25/09/17

Des chauves-souris, des singes et des hommes, de Paule Constant

Collection Folio (n° 6348)  -  Parution : 07-09-2017

des chauves souris des singes et des hommesDans un village africain, la jeune Olympe trouve dans la forêt une chauve-souris qu'elle ramène chez elle pour la dorloter comme son doudou. Dans la foulée, ses frères et d'autres garçons ramènent fièrement le cadavre d'un Silverback, qu'ils vont mitonner en ragoût et organiser un festin pour la tribu. Le Docteur Désir, célèbre camelot de passage dans la région, convoite avec envie la peau du singe et poursuit son chemin en se frottant la panse et les mains. Pas très loin, dans une mission humanitaire, Agrippine se désespère de recevoir son stock de vaccins dans les plus brefs délais. Elle vient de lier connaissance avec Virgile, jeune sociologue et ethnologue fraîchement promu, dont les idées réfractaires à toutes formes de colonialisme répondent quelque part à un désir d'émancipation familiale. Dans cette partie du nord Congo, longée par le fleuve et ses affluents, un chaos indescriptible est en train de se mettre en place, de façon pernicieuse et radicale. L'hécatombe frappe d'abord le village d'Olympe, alors accusée d'avoir introduit le malheur avec sa chauve-souris. Puis, la pirogue sur laquelle voyagent Agrippine et son équipe doit rebrousser chemin, échaudée par l'imprécation d'une vieille sorcière. La mort est en train de semer ses petits dans les moindres recoins, drainant un vent de panique et de malédiction.

C'est tout bonnement ahurissant comment ce roman parvient à nous captiver par sa magie, en quelques pages, la tension dramatique s'installe au-delà des espérances. Car se déroule sous nos yeux la naissance d'une pandémie, à travers un mécanisme anodin, des gestes innocents, un enchaînement de circonstances malheureuses. L'impact émotionnel est poignant, et en même temps l'histoire ne verse pas dans le pathos. On a davantage le sentiment de lire un conte africain, avec son folklore, ses grigris et ses légendes, avec aussi de l'humour et de l'ironie, du défaitisme et de la rage, sans toutefois négliger d'épingler les grands coupables (la mondialisation, entre autres) ni d'édulcorer le drame en puissance.

J'ai été littéralement absorbée par cette lecture, alternant le roman et le livre audio. Paule Constant a choisi Marie-Christine Barrault pour interpréter cette tragédie aux allures de conte poétique. Un choix de raison, une exécution solennelle et péremptoire, pour une écoute assez pesante. La transition des deux supports a donc permis d'apprécier autrement cette histoire, d'en estimer les qualités et les subtilités, avant d'en sortir avec une sensation de chair de poule. Verdict : la lecture est sombre et désenchantée, mais inspire beaucoup d'empathie et invite à la réflexion. Je recommande !

 

Des chauves-souris, des singes et des hommes ecoutez lire

Lu par Marie-Christine Barrault - Durée d'écoute : environ 5 h

Collection Écoutez lire, Gallimard (2016)

 

« Malédiction! C’était trop grave. La mère appela le Chef. De mémoire, il n’avait rien entendu de semblable, un singe mangé sans les rituels. Il savait que dans l’ordre des interdits on ne pouvait trouver pire. Il n’y avait plus qu’à aller consulter Reine Mab. Son nom disait long déplacement, coût exorbitant, pratiques compliquées et engueulade assurée. » 

 

 

