14/11/18

Une enquête de Vipérine Maltais : Mortels Noëls, de Sylvie Brien

Retrouvons notre héroïne venue du Québec dans cette série policière remise au goût du jour (en format poche).

viperine maltais mortels noels

Vipérine et sa sœur Olivine sont élèves dans un pensionnat religieux, à Montréal. Nous sommes en plein hiver 1920 et il fait un froid de canard. Mais un fait plus grave vient les tirer de leur torpeur : une des religieuses prétend avoir échappé à une tentative de meurtre durant son sommeil. La directrice convoque discrètement Vipérine dans son bureau et lui demande de faire la lumière sur cette affaire. Miss Maltais mène son enquête, fouillant dans les archives, en souvenir d'une lointaine légende et du conte d'Andersen.

Ce premier tome donne lieu à des présentations d'usage, assez formelles et néanmoins plaisantes. Pour qui aime le dépaysement et le charme vintage, cette lecture est tout à fait engageante. L'héroïne se caractérise par sa débrouillardise et son intelligence (elle prétend avoir un physique ingrat... c'est faux !). Et même si le suspense n'est pas renversant, l'ambiance est assez semblable aux romans d'Agatha Christie... ma foi, un patronage fort honorable.

La couverture illustrée par Caterina Baldi est également ravissante !

Une enquête de Vipérine Maltais : Mortels Noëls, de Sylvie Brien

Folio Junior (2018)

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13/11/18

Pêle-mêle en fête : Paco et le disco - Eliott veut danser - Joyeux anniversaire ! - Les Contraires de Roald Dahl

Paco et le disco

Ce soir, Paco et ses amis participent à un concours de danse disco. Mais d'abord, tous prennent soin de leur look : pantalons pattes d'éph', couleurs pétantes, strass et paillettes... Il faut que ça brille sur les dance-floors new-yorkais ! À bord de son taxi jaune, Paco s'imagine déjà dans la peau de Travolta pour une fièvre du samedi soir endiablée. Dernières répétitions avant le grand plongeon... Le public est en délire. On monte le son. Le show peut commencer.

Quel tome génial dans la série des Paco, série bichonnée par Magali Le Huche, qui nous transporte dans la frénésie du disco, avec ses rythmes entraînants qui donnent envie de bouger. Folle ambiance garantie.

Paco et le disco, par Magali Le Huche

Gallimard jeunesse, coll. Mes petits livres sonores, 2018

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Eliott veut danser

Pas facile de trouver une activité pour notre jeune Eliott : il n'aime pas l'eau, a peur des roulades au judo, n'est pas fan de foot. Et s'il tentait, comme ses copines, la danse ? Après tout, ce n'est pas réservé qu'aux filles. Eliott a le rythme dans la peau, il a envie de secouer le popotin, de swinguer au son du djembé. Et ça tombe bien : il y a aussi initiation à la danse africaine dans le cours d'à côté. Ses copines et lui vont allumer le feu en dansant pour leurs parents dans le parc.

Des petits volets à soulever pour partager encore plus de moments de la vie des enfants : la série des Eliott s'adresse aux petits lecteurs, qui adorent son atmosphère apaisante et son univers qui leur ressemble. Une lecture gentillette et charmante.

Eliott veut danser, de Françoise de Guibert & Olivier Latyk

Gallimard jeunesse, 2018

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Joyeux anniversaire

Pour celui-ci, c'est un énorme coup de cœur, un cri d'amour, un coup de je t'aime. C'est un album merveilleux, testé et approuvé auprès d'une princesse pour son premier anniversaire. Et qui adoooore la petite bougie qui s'allume par magie... et qui s'éteint quand on souffle dessus. Oui, oui. C'est magique !

Quatre amis musiciens se rendent à une fête très spéciale et interprètent, tour à tour, un extrait du Joyeux anniversaire avec leur flûte, guitare, violon et violoncelle. 

Un livre enchanteur et interactif avec de beaux enregistrements musicaux, un orchestre surprise et une vraie bougie d'anniversaire ! On adore.

Joyeux anniversaire ! de Nicola Slater

Gallimard jeunesse, Mes petits livres sonores, 2018

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Roald Dahl les contraires  Roald Dahl 1 2 3

Voilà une chouette collection d'apprentissage (pour compter ou connaître les contraires) plantée dans l'univers de Roald Dahl. On savoure son trait de génie, ses facéties et les couleurs de Quentin Blake (son indissociable complice). 

