08/06/15

Ma vie de pingouin, de Katarina Mazetti

MA VIE DE PINGOUIN

Vous rêvez d’une croisière de l’extrême ? Alors, c’est parti pour l’Antarctique ! Wilma, 32 ans, vient de larguer les amarres pour le bout du monde et fuir, on s'en doute, un secret de plus en plus lourd pour elle. Pourtant, en apparence, la jeune femme est dynamique, pétillante mais maladroite. Elle a même pris sous son aile Tomas, journaliste désabusé, grincheux, bougon, paumé... et le tarabuste pour reprendre du poil de la bête. Spectatrice perspicace et espiègle, Alba, septuagénaire turbulente, scrute ses semblables et rédige dans son petit carnet de notes un nouveau projet baptisé “La ruine des espèces”. Ainsi, tout ce petit monde se croise et s'emmêle, depuis Paris jusque Ushuaia, en une joyeuse cacophonie qui ne manque ni de charme ni de d'entrain. La lecture, a priori enjouée, est en fin de compte faussement légère, car il est aussi question dans l'histoire de maladie, de dépression, de solitude et de désœuvrement... Katarina Mazetti est coutumière du fait mais déjoue avec brio les pièges du pathos. Elle nous sert une comédie éclatante de vivacité et de situations cocasses. On n'est pas plié de rire à chaque coin de page, mais on ressent une profonde tendresse pour les personnages à travers leurs aventures débordantes de sincérité.

Les cinq comédiens, sélectionnés par Audiolib, croquent avec talent cette lecture enthousiasmante et pleine de peps. On ne s'ennuie pas un seul instant et le dépaysement est assuré. La croisière se termine beaucoup trop tôt et c'est avec regret qu'on la quitte !

Audiolib ♦ mai 2015 ♦ texte lu par Patrick Donnay, Erwin Grünspan, Nathalie Hons, Cachou Kirsch et Marcha Van Boven (durée : 7h 17)  


“Quoi de mieux pour réchauffer les cœurs en perdition qu’un iceberg, pour peu qu’il se retourne, révélant le pingouin qui sommeille en chacun ?”

 

traduit du suédois par Lena Grumbach (Mitt liv som pingvin)  pour les éditions Gaïa

Ma vie de pingouinGaia


02/06/14

Le Caveau de famille, par Katarina Mazetti

Le Caveau de famille

J'ai donc lu, peu de temps après, la suite de l'histoire de Désirée la bibliothécaire et Benny le paysan, en version audio, toujours racontée par Marielle Ostrowski et Michelangelo Marchese. Une relecture, en fait. J'avais gardé le souvenir d'une grosse déception, teintée d'amertume et de désolation. Quelque part cela s'est confirmé, puisque le temps a passé, notre couple s'est redonné une chance mais s'est aussi enfoncé dans une routine déprimante. Pour le coup, j'ai ressenti beaucoup d'empathie pour Désirée, coincée dans un rôle de mère de famille, mère au foyer, épouse d'un agriculteur aux idées archaïques et machistes... Franchement, je l'ai plainte à maintes reprises. Benny, d'entrée de jeu, m'a énormément déçue par son attitude avec Maria. Par la suite, il a laissé très peu de place à Désirée pour son épanouissement, elle enchaîne les grossesses, se plie aux règles de la vie à la ferme, fait des efforts mais est dépassée par l'accumulation des tâches. C'est définitivement un portrait éteint d'une histoire d'amour qui a connu des débuts turbulents et qui a voulu conjuguer ses différences. Aujourd'hui elle ne cherche plus à vendre du rêve, des délires, de la fantaisie. Le constat est là, plat, triste et démoralisant. Les personnages grincent des dents, et nous avec.