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20/09/17

L'autre qu'on adorait, de Catherine Cusset

L'autre qu'on adoraitThomas, trente-neuf ans, vient de mettre fin à ses jours dans une petite ville universitaire des Etats-Unis. Lui qui se voyait à la tête d'une carrière brillante et une vie personnelle comblée n'a jamais cessé de cumuler les déconfitures, d'où sa capitulation. La narratrice, ancienne amante devenue sa proche amie, est sidérée par la nouvelle. Elle décide alors de retracer son portrait, et son parcours, en s'adressant à la deuxième personne, toi mon ami à jamais perdu et éternel incompris. C'est avec beaucoup d'empathie, beaucoup de pudeur, qu'elle s'exprime, ne cachant ni son admiration, ni son exaspération. Thomas était un être entier, imparfait, il avait des rêves de grandeur, mais aussi des sautes d'humeur. Il avait coutume de traverser des périodes noires, entrecoupées par des sursauts d'optimisme et d'ambition dévorante. En vérité, Thomas était malade - il était bipolaire - avec les ravages que l'on sait pour son entourage et pour lui-même. Même en amour, Thomas détruisait tout ce qu'il construisait. Il s'attachait vite, et mal. Mais le temps passant, il se heurtait aussi aux restrictions de la société, la beauté, l'arrogance, la compétition farouche entre doctorants. Le microcosme intellectuel, entre Paris, New York, Salt Lake City ou Portland, est finalement codifié partout pareil. Fatigué de se cogner aux conformités, enfermé entre les murs d'une prison dont on ne s'échappe jamais, Thomas a fini par abdiquer.

Aussi poignante soit-elle, la lecture est aussi très déprimante. La voix grave et monotone de Catherine Cusset ne tire pas non plus vers le haut. On se sent ratatiné dans ce texte, comprimé par un sentiment de gâchis, d'incompréhension et de fatalité. C'est lourd, trop pesant. J'avais hâte d'en sortir.

Collection Écoutez lire, Gallimard
Parution : 18-05-2017
Durée d'écoute : environ 7 h 30

« Quand tu penses à ce qui t’arrive, tu as l’impression de te retrouver en plein David Lynch. Blue VelvetTwin Peaks. Une ville universitaire, le cadavre d’un garçon de vingt ans, la drogue, la police, une ravissante étudiante, une histoire d'amour entre elle et son professeur deux fois plus âgé : il y a toute la matière pour un scénario formidable. 

Ce n’est pas un film. C'est ta vie.» 

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Sur les chemins noirs, de Sylvain Tesson & Lu par Grégori Baquet

sur les chemins noirs

En 2014, Sylvain Tesson fait une chute de plus de dix mètres en escaladant un chalet chez des amis à Chamonix. Le corps en vrac, après des mois d'hospitalisation, l'écrivain se relève douloureusement de ce traumatisme et se lance pour défi de traverser la France à pied. Un périple qu'il va effectuer entre août et novembre 2015, non sans mal. Lui qui avait coutume de vivre en surchauffe se découvre une lenteur et une faiblesse qui ralentissent sa marche et entaillent son insouciance. Durant tout son voyage, il éprouve avec peine son endurance, se familiarise avec son nouveau corps, n'ignore pas que sa paralysie faciale suscite effroi et répulsion, ou qu'il s'exprime désormais avec l'apathie d'un vieux grabataire. Sylvain Tesson est un miraculé, mais ne supporte plus la compassion qui l'entoure et s'échappe donc vers “les chemins cachés, flanqués de haies, les sous-bois de ronces et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés”. C'est donc avant tout pour le plaisir de flâner au cœur des campagnes profondes et oubliées qu'on se plonge dans cette lecture, parsemée d'éclats poétiques, de considérations philosophiques, d'aigreurs politiques, de fulgurances littéraires et de petites victoires personnelles. La marche de l'écrivain est en effet jalonnée de rencontres avec d'autres randonneurs, à la recherche du pittoresque, et surtout avec des paysans désabusés, les rares témoins du paysage de la France et de son évolution. Le roman est court, il s'écoute en seulement 4 heures, s'apprécie pour la composition sensible et sincère de Grégori Baquet, portée par une réalisation sonore qui invite à l'évasion et à la rêverie. Cela se lit aussi comme une échappée belle à la Giono - prose élégante et contemplation de la nature environnante - cela nous contraint quelque part à se poser, à profiter du moment présent, à souffler et à réfléchir aux vies toujours pressées que l'on mène. Cela force enfin l'admiration, pour l'acharnement à reconquérir une liberté perdue, pour l'accomplissement de soi et la sensation galvanisée d'une renaissance chèrement acquise.

Ce livre s'ouvre comme une parenthèse salvatrice et bienfaisante - que l'on referme à regret. Au final, c'est aussi une belle leçon de vie et d'absolutisme, un hommage à la beauté des paysages façonnés par des artisans de l'ombre. Un récit qui s'écoute avec beaucoup d'attention.