Là, une petite fille se promène dans la jungle. Deux enfants attendent leur amie. Trois garçons courent à toute vitesse. Mais surtout, en fil rouge, on n'oublie pas l'énorme crocodile qui guette à chaque coin de page. L'album des contraires oppose un très gros éléphant à une souris minuscule, une grande girafe et un petit pélican... Et toujours l'énorme crocodile avec ses très grandes dents !

On trouve en bonus d'autres surprises sous les rabats à soulever. C'est drôle et efficace. On ne peut qu'inviter à la découverte.

Les Contraires (ou) 1, 2, 3 de Roald Dahl & Quentin Blake

gallimard jeunesse, 2018

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Pêle-mêle : Moi, ma grand-mère - Toubien toumal - Girafe Blues - L'Homme qui plantait des arbres - La Forêt

Moi ma grand mere

Quand tous les enfants rivalisent et fanfaronnent à raconter les exploits de leurs grands-mères, cela donne des portraits farfelus : pilote d'essai d'ascenseur, mousquetaire du roi, romancière, exploratrice ou capitaine d'un bateau. Que d'imagination ! Et pourtant, l'un d'eux n'oublie pas l'essentiel : sa grand-mère sait faire de bonnes tartines de beurre avec des morceaux de chocolat. Tout simplement.

Cet album fétiche de Pef a donc quarante ans ! Il s'adresse aux rêveurs et suscite toujours des sourires au fil des pages. Une relecture éclatante et qui met de bonne humeur. 

Moi, ma grand-mère... de Pef

Gallimard jeunesse, 2018

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toubien toumal gj

Toubien et toumal sont deux frères jumeaux que tout sépare : l'un est exemplaire, l'autre une catastrophe ambulante.

D'un côté, tout est lisse, parfait, irréprochable. Et plus la vie de Toubien est cadrée, rythmée à la seconde près, plus elle laisse entrevoir le bazar qui règne dans la vie de son frère. Avec Toumal, on collectionne les mauvais points, les pas de travers. Tout ce qu'il ne faut pas faire. Est-ce que c'est mal ? Non, après tout. La balance est équilibrée. Après tout, même les enfants sages rêvent de sortir des clous pour inverser les rôles !

Quelle bonne surprise ! Cette lecture est pleine d'humour et se termine sur un grand sourire. Un beau clin d'œil qui donne envie de relire cet album. À découvrir pour dépasser les préjugés et les apparences. TOP !

Toubien Toumal, de Constance Verluca, Julien Hirsinger & Cathy Karsenty

gallimard jeunesse, 2018

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girafe blues gj

La girafe n'aime pas son cou. Elle se plaint qu'il est trop long, trop bariolé, trop COU. Ce serait mieux d'avoir un cou comme celui du lion ou de l'éléphant. Moins voyant, plus gracieux. Mais la tortue proteste : elle aussi se sent riquiqui et impuissante. La preuve, cela fait une semaine qu'elle scrute la banane dans son arbre, rêvant de la manger. Comment l'attraper quand on a un cou tout rabougri ?

Une très belle fable, pleine de dérision et d'allusions sur les complexes et l'importance de prendre confiance en soi. Lane Smith & Jory John forment un tandem rigolo et offrent un album de grande qualité, à l'humour totalement décalé. Très bonne pioche !

Girafe Blues, de Jory John & Lane Smith

gallimard jeunesse, 2018

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Superbe adaptation du grand classique de Jean Giono dans une édition magnifiquement illustrée par Olivier Desvaux.

l'homme qui plantait des arbres gj

Ce texte raconte l'aventure tranquille d'un berger solitaire, qui passe la fin de sa vie à planter des arbres dans les collines provençales afin de combler le vide laissé par les hommes. Les années passent, deux guerres éclatent, mais Elzéard Bouffier poursuit son objectif. Peu à peu, le pays se transforme : joie, jeunesse et énergie reprennent leur place.

En fait, Elzéard Bouffier est un personnage imaginaire mais il incarne à sa façon un message d'espoir et une prise de conscience sur la nature à préserver. Cette lecture est d'autant plus d'actualité dans notre société en manque d'idéaux (heal the world, make a better place). Cette nouvelle édition est donc une formidable aubaine pour porter son message et l'élargir auprès de la jeune génération, par exemple.

