09/06/17

Confessions d’une catastrophe ambulante : Le journal de Chloe Snow, de Emma Chastain

Confessions d’une catastrophe ambulanteChloe Snow a quatorze ans et la trouille au ventre de rentrer au lycée (qui commence par l'année de troisième aux USA) sans avoir jamais embrassé un garçon ! Il est plus que temps d'y remédier, aussi dresse-t-elle une courte liste de futurs prétendants en tirant des plans sur la comète. C'est assuré du soutien de sa meilleure amie, Hannah, que Chloe va multiplier les sourires, les contacts, les suivis sur les réseaux sociaux... S'éparpiller pour mieux atteindre son but ? CQFD. Face à son succès, notre adolescente en perd la tête mais risque également de se brûler les ailes, ouille !

À la maison, rien ne va plus également. Son père est aux petits soins pour elle, depuis que sa mère est partie au Mexique pour écrire son roman, juste pour quatre mois, la cohésion familiale est quelque peu ébranlée. En attendant son retour, la jeune fille rédige son journal intime où elle rapporte TOUT pour ne rien oublier. Les journées passent, le bilan des conquêtes est au point mort, alors que son amie Hannah vit sa première grande histoire d'amour, en cachette de ses parents. Chloe compense sa frustration en multipliant les pistes, entre Tristan, son nouveau confident, Zach, le musicien au look rebelle, ou Mac, le sportif sûr de son charme et à la petite amie sublime... 

Chloe Snow brille par sa mauvaise foi, ses maladresses et ses audaces mal placées. Elle vient aussi de décrocher le premier rôle de la comédie musicale organisée par sa prof de théâtre, s'attire les foudres de la jalousie, ne touche plus terre et batifole avec l'interdit. À force de jouer ce jeu dangereux, Chloe bascule dans la zone rouge. Crise générale. Il faut sauver le soldat Snow. On a donc une lecture honteusement délectable, même si elle parle essentiellement de garçons et de baisers baveux. Mais on s'attache à l'héroïne, fofolle et inconséquente, et on suit son parcours à la va-comme-je-te-pousse avec des yeux hallucinés. Chloe fait tout de travers, et va heureusement apprendre de ses erreurs. Cela se lit sur le ton de l'humour - second degré - c'est léger, futile et ça dégouline d'hormones en folie. Contient aussi des propos crus, pour les plus farouches. ^-^

Gallimard Jeunesse, coll. Scripto, 2017

Trad. Nathalie Peronny [Confessions of a High School Disaster: Chloe Snow's Diary]

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Toute la beauté du monde n'a pas disparu, de Danielle Younge-Ullman

Tout la beauté du mondeEnvoyée à Peak Wilderness, un camp d'été dans la nature la plus sauvage, dans les conditions les plus rudes, avec un groupe d'adolescents ravagés du bocal, Ingrid doit tester au mieux sa résistance pour prouver à sa mère sa force de caractère avant d'intégrer une prestigieuse école de chant. Celle-ci, Margot-Sophia Lalonde, également une ancienne cantatrice, désapprouve totalement son choix. C'est comme réveiller un vieux traumatisme, auquel sa mère est encore prisonnière, et non merci.

Le jour où sa carrière a brutalement pris fin sur scène, face à un public ébahi, Margot-Sophia n'a plus du tout été la même. Prostrée dans sa chambre, dans un état dépressif, elle a complètement ignoré sa fille, livrée à elle-même, avant de refaire surface pour mener une existence banale et ordinaire, de laquelle elle a effacé toute trace de son passé. Nul ne pouvait évoquer son drame ou sa vie d'avant en sa présence. Et Ingrid a grandi dans l'ombre de cette mère dévastée par un gouffre jamais comblé, ne sachant jamais comment faire pour lui plaire ou la satisfaire.

Ingrid débarque ainsi à Peak Wilderness sans se douter du sort qui l'attend, elle qui s'imaginait passer trois semaines dans des cabanes en bois, autour d'un feu de camp, en communion avec des compagnons épris de nature et attentifs à leur bien-être intérieur, la voilà en train de s'aventurer dans un trek épuisant, éprouvant et fracassant. Le vrai choc. Ingrid va pourtant s'accrocher, se découvrir une endurance à toute épreuve, et en même temps, crever l'abcès qui l'empoisonne depuis l'enfance. 