Audiolib, décembre 2011 ♦ traduit par Lena Grumbach pour Gaïa éditions ♦ texte intégral lu par Michelangelo Marchese et Marielle Ostrowski (durée d'écoute : seulement 5h 08) 

29/05/14

Le mec de la tombe d'à côté, par Katarina Mazetti

Le mec de la tombe

Relecture, mais en version audio, d'un roman découvert en octobre 2006 ! Et quel régal. Michelangelo Marchese et Marielle Ostrowski interprètent avec humour et dérision le couple Benny et Désirée qui font connaissance sur un banc, dans un cimetière. Ces deux-là n'ont strictement rien en commun, il n'est pour elle qu'un bouseux sans culture, elle est à ses yeux une femme beige, très quelconque. Et puis plouf, un sourire fait naître un malentendu et nos deux zozos ont les hormones en ébullition, et vas-y que ça caracole joyeusement au creux du ventre. Leur histoire m'a fait ricaner à maintes reprises, pas parce qu'elle est belle, romantique ou mielleuse, c'est tout le contraire, nos deux tourtereaux se vautrent dans la gadoue, n'en peuvent plus de nous délivrer leurs tourments, leurs espoirs, leurs désillusions... C'est le choc des cultures. Ainsi, les deux points de vue s'affrontent, par chapitres alternés, et c'est ce contraste énorme qui rend la lecture si jubilatoire ! Vous avez là un roman d'amour décalé, désopilant, grinçant et caustique. Il est à déconseiller aux fleurs bleues, mais cela en fait tout son charme aussi.

Audiolib, février 2011 ♦ traduit par Lena Grumbach et Catherine Marcus pour Gaïa éditions ♦ texte intégral lu par Michelangelo Marchese et Marielle Ostrowski (durée d'écoute : seulement 5h 10) 

03/03/11

Ciel voilé, brouillard. Faible visibilité.

Le_Caveau_deJe ne sais pas si vous connaissiez  Le mec de la tombe d'à côté de Katarina Mazetti. C'est une histoire d'amour fou entre un agriculteur et une bibliothécaire. Tout les sépare, mais ils s'aiment et sont attirés l'un par l'autre, envers et contre tout. Ils vont rompre, se retrouver, impossible de s'oublier. Benny va vivre en couple avec une autre, Désirée veut un bébé. Et nous avons Le Caveau de famille ...

Ô ma douleur ! J'ai failli déprimer en lisant cette suite. Et pourtant, c'est facile de s'y retrouver, on parle de vie de couple, de vie de famille, de concessions et autres compromis qui vous flinguent, des envies et des manques, des frustrations qui s'accumulent et qui rendent le coeur lourd et amer... Mais qui a envie de lire ça ? Pas moi. 

240 pages qui me rappellent la vraie vie ou ce qu'on nous assomme dans les reportages tv - non merci ! Sans compter que je suis un peu contre les idées du roman... la vie de couple tue l'amour, la vie de famille l'enterre. Au secours ! Je ne sais pas vous dire à quel point ce bouquin m'a dérangée. J'en avais de plus en plus marre et j'étais pressée d'en finir.

Il faut dire aussi que j'avais totalement craqué pour Benny et Désirée, il y a cinq ans. J'avais espéré pour eux des lendemains meilleurs et des rêves impossibles à réaliser. Bref, je les voulais heureux. Je pensais qu'en bravant les barrières qui les enfermaient chacun de leur côté, ils seraient parvenus à être plus forts que tout. Il n'en est rien ! J'ai comme l'impression que ce roman, en plus du reste, veut me convaincre que les opposés s'attirent mais qu'ils ne peuvent pas être heureux. Hop, total échec.

Et puis ce n'est même pas drôle. C'était un point fort du précédent roman, mais là j'ai trouvé que c'était essentiellement acerbe et donc démoralisant. En somme, je suis déçue et très triste parce que c'est désormais l'image qu'il va me rester du couple de Benny et Désirée. Vision d'un couple qui partage le même toit, alors qu'ils sont devenus des étrangers l'un pour l'autre - bleh.

Le Caveau de Famille - Katarina Mazetti
Gaïa (2011) - 237 pages - 20€
traduit du suédois par Lena Grumbach

Voici des extraits :

Il y a la partie joyeuse et qui fait sourire ...