Soulignons aussi que les peintures d'Olivier Desvaux en mettent plein la vue et donnent noblesse et prestance à cet album. 

L'homme qui plantait des arbres, de Jean Giono & illustrations d'Olivier Desvaux

gallimard jeunesse, 2018

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la forêt gj

Comment ne pas songer à Elzéard Bouffier, héros de Jean Giono, lorsqu'on se lance dans cette randonnée initiée par Riccardo Bozzi ? Il n'y a qu'à suivre les marcheurs aguerris pour explorer les bois (la variété des arbres, les espèces animales ou végétales). On peut ainsi parcourir des kilomètres de sentiers sans jamais se lasser et découvrir toujours plus de richesses. Car la forêt imaginée par l'auteur italien est extraordinaire (dense, luxuriante, mystérieuse). Visuellement, l'album est assez remarquable par son graphisme, ses couleurs, ses effets en creux et en relief, ses yeux en découpe (on s'imagine à la place des randonneurs et on contemple la forêt à travers leur regard). Tentez l'aventure, c'est inattendu et étonnant. Bravo. 

La Forêt, de Riccardo Bozzi / illustrations de Violeta Lopiz & Valerio Vidali

gallimard jeunesse Giboulées, 2018

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11/10/18

Le journal de Chloe Snow, 2 : Confessions toujours plus catastrophiques, d'Emma Chastain

Confessions toujours plus catastrophiquesAprès une première année catastrophique, cf les confessions de Chloe Snow, au moment d'entrer au lycée, notre demoiselle avait dans l'optique de trouver un amoureux et d'échanger son premier baiser. Mais son plan était parti en cacahuète, avec une solide réputation à la clef. Cette fois, Chloe a de l'expérience et de la sagesse à revendre. Et se dit que son année ne peut pas être pire.
N'est-ce pas ?
Ses parents ont entamé une procédure de divorce. Sa mère est partie vivre au Mexique. Chloe refuse de lui parler. Son amie Hannah est tombée sous le charme de Reese, alias Kaa le serpent. Son pote Tris a le cœur en miettes. Son ancien béguin souffle le chaud et le froid. Son père sort avec sa prof d'anglais. Et les auditions pour la comédie musicale tournent au vinaigre. On rappelle aussi que son journal s'ouvre sur cette phrase prophétique, ou pas : Au secours. Je crois que Mike est amoureux de moi.
Voilà, voilà. On rembobine tout ça en accéléré, on inspire un bon coup et on plonge tout de go dans cette lecture... rafraîchissante et hyper drôle ! Car oui, c'est totalement déculpabilisant à lire : on adore le ton mordant de Chloe, ses confessions sans filtre et ses questions qui se bousculent dans sa tête. À quinze ans, on confond l'amitié et l'amour, on a besoin de réconfort, on se gave d'illusions et on oublie l'essentiel, là, sous notre nez.
La nouvelle version de Chloe Snow est aussi beaucoup plus douce et attachante. L'adolescente est certes paumée et se sent délaissée, car elle a perdu de nombreux repères dans son entourage (amitié, famille, amour) mais elle dégage toujours autant d'audace et de causticité. Ses confessions sont donc rapportées en toute liberté et sans complexe. C'est extrêmement plaisant à lire, même si ça peut parfois surprendre et choquer. No harm done.
Je trouve que ça fait du bien dans le paysage actuel, et pour les nostalgiques de Georgia Nicolson, et autres séries du même acabit, ça comble un manque. Chloe Snow est une adolescente bien d'aujourd'hui, bourrée de charmants défauts, qui clame haut et fort ce que pensent toutes ses comparses. Emballez, c'est pesé ! Totalement impudique et culotté. On adore.

Gallimard jeunesse (2018) - traduit par Faustina Fiore

 

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18/09/18

Gaspard in love, de Stéphane Daniel

Cet ouvrage a été publié pour la première fois en 2006, puis en 2010 sous le titre Si par hasard c'était l'amour, aux éditions Rageot.