©2016 Éditions Gallimard (P)2016 Éditions Gallimard Coll. Écoutez Lire

Lu par : Grégori Baquet - Durée : 3 h 51

  • « Il m'aura fallu courir le monde et tomber d'un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j'ignorais les replis, d'un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides. La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs. Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre. »  

(Sylvain Tesson) 

 

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20/05/17

À boire et à manger avec Sonia Ezgulian, de Guillaume Long

A BOIRE ET A MANGER AVEC SONIA EZGULIANDepuis 2009, Guillaume Long marie, avec humour, cuisine et bande dessinée dans un blog gastronomique savamment intitulé « À boire et à manger ». Trois albums reprenant ses plus savoureuses chroniques ont déjà été publiés chez Gallimard (cf. la série) et ne cessent de régaler ses lecteurs !

Ce nouvel opus choisit de mettre à l'honneur la chef Sonia Ezgulian (autodidacte, journaliste durant dix ans à Paris Match, elle crée ensuite le restaurant Oxalis à Lyon dont la réputation n'est plus à faire). Par ses origines arméniennes, Sonia Ezgulian évoque son plaisir de cuisiner et de recevoir. Un héritage de sa grand-mère Payloun, qui lui a notamment appris la recette des fameux mantis, des raviolis croustillants pour les jours de fête. Sont également convoqués sa grand-mère auvergnate, Marie-Victorine, la spécialiste du flan, la famille napolitaine et les repas traditionnels dans la minuscule cabane au pied du Vésuve, le barbecue de son papa, à l'ombre du figuier... Sans oublier les artisans de la bouche, Cédric son épicier, Georges et Laurent les charcutiers, et ses sources d'inspiration, Donna Muratore pour ses inoubliables gnocchis, “À la première bouchée, je fus transportée. À la suivante, c'est l'amnésie totale tant l'émotion fut grande. Plus tard, dans la nuit, je fis ma première insomnie de bonheur. Au petit matin, ma décision était prise : je serai désormais cuisinière !” ou Bill Buford, le chef new-yorkais qui a tout plaqué pour se lancer dans cette folle aventure de cuistot et avec lequel elle partage l'amour de la cuisine faite à la maison. 

C'est tendre, c'est drôle, c'est nostalgique, c'est doux, c'est réconfortant, c'est savoureux. Et au milieu de tout ça, Guillaume Long se met en scène tel un joyeux trublion chargé d'assister Sonia pour élaborer ses recettes... sauf que le rôle de commis n'est pas rose, il faut se lever tôt ou manquer perdre un doigt dans le madzoun. En contrepartie, la chef le régale de bons petits plats et d'anecdotes truculentes qui font le sel de cet album. Ce sont ainsi autant de portraits, de voyages, de mets et de souvenirs qui rendent cette lecture aussi délectable et qui rappellent quelque part la transmission culinaire à tous les niveaux. Un festin pour les papilles et les zygomatiques ! ♥ 

Gallimard, Collection : Bandes dessinées hors collection / 2017

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Tristan et Yseult, d'Agnès Maupré & Singeon

Tristan YseultCette réécriture de l'histoire de Tristan & Yseult est absolument bluffante d'audace et de sensualité ! Loin du mythe de l'amour courtois, on découvre entre ces pages la passion sauvage et dévastatrice de deux jeunes adolescents dépassés par leur désir, qui s'exprime d'ailleurs avec crudité et hardiesse. 

Yseult est une jeune fille romantique, rêveuse et effrontée. Le jour où Tristan fait sensation en tuant le dragon qui terrifiait leur contrée, la demoiselle déploie des trésors de patience et d'ingéniosité pour guérir ses blessures. Elle se prête à rêver d'une romance mais est cruellement déçue d'apprendre que le garçon est en mission pour son oncle, le roi Marc, qui cherche épouse à travers le pays. Bafouée, humiliée, Yseult décide de se venger et glisse quelques gouttes d'un élixir magique dans la boisson de Tristan. Malheur ! il s'agit d'un filtre d'amour. Le garçon est alors saisi d'une pulsion incontrôlable et se jette sur sa proie, elle-même réduite à avaler la potion pour succomber aux assauts du jeune fougueux. Dans l'ombre, son amie Bringien est accablée car elle pressent un grand malheur. La future reine a été souillée. Pire, elle se languit d'amour pour le neveu de son promis ! Pourtant, le roi Marc est un homme prévenant, soucieux de plaire et de satisfaire au bien-être de sa douce. Mais Yseult s'en moque et n'hésite pas à rejoindre son amant dans son dos, ne se doutant pas de la duplicité des barons qui cherchent à révéler cette mascarade.