Suivre le parcours de cette héroïne combative et attachante a été sincèrement stimulant. J'ai souvent souri, beaucoup compati, malgré moi gloussé et halluciné à la lecture de son apprentissage, mais c'est raconté à la fois avec fraîcheur, humour et ironie. Il faut lire toutes les lettres que la jeune fille adresse rageusement à sa mère, sa montagne de reproches tournés en dérision, sa sensation de subir un rite initiatique auquel elle n'était pas préparée (et on la comprend, imaginez vous balader avec vos papiers WC usagés pour protéger l'environnement... eh ouais !). Bref. Le roman cache aussi une bonne couche d'émotions, en traçant les contours d'une relation mère-fille conflictuelle et bancale, on l'appréhende au compte-gouttes et on reçoit l'onde sismique avec autant d'effarement que d'incompréhension. Mais on ressort de cette histoire émouvante en inspirant bien fort et en levant le nez vers le soleil. C'est tout plein d'espoir, d'amour et de résilience. Un concentré de passion, de détermination et d'énergie positive. Top. ♥

Gallimard Jeunesse, coll. Scripto, 2017

Trad. Laetitia Devaux [Everything beautiful is not ruined]

 

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18/05/17

Demain n'est pas un autre jour, de Robyn Schneider

Demain nest pas un autre jourLane avait déjà bâti son avenir selon un plan parfait - avec ses résultats brillants et sa motivation gonflée à bloc, le garçon visait une entrée en grandes pompes à Stanford. Au lieu de ça, c'est à Latham House qu'il pose ses valises avec un profond sentiment d'échec. Latham est un sanatorium pour jeunes malades atteints de tuberculose. Récemment diagnostiqué, Lane est contraint au confinement et au repos. Sur place, le garçon retrouve une ancienne camarade de colo, Sadie, qui s'est entourée d'une bande de potes turbulents, aimant flirter avec les limites du raisonnable. Lassé de son rôle de garçon modèle, au parcours irréprochable, Lane tente de les approcher mais se heurte à une Sadie hargneuse et rancunière. 

C'est parce que j'avais beaucoup apprécié le premier roman de Robyn Schneider, Cœurs brisés, têtes coupées, que j'ai décidé de me plonger dans celui-ci. Car un livre traitant de maladie et d'amour n'a généralement pas mes faveurs... L'autre aspect positif du roman, c'est son ambiance en vase clos, où des jeunes gens patientent et luttent contre une fin programmée, mais choisissent de profiter pleinement plutôt que de s'avachir dans leur coin en tremblant de peur. Ce sont des résistants, des guerriers, des héros. J'ai aimé suivre leurs transgressions dans les bois ou à la bibliothèque. Leurs échanges aussi sont pleins d'autodérision. Et sous leurs airs bravaches, forcément, on devine leurs failles, leurs trouilles, leurs espoirs... C'est très bon, merveilleusement écrit, avec certes un sujet réchauffé, mais le roman possède le même charme que Auprès de moi toujours de K. Ishiguro, autre lecture empreinte de nostalgie, de beauté et de poésie. Si vous aimez John Green, vous ne pouvez louper Robyn Schneider !

Gallimard Jeunesse, 2017 - Trad. Nathalie Peronny [Extraordinary Means]

« Jamais je n'ai eu autant envie de faire partie d'une bande qu'à cet instant précis. Ils détonnaient avec le reste de Latham, mais pas comme moi. Ils se comportaient comme dans un pensionnat strict à l'ancienne où on défiait l'autorité et où on enfreignait les règles en cachette. Je les trouvais plus combatifs que les autres. Moins enclins à pleurnicher sur leur sort et à passer leurs journées au lit. Ils n'étaient pas en vacances, ils vivaient une aventure. »

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03/05/17

Anna Z42 : Margaux-Grenouille a disparu, de Aurélie Gerlach & Jess Pauwels

Anna Z42Anna est une étonnante petite fille aux cheveux verts, qui aime chahuter en classe pour attirer l'attention de ses camarades, mais ses efforts sont vains puisqu'elle est souvent l'objet de moqueries et de réprimandes. Or, Anna a un secret : sa mère vient d'une autre planète et vit à Aquatix, qu'elle rejoint un weekend sur deux à bord d'une voiture-bulle conçue exprès pour traverser en quelques secondes les étoiles dans le ciel et survoler la galaxie. Sa maman est ethnologue et a rencontré le père d'Anna au cours d'un voyage d'études en mode incognito. En plus de ses longs cheveux verts, dont Anna a hérité, elle a aussi une peau couleur petit pois et sent bon l'air marin. Sur Aquatix, Anna a pour meilleure amie Margaux, une grenouille à parfums, capable d'imiter toutes les odeurs qui existent (gare à ses sautes d'humeur, sa vengeance est alors terrible). Ses parents veillent aussi à protéger ses origines mi-extraterrestres, mais Anna passe outre en glissant subrepticement Margaux dans son baluchon, à l'heure du retour sur Terre, car elle compte s'en servir pour un exposé en classe ! La grenouille non plus n'est pas contente et l'exprime en se carapatant pour se planquer dans les recoins de la cantine, de la bibliothèque ou du bureau de la directrice. Branle-bas de combat à l'école. La situation n'est plus sous contrôle - Anna Z42 craint désormais pour son pédigrée. 