Gaspard in loveRoulant joyeusement sur la route des vacances, la famille Corbin doit pourtant revoir ses projets quand leur voiture tombe en panne en rase campagne. Le garagiste du coin leur promet d'agir au plus vite, en attendant Gaspard et ses parents s'installent à l'hôtel du Lion d'Or. Mais ce contretemps contrarie grandement l'adolescent, impatient de rejoindre sa bande de potes, plus particulièrement sa dulcinée, car il n'ignore pas que sa place laissée vacante sera rapidement occupée par un autre prétendant...
Face à ce garçon qui erre comme une âme en peine, l'hôtelière lui suggère de faire un tour au bistro voisin. Dans l'arrière-salle, d'autres jeunes de son âge ont l'habitude de se réunir autour d'un babyfoot. N'en rajoutez plus : les mots magiques ont coulé comme du miel sur Gaspard, dont les yeux brillent déjà de mille feux. Lui, le King de la gamelle, va enflammer la foule en délire. Il n'en doute pas une seconde. Du moins, ce serait oublié que ses vacances sont placées sous le signe de l'inattendu (et de la déconfiture).
Ha, ha ! Comment vous dire, à part que c'est drôle, mais tellement drôle à lire ! J'ai franchement souri tout du long des aventures de Gaspard, dont l'ironie est son arme fatale, quitte à paraître un peu lourd et cinglant, mais ce garçon mérite vraiment d'être connu. On partage à ses côtés quelques jours de vacances dans un village loin du tourisme de masse et on aime cette mise au vert imposée qui rend notre jeune parisien moins cynique à force de côtoyer la faune locale. C'est plein de vie, de joie, d'insouciance, d'amitié et d'amour. On passe un vrai bon moment et c'est tout ce qui compte. Big up aussi pour l'écriture en verve et les réparties rigolotes qui fusent à chaque coin de page. J'ai adoré.

Pôle Fiction, coll. Gallimard jeunesse (2018)

« Avec Gaspard, j'ai fait le choix de raconter une histoire d'humour, et de préférer les éclats de rire aux éclats de pire. J'ai eu pour ambition de rendre les lecteurs heureux, le temps d'une lecture. » Stéphane Daniel

 

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13/08/18

Connexion immédiate, de Mary H. K. Choi

Connexion immédiatePenny a hâte d'entrer à l'université pour commencer une nouvelle vie, loin de sa mère au look de bimbo et au comportement trop volage à son goût. Sous ses airs revêches et ses vêtements noirs, la jeune fille veut tenir le monde à distance et tirer un trait sur les nombreuses remarques perfides de ses camarades du lycée. Et puis elle rencontre Sam qui bosse dans un café et qui a mis ses études entre parenthèse pour subvenir à ses besoins. Fragilisé par une rupture amoureuse, le garçon n'est plus que l'ombre de lui-même. Pourtant, entre Penny et lui, un petit déclic a lieu. Des regards complices et des affinités culturelles font que ces deux-là sont peut-être sur la même longueur d'onde... Mais ne nous emballons pas car l'histoire est loin d'être une promesse d'idylle légère et enchanteresse. Au lieu de ça, la lecture mettrait plutôt du plomb au moral avec ces deux personnalités peu attachantes et l'ambiance teintée d'amertume ! On se noie dans une succession de détails sordides, d'échanges SMS d'une platitude affligeante et dans un imbroglio sentimental d'où ne surgit aucune étincelle. En gros, j'ai été déçue car je n'ai pas accroché au jeune couple, je n'ai pas aimé leur histoire, je n'ai pas été sensible à leurs tourments, au contraire, j'ai fini par me morfondre dans mon coin en trouvant le temps long. Ce roman a, par ailleurs, été encensé par Rainbow Rowell, l'auteur de Eleanor & Park. Cela aurait pu me mettre la puce à l'oreille car j'avais déjà été douchée dans mes attentes avec son livre, pourtant gros succès en librairie. Soupir.

