18/01/18

Tortues à l'infini, de John Green

G01531Aza Holmes, 16 ans, est une adolescente ordinaire, en apparence heureuse, si ce n'est qu'elle souffre de troubles obsessionnels compulsifs. En vrai, elle a des spirales de pensées obsédantes, une voix entêtante lui serine dans la tête, la rendant phobique des bactéries. Cette pathologie est épuisante et l'entraîne toujours plus loin dans ses névroses, créant aussi un profond mal-être.
Il n'est donc pas rare qu'elle se ferme comme une huître, en train de ressasser ses angoisses et invoquer des spectres de contamination et de mort imminente, tandis que sa Meilleure et Plus Intrépide Amie, Daisy Ramirez, babille joyeusement à ses côtés, évoquant sa passion pour Star Wars et ses fanfictions. Après tout, la maladie d'Aza est désormais une vieille ritournelle, envers laquelle son intérêt est devenu volage. 
Bref. Sans cesse à l'affût de projets farfelus, Daisy tombe sur la disparition d'un milliardaire du nom de Russell Picket et la promesse d'une récompense donnée à quiconque serait en mesure de fournir des renseignements. Or, le fils de celui-ci est aussi un ancien copain de colo de son amie. Davis Pickett. Daisy commande Aza de le recontacter, et pourquoi pas grappiller des indices pour retracer le fugitif. Les filles ont bien besoin d'argent pour se payer des études et enjoliver leur quotidien.
L'opération d'infiltration peut commencer. Et miraculeusement, tout se déroule comme dans un rêve, Davis se rappelle d'Aza, accepte de la revoir etc. Le petit groupe devient inséparable, mais voilà...
Aza et ses pensées infernales. Ses bouffées de stress. Ses idées folles et ses délires vertigineux.
Aza sombre de plus en plus dans l'excès et dans la psychose.
Et bim, la jeune fille perd les pédales.

Comme beaucoup d'autres lecteurs, j'étais curieuse de lire le nouveau roman de John Green, mais pas impatiente non plus. Je reconnais à l'auteur de grandes qualités, sans m'avouer une fan hystérique ou acharnée. C'est donc avec une certaine désinvolture que j'ai écouté ce roman pour, finalement, l'apprécier grandement. Oui, voilà un roman très touchant, très fort, sans réelle action mais tellement juste et attachant.
On y trouve encore et toujours des jeunes gens fragiles et délicats, des adolescents jouer les funambules sur une corde raide. On les sent fébriles et en détresse, parés du besoin de trouver leur place ou de comprendre le monde qui les entoure. Ce sont des mômes déstabilisants et qui se rappellent à nous. Des adolescents qui essayent d'être des amis à la hauteur, des enfants obéissants, des élèves studieux, des amoureux flamboyants. Dur, dur.
Ce regard que pose John Green sur la jeunesse est égal à lui-même - lucide, tendre et sans détour - même s'il y ajoute une pointe d'excentricité et de complaisance. Toutefois, c'est drôlement bon et franchement attendrissant. J'ai aimé vivre dans la tête d'Aza, comprendre ses raisonnements et toucher du doigt sa logique implacable. John Green a d'ailleurs avoué s'être inspiré de son propre vécu et son expérience de la maladie pour attribuer à l'histoire d'Aza une note authentique et poignante. C'est difficile à expliquer, mais j'ai été personnellement émue et concernée. Je me suis surprise à écouter d'une traite le roman, regrettant presque le point final. Gros big up à la complicité entre Daisy et sa fidèle “Holminette” - je me sentais bien en leur présence !

À découvrir seulement si vous vous moquez bien de la réputation de Nos étoiles contraires... 

Lu avec tendresse et sans fausse note par Élodie Huber.