Cette vision érotique et sentimentale de l'amour absolu est osée et peut donner le rose aux joues des plus prudes (avis aux parents des jeunes collégiens). Mais c'est tout à l'honneur d'Agnès Maupré et de Singeon d'avoir pris le pari de dépoussiérer le mythe en y apportant une palette de couleurs éclatantes, un ton et un style plus flamboyants, qui donne à relire ce grand classique avec des yeux ébahis. Très belle adaptation, qui ne manque ni d'humour, et encore moins de fougue ! Le résultat est époustouflant. ☺

Gallimard Bande Dessinée, Collection : Fétiche / 2017

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15/05/17

La Femme d'En Haut, de Claire Messud

La Femme d'en hautNora Eldridge a quarante-deux ans, elle est institutrice, célibataire, sans enfant, sans histoire. C'est la Femme d'En Haut. La voisine discrète et bienveillante, celle qui ne sort jamais des clous. La femme effacée, à la vie muette de désespoir.

L'arrivée en classe de son nouvel élève Reza va, sans prévenir, chambouler son quotidien. Ce garçon instinctivement la touche. Ses origines étrangères et son anglais bredouillé maladroitement lui attirent hélas les moqueries et les brimades de ses camarades, ce qui insupporte Nora. Elle prend fait et cause pour lui et fait ainsi la rencontre de sa mère Sirena. Celle-ci est belle, incandescente et fantasque. C'est une artiste, à la carrière florissante en Europe, son mari Skandar est un universitaire mondialement réputé, charmant, érudit et prévenant. Nora tombe sous le charme de la famille Shahid. C'est tout à la fois une histoire d'envie, de désir, de jalousie. Et de frustration.

Car Nora a passé quarante années à refouler ses élans. Élevée sous la coupe d'une mère possessive, et abusive, Nora a accepté de renoncer à ses ambitions. Elle qui rêvait d'être artiste voit en Sirena une projection de son hypothétique trajectoire. Sa compagnie va alors la libérer de ses entraves, la pousser à exprimer sa fibre créatrice. Vivre dans l'ombre de Sirena exalte les sens de Nora. De plus, elle adore Reza et se surprend à imaginer une vie de couple auprès d'un homme comme Skandar. Absolument troublant et confondant de sensualité. Du moins, aucune limite ne sera franchie.

Et c'est tout le pouvoir du livre. De se glisser dans la peau de Nora, de suivre ses pensées tortueuses et d'emprunter les méandres de ses contradictions. C'est un portrait absolument réussi, fort, incroyable, grinçant, poignant. Où ne perce nulle trace d'apitoiement, mais une profonde colère. Elle seule en connaît la cause, elle seule est également responsable de cette furie prête à déborder. La tension psychologique est explosive à la lecture de cette démonstration habitée d'espoirs fous et de fracassantes désillusions, avec en sus une âpreté du ton fatalement saisissante. 

Trad. de l'anglais (États-Unis) par France Camus-Pichon [The Woman Upstairs]

Collection Folio (n° 6104), Gallimard / 2016

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L’intérêt de l’enfant, de Ian McEwan

 

G00348

Fiona Maye est juge aux affaires familiales, totalement dévouée à sa carrière, prompte à ressasser régulièrement les affaires les plus conflictuelles de sa carrière. Décrite comme étant “divinement hautaine, diaboliquement intelligente”, Fiona s'affiche comme étant une femme inaccessible et sûre d'elle. Sa vie de couple en a pourtant souffert, car aujourd'hui son mari Ralph exprime sa lassitude et son désir d'une aventure extraconjugale. Fiona tombe des nues et manifeste sa colère avec froideur.