L'histoire est adorable et follement drôle, tenue principalement par une héroïne très attachante. J'avais déjà adoré l'humour d'Aurélie Gerlach dans ses romans ados (Où est passée Lola Frizmuth? ; Qui veut la peau de Lola Frizmuth? ; La Légende de Lee-Roy Gordon) et j'ai été une fois encore séduite dans ce nouveau registre, qui s'adresse aux plus jeunes lecteurs. Il y a de la fraîcheur, de l'imagination, de la légèreté et de l'originalité dans cette histoire qui se passe à la fois dans un univers proche des enfants (l'école, les copains, les bisbilles, le divorce, les devoirs, les punitions...) mais qui leur offre aussi une évasion appréciable avec Aquatix, où Anna mène une vie différente qui suscite de la curiosité. Ce court roman, illustré avec fantaisie par Jess Pauwels, donne le ton d'une nouvelle série aux aventures pittoresques et colorées. Une belle entrée en matière pour passer du bon temps. ☺

Gallimard Jeunesse - 2017

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28/04/17

L'été de Summerlost, de Ally Condie

SUMMERLOSTUn an après l'accident de voiture qui a emporté son mari et leur fils Ben, la mère de Cedar fait l'acquisition d'une petite maison à Iron Creek pour y passer l'été auprès de sa famille. Pensive et nostalgique, assise sur le perron, la fillette remarque ainsi l'étrange manège d'un garçon de son âge passer chaque jour à vélo dans un drôle d'accoutrement. Elle finit par le suivre et débarque en plein Summerlost Festival, qui réunit tous les passionnés de théâtre et de Shakespeare. Au final, Cedar décroche un petit job et accompagne Leo dans ses visites guidées consacrées à l'actrice locale, Lisette Chamberlain, dont la mort survenue vingt ans plus tôt continue de hanter les mémoires et alimente la légende par son mystère. Toutefois, les enfants ne touchent pas un mot de leur projet à leur entourage et agissent en cachette pour réaliser le rêve de Leo, à savoir voyager jusqu'à Londres. Les semaines passent, l'ambiance de l'été s'installe, l'air est doucereux et mélancolique, chacun panse ses plaies et ses peines. Mais la vie coule en toute tranquillité, Cedar et son jeune frère Miles suivent avec avidité leur feuilleton tv, se lancent des défis en avalant des friandises acides, évoquent frileusement les disparus et avancent avec précaution dans leur deuil. Il n'y aura pas de miracle, juste de la douceur de vivre, de l'amitié, des sentiments purs et sincères, de la famille, des secrets, des confidences. La lecture dégage un sentiment de plénitude, de sérénité, de tendresse aussi. C'est a priori enfantin, mais touchant et attachant. Car Ally Condie nous séduit avec simplicité, ses mots font mouche, c'est sans pathos, sans chichis. Et cela se déguste comme un petit conte mélodieux, comme le songe d'une nuit d'été. Agréable, vaporeux et charmant.

Gallimard Jeunesse, 2017 - Trad. Julie Lopez -- Magnifique illustration de couverture : Jennifer Bricking