Collection Écoutez lire, Gallimard (2018). Durée : env. 6h 30

Trad. de l'anglais (États-Unis) par Catherine Gibert [Turtles All the Way Down]

Tortues à l'infini

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


29/11/17

Celle qui fuit et celle qui reste (L'amie prodigieuse 3) de Elena Ferrante

Celle qui fuit et celle qui resteJ'ai accueilli avec joie la parution du troisième tome, après L'amie prodigieuse & Le nouveau nom, en format audio, puisque je n'envisage plus de connaître la suite de l'histoire autrement qu'en écoutant Marina Moncade. C'est un plaisir que je n'explique plus, mais j'aime cette plongée directe dans les chroniques napolitaines racontées avec tendresse et authenticité.
Nous retrouvons ainsi les deux amies dont les choix de vie ont pris des directions opposées - Lena se glorifie du succès inattendu de son premier roman, elle part s'installer à Florence avec son fiancé et s'enorgueillit du milieu intellectuel dans lequel elle gravite. De son côté, Lila trime dans une usine de salaisons et bousille sa santé, elle se sensibilise à la cause syndicale et se lance dans des revendications pour défendre les droits de la femme. Comme toujours, les deux amies vont reprendre contact et se tirer la bourre, par jalousie ou simple incompréhension. Leur relation n'en finit plus d'être “le reflet de leurs insuffisances” et se couvre d'amertume. Lila est devenue une personne sèche et aigrie, tandis que Lena demeure obstinément obsédée par son béguin de toujours, Nino Sarratore, avec lequel son amie a eu une brève liaison. À jamais insatisfaite, Lena ne parvient plus à se contenter de son bonheur conjugal et part en vrille. 
Certes, ce troisième tome évoque les engagements politiques soulevés après Mai 68, les ouvriers revendiquent de meilleures conditions de travail, les femmes dénoncent les abus de pouvoir et le harcèlement... Mais il est aussi question de sexualité, de maternité, d'épanouissement personnel, d'équilibre et d'accomplissement. Lena et Lila ne sont pas des mères exemplaires, elles recherchent un autre sens à leur vie mais sont enfermées dans des rôles et des carcans établis de longue date dans leur quartier napolitain. Lila n'a pas renoncé à son désir de diriger sa propre entreprise, alors que Lena peine à écrire un autre roman et à perdurer sur la scène littéraire. Les deux jeunes femmes se perdent dans leur course à l'intelligence, à la beauté, à la richesse, l'une est lâche, l'autre méchante, les deux sont égoïstes, et la cruauté de leur relation est flagrante. 
Quelle conclusion apporter à cette histoire ? Pour le savoir, il faudra patienter jusqu'en janvier 2018 avec la parution de 
L'enfant perdue en simultané avec le format audio - chic ! 

©2013 Titre original : "Storia di chi fugge e di chi resta" ("L'amica geniale", volume terzo), Traduit par Elsa Damien

(P)2017 Éditions Gallimard - coll. Écoutez lire, texte lu par Marina Moncade (durée : 13h 45)

 

 

**** Promo d'automne sur Audible ! ****

30 TITRES ISSUS DES MEILLEURES VENTES À MOITIÉ PRIX !

Parmi lesquels, on trouve : L'amie prodigieuse (L'amie prodigieuse 1) à 8.99€

Offre valable jusqu'au 3 décembre

 

