est dommage, malgré des messages forts et intelligents, on passe finalement à côté de cette lecture... où tout va trop vite. Par contre, j'ai beaucoup aimé le carnet de bord à la fin de l'ouvrage, qui explique la genèse du projet, le voyage de l'auteur au Laos, ses rencontres et ses découvertes, ainsi que des photos plus personnelles.

Futuropolis, 2017

Un récit choral, qui parle des bouleversements d'un pays à travers les blessures et les espoirs de ses habitants.

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02/01/17

La délicatesse, de Cyril Bonin - d'après le roman de David Foenkinos

Je n'avais jamais lu le roman de David Foenkinos, mais j'avais vu le film avec Audrey Tautou et François Damiens. J'y avais découvert une histoire attendrissante, malgré son entrée en matière assez agaçante car trop artificielle à mon goût. En vérité, je suis peu sensible à la prose de l'auteur, en dépit des nombreuses tentatives à vouloir lire ses romans (le dernier en date m'attend en livre audio) mais l'alchimie ne s'opère pas. 

la delicatesseJ'étais néanmoins curieuse de découvrir la bande dessinée de Cyril Bonin qui choisit d'adapter le roman à succès en y apportant sa sensibilité personnelle. Le résultat est très convaincant ! On y rencontre Nathalie, une jeune femme qui trouve le grand amour avant de le perdre brutalement. Désemparée par son veuvage, elle va se glisser dans une existence routinière sans plus éprouver la moindre étincelle d'envie. Jusqu'au jour où elle croise au bureau un collègue quelconque, au physique peu avantageux et aux manières rustres... Markus est cependant une belle personne, une âme pure. Un simple baiser volé va lui retourner la tête et chambouler sa vie... mais pas de façon confortable non plus. Car Markus souffre de cette passion subite, qu'il préfère contenir pour ne pas souffrir. 
Et ainsi va le monde, l'amour, la quête, le désespoir, l'envie, le manque... La délicatesse est une histoire d'amour et de perte, de seconde chance et de renouveau, de doute et d'espoir. C'est assez joliment exprimé, mis en scène sans chichis, juste avec pudeur, mais aussi avec humour et tendresse. Il est vrai que je trouve, parfois, que les légendes ou les dialogues retombent souvent dans leurs petits travers (trop gourmés ou affectés) mais cela reste une appréciation personnelle.
Cette nouvelle approche de l'œuvre ne manque ni de charme ni d'élégance. Le style de Cyril Bonin est empreint de fraîcheur, de poésie et de délicatesse, aussi bien dans son graphisme, ses couleurs et son scénario. L'effet d'ensemble est séduisant et permet à la lecture de s'offrir un nouveau souffle. 

VISUELS DISPONIBLES EN CLIQUANT SUR  Planches

FUTUROPOLIS Novembre 2016

« Il passait par là, elle l’avait embrassé sans réfléchir. Maintenant elle se demande si elle a bien fait. C’est l’histoire d’une femme qui va être surprise par un homme. Réellement surprise. » 

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04/07/16

Mon Père était boxeur, de Barbara Pellerin, Vincent Bailly & Kris

Mon père était boxeur

Après l'enterrement de son père, Barbara décide de lui consacrer un reportage vidéo à l'aide des photos et autres souvenirs de sa jeunesse. À cet exercice, elle propose aussi une bande dessinée qui raconte l'histoire d'un champion de boxe, et plus pudiquement, la relation entre un père et sa fille. Le résultat est très, très émouvant.

On découvre pourtant un portrait de famille en demi-teinte, avec ses rires et ses bonheurs, mais aussi ses cris et ses pleurs. Après avoir arrêté la boxe, le papa de Barbara est devenu représentant pour une marque de pastis. Loin de son foyer, quotidiennement plongé dans l'alcool, l'homme s'est métamorphosé en type impulsif, colérique, jaloux et violent. Cette violence, essentielle sur un ring, a fini par pulvériser le cadre familial. Hubert Pellerin, de tempérament sanguin, démarrait vite au quart de tour, pour un klaxon de trop, une voiture qui lui grille la priorité ou un simple mot de travers... Barbara a ainsi grandi dans un état d'angoisse et de vigilance permanent, sans cesse aux aguets, soucieuse des éclats incontrôlables de son père, attentive à maintenir la soupape de sécurité. La jeune femme en a hélas conservé une profonde amertume, sans renoncer à son père, devenu un vieil homme fatigué et dépressif, soucieux d'effacer les années noires, sous le regard souvent sans concession de sa fille. Barbara ne s'attribue pas non plus le beau rôle, en reconnaissant des bouderies futiles et inutiles, de celles qu'on regrette longtemps après le coup de fil matinal qui vient rompre la digue et vous submerger d'un trop-plein d'émotions. 