Un dossier urgent va alors accaparer son attention. Un jeune garçon de dix-sept ans révolus, Adam Henry, est atteint d'une leucémie. Ses parents, témoins de Jéhovah, refusent tout traitement sanguin, au nom de leurs croyances. Les médecins s'alarment et ont saisi la justice pour trancher. Lorsqu'elle rencontre le jeune malade, Fiona est à la fois surprise et séduite par ce garçon sensé et sensible, amoureux des mots et de musique. Une longue discussion s'engage, avant de rendre le verdict...

Indéniablement, le roman questionne, le roman interroge, le roman interpose et interpelle. Il évoque ainsi l'intérêt de l'enfant, la valeur des libertés individuelles, la responsabilité humaine, celle du juge ou des parents, la volonté personnelle ou celle de la communauté... C'est extrêmement pointilleux, au risque de paraître lourd et assommant. En vrai, l'histoire n'a pas une grande portée émotionnelle, les personnages sont apathiques, l'affaire Adam Henry n'est qu'un diablotin surgissant de sa boîte. L'auteur tire son épingle du jeu en tissant une ambiance particulièrement oppressante et néanmoins fascinante, qui inspire autant de sentiments contradictoires. C'est un roman assez court, donc qui se lit rapidement, mais qui suscite une certaine perplexité. 

Collection Folio (n° 6299), Gallimard / 2017

Trad. de l'anglais par France Camus-Pichon [The Children Act]

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14/05/17

Ça peut pas faire de mal - Le roman français du XIXᵉ siècle : Balzac, Flaubert, Zola, Maupassant lus par Guillaume Gallienne

ça peut pas faire de malExcellente introduction aux classiques, aux romans réalistes, à l'émission sur France Inter et à l'art de la lecture en général... Ça peut pas faire de mal « conjugue le verbe lire à tous les temps, tous les styles et tous les genres, par la voix de Guillaume Gallienne, sur cette barque-bibliothèque sonore, timonier sur le fleuve sinueux de nos textes classiques ». Quel alléchant programme. 

J'ai ainsi savouré les 2 heures 30 offertes dans cette édition à écouter Guillaume Gallienne lire et commenter quatre grands romans français du XIXe siècle, soit Le Lys dans la valléeMadame BovaryL'Assommoir et Bel-Ami. La mise en scène est simple et immuable : introduction de l'ouvrage en bonne et due forme, puis lecture d'extraits ponctuant au mieux l'intrigue, que des commentaires judicieux vont entrecouper d'une note légère et pertinente.

Une parfaite découverte d'une émission intelligente, qui donne envie de lire et relire les classiques ! L'accompagnement au piano par Philippe Bianconi apporte une touche d'élégance à ce programme remarquable. La prestation de Guillaume Gallienne est évidemment d'une qualité irréprochable - diction et intonation soignées, voix inimitable. J'ai été totalement captivée. Ma lycéenne de fille, qui passe son Bac Français dans un mois, m'a d'ailleurs chipé ce livre audio et l'écoute avec ébahissement. Preuve que le comédien possède ce talent rare de redonner le goût des mots aux plus réfractaires ! ;-p

Coédition Gallimard / France Inter. Contient 2 CD audio. Durée d'écoute : env. 2 h 30

Collection Écoutez lire, Gallimard / 2017

 