Posté par clarabel76 à 11:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

25/09/17

Des chauves-souris, des singes et des hommes, de Paule Constant

Collection Folio (n° 6348)  -  Parution : 07-09-2017

des chauves souris des singes et des hommesDans un village africain, la jeune Olympe trouve dans la forêt une chauve-souris qu'elle ramène chez elle pour la dorloter comme son doudou. Dans la foulée, ses frères et d'autres garçons ramènent fièrement le cadavre d'un Silverback, qu'ils vont mitonner en ragoût et organiser un festin pour la tribu. Le Docteur Désir, célèbre camelot de passage dans la région, convoite avec envie la peau du singe et poursuit son chemin en se frottant la panse et les mains. Pas très loin, dans une mission humanitaire, Agrippine se désespère de recevoir son stock de vaccins dans les plus brefs délais. Elle vient de lier connaissance avec Virgile, jeune sociologue et ethnologue fraîchement promu, dont les idées réfractaires à toutes formes de colonialisme répondent quelque part à un désir d'émancipation familiale. Dans cette partie du nord Congo, longée par le fleuve et ses affluents, un chaos indescriptible est en train de se mettre en place, de façon pernicieuse et radicale. L'hécatombe frappe d'abord le village d'Olympe, alors accusée d'avoir introduit le malheur avec sa chauve-souris. Puis, la pirogue sur laquelle voyagent Agrippine et son équipe doit rebrousser chemin, échaudée par l'imprécation d'une vieille sorcière. La mort est en train de semer ses petits dans les moindres recoins, drainant un vent de panique et de malédiction.

C'est tout bonnement ahurissant comment ce roman parvient à nous captiver par sa magie, en quelques pages, la tension dramatique s'installe au-delà des espérances. Car se déroule sous nos yeux la naissance d'une pandémie, à travers un mécanisme anodin, des gestes innocents, un enchaînement de circonstances malheureuses. L'impact émotionnel est poignant, et en même temps l'histoire ne verse pas dans le pathos. On a davantage le sentiment de lire un conte africain, avec son folklore, ses grigris et ses légendes, avec aussi de l'humour et de l'ironie, du défaitisme et de la rage, sans toutefois négliger d'épingler les grands coupables (la mondialisation, entre autres) ni d'édulcorer le drame en puissance.

J'ai été littéralement absorbée par cette lecture, alternant le roman et le livre audio. Paule Constant a choisi Marie-Christine Barrault pour interpréter cette tragédie aux allures de conte poétique. Un choix de raison, une exécution solennelle et péremptoire, pour une écoute assez pesante. La transition des deux supports a donc permis d'apprécier autrement cette histoire, d'en estimer les qualités et les subtilités, avant d'en sortir avec une sensation de chair de poule. Verdict : la lecture est sombre et désenchantée, mais inspire beaucoup d'empathie et invite à la réflexion. Je recommande !

 

Des chauves-souris, des singes et des hommes ecoutez lire

Lu par Marie-Christine Barrault - Durée d'écoute : environ 5 h

Collection Écoutez lire, Gallimard (2016)

 

« Malédiction! C’était trop grave. La mère appela le Chef. De mémoire, il n’avait rien entendu de semblable, un singe mangé sans les rituels. Il savait que dans l’ordre des interdits on ne pouvait trouver pire. Il n’y avait plus qu’à aller consulter Reine Mab. Son nom disait long déplacement, coût exorbitant, pratiques compliquées et engueulade assurée. » 

 

 

Posté par clarabel76 à 11:30:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

20/09/17

L'autre qu'on adorait, de Catherine Cusset

L'autre qu'on adoraitThomas, trente-neuf ans, vient de mettre fin à ses jours dans une petite ville universitaire des Etats-Unis. Lui qui se voyait à la tête d'une carrière brillante et une vie personnelle comblée n'a jamais cessé de cumuler les déconfitures, d'où sa capitulation. La narratrice, ancienne amante devenue sa proche amie, est sidérée par la nouvelle. Elle décide alors de retracer son portrait, et son parcours, en s'adressant à la deuxième personne, toi mon ami à jamais perdu et éternel incompris. C'est avec beaucoup d'empathie, beaucoup de pudeur, qu'elle s'exprime, ne cachant ni son admiration, ni son exaspération. Thomas était un être entier, imparfait, il avait des rêves de grandeur, mais aussi des sautes d'humeur. Il avait coutume de traverser des périodes noires, entrecoupées par des sursauts d'optimisme et d'ambition dévorante. En vérité, Thomas était malade - il était bipolaire - avec les ravages que l'on sait pour son entourage et pour lui-même. Même en amour, Thomas détruisait tout ce qu'il construisait. Il s'attachait vite, et mal. Mais le temps passant, il se heurtait aussi aux restrictions de la société, la beauté, l'arrogance, la compétition farouche entre doctorants. Le microcosme intellectuel, entre Paris, New York, Salt Lake City ou Portland, est finalement codifié partout pareil. Fatigué de se cogner aux conformités, enfermé entre les murs d'une prison dont on ne s'échappe jamais, Thomas a fini par abdiquer.