Gallimard jeunesse (2018) - traduit par Simon Baril

 

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10/08/18

La courte histoire de la fille d’à côté, de Jared Reck

La courte histoire de la fille d'à côtéMatthew est amoureux de sa voisine, la fabuleuse Tabby. Ils se connaissent depuis toujours, ont grandi ensemble et sont inséparables. Mais Matt n'a jamais osé avouer ses sentiments. À la place, son cœur se brise en voyant son amie monter dans la voiture de Liam Branson - un élève de terminale ultra populaire. Le garçon est jaloux et masque son amertume derrière son humour. Pourtant, l'entente avec Tabby est toujours au beau fixe. Celle-ci n'a qu'à traverser la rue pour se réfugier chez les Wainwright où sa place est acquise. Tabby a tout partagé avec Matt : s'empiffrer de bonbons devant un marathon Star Wars, se déguiser en pygargue le soir de Halloween, partager les restes de dinde farcie et de jus de viande, s'échanger des cadeaux le lendemain de Noël... Pour Matt, Tabby est sa promise. Son futur. Son évidence. Et déjà le garçon se fait des films - façon comédie romantique - il ne doute pas qu'un jour les deux meilleurs amis tomberont dans les bras l'un de l'autre en se promettant l'éternité. Clap de fin. Un matin, cependant, les rêves s'effondrent car la réalité a repris ses droits. Et le raz-de-marée émotionnel est foudroyant.

Ce roman est certes bouleversant, mais pendant longtemps il nous transporte dans l'univers drôle et farfelu de son narrateur. Matt est un adolescent de quinze ans tout à fait ordinaire, amateur de basket, de friandises et de jolies filles, il a des idées folles qui bouillonnent dans la tête et des désirs absurdes, qui nous remettent aussi les pieds sur terre. Car l'auteur a tout compris des jeunes qu'il a l'habitude de côtoyer dans son boulot (prof dans un atelier d'écriture) et parvient à s'exprimer comme eux, sans fausse note. Le ton est cynique, naïf et paumé. On vit ainsi au rythme de leurs doutes et interrogations. Matt est en adoration devant Tabby mais souffre en silence quand elle tombe amoureuse d'un autre. Et quand survient le drame, on a également le cœur en miettes. Colère, détresse, nostalgie, impuissance... En somme, j'ai beaucoup aimé le tourbillon des émotions que nous fait vivre ce roman. J'ai aimé son style, son humour, ses personnages et sa sincérité. J'ai ri et pleuré. Je ne suis pas prête d'oublier Matthew & Tabitha ! C'était une belle découverte. À conseiller. 

Gallimard jeunesse (2018) - traduit par Nathalie Peronny

 

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04/07/18

Un petit pois pour six (Histoires des Jean-Quelque-Chose) de Jean-Philippe Arrou-Vignod

Un petit pois pour sixC'est toujours à la saison estivale que je retrouve ma famille des Jean-Quelque-Chose - une marmaille de six garçons turbulents et leurs parents d'une patience d'ange - dans une série de petites chroniques de la vie quotidienne.
Et ainsi, on se rend à la bibliothèque chaque jeudi après-midi, on couvre les rendez-vous secrets de Jean-A, on part à la pêche aux lançons, on écoute les conseils aguerris de papa, on s'inspire des palpitantes enquêtes du Club des Cinq, on écrit et on réécrit de belles histoires, on organise une super fête des mères, on découvre chez Papy Jean une cabane dans les arbres et on s'imagine passer toute une nuit là-haut, même pas peur, même si la nuit des Robinsons vaut bien quelques frissons...
En somme, c'est savoureux et tendre à lire. On replonge au pays de l'enfance et de l'imagination foisonnante. On se fond une place confortable parmi une joyeuse tribu attachante. On vit au rythme de leurs bagarres et de leurs jeux. C'est merveilleux.
La lecture est adorable. On sourit tout du long et on se sent comme dans un cocon douillet. Un territoire familier.
Mais bien sûr je ne vous apprends rien : il suffit de replonger dans la nouvelle compilation de cette famille aux petits oignons pour goûter le parfum du bonheur !  

Gallimard jeunesse (2018) - illustrations de Dominique Corbasson

 

Le 21 février 2018, Dominique Corbasson s'éclipsait avec sa poésie, sa douceur, sa fraîcheur et son charme discret... 
Jean-Philippe Arrou-Vignod lui a rendu hommage.