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10/04/17

Le mystère Henri Pick, de David Foenkinos & lu par Pierre Hancisse

le mystere henri pick

Passionné de littérature, Jean-Pierre Gourvec s'inspire d'une idée de Richard Brautigan et décide d'ouvrir une bibliothèque des livres refusés dans sa petite commune du Finistère. En vacances chez ses parents, non loin de Crozon, Delphine Despero, une jeune éditrice parisienne, découvre parmi ce fatras une véritable pépite. Une histoire d'amour perdu, vraisemblablement écrite par le pizzaiolo du coin. Delphine parvient aussitôt à convaincre sa veuve de publier le manuscrit, lequel va rencontrer un succès commercial inouï. L'existence de Madeleine Pick et de sa fille Joséphine en est complètement chamboulée. Seulement, cette aubaine n'est pas sans attirer la convoitise des uns et des autres, à commencer par Jean-Michel Rouche, un journaliste en quête d'influence, également convaincu d'une supercherie éditoriale. Décidé à percer le mystère Henri Pick, il se rend alors en Bretagne pour mener son enquête et rencontre les acteurs de cet incroyable vaudeville. On réalise finalement combien les répercussions de cette “découverte” ont eu un impact autant positif que négatif sur leur vie. David Foenkinos prend visiblement son pied à raconter cette comédie burlesque, qui dénonce à la fois la superficialité du milieu littéraire et les nombreuses ramifications pour extirper une œuvre quelconque vers le firmament, d'où les enjeux, les gros sous, les ambitions, les campagnes de presse, les émissions TV, les sourires factices, les jalousies et autres petitesses d'un secteur très éloigné du glamour promis. J'ai vite pris le pli et suivi avec grand intérêt la mise en scène de cette intrigue rondement menée. On regarde chaque personnage aller et venir, placer ses billes, on fait mine de tout gober, on soupire, on peste, on espère, on avale les indices et on recoupe les informations en souriant sardoniquement. Oui, oui. J'ai sincèrement pris goût à cette enquête littéraire, formulée avec verve, tendresse et insolence. Pierre Hancisse y mène également sa barque avec ce qu'il faut de légèreté, d'humour et de délicatesse. Un vrai régal. J'ai été la première surprise à savourer autant ce roman, dont on devine pourtant les ressorts d'une potentielle adaptation cinématographique (ou télévisuelle). Cela n'altère nullement le sentiment d'avoir passé un moment de lecture très plaisant, frais, printanier et distrayant. 

Lu par Pierre Hancisse, pour Gallimard / Collection Écoutez lire,

durée d'écoute : environ 6 h 30

Parution : Novembre 2016

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28/03/17

Chanson douce, de Leïla Slimani & Lu par Clotilde Courau

Chanson douceLorsque Louise est engagée comme nounou pour soulager Myriam, mère de deux jeunes enfants, qui décide de relancer sa carrière d'avocate, ne supportant plus d'être confinée chez elle, engoncée dans son rôle de maman, c'est pour toute la famille une véritable aubaine. Louise est menue, fragile, discrète, efficace. Une véritable aubaine, vraiment. Leurs amis sont d'ailleurs admiratifs et leur envient cette perle rare, babillant sur leurs propres déconvenues ou autres tristes expériences en matière de “personnel” peu qualifié. Bref. Louise s'installe donc dans leur quotidien telle une petite fourmi ouvrière, rapide, utile, rassurante. Les enfants redécouvrent la présence affective d'une figure féminine, à défaut d'avoir leur mère, qui fuit, toujours, le foyer. Celle-ci ne s'y épanouit plus et panique rien qu'à l'idée de perdre leur nounou. En effet, son mari évoque une sensation de malaise en sa compagnie. Il n'a pas les mots pour l'exprimer, mais il incite sa femme à chercher d'autres alternatives. En attendant, le couple continue de s'appuyer sur Louise, femme secrète, silencieuse et troublante. Femme dangereuse. On le sait, le roman s'ouvre sur une scène dramatique, les deux enfants sont morts. Qui, comment, pourquoi. Le roman décrypte tous les signes, tous les signaux, et s'applique à recadrer un tableau sinistre et dérangeant d'une dépendance mutuelle et d'une psychose latente. Le ton est sec et glaçant, mais délivre un suspense envoûtant en nous confiant cette triste radiographie de notre société (ambition, apparence, pouvoir, soumission, autonomie, folie...). Aucun acteur du drame n'est épargné, seules les victimes nous touchent par leur innocence et l'injustice de leur tragédie, pour le reste la condamnation tombe, implacable et insoutenable. C'est avec la même intransigeance, le même sang-froid, que Clotilde Courau nous plonge dans l'histoire terrifiante de Louise. Son interprétation est remarquable, à la fois puissante, tranchante et sévère. Une mise en scène pertinente au service d'un roman fort, poignant, profondément marquant. 

Gallimard, coll. Ecoutez Lire, 2017 - Lu par Clotilde Courau (Durée d'écoute : env. 5 h 45)

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