Aussi poignante soit-elle, la lecture est aussi très déprimante. La voix grave et monotone de Catherine Cusset ne tire pas non plus vers le haut. On se sent ratatiné dans ce texte, comprimé par un sentiment de gâchis, d'incompréhension et de fatalité. C'est lourd, trop pesant. J'avais hâte d'en sortir.

Collection Écoutez lire, Gallimard
Parution : 18-05-2017
Durée d'écoute : environ 7 h 30

« Quand tu penses à ce qui t’arrive, tu as l’impression de te retrouver en plein David Lynch. Blue VelvetTwin Peaks. Une ville universitaire, le cadavre d’un garçon de vingt ans, la drogue, la police, une ravissante étudiante, une histoire d'amour entre elle et son professeur deux fois plus âgé : il y a toute la matière pour un scénario formidable. 

Ce n’est pas un film. C'est ta vie.» 

Posté par clarabel76 à 07:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Sur les chemins noirs, de Sylvain Tesson & Lu par Grégori Baquet

sur les chemins noirs

En 2014, Sylvain Tesson fait une chute de plus de dix mètres en escaladant un chalet chez des amis à Chamonix. Le corps en vrac, après des mois d'hospitalisation, l'écrivain se relève douloureusement de ce traumatisme et se lance pour défi de traverser la France à pied. Un périple qu'il va effectuer entre août et novembre 2015, non sans mal. Lui qui avait coutume de vivre en surchauffe se découvre une lenteur et une faiblesse qui ralentissent sa marche et entaillent son insouciance. Durant tout son voyage, il éprouve avec peine son endurance, se familiarise avec son nouveau corps, n'ignore pas que sa paralysie faciale suscite effroi et répulsion, ou qu'il s'exprime désormais avec l'apathie d'un vieux grabataire. Sylvain Tesson est un miraculé, mais ne supporte plus la compassion qui l'entoure et s'échappe donc vers “les chemins cachés, flanqués de haies, les sous-bois de ronces et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés”. C'est donc avant tout pour le plaisir de flâner au cœur des campagnes profondes et oubliées qu'on se plonge dans cette lecture, parsemée d'éclats poétiques, de considérations philosophiques, d'aigreurs politiques, de fulgurances littéraires et de petites victoires personnelles. La marche de l'écrivain est en effet jalonnée de rencontres avec d'autres randonneurs, à la recherche du pittoresque, et surtout avec des paysans désabusés, les rares témoins du paysage de la France et de son évolution. Le roman est court, il s'écoute en seulement 4 heures, s'apprécie pour la composition sensible et sincère de Grégori Baquet, portée par une réalisation sonore qui invite à l'évasion et à la rêverie. Cela se lit aussi comme une échappée belle à la Giono - prose élégante et contemplation de la nature environnante - cela nous contraint quelque part à se poser, à profiter du moment présent, à souffler et à réfléchir aux vies toujours pressées que l'on mène. Cela force enfin l'admiration, pour l'acharnement à reconquérir une liberté perdue, pour l'accomplissement de soi et la sensation galvanisée d'une renaissance chèrement acquise.

Ce livre s'ouvre comme une parenthèse salvatrice et bienfaisante - que l'on referme à regret. Au final, c'est aussi une belle leçon de vie et d'absolutisme, un hommage à la beauté des paysages façonnés par des artisans de l'ombre. Un récit qui s'écoute avec beaucoup d'attention.