J'ai eu le bonheur de faire une dizaine de livres avec Dominique Corbasson. Durant près de vingt ans, elle a donné un visage à mes Jean-Quelque-chose. Son trait lui ressemblait : élégant, lunaire et drôle.
Elle envoyait ses délicieuses saynètes sur des bouts de papier, l'air de rien, et chaque fois, c'était juste, piquant, poétique. Elle seule savait rendre émouvante une rangée de bottes d'enfants ou un bracelet scoubidou.
Parfois, dans l'euphorie, il lui arrivait d¹ajouter quelques Jean à ma petite tribu. On en riait ensemble. « Six frangins, Dominique, tu ne crois pas que c¹est bien suffisant ? » Tant pis, je changeais la scène pour elle ou en écrivais une autre. Elle se savait étourdie, oubliait ses lunettes partout, mais son coup de crayon, lui, était net, précis, étrangement doux et tranchant et à la fois.
Il y a quelques semaines encore, elle livrait trois couvertures, si fraîches, si pétillantes de vie.  Aujourd'hui, les Jean sont un peu orphelins. On ne leur dessinera plus de cabanes dans les arbres, de soirée au cirque ou de 404 familiale surchargée de bagages jusqu'au toit. 
Dominique va salement nous manquer.

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Je ne suis pas un auteur jeunesse, de Vincent Cuvellier

je ne suis pas un auteur jeunesseVincent Cuvellier aime bien, de temps en temps, faire le point sur ses débuts, son métier, son parcours, son style, ses envies (cf. La fois où je suis devenu écrivain). Et plus largement sur la littérature jeunesse, son manque d'estime, sa faible rémunération, son circuit, ses branches, sa morale...
Il l'exprime à sa manière, simple et décomplexée, racontant ici sa vie dans les salons ou les salles de classe, avouant parfois son ras-le-bol ou ses frustrations, reconnaissant ses attentes ou ses doutes. Évoquant enfin son horizon, comme explorer davantage la période de la Seconde Guerre mondiale “parce que son souvenir s'estompe, il faut l'accepter” et néanmoins continuer d'en parler “sans pathos, sans chantage affectif, sans grandes phrases toutes faites”.
C'est donc un Vincent Cuvellier caméléon qui se livre : à la fois le joyeux drille qui raconte ses petites histoires rigolotes, avec des gros mots et des idées folles à l'intérieur, mais aussi le type touchant et attachant, aux émotions qui se barrent dans tous les sens, le cowboy solitaire qui assume ses défauts, l'écrivain qui a fait son chemin et qui pense à son papa pas peu fier de son cancre attitré.
En bref, tout ce qu'on lit est infiniment intéressant (sur la prescription, le monde éditorial, les fonds publics, la transmission etc.). On est d'accord ou pas avec lui, mais on apprécie grandement son honnêteté et son authenticité. Car pour finir, c'est aussi une lecture qui prête à sourire, où l'on se rend compte que Vincent Cuvellier n'est pas tout seul dans sa tête - hello Claude François, Lino Ventura ou tiens ! le général de Gaulle himself... Et c'est justement cette petite touche d'impertinence qui fait la différence.
En bref, on pioche copieusement des envies de lecture ou de relecture dans cet exercice de style réjouissant !

Gallimard jeunesse Giboulées (2017) - illustrations de Robin

 

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23/06/18

Pêle-Mêle : Bébé à bord ! - Papa est-il parfaitement parfait ? - Massime Chasseuse de mouches - Mon chez-moi n'est plus chez moi

bébé à bord

Un groupe d'enfants passent la journée sur la plage, trimballant sandwiches, limonade, cerf-volant, chiens et bébé dans son landau. La journée s'annonce belle et insouciante !

Très vite, les enfants courent et s'éparpillent joyeusement. Le vent souffle de plus en plus fort, le cerf-volant ne tarde pas à s'envoler et faire son show. Patatras, le fil se casse. Et les enfants font des pieds et des mains pour le rattraper. Pendant ce temps-là, la marée monte. La mer mange la plage. Elle avance dangereusement vers le landau. Le bébé semble avoir été oublié par les autres enfants. Et gloups, le voilà avalé par les flots ! Rhooo...

La suite de l'aventure promet son looping d'émotions. Rassurez-vous, le bébé n'est pas seul dans sa galère car il est accompagné de trois doudous dévoués, qui vont veiller sur lui nuit et jour. Lapin, panda et miss poupée vont en effet se relayer pour rassurer, protéger, nourrir et dorloter notre bébé vadrouilleur. L'histoire se termine aussi miraculeusement qu'elle a commencé - le bébé rentre à bon port et sort indemne de cette épopée, grâce à ses vaillants petits soldats. 

Que d'aventures à bord de ce landau ! Oui, il y a du courage, de la tendresse et de la poésie dans cet album qui nous plonge dans le royaume de l'enfance et qui procure beaucoup d'émotions aussi ! Un rendez-vous surprenant, à la fois classique et élégant.