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13/04/17

Le Club des Super-Héros : Justice Académie, de Derek Fridolfs & Dustin Nguyen

Le Club des Super-HérosNouvel élève à l'académie Ducard, Bruce Wayne constate rapidement les nombreux dysfonctionnements de l'établissement - le personnel enseignant encourage la compétition, la triche et l'ambition dévorante, les étudiants sont tous plus idiots les uns que les autres, ils portent des masques de clown, font les 400 coups sans peur des représailles et multiplient les blagues humiliantes. Bruce est convaincu d'être tombé dans un traquenard. Il arrive à convaincre deux autres camarades, Clark Kent et Diana Prince, de rejoindre son club secret qui consiste à jouer les espions pour percer le mystère de Ducard. Qui est réellement son directeur ? Nul ne le connaît. À la place, le conseiller pédagogique Hugo Strange filtre chaque tentative d'entrer en contact avec celui-ci. Plus nos jeunes gens fouillent, plus la pression devient suffocante et les traîtrises apparaissent. Bruce découvre ainsi que Clark et Diana sont eux aussi des énigmes ambulantes et n'ont pas tout dévoilé de leurs origines. Vous imaginez un collège réunissant Batman, Superman et Wonderwoman, avec à la barre des savants fous visant à recruter de jeunes disciples pour la ligue des assassins ? Eh bien, ne cherchez plus. Cela se passe ici. Nos apprentis super-héros font déjà l'amère expérience de la lutte contre les forces du mal en redoutant d'accorder leur confiance pour préserver leur nature, leur identité, leur mission, etc.

Le format du livre est en soi très original, assez “fourre-tout”, l'histoire est racontée sous forme de BD, à laquelle s'ajoutent des rapports administratifs, des mails, des articles de la gazette de l'école, des extraits de carnet de notes ou du journal intime de Bruce. Les dessins en noir et blanc finissent de planter le décor et l'ambiance. C'est sombre, assez brouillon et impénétrable, en même temps le scénario se veut classique mais complice, en servant de bonnes séquences burlesques, du suspense et des clins d'œil qui plairont aux amateurs de comics (le majordome Alfred, le Joker, les chauve-souris, Smallville, la Kryptonite, Lex Luthor, la lignée royale de Diana...). Derek Fridolfs et Dustin Nguyen baignent dans le milieu en toute aisance, pour avoir déjà écrit d'autres aventures de super-héros (dont Li'l Gotham) et acquis une certaine notoriété. Ils confortent cette fois leur savoir-faire en s'adressant à un public plus jeune et visiblement ouvert à toute contamination. ^.^

Gallimard Jeunesse, 2017 - Trad. Marie Leymarie

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06/04/17

Hector et les Hypnobots, de Danny Wallace

Hector et les HypnobotsSuite aux invraisemblables événements rapportés dans Hector et les Pétrifieurs de temps, nous retrouvons nos intrépides jeunes gens dans leur routine, si ce n'est que Hector et ses amis sont désormais traités en héros, pour avoir sauvé la petite ville de Starkley. Le Premier Ministre en personne a fait le chemin depuis Londres pour saluer le courage des enfants, seulement au cours de la cérémonie, le politicien perd soudain la boule et se met à gambader en slip devant toutes les caméras en proclamant un discours inintelligible. Son assistant personnel, Mysterio, invite Hector à les rejoindre quelques jours plus tard au 10, Downing Street. La situation sera de nouveau sous contrôle. En attendant, le garçon et son amie Alice en restent éberlués. Quelle mouche a piqué le chef du gouvernement ? Alice voit là un signe du destin, depuis le temps qu'ils ont eu connaissance d'une adresse à Londres pouvant expliquer la mystérieuse disparition du père d'Hector. Mais le garçon traîne des pieds, curieux ou craintif des découvertes à venir. Il n'a pas tort, car la suite de l'histoire réserve encore d'étonnants rebondissements. Et c'est ce qui rend cette série bigrement pétillante, enthousiasmante et attachante. L'auteur combine humour, aventure et espièglerie en quelques pages et bidouille une intrigue passionnante, où se mêlent des créatures affreuses, des dimensions parallèles, des alter ego qui fonctionnent selon un mode on/off. C'est stupéfiant. Parcourir les rues de Londres dans le taxi vert pomme de Léon Bannister devient aussi une vraie partie de plaisir, entre le traditionnel circuit touristique ou la plongée dans un univers plus flou et troublant, nos repères sont vite mis sens dessus dessous. Que de richesse au programme ! Il va sans dire que la série peaufine son originalité, son ton et son mystère par de judicieux tours de passe-passe qui vont surprendre le jeune lecteur. Il y a une franche et belle énergie dans l'histoire, c'est exubérant et contagieux à la fois. Je suis définitivement friande de cette frénésie ambiante, sans sous-estimer la tension nerveuse qui s'immisce chez nos vaillants membres des Forces Spéciales... J'apprécie également le soin délicat apporté dans l'esthétisme de l'ouvrage - illustrations, couleurs, police de caractère... On note ainsi que chaque détail a son importance et procure à l'ensemble une dynamique épatante, qui rend la lecture encore plus excitante ! Vivement le prochain volume. ☺

Gallimard Jeunesse, 2017 - Trad. Marie Leymarie [Hamish And The Neverpeople]

 

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La Boutique Vif-Argent, Tome 3 : La Carte des passages, de P.D. Baccalario

Ce roman fait suite à Une Valise d'étoiles (tome 1) et La Boussole des rêves (tome 2).