©2016 Éditions Gallimard (P)2016 Éditions Gallimard Coll. Écoutez Lire

Lu par : Grégori Baquet - Durée : 3 h 51

  • « Il m'aura fallu courir le monde et tomber d'un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j'ignorais les replis, d'un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides. La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs. Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre. »  

(Sylvain Tesson) 

 

Posté par clarabel76 à 07:45:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,


20/05/17

À boire et à manger avec Sonia Ezgulian, de Guillaume Long

A BOIRE ET A MANGER AVEC SONIA EZGULIANDepuis 2009, Guillaume Long marie, avec humour, cuisine et bande dessinée dans un blog gastronomique savamment intitulé « À boire et à manger ». Trois albums reprenant ses plus savoureuses chroniques ont déjà été publiés chez Gallimard (cf. la série) et ne cessent de régaler ses lecteurs !

Ce nouvel opus choisit de mettre à l'honneur la chef Sonia Ezgulian (autodidacte, journaliste durant dix ans à Paris Match, elle crée ensuite le restaurant Oxalis à Lyon dont la réputation n'est plus à faire). Par ses origines arméniennes, Sonia Ezgulian évoque son plaisir de cuisiner et de recevoir. Un héritage de sa grand-mère Payloun, qui lui a notamment appris la recette des fameux mantis, des raviolis croustillants pour les jours de fête. Sont également convoqués sa grand-mère auvergnate, Marie-Victorine, la spécialiste du flan, la famille napolitaine et les repas traditionnels dans la minuscule cabane au pied du Vésuve, le barbecue de son papa, à l'ombre du figuier... Sans oublier les artisans de la bouche, Cédric son épicier, Georges et Laurent les charcutiers, et ses sources d'inspiration, Donna Muratore pour ses inoubliables gnocchis, “À la première bouchée, je fus transportée. À la suivante, c'est l'amnésie totale tant l'émotion fut grande. Plus tard, dans la nuit, je fis ma première insomnie de bonheur. Au petit matin, ma décision était prise : je serai désormais cuisinière !” ou Bill Buford, le chef new-yorkais qui a tout plaqué pour se lancer dans cette folle aventure de cuistot et avec lequel elle partage l'amour de la cuisine faite à la maison. 

C'est tendre, c'est drôle, c'est nostalgique, c'est doux, c'est réconfortant, c'est savoureux. Et au milieu de tout ça, Guillaume Long se met en scène tel un joyeux trublion chargé d'assister Sonia pour élaborer ses recettes... sauf que le rôle de commis n'est pas rose, il faut se lever tôt ou manquer perdre un doigt dans le madzoun. En contrepartie, la chef le régale de bons petits plats et d'anecdotes truculentes qui font le sel de cet album. Ce sont ainsi autant de portraits, de voyages, de mets et de souvenirs qui rendent cette lecture aussi délectable et qui rappellent quelque part la transmission culinaire à tous les niveaux. Un festin pour les papilles et les zygomatiques ! ♥ 

Gallimard, Collection : Bandes dessinées hors collection / 2017

 Feuilleter

Posté par clarabel76 à 10:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

Tristan et Yseult, d'Agnès Maupré & Singeon

Tristan YseultCette réécriture de l'histoire de Tristan & Yseult est absolument bluffante d'audace et de sensualité ! Loin du mythe de l'amour courtois, on découvre entre ces pages la passion sauvage et dévastatrice de deux jeunes adolescents dépassés par leur désir, qui s'exprime d'ailleurs avec crudité et hardiesse. 