- Tu pourras faire ce que tu veux dans notre chambre, à part faire monter des messieurs ! ai-je dit.
J'avais encore à l'esprit le malaise qui s'était installé la dernière fois que je m'étais mis en tête d'égayer un peu la pièce.
- Si tu la veux entièrement blanche et sans rideaux avec un lit d'hôpital en tube d'acier pour toi, n'hésite pas ! Et une lampe de chevet, bien sûr, mais l'extinction des feux est à dix heures ! Tout ce que je demande, c'est de garder mes bonnes vieilles couvertures de cheval et mes oreillers crottés, et un petit tabouret dans un coin pour poser mes vêtements.
- Dix heures ? a-t-elle dit d'une voix assez pointue.
- Après tu liras avec une lampe de poche sous la couverture. Je me lève à cinq heures et demie, moi.
Elle pouffa.
- Tu sais, c'est comme ça que les livres sont les meilleurs !
Voyez, un petit nuage de perturbation qu'on a réussi à dissiper en bonne intelligence. C'était prometteur pour l'avenir. Ce qu'on est obligé de supporter, on peut tout aussi bien apprendre à l'aimer.

Et puis le reste...

(...) je n'aurais pas échangé la Crevette même contre Julia Roberts. Elle est toujours mon amour impossible, ma Crevette désespérante dans ses savates qui font cloc cloc, du vomi de bébé sur l'épaule et des cheveux tellement emmêlés qu'on dirait qu'elle s'est coiffée avec un pétard... Elle ne s'est jamais mise en quatre pour son apparence avant, ce n'est pas avec notre mariage qu'elle a commencé, pourrait-on dire. L'autre jour quand elle s'est fâchée tout rouge seulement parce que je suis entré dans la cuisine chercher des tenailles, elle a même commencé à délirer sur de la thérapie familiale, alors je me suis dit que là, tu rêves ma petite Crevette, si je t'ai prise dans la barque, je te mènerai à bon port, même si je dois t'amarrer au banc de nage. Et d'ailleurs, comment tu trouverais le temps d'aller chez un thérapeute, toi qui te plains de ne même pas avoir le temps d'aller au cinéma ?
- Je me demande si tu m'as jamais aimée, a-t-elle reniflé quand je me suis permis quelques commentaires sur son planning ce jour-là. En tout cas, il est évident que tu ne m'aimes plus. Tu ne me vois que comme une stagiaire incapable qui serait en apprentissage chez toi.
Comment ça, "aimée", qu'est-ce qu'elle veut dire ? Les femmes parlent d'amour et se rappellent les anniversaires de mariage et la Saint-Valentin et elles se pendent à votre cou et demandent si vous les aimez. Bengt-Goran, lui, il a acheté de nouvelles jantes à Violette et moi, putain, j'ai quand même construit la véranda !
Je crois qu'il en va de l'amour des hommes comme de l'infarctus des femmes. Il n'est jamais détecté, parce qu'il a de tout autres symptômes ! 

Posté par clarabel76 à 10:00:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : , ,

16/07/09

(échappée belle)

le_geantPauvre pasteur, pauvre infirmière scolaire femme de pasteur, pauvres parents abandonnés de Dieu courant par monts et par vaux pour satisfaire les besoins de leur progéniture. Les deux quadras luttent pour ne pas se retrouver terrassés, par deux moulins à vent rugisants. L'infirmière prépare une pleine casserole de sauce bolognaise ? Dérisoire. Bananes et pommes sont amenées à la maison par pleins paniers pour respecter le cercle coloré répertoriant les apports journaliers recommandés. Au petit-déjeuner, six assiettes de porridge et un pain au levain entier sont engloutis, sans compter les innombrables tasses de café. La paume de Taneli est passée de la taille d'une assiette à dessert à celle d'une assiette plate, et on ne pourra plus jamais la ramener à celle d'une soucoupe de tasse à café.
Le pasteur passe toutes ses soirées au service de la paroisse - monsieur le pasteur et madame prendront bien un peu de café, n'est-ce pas ? caquette l'hôtesse tout en leur proposant d'emporter à la maison quelques brioches. Il glisse poliment quatre brioches à la canelle dans un sac en plastique, mais l'amphitryonne est loin de réaliser que c'est quantité négligeable.