La carte des passagesLa mort de la vieille Koumail a plongé la communauté d'Applecross dans un profond désarroi. Pour la première fois, le jeune Finley est convié à participer au cérémonial des funérailles en compagnie de son père et des hommes du village. L'arrivée inopportune d'Aiby Lily, soutien de son père, provoque cependant des remous. C'est indécent, révoltant. L'équilibre des mondes est désormais fragilisé. Il convient à chacun de prendre ses responsabilités. Que de théâtralité, que de non-dits ! Pour Finley, cette soirée sur la falaise, à allumer des feux en procession, est un instant mémorable mais angoissant. Les jours suivants confirmeront son appréhension. Aiby et lui vont se lancer sur la piste de l'assassin de la vieille dame, partir en quête d'objets magiques et fouiller sans doute au-delà du possible en tombant dans le piège tendu par Semuel Askell. La tension monte vite d'un cran quand Finley réalise sa solitude au moment de sauver son amie, ses proches, la boutique Vif Argent, tous les secrets ancestraux... L'histoire nous surprend alors avec un montage judicieux des éléments et des rebondissements qui vont orchestrer la lecture et nous entraîner dans un tourbillon d'action et d'émotion. C'est clairement palpitant. Finley McPhee n'est certes pas le garçon le plus courageux de la planète, mais c'est un môme rusé et avisé. Il affronte l'adversité avec un certain aplomb et beaucoup d'intelligence ! Sa jeune camarade Aiby est toujours aussi intrépide, vive d'esprit et probablement trop impulsive, ce qui fait néanmoins tout son charme ! Cette merveilleuse série a su de loin me combler, m'enchanter, m'épater. Elle a su offrir un bel échantillon de mystère, de magie et d'aventure dans un univers très sophistiqué et dans un écrin fabuleux. Car l'emballage est en effet très beau, avec des illustrations soignées, une couverture cartonnée et des ornementations raffinées. C'est assez rare pour le souligner, même si l'auteur italien, P.D. Baccalario, veille souvent à fignoler ses présentations qui tapent dans l'œil et donnent envie d'en découvrir plus. Une opération séduction très efficace, au vu de cette série merveilleuse et très divertissante ! 

Gallimard Jeunesse, 2016 - Trad. de l'italien par Diane Ménard

05/04/17

Pêle-Mêle : Émile fait l'enterrement / Mon fils de Vincent Cuvellier

EMILE

Aujourd'hui est un grand jour pour Émile, un jour grave. Car Émile va à l'enterrement. Un vrai. C'est sa vieille copine qui lui a proposé de l'accompagner à cette cérémonie funeste, ce qui questionne naturellement la maman d'Émile, mais celle-ci n'a pas voix au chapitre. Son fils revêt son beau pull noir, prend un air triste et solennel, puis file avec sa copine la vieille dame jusqu'à l'église.

Émile écoute alors le discours pontifiant du religieux, blablabla, Madame Vacher, blablabla, née Mouton, blablabla, vivant rue Gustave Poulet. Et là, notre Émile découvre un aspect tout à fait cocasse du recueillement, car sa vieille copine va dévoiler au garçon le secret d'un bel enterrement. Se moquer d'un rien, tout en demeurant stoïque. Émile est drôlement fier d'avoir partagé une telle expérience. C'était pas trop triste, comme enterrement ? demande maman. Meuh... non ! ;-p

Dans la série Émile, je demande un épisode faussement compassé, mais tout à fait respectable, qui évoque un moment de vie douloureux (l'enterrement) qu'on évite souvent de partager avec les enfants, sauf quand on s'appelle Émile ! Ah, qu'est-ce que c'est bon. Cette figure du flegme imperturbable est pour moi synonyme de lecture affolante de dérision et d'allégresse. Un vrai régal. Les amateurs d'humour décalé apprécieront ! ♥

Émile fait l'enterrement, de Vincent Cuvellier & Ronan Badel

Gallimard Jeunesse Giboulées, 2017

 