Yseult est une jeune fille romantique, rêveuse et effrontée. Le jour où Tristan fait sensation en tuant le dragon qui terrifiait leur contrée, la demoiselle déploie des trésors de patience et d'ingéniosité pour guérir ses blessures. Elle se prête à rêver d'une romance mais est cruellement déçue d'apprendre que le garçon est en mission pour son oncle, le roi Marc, qui cherche épouse à travers le pays. Bafouée, humiliée, Yseult décide de se venger et glisse quelques gouttes d'un élixir magique dans la boisson de Tristan. Malheur ! il s'agit d'un filtre d'amour. Le garçon est alors saisi d'une pulsion incontrôlable et se jette sur sa proie, elle-même réduite à avaler la potion pour succomber aux assauts du jeune fougueux. Dans l'ombre, son amie Bringien est accablée car elle pressent un grand malheur. La future reine a été souillée. Pire, elle se languit d'amour pour le neveu de son promis ! Pourtant, le roi Marc est un homme prévenant, soucieux de plaire et de satisfaire au bien-être de sa douce. Mais Yseult s'en moque et n'hésite pas à rejoindre son amant dans son dos, ne se doutant pas de la duplicité des barons qui cherchent à révéler cette mascarade.

Cette vision érotique et sentimentale de l'amour absolu est osée et peut donner le rose aux joues des plus prudes (avis aux parents des jeunes collégiens). Mais c'est tout à l'honneur d'Agnès Maupré et de Singeon d'avoir pris le pari de dépoussiérer le mythe en y apportant une palette de couleurs éclatantes, un ton et un style plus flamboyants, qui donne à relire ce grand classique avec des yeux ébahis. Très belle adaptation, qui ne manque ni d'humour, et encore moins de fougue ! Le résultat est époustouflant. ☺

Gallimard Bande Dessinée, Collection : Fétiche / 2017

 Feuilleter

Posté par clarabel76 à 10:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

15/05/17

La Femme d'En Haut, de Claire Messud

La Femme d'en hautNora Eldridge a quarante-deux ans, elle est institutrice, célibataire, sans enfant, sans histoire. C'est la Femme d'En Haut. La voisine discrète et bienveillante, celle qui ne sort jamais des clous. La femme effacée, à la vie muette de désespoir.

L'arrivée en classe de son nouvel élève Reza va, sans prévenir, chambouler son quotidien. Ce garçon instinctivement la touche. Ses origines étrangères et son anglais bredouillé maladroitement lui attirent hélas les moqueries et les brimades de ses camarades, ce qui insupporte Nora. Elle prend fait et cause pour lui et fait ainsi la rencontre de sa mère Sirena. Celle-ci est belle, incandescente et fantasque. C'est une artiste, à la carrière florissante en Europe, son mari Skandar est un universitaire mondialement réputé, charmant, érudit et prévenant. Nora tombe sous le charme de la famille Shahid. C'est tout à la fois une histoire d'envie, de désir, de jalousie. Et de frustration.

Car Nora a passé quarante années à refouler ses élans. Élevée sous la coupe d'une mère possessive, et abusive, Nora a accepté de renoncer à ses ambitions. Elle qui rêvait d'être artiste voit en Sirena une projection de son hypothétique trajectoire. Sa compagnie va alors la libérer de ses entraves, la pousser à exprimer sa fibre créatrice. Vivre dans l'ombre de Sirena exalte les sens de Nora. De plus, elle adore Reza et se surprend à imaginer une vie de couple auprès d'un homme comme Skandar. Absolument troublant et confondant de sensualité. Du moins, aucune limite ne sera franchie.

Et c'est tout le pouvoir du livre. De se glisser dans la peau de Nora, de suivre ses pensées tortueuses et d'emprunter les méandres de ses contradictions. C'est un portrait absolument réussi, fort, incroyable, grinçant, poignant. Où ne perce nulle trace d'apitoiement, mais une profonde colère. Elle seule en connaît la cause, elle seule est également responsable de cette furie prête à déborder. La tension psychologique est explosive à la lecture de cette démonstration habitée d'espoirs fous et de fracassantes désillusions, avec en sus une âpreté du ton fatalement saisissante. 