Il ne faudrait surtout pas envisager cette bd comme une lecture triste ou déprimante, au contraire l'histoire y est remarquable, puissante, poignante. Il y a une grande tendresse et surtout une grande part de lucidité dans le texte de Barbara, superbement soutenues par les dessins et couleurs de Vincent Bailly. C'est une très belle bande dessinée, une lecture qui vous prend aux tripes et qui vous rappelle sans cesse que la vie est courte, qu'il faut pardonner rapidement et aimer véritablement.

L’album est accompagné du DVD du film écrit et réalisé par Barbara Pellerin. Ce que le film ne dit pas, le livre le montre. Deux récits complémentaires qui révèlent le portrait unique d’une relation d’un père à sa fille.

Futuropolis, mai 2016

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02/07/16

L'Inversion de la courbe des sentiments, de Jean-Philippe Peyraud

L'inversion de la courbe des sentiments

Plongeons dans une histoire contemporaine, à Paris, en plein été...

Robinson, la quarantaine, traîne ses désillusions et son attentisme en collectionnant les rencontres sur internet et les liaisons sans lendemain, pendant ce temps, sa petite copine vide son appartement et le plaque pour vivre à la campagne avec un nouveau mec. Robinson est un paumé, qui vivote dans son existence, sans grande ambition. Il n'a même plus le goût de rester une journée dans son vidéoclub et délègue toutes les responsabilités à son associé et meilleur ami Emmanuel, sans se douter que celui-ci va prochainement lâcher l'affaire pour satisfaire aux caprices de sa dulcinée. Robinson a aussi d'autres chats à fouetter - son père est arrivé en ville avec ses valises sous le bras, sa sœur s'inquiète de n'avoir plus de nouvelles de son rejeton Gaspard, dix-sept ans, avant de découvrir qu'il serait en pleine escapade amoureuse avec la femme du voisin ! Ce dernier menace de tout péter si on ne le renseigne pas de suite sur la cachette des amants... Robinson s'épanche auprès d'Alice, qui tient le café d'en face, et pour laquelle ses sentiments semblent bien confus. Pas très loin de ce micmac, deux jeunes parisiennes courent dans les rues de la ville à la recherche du père de Charlène, en pleine rupture amoureuse, de retour d'un voyage au Pérou, décidée d'en découdre sur ses origines. Et là, Amandine lui confie aussi ses petits soucis et son besoin d'engranger des marques de tendresse avant le saut dans le vide.  

Cette lecture m'a très agréablement surprise, tour à tour intense, bouleversante, ironique et cocasse, elle réserve un panel d'émotions assez large et plutôt convaincant. JP Peyraud a le dessin nerveux et intraitable, il expose les corps, les regards et les sentiments sans complexe, il se joue des gens et renouvelle pour eux une valse en trois temps. Un temps pour aimer, un temps pour quitter, un temps pour recommencer. Et ainsi de suite. Cette proposition des dérives sentimentales, définie par l'auteur comme une bedenovela, reprend les grandes lignes des feuilletons romanesques, sans jamais tomber dans le sirupeux. L'histoire entre-croise habilement les destinées des uns et des autres, chatouille les personnages avec malice, embrouille les cœurs, distille un zeste de folie et d'humour, injecte aussi du suspense, de la tension, de l'émotion... Ce sont autant de variations possibles, qui brossent une idée de la vie de couple ou de famille en une intimité souvent douce-amère, et dont on ressort pourtant pleinement enchantés. La mise en scène est ciselée et nous entraîne en toute légèreté dans un tourbillon passionnel, dont il faut néanmoins se méfier des couleurs acidulées ! Piquant, savoureux, original. Très bon ! 

Futuropolis, juin 2016

 

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