>>> extrait du roman Le géant, écrit par Riika Ala-Harja et traduit du finnois par Paula et Christian Nabais

C'est l'histoire de Taneli, un jeune loustic de seize ans, qui mesure 2,27 mètres. Sa soeur Anna fait vingt centimètres de moins que lui. Leur taille fait sensation dans tout le pays, lorsque la célèbre Mona Ukkola, vingt-quatre ans et un passé sulfureux pour bagage, entreprend le garçon dans son aventure théâtrale. A eux l'Amérique et ses rues pavées d'or, à eux la gloire et la fortune. New York les attend, sussure Mona, prête à tout pour atteindre ses objectifs. De son côté, Taneli est fasciné, totalement obsédé par l'idée de plaire à une fille, lui le jeune puceau de Kajaani. Et c'est ce besoin réciproque qui les fait traverser les mers et océans pour vivre une aventure ubuesque et sinistrement surréaliste.
C'est drôle et loufoque, mais cela ne masque ni l'aspect tragique ni une déprime ambiante qui frappe à tout instant les personnages et la situation.

Dans l'ensemble, je suis agréablement surprise par les découvertes chez Gaïa et je me régalais d'avance avec ce titre et cette romancière. Hélas, j'ai vite été refroidie, trop partagée entre les froncements de sourcils et les sourires à peine esquissés et aussitôt rangés. L'éditeur parle d'un roman initiatique qui pourrait bien montrer que même les géants peuvent grandir. Toutefois, ici, ce genre d'initiation vire tristement dans la décadence, la désillusion et le glauque (expérience pornographique, par exemple). Je n'ai pas trop aimé, donc. Mais cela devient trop courant, ces temps-ci. Je suis en pleine crise de lecture, tout me tombe des mains, c'est pénible...
Vacances, j'oublie tout.

   « Le Géant » de Riikka Ala-Harja, paru le 4 février 2009 chez Gaïa. 299 pages.  21 €.

 

 

Posté par clarabel76 à 10:45:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , ,


27/04/09

La fin n'est que le début ~ Katarina Mazetti

 

la_fin

Voici enfin le troisième volet de la saga Linnea Nilsson, lycéenne suédoise, grande asperge d'un mètre quatre-vingt, de l'humour, du répondant, des questions et des doutes dans chaque poche. C'est l'année du bac, après bien des péripéties (sa meilleure amie s'est suicidée, Linnea a sombré puis s'est offerte une escapade à Los Angeles). Au générique, elle nous promet encore un peu de drame, de l'action, de la comédie, des sketchs humoristiques et de l'amour (surtout !).

Tout commence par la rencontre avec l'ange de la mort sur une terrasse, en fait il s'agit de Per, le grand frère de Pia la disparue, et il a suffi d'une paire de sourcils broussailleux pour faire craquer notre adolescente rêveuse, caractérielle et impertinente. L'histoire entre ces deux-là vaut un vrai feu d'artifices, avec étincelles, éclats et exclamations (d'extase, pour démarrer). Coeurs de midinette, bienvenue dans la ronde !

A vrai dire, chez Katarina Mazetti, c'est de l'anti Harlequin en puissance. Il faut que ça se sache. Entendons-nous bien : le ton est hilarant, le souffle ne manque pas, avec romance, élans du coeur à gogo, et pourtant dans le fond on découvre aussi les incompatibilités d'humeur, les tentatives de corruption, les figures sous hypnose... bref, malgré des pages très roses (merci gaïa !), le propos se protège d'être cucul la praline ! En quelque sorte, c'est plutôt le règne des illusions perdues, le temps de l'innocence et la fin annonciatrice d'un début (comprenez, apprendre à tirer un trait, à tourner une nouvelle page, si vous voulez). Cela sonne terriblement amer et sinistre, cette petite histoire, que nenni ! Le livre déborde d'humour, la narratrice et héroïne ne manque ni de charme ni de bagou, et son histoire avec Per sait nous tirer quelques sourires béats (je parle pour moi, chut !).
Avis aux déçus du tome 2 (Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini), celui-ci est bien meilleur ! Il confirme le plaisir simple et efficace de se plonger dans un nouveau roman de Katarina Mazetti, tel un rendez-vous fort attendu (pour ma part) et apprécié jusqu'au bout des ongles !