Bébé à bord ! d'Allan Alhberg & Emma Chichester Clark

gallimard jeunesse, 2018

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papa est-il parfaitement parfait

Pourquoi papa nous dit tout le temps de ranger nos chambres, alors que c'est un énorme bazar dans son atelier? Pourquoi Papa nous demande de nous dépêcher tous les matins, alors que c'est lui, ensuite, qui passe une demi-heure à chercher ses clés ? Pourquoi, au bord de la mer, Papa nous tartine de crème, en disant : Attention au coups de soleil ! ... alors que lui, quand il revient de la plage, il est rouge comme une écrevisse ?

Et ainsi va la vie ! Dans cet album, Arnaud Alméras croque avec humour les tendres contradictions de Monsieur Papa d'après les observations de ses bambins. Ce sont 12 anecdotes cocasses et fabuleuses qui sonnent aussi comme une belle déclaration d'amour pour ce « parfaitement parfait » Papa ! 

Les illustrations de Robin apportent une touche de naïveté aussi attachante ! À adopter. 

Papa est-il parfaitement parfait ? par Arnaud Alméras & Robin

gallimard jeunesse giboulées, 2018

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massime chasseuse de mouches

Massime est une petite fille turbulente, dont le principal talent serait de chasser les mouches ! Dès qu'elle en aperçoit une dans son radar, elle ressent l'appel du massacre et elle bondit sur sa proie. Paf ! dans le mille. Mais le jour où sa main écrabouille le visage de son instituteur, paf, c'est la punition. Le maître n'est pas du tout, du tout content. La fillette doit copier mille fois « je n'écraserai plus de mouches, ni sur mon instituteur, ni ailleurs ».

Fin précoce d'une carrière prometteuse. Massime est dépitée. « Soudain, voilà que volette lourdement la plus grosse mouche de tous les temps ! » Bzzz bzzz la bestiole se pose sous le nez de notre élève, tiraillée entre son instinct de chasseuse et sa conscience nouvelle de ne plus recommencer ses bêtises. C'est comme ça qu'elle découvre la robe vert métallique, les yeux globuleux, la trompe à piston... Et Massime se met à griffonner dans son cahier : elle dessine les contours, les pattes, les ailes, tout ça, elle comprend alors qu'une nouvelle carrière s'offre à elle !

La morale de l'histoire ? Il faut apprendre à regarder ce qui nous entoure pour en découvrir toute la beauté cachée. Et voilà que Massime devient une fabuleuse dessinatrice, les mouches ont la vie sauve et le monde continue de tourner en rond. Cet album est follement saugrenu et original ! Trucider les mouches, puis les vénérer sur papier, oui vraiment, il fallait y penser... J'ai été agréablement surprise par la tournure de cette histoire, très rigolote au demeurant. 

Massime chasseuse de mouches, par Suzanne Arhex

gallimard jeunesse giboulées, 2018

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mon chez moi n'est plus chez moi

Dans cette histoire, on découvre un petit garçon de cinq ans qui adore sa chambre, son appartement, son quartier, son école, sa maîtresse et ses copains. C'est son petit monde à lui, familier et réconfortant. Seulement ses parents n'en peuvent plus de l'étroitesse de cette existence et annoncent qu'ils vont déménager. Direction une maison près de la mer, loin, très loin... Un drame pour notre garçon, qui élabore un plan anti-déménagement : il court se planquer chez son copain et se cache sous son lit. Ni vu ni connu. Las, les parents sont des briseurs de rêve. La petite famille part s'installer dans un autre chez-nous. Au début, ce nouveau départ n'est pas facile et tout paraît plus triste, plus banal pour l'enfant. Puis, petit à petit, la vie reprend ses couleurs, avec de nouveaux copains, une bonne boulangerie, d'autres habitudes et des souvenirs qui restent doux dans votre cœur...

La grande Susie Morgenstern et son complice Serge Bloch nous charment avec leur histoire pleine de tendresse, de sensibilité et d'humour. Un bel album qui accompagne les grands changements de la vie et qui met du baume à l'âme. Précieux, précieux. 

Mon chez-moi n'est plus chez moi, par Susie Morgenstern & Serge Bloch

gallimard jeunesse, 2018

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