Trad. de l'anglais (États-Unis) par France Camus-Pichon [The Woman Upstairs]

Collection Folio (n° 6104), Gallimard / 2016

Posté par clarabel76 à 11:45:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

L’intérêt de l’enfant, de Ian McEwan

 

G00348

Fiona Maye est juge aux affaires familiales, totalement dévouée à sa carrière, prompte à ressasser régulièrement les affaires les plus conflictuelles de sa carrière. Décrite comme étant “divinement hautaine, diaboliquement intelligente”, Fiona s'affiche comme étant une femme inaccessible et sûre d'elle. Sa vie de couple en a pourtant souffert, car aujourd'hui son mari Ralph exprime sa lassitude et son désir d'une aventure extraconjugale. Fiona tombe des nues et manifeste sa colère avec froideur.

Un dossier urgent va alors accaparer son attention. Un jeune garçon de dix-sept ans révolus, Adam Henry, est atteint d'une leucémie. Ses parents, témoins de Jéhovah, refusent tout traitement sanguin, au nom de leurs croyances. Les médecins s'alarment et ont saisi la justice pour trancher. Lorsqu'elle rencontre le jeune malade, Fiona est à la fois surprise et séduite par ce garçon sensé et sensible, amoureux des mots et de musique. Une longue discussion s'engage, avant de rendre le verdict...

Indéniablement, le roman questionne, le roman interroge, le roman interpose et interpelle. Il évoque ainsi l'intérêt de l'enfant, la valeur des libertés individuelles, la responsabilité humaine, celle du juge ou des parents, la volonté personnelle ou celle de la communauté... C'est extrêmement pointilleux, au risque de paraître lourd et assommant. En vrai, l'histoire n'a pas une grande portée émotionnelle, les personnages sont apathiques, l'affaire Adam Henry n'est qu'un diablotin surgissant de sa boîte. L'auteur tire son épingle du jeu en tissant une ambiance particulièrement oppressante et néanmoins fascinante, qui inspire autant de sentiments contradictoires. C'est un roman assez court, donc qui se lit rapidement, mais qui suscite une certaine perplexité. 

Collection Folio (n° 6299), Gallimard / 2017

Trad. de l'anglais par France Camus-Pichon [The Children Act]

Posté par clarabel76 à 11:30:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

14/05/17

Ça peut pas faire de mal - Le roman français du XIXᵉ siècle : Balzac, Flaubert, Zola, Maupassant lus par Guillaume Gallienne

ça peut pas faire de malExcellente introduction aux classiques, aux romans réalistes, à l'émission sur France Inter et à l'art de la lecture en général... Ça peut pas faire de mal « conjugue le verbe lire à tous les temps, tous les styles et tous les genres, par la voix de Guillaume Gallienne, sur cette barque-bibliothèque sonore, timonier sur le fleuve sinueux de nos textes classiques ». Quel alléchant programme. 

J'ai ainsi savouré les 2 heures 30 offertes dans cette édition à écouter Guillaume Gallienne lire et commenter quatre grands romans français du XIXe siècle, soit Le Lys dans la valléeMadame BovaryL'Assommoir et Bel-Ami. La mise en scène est simple et immuable : introduction de l'ouvrage en bonne et due forme, puis lecture d'extraits ponctuant au mieux l'intrigue, que des commentaires judicieux vont entrecouper d'une note légère et pertinente.

Une parfaite découverte d'une émission intelligente, qui donne envie de lire et relire les classiques ! L'accompagnement au piano par Philippe Bianconi apporte une touche d'élégance à ce programme remarquable. La prestation de Guillaume Gallienne est évidemment d'une qualité irréprochable - diction et intonation soignées, voix inimitable. J'ai été totalement captivée. Ma lycéenne de fille, qui passe son Bac Français dans un mois, m'a d'ailleurs chipé ce livre audio et l'écoute avec ébahissement. Preuve que le comédien possède ce talent rare de redonner le goût des mots aux plus réfractaires ! ;-p

Coédition Gallimard / France Inter. Contient 2 CD audio. Durée d'écoute : env. 2 h 30

Collection Écoutez lire, Gallimard / 2017

 

Posté par clarabel76 à 19:45:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,