(Argh ! j'en voudrais encore !!!)

Gaia, 2009 - 192 pages / 16 €
Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss
 

Illustration : Jenny (l'auteur de Pink Diary !).

19/01/09

Pendant le reste du voyage, j'ai tiré sur les Indiens - Fabio Geda

Emil Constantin Sabau, treize ans, 1 mètre 58, réfugié roumain installé à Turin chez la nouvelle petite copine de son père, doit retrouver son fantasque grand-père, artiste de rue, qui sillonne l'Europe avec sa troupe. Sa situation est critique, il vient de mettre ko son bon samaritain (l'Architecte), son père a été rapatrié en Roumanie, mais s'est fait jeter en prison à cause d'un faux passeport. Sa mère est morte quand il avait onze ans. Emil est donc seul.
On se croirait bientôt dans Rémi Sans Famille, mais heureusement c'est beaucoup plus gai !

Emil va croiser en chemin Asia et quelques amis qui roulent à bord d'un volkswagen caravelle bleu marine pour Berlin. Une aubaine. Il va les suivre dans un squat, chercher son grand-père d'après les indices assez vagues qu'il peut trouver dans ses lettres, et connaître encore d'incroyables aventures. Mais toujours Emil nous raconte son périple sans atermoiement, sans complaisance. Il en est loin. Lui se sent dans la peau de son héros de bande dessinée (Tex), il pense winchester et cavalcade dans le désert aride. Il ne se voile pas la face, mais il préfère se donner du courage comme il peut.
Et on le comprend. Son périple est étonnant, on le vit à ses côtés en partageant ses émotions. C'est le couplet du stress, de l'impatience, de la curiosité, de l'angoisse etc. Toutefois c'est aussi d'un optimisme infaillible. Le jeune garçon a une bonne étoile au-dessus de la tête, il n'est pas avare de belles rencontres époustouflantes. Sans cesse opportunes.

51NsY_2BJlUqL__SS500_

J'ai trouvé ce roman formidable ! Il est frais, tonique, bourré d'une imagination débordante. Ce n'est jamais tristounet, jamais sinistre ou déprimant. Et pourtant c'était facile de tomber dans la morosité, un adolescent tout seul sur les routes d'Europe, à chercher une aiguille dans une meule de foin. Mazette ! Cela tient du prodige de nous tirer d'aussi beaux sourires plutôt que les larmes. Rien que pour ça, je tire mon chapeau.
Et puis quelle tendresse aussi. Emil est un gamin attachant, on le sait, d'autres aussi le sentent car il attire bien souvent que du bon autour de lui. Cela se résume dans ce passage :
« - C'est toujours bien de trouver quelqu'un.
- C'est vrai.
- Parce que si on est tout seul, on n'a personne pour nous donner la becquée.
»

Ce livre me fait penser, encore et toujours, qu'ensemble c'est tout. Oui, vraiment. J'ai découvert ce roman par un pur hasard, j'en suis tombée amoureuse, oui !!! Et pas seulement du titre. Que j'aime beaucoup. C'est normal, c'est un tout !