Mon fils

Dans cet album dédié à son fils, Vincent Cuvellier dévoile un aspect plus intimiste de son talent. Et c'est drôlement bon aussi ! “Mon fils, c'est mon fils.” Tel est son credo.  “Je le connais depuis qu'il est né, et peut-être même avant, c'est dire. Je le connais tellement qu'on dirait que c'est moi qui l'ai fait.” Il raconte alors le jour de la naissance de son fils, sa première rencontre avec ce petit être qui va bouleverser sa vie, leur premier tête-à-tête dans les couloirs de la maternité, les premiers mots doux, les chansons murmurées, le premier grain de beauté, le choix du prénom, la paire de ciseaux pour couper le cordon, l'aventure de la vie qui roule, les vacances à la mer, les lectures du soir, les histoires qu'on invente exprès pour épater son enfant, les commentaires de celui-ci qui trouve, en grandissant, que papa n'écrit pas de super bouquins, les peurs nocturnes, les rêves en grand, les copains de tous les horizons, les séparations, les moments de complicité, les blagues, les combines, les disques de Bowie... Tout ça, tout ça. C'est beau, c'est court, ce sont des instantanés d'une relation faite de tendresse, d'amour et de contemplation. C'est minimaliste, et en même temps ça communique un vaste champ d'émotions qui vous touchent droit au cœur. C'est un bel album, poétique et attendrissant. 

Mon fils, de Vincent Cuvellier & Delphine Perret

Gallimard Jeunesse Giboulées, 2017

 

04/04/17

5 Mondes, tome I : Le guerrier de sable, par Alexis Siegel & Mark Siegel

Superbe saga, dont voici le premier tome introduisant de fabuleux personnages, confrontés à une épopée étourdissante mais palpitante ! J'ai immédiatement flashé sur cette jolie couverture colorée, aux allures enfantines, et riche d'une promesse d'évasion et d'aventure dont on savoure chaque minute, chaque page et chaque détail.

5 mondes

Plutôt que de vous planter le décor, lequel mérite d'être découvert en toute innocence, sachez que cette histoire vous propulse dans un imaginaire flamboyant, avec des planètes et des civilisations malades, menacées d'extinction et fragilisées par une guerre imminente. Le seul moyen pour sauver cet univers interplanétaire serait de rallumer les cinq phares emblématiques des cinq mondes ancestraux. Mais la dernière élue appelée à accomplir cette mission a hélas disparu. Il s'agit de la sœur de notre pétillante héroïne, Oona Lee, qui est encore une apprentie danseuse de sable, assez médiocre et maladroite. Elle est pourtant convaincue qu'en retrouvant Jessa, leur avenir à tous sera sauf. Les événements se précipitant, Oona Lee est elle aussi poussée vers son destin. Mon Domani, le monde mère, est pris d'assaut par des ennemis assujetis à une force noire et invisible. La jeune fille est plus que jamais résolue à retrouver sa sœur et s'entoure de nouveaux amis, An Tzu, un gamin des rues atteint d'un mal étrange, et Jax Amboy, un athlète superstar grièvement blessé lors de son match.

C'est donc ensemble qu'ils vont changer le cours des événements, en affrontant des adversaires redoutables, mais surtout en bousculant leur propre avenir, car de nouvelles révélations vont éclairer leurs choix et leurs idéaux, bouleversant un peu plus les cartes des 5 mondes. L'histoire aussi laisse épanouir de nouvelles perspectives, grâce à un scénario limpide mais habilement tissé, qui installe le lecteur dans une délicieuse posture et le kidnappe avec son consentement. C'est avec excitation, ravissement et bonheur qu'on suit cette folle épopée, entre aventure, science-fiction et quête initiatique, sans oublier une dimension écologique distillée avec intelligence et subtilité pour une meilleure prise de conscience du danger qui met toujours en péril notre mode de vie. C'est une lecture éclatante, avec une intrigue passionnante, un graphisme et des couleurs fascinants, des personnages aux secrets à peine dévoilés, des questions, des interrogations, des solutions poignantes... Deux autres tomes vont paraître, respectivement en 2018 et 2019.

Rappelons aussi que Mark Siegel s'est déjà rendu coupable d'une petite merveille, en l'occurence Sailor Twain ou la Sirène dans l'Hudson, un roman graphique rigoureux à l'atmosphère ensorcelante. Pour jeunes et moins jeunes, les 5 Mondes n'attendent qu'à être explorés ! 

Gallimard Jeunesse, Bandes dessinées hors collection - Trad. de l'anglais par Isabelle Troin. Illustrations de Xanthe BoumaMatt Rockefeller et Boya Sun / mars 2017
Dès 9 - 13 ans