Gaïa, 2009 - 272 pages - 21€
traduit de l'italien par Augusta Nechtschein
 

« Grand-père Viorel dit que parfois, il est possible de tomber amoureux d'un mot qu'on a jamais entendu auparavant, un mot nouveau, et que d'un seul coup on commence à l'entendre partout et à s'en servir en permanence. A tel point qu'on peut se demander comment on avait fait pour vivre jusque-là sans le connaître. »

Posté par clarabel76 à 10:00:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , ,

15/12/08

La relieuse du gué - Anne Delaflotte Mehdevi

41k7NdKuDjL__SS500_« Cyrano, que je vous prévienne, est mon "androthérapie". Il ne me quitte jamais. J'ai plusieurs éditions de la pièce de Rostand, et toujours une à l'atelier et une à côté de mon lit. J'ouvre le soir le livre de la pièce au hasard. Je lis quelques pages et je m'endors. Mais je ne l'aime pas qu'au lit. J'ai abusé de lui dans bien d'autres circonstances comme lorsque je passais mes examens. Je l'avais tout le temps dans ma poche tel un gri-gri. Je l'ouvrais en attendant les épreuves ou ne l'ouvrais pas. Mais il était là. »

Mathilde, devenue relieuse après une courte carrière de diplomate au Quai d'Orsay, a ouvert son atelier à Montlaudun en Gironde. Elle occupe ses journées à coudre, à coller, à fignoler, à respirer les livres, c'est une passion léguée par son grand-père qui s'est endormi sous un châtaigner. Un matin de très bonne heure, on tambourine à sa porte qui s'ouvre sur un beau jeune homme, un brin mystérieux. Il lui confie un épais ouvrage qu'il viendra récupérer dans quelques jours. C'est urgent, c'est important et c'est secret. Avant de partir, l'homme a un malaise, sa beauté et son aura énigmatique intriguent Mathilde, mais elle le laisse partir sans le questionner davantage. Quelques jours après, elle apprend sa mort brutale.
L'apparition de cet individu reste obsédante pour la relieuse, qui s'interroge sur l'identité de l'inconnu, cherche à percer l'importance qu'il daignait accorder à l'ouvrage, lequel repose désormais entre ses mains, dans son atelier. Mais cette histoire commence à susciter un intérêt un peu trop vif de la part des habitants de cette petite ville, des rumeurs se propagent, des tensions naissent, une enquête a été ouverte. Mathilde elle-même a décidé de retrouver la famille du défunt et de restituer le livre ancien, en pensant ainsi accomplir les désirs de l'homme sans nom.

Ce roman possède, en plus du charme, une odeur et un son. Il est très particulier, tant il voudrait être murmuré ou lu à voix basse. C'est l'impression qu'il me donne, à me sentir coincée dans la ruelle du gué, à croiser des personnalités fortes et originales, à suivre les pas de Mathilde la relieuse. Elle a fait de sa vie une quête pour le bonheur, dans la chaleur des livres qui chuchotent leurs secrets et qui confient leur intimité à ses mains habiles et délicates. Mathilde est une amoureuse, une contemplative. Scrupuleuse, soucieuse et discrète. La rencontre avec l'inconnu qui sent la fougère et la terre fraîche va bouleverser sa petite existence, jusque là bien remplie par Cyrano et ses répliques pleines de panache. Les voisins de la relieuse ont tous des personnalités éclatantes, parmi lesquelles Mathilde apparaît finalement un peu terne et effacée. La relieuse du gué est aussi un roman à l'écriture sensuelle, à l'ambiance chaleureuse et à l'intrigue qui est un judicieux mélange de légèreté et de mystère. Le début est très, très bon. La fin manque de sombrer dans une certaine lenteur, et/ou maladresse. Mais c'est sans importance. L'ensemble de la lecture procure un sentiment de douceur et c'est un roman vraiment très agréable à lire par temps d'hiver !

Gaïa, 2008 - 268 pages - 19€

« On peut lire Bergerac de Rostand comme on le fait d'une carte postale d'été, ou le dire haut, juste pour le rythme facile de la rime. On peut le lire pour rire, pour s'émouvoir, pour s'attarder sur le panache de son héros. Pour bien dormir, on peut prendre le soir, un dialogue au hasard, et faire une toilette de chat de l'esprit, juste avant de sombrer. On peut le prendre au petit déjeuner, pour se donner du coeur et une âme claire, juste une lampée avec son café. »

D'autres avis : Cathe , Cuné ...

Posté par clarabel76 à 07:30:00 - - Commentaires [29] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

09/09/08

Oh, Roméo - Merete Pryds Helle

 

Ce sont deux amants d'aujourd'hui, dans la ville de Copenhague, ils se prénomment Roméo et Juliette et ce n'est pas fait exprès. Tout les oppose : elle est la fille du futur maire, issu du parti national ; il est immigré iranien, réfugié politique et installé avec sa famille de sang mais pas d'esprit, comme il dit. Il est chauffeur de taxi, elle est thésarde en médecine légale. Ils ont 30 ans, ils pensaient ne jamais connaître le véritable amour et leur rencontre a tout sauvé.

On ne réécrit pas une tragédie, dans le sens où on ne modifie pas la fin de cette histoire. Cela pourrait être handicapant, mais c'est tout le contraire. On savoure d'avance cette courte aventure, qu'on souhaite passionnelle, fusionnelle, totale et dévastatrice. Cela la rend encore plus précieuse ! On aimerait que Juliette et Roméo conjuguent leurs différences et démontrent à leur entourage la débilité de s'affronter sur des questions raciales. Les nationalistes sont particulièrement virulents dans ce Danemark de l'année 2005, avec en rappel de fond l'affaire des caricatures qui a mis le feu au poudre.

On reste dans le domaine du drame passionnel, en dépit des questions soulevées sur l'intégration, l'immigration et le racisme. L'auteur ne s'est pas contenté de décalquer la pièce de Shakespeare, elle a su insuffler une éloquence enflammée et musicale, une forme moderne (au lieu d'écrire dans son Journal, Juliette s'adresse à son blog). C'est un court roman qui rend hommage aux amours intemporelles, aux passions qui ne meurent jamais, enfin bref c'est divin !

traduit du danois par Catherine Lise Dubost

Gaïa, septembre 2008 - 187 pages - 19€

IMGP6049

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [21] - Permalien [#]
Tags : ,

13/05/08

Muléum - Erlend Loe

muleumEncore un journal intime écrit par une jeune fille de dix-huit ans, pourrait-on penser. Ladite Julie, la narratrice, trouve également que c'est pathétique et que ça ne devrait concerner que les personnes dérangées, et ELLE est très certainement dérangée, donc elle a une excuse. Ses parents et son frère ont trouvé la mort dans un crash d'avion au-dessus de l'Afrique, là voilà orpheline, riche à millions mais seule et désespérée. Elle veut en finir avec la vie, tente de se suicider sur scène pendant une pièce de théâtre au lycée, loupe son coup avec force et fracas (les journaux en feront les gros titres !) puis décide de sauter d'un avion à un autre pour parcourir le monde et provoquer le destin. Ses projets pour trouver la mort sont nombreux, farfelus et font bien rire le lecteur - hélas ! est-ce un crime de rire sur un sujet aussi grave ? Julie a pour elle d'écrire avec une énergie farouche et une claivoyance redoutable, elle nous tire des grimaces, nous force à penser comme elle (son docteur dingo, le psy, est un barbu ringard, très souvent à côté de ses pompes !). Bref, son projet de mourir ne sonne pas très sérieux, elle envisage de copier une ou deux caricatures pour attirer sur elle une fatwa ou vole en Asie pour attraper la grippe aviaire - un vrai festival d'imagination ! Elle s'abrutit devant la télé en suivant les JO d'hiver et s'empêche de penser à son chagrin, car, on l'oublie peut-être, derrière son cynisme et son humour mordant, Julie est aussi déboussolée, malheureuse comme les pierres et n'arrive pas à panser ses plaies autrement que par son obsession du suicide. Muléum est un portrait qui se veut drôle mais qui cache le désespoir d'une jeune fille intelligente, avec une forte inclination pour le loufoque et l'exubérance. Cela se lit assez vite, malgré quelques passages vaseux, le ton d'Erlend Loe sauve les meubles et nous fait passer un très bon moment .

Gaia éditions, 2008 pour la traduction française

(traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud) - 222 pages - 18€

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , ,