11/09/10

Le Monde de Marcelo

le_monde_de_marceloMarcelo, dix-sept ans, beau et très intelligent, est atteint d'une forme d'autisme proche du syndrome d'Asperger. C'est un garçon qui observe beaucoup, qui réfléchit, qui dit tout haut ce qu'il pense, qui va droit au but, s'emmêlant les pinceaux mais cherchant toujours à faire le bien, il est attachant, sensible et profondément honnête. Il ne voit pas le mal, jamais, mais il ressent l'injustice. Et c'est ce qui nous pousse à vouloir le prendre dans nos bras, à éprouver amitié et amour pour lui.

Le roman ne se contente pas de raconter le monde de Marcelo, un monde à sa façon, au bout de cinquante pages on a très vite compris comment ça tourne chez lui. En fait un grand changement va survenir dans sa vie jusque-là surprotégée, un changement qui a été pensé et choisi exprès pour aider le garçon. Longtemps isolé dans sa bulle, Marcelo n'a jamais été réellement confronté à la vie de tous les jours, à un milieu qui l'éloigne de son école et des chevaux qu'il adore et auprès desquels il passe beaucoup de temps. Son père a donc décidé de l'embaucher au service courrier de son cabinet d'avocats. Il pense ainsi offrir à son fils une chance de se rapprocher de la "normalité", à le mettre face à des situations inhabituelles, pas toujours faciles, où Marcelo rencontrera de nouvelles personnes, pas toutes sincères et sympathiques non plus, mais c'est un tremplin pour ce garçon qui a besoin de s'ouvrir aux autres.

C'est incroyablement fort, attachant, on habite la tête de Marcelo et on vit avec lui ce qu'il ressent, ce qu'il voit, avec sa façon particulière de voir les choses, et c'est très différent de notre approche habituelle. C'est bien, ça bouscule les idées reçues, cela laisse apercevoir le milieu des avocats comme un univers stressant et étouffant, un peu comme une toile d'araignée, où Marcelo va, contre toute attente, s'impliquer en agissant à sa guise, et avec sa touche toute personnelle. Et qu'est-ce qu'on est d'accord avec lui !!! Qu'est-ce qu'on l'aime ! Parfois, avec le coeur lourd et serré. Mais c'est un livre extraordinaire, avec une petite musique qui nous accompagne pendant un moment...

de Francisco X. Stork (gallimard jeunesse)
traduit de l'anglais (USA) par Anne Krief
379 pages - 13,50€

La couverture n'est pas du tout accrocheuse, dommage.

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02/09/10

La Belle Adèle, de Marie Desplechin

La_belle_adeleLa Belle Adèle est un roman sympathique, mais pas très original (la fin glisse dans la facilité, c'est un peu dommage). Par contre, aucun souci pour conseiller ce roman aux jeunes lecteurs, qui ont l'âge d'aller au collège et qui seront particulièrement sensibles à l'histoire. Cela parle notamment de la condamnation par l'image dans les cours d'école, selon ce qu'on est ou ce qu'on affiche, on devient victime ou bourreau. Adèle et son meilleur ami Frédéric ont choisi de sortir de l'anonymat et inventent une histoire d'amour à faire baver de jalousie. Aussitôt leur cote de popularité atteint des sommets vertigineux, mais l'histoire ne s'arrête pas là, et les amoureux sont pris à leur propre piège puisqu'ils vont être les nouveaux visages d'une campagne publicitaire qui parle de contraception. (J'avais vu venir le truc à des kilomètres à la ronde !)

Toute la première partie du roman est intéressante, agréable et guillerette. J'ai bien aimé, et puis j'ai fini par me sentir trop vieille, étrangère aux considérations des adolescents, du déjà-vu par surcroît. Je n'ai pas non plus jugé utile le passage avec l'arrestation du père de Frédéric, qui est un travailleur sans papier, et la résolution finale apparaît rapide et consensuelle (parce que, franchement, irréaliste). Je ne sais pas, cela devenait aussi trop fourre-tout et usant (la mère qui s'amourache du photographe, la tante qui ne cesse d'être bavarde, bruyante et artificielle...). A la base, La Belle Adèle est un feuilleton en 35 épisodes (chapitres) publié sous forme électronique par SmartNovel. On y sent bien la cadence alerte, les rebondissements successifs, l'intrigue habilement troussée, mais personnellement j'ai fini par trouver que ça s'essoufflait. Voilà pourquoi je le conseille pour les lecteurs dès 11 ans. La couverture est illustrée par Lucie Durbiano, j'aime beaucoup !

Gallimard jeunesse (2010) - 155 pages - 8,50€
illustration de couverture : Lucie Durbiano

le début du roman à lire ici !

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27/08/10

Pêle-Mêle Clarabel #4

Quelques extraits pris au hasard de mes dernières lectures :

De la même façon que ma fille scrute les traits de mon visage pour tenter d'y trouver des indices de la femme qu'elle est en train de devenir, moi aussi je me mire en elle et ... quelquefois, pour une expression fugace, un geste à peine ébauché, un reflet de carnation, j'ai un frisson qui me zézaie dans le coeur : ma fille me ressemble ! Sans aller jusqu'au flaubertien mais combien tentant : Ma fille, c'est moi !, je m'effraie de me voir si ... imparfaite en ce miroir. Je me sens doublement confuse : primo, que m'arrive-t-il, d'où me remonte cette douleur diffuse ? Mais aussi, secundo, confusion des identités : est-ce moi que je reconnais en elle ? Est-ce elle qui est si semblable à moi ? C'est une choucroute variée !

Ma fille (Conseils aux mères d'ados), de Sonia Feertchak (Plon, 2010)

(...) dans le monde que tu imagines, et qui me fait peur, qui me glace les sangs, au moins, ça, ça restera humain. Les livres. Moi, je ne suis pas comme toi. Je ne pense pas du tout que les machines vont les rendre inutiles, au contraire, on en aura besoin plus que jamais, parce que je te le dis, moi, on va étouffer ! On courra après, on lira tout ce qui a été écrit avant, et on se dira : ah ! mince, ils en avaient de la chance, ils avaient un endroit où se cacher ! Où on ne pouvait pas venir les embêter, leur dire ce qu'il faut faire, ce qu'il faut penser ! Ta génération, comme tu dis, il ne faut pas qu'elle se trompe de cible. Remarque, les machines, je n'ai rien contre, je travaille depuis vingt ans sur un ordinateur, j'ai un portable, un lecteur de DVD, et je suis tout le temps sur Internet pour mon travail.
- Alors, où est le problème ?
- Le problème, c'est que ça prend trop de place, trop d'importance dans nos vies... ça finit par nous déshumaniser.

Pourquoi on écrit des romans..., de Danièle Sallenave (Gallimard jeunesse, 2010)

 

21/06/10

Les étranges sœurs Wilcox, 2. L'ombre de Dracula de Fabrice Colin

Les_soeurs_Wilcox_Tome_2

Après un premier tome ô combien réjouissant, et une fois les souvenirs des événements précédents évoqués, les aventures des sœurs Wilcox reprennent sans temps mort. Amber et Luna sont ainsi propulsées sur le devant de la scène et font face à d'autres coups durs, qui surviennent dès le début de ce deuxième tome - Amber est kidnappée et Luna doit mener une mission spéciale pour la comtesse Elizabeth Bathory !

À New York, Amber est à la recherche de sa belle-mère Rebecca afin de récupérer un fragment du Venefactor pour éviter qu'il ne tombe entre de mauvaises mains. Les alliés de Dracula sont sur les dents, la société des Invisibles continue de mener une guerre sans merci mais les trahisons sont légion. La tâche de Luna est périlleuse, mais l'épopée d'Amber connaît des revers troublants. Les deux sœurs, même séparées, ne baissent pas les bras et tentent de trouver des solutions et des réponses à leurs nombreuses questions : qu'est devenu leur père, pourquoi ont-elles été mordues et quel rôle joue Rebecca dans cette fable ?

La série s'installe définitivement avec ce deuxième tome bouillonnant d'action et d'émotion. L'histoire est toujours aussi captivante, la tension monte d'un cran (surtout du côté d'Amber dans les rues de New York). Le fait d'avoir séparé les deux sœurs a permis d'enrichir l'intrigue et d'élargir les horizons. Et OUI, j'ai beaucoup aimé. J'ai, de plus, instinctivement retrouvé mes marques et ma zone de confort en commençant ce roman. L'univers de Fabrice Colin autour des vampires de Londres ou de New York est chic, terriblement attirant et admirablement bien dépeint. Bien entendu, l'épopée que vivent les personnages ne manque pas d'attrait non plus ! En bref, c'est grisant et fascinant. Vivement la suite, tiens.
À votre tour, succombez ! 

Les étranges soeurs Wilcox, 2. L'ombre de Dracula - Fabrice Colin
Gallimard jeunesse (2010) - 316 pages - 13,50€
illustrations : Erwann Surcouf

rappel du tome 1 : Les vampires de Londres

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04/06/10

Akissi, Tome 1 : Attaque de chats, de Marguerite Abouet & Mathieu Sapin

Vous prenez l'auteur de la série Aya de Yopougon (Marguerite Abouet), vous lui collez un nouveau partenaire, l'illustrateur Mathieu Sapin, vous fermez les yeux un bref instant avant de découvrir le bébé issu de ce joli mariage. Coucou, une ravissante Akissi, haute comme trois pommes, espiègle et prête à toutes les bêtises.

Akissi

Akissi est la nouvelle héroïne de cette série qui se destine aux plus jeunes lecteurs. C'est charmant, drôle et gentil. La BD est composée de 7 histoires de six planches chacune. Ce sont grosso-modo les souvenirs d'enfance de l'auteur, dans un quartier vivant, coloré, agréable et familial d'Abidjan. Akissi est la dernière de la fatrie, elle n'a pas sa langue dans sa poche, ne cesse de coller son grand frère, s'incruste pour jouer au ballon, organise un ciné home dans le dos des parents et ne se sépare plus de Boubou, son petit singe de compagnie. L'idée est mignonne, mais un poil frustrante pour le lecteur adulte. (Retournez lire Aya de Yopougon ! Aucune comparaison possible, à mon avis.) Ce n'est pas une déception non plus, l'humour ne manque pas, Akissi est une héroïne craquante, la lecture est récréative. De plus, la série véhicule une autre image de l'Afrique, point de misérabilisme, il règne une humeur belle, franche et éclatante. Un lexique en fin d'ouvrage nous permet également de nous familiariser avec des expressions comme faire gâte-gâte ou faire palabre, recevoir un kokota, etc. Le travail de Mathieu Sapin est un régal, l'histoire est plus légère (quelques scènes demeurent néanmoins absolument truculentes !), ceci dit c'est définitivement une série pour les enfants (dès 6 ans). Ils vont adorer !

d'après l'univers graphique de Clément Oubrerie ♦ Gallimard (2010) - 45 pages - 9,90€

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27/05/10

Rita et Machin : L'anniversaire

Rita et Machin sont de retour !

 

Lanniversaire

Machin fête son anniversaire, tous les copains sont invités pour une fête organisée par la maîtresse de cérémonie - Rita (who else ? ! ). Il faut bien évidemment brider l'enthousiasme du chien, qui est impatient d'ouvrir tous ses cadeaux et réclame la plus grosse part de gâteau. De son côté, Rita doit ranger sa jalousie dans la poche, car elle aurait bien aimé que les copains pensent aussi à elle, même si ce n'est pas son anniversaire.
D'ailleurs, quel cadeau a-t-elle réservé à son meilleur ami ?   
Rita + Machin = Grosse Histoire d'Amour.
Et moi je suis une grande, GRANDE fan de la série ! 
A ce stade, je pourrais manquer d'objectivité mais, franchement, je suis toujours pliée de rire face aux pitreries de la fillette et de son meilleur ami.
De plus, on retrouve dans ce numéro Bob-Edouard, Bertille Pot, son chat et Monster.
(Les fans connaissent, les autres ne demanderont qu'à connaître !)
Rita et Machin nous accompagnent depuis quelques années maintenant, ce ne serait guère pompeux d'affirmer qu'ils font partie de la famille. Aussi c'est si bon de reprendre de leurs nouvelles, avec cette sensation fébrile en guise d'anticipation.
Jamais je n'ai été déçue. Le bel esprit qui caractérise la série, à travers l'humour fin et impertinent, réhaussé par le trait noir sur fond blanc avec une simple petite touche de rouge, en plus des belles valeurs toutes simples, mais pas gnan-gnan, qui sont véhiculées, constitue à jamais LA signature de Rita et Machin. Inutile de préciser, toutefois, « Ce n'est PAS que pour les enfants » !
Messieurs Jean-Philippe Arrou-Vignod et Olivier Tallec, vous êtes de fantastiques partenaires de crime ! A bientôt, pour de prochaines aventures.

A savoir : Rita et Machin, c'est aussi une série animée en préparation pour 2010. Vous pouvez également les retrouver en 4e de couverture de Pomme d'Api tous les mois depuis septembre 2009. (A quand la compilation ?)

Rita et Machin - L'Anniversaire ~ Jean-Philippe Arrou-Vignod et Olivier Tallec 
Gallimard jeunesse (2010) - 5,90€

26/05/10

Le Ciel est partout

C'est notre histoire. Il prononce cette phrase avec sa voix des dix commandements, et leur résonnance en moi est à l'avenant : profonde. Avec tous les bouquins que je lis, j'aurais pourtant pu y penser avant. Mais non. Pas une fois je n'ai songé à l'interprétation, au récit que l'on donne de sa vie, ma propre vie. J'ai toujours eu le sentiment que c'était une histoire, oui, mais pas une histoire dont je serais l'auteur et dont je pourrais influencer le déroulement.
Chacun est libre de raconter son histoire comme il l'entend.
Chacun son solo.

Le_ciel_est_partout_de_Jandy_Nelson

Follement romanesque et romantique, poignante et exaltante, l'histoire de notre John Lennon (Lennie, pour ses proches) nous touche et nous bouleverse. Son chemin vers la guérison (ne pas s'en vouloir d'être en vie et heureuse sans sa soeur décédée) est parsemé de petits cailloux, sur lesquels elle trébuche, et de petits bouts de papier sur lesquels l'adolescente griffonne ses états d'âme, ses bouts d'elle, avec ou sans sa soeur, lâchés au vent, confiés dans le vide, égarés volontairement pour que ses pensées sortent d'elle et ne l'enferment plus.

C'est frais, poétique, émouvant. Beau comme la vie, avec ses hauts et ses bas, ses coups durs, ses éclats, ses trahisons, ses révélations. J'ai aimé ... comme le goût des baisers de Joe et Lennie qui atteignent le firmament. Mention spéciale pour la grand-mère et l'oncle de Lennie, pour Sarah, sa meilleure amie, pour Joe et ses frères, tous plus renversants les uns que les autres, pour la musique aussi, dont la puissance d'évocation frise l'érotisme, comme le souffle du vent dans les arbres de la forêt, sans oublier le jardin de Manou, pour sa douce et tendre excentricité, pour ses rosiers au pouvoir aphrodisiaque.

C'était mon plaisir de lecture arrivé au bon moment, mon histoire d'amour, de manque, de deuil et de souffrance qui a su me redonner confiance en la vie. Plus belle, plus joyeuse, plus optimiste. J'ai beaucoup aimé.

Tandis que je regagne la table pour m'asseoir, une certitude s'éclaire en moi : la vie n'est qu'un vaste bazar. En fait, je vais dire à Sarah qu'il nous faut créer un nouveau mouvement philosophique - le bazaressentialisme au lieu de l'existentialisme, pour tous ceux capables d'apprécier ce bazar fondamental qu'est l'existence. Car Manou a raison. Il n'existe pas qu'une seule vérité, mais une multitude d'histoires qui se déroulent toutes en même temps, dans nos têtes et dans nos coeurs, et empiètent toutes l'une sur l'autre. En bref, un immense bazar, calamiteux et magnifique. Comme le jour où Mr James nous a emmenés dans les bois et s'est écrié triomphalement : "Voilà, c'est ça !" face à l'étourdissante cacophonie provoquée par les instruments solistes essayant de jouer ensemble. Voilà : c'est ça.
J'examine les piles de mots qui constituaient autrefois mon livre préféré. Je voudrais recomposer toute l'histoire dans le bon ordre pour que Cathy et Heathcliff puissent faire d'autres choix, qu'ils cessent de se rentrer dedans à chaque virage, qu'ils écoutent la rage volcanique de leurs coeurs et tombent enfin dans les bras l'un de l'autre. Mais il est trop tard. Je vais jusqu'à l'évier, j'ouvre la poubelle et y déverse Cathy, Heathcliff et le reste de leurs malheurs.

Le ciel est partout ~ Jandy Nelson
Gallimard, coll. Scripto (2010) - 330 pages - 11€
traduit de l'anglais (USA) par Nathalie Peronny

16/04/10

Vis comme si tu étais dans une histoire. Vis une aventure.

Impregnation_de_David_AlmondNous sommes dans le Northumberland, dans la campagne proche de Newcastle. C'est l'été, il fait chaud, très chaud. Liam et son ami Max explorent le jardin où ils déterrent un couteau avant de suivre un choucas qui les conduit vers un bébé abandonné. 

Ce n'est qu'un début, le début d'une histoire incroyable, car Liam va ensuite rencontrer Oliver et Crystal, deux oisillons égarés, placés en famille d'accueil. Ils ne veulent plus de cette valse des foyers, ils ont besoin de s'évader et comptent sur Liam pour les aider.

Dans le même temps, Max s'éloigne de plus en plus, le garçon a d'autres priorités (les études, les filles) et partage moins les centres d'intérêt de Liam. Un autre camarade, Gordon Nattrass, traîne souvent dans les parages mais agace prodigieusement Liam. Nattrass est dingue, imprévisible et dangereux. Sa dernière lubie, prouver que l'art est bidon, que le public est fasciné par l'horreur et le morbide. (Bien évidemment, les parents de Liam sont tous deux artistes - son père est écrivain, sa mère expose des peintures ou des photographies dans des galeries.)

Le lecteur se sent légèrement paumé au coeur de toutes ces vies, ces rencontres et autres va-et-vient, mais aussi singulier que puisse paraître le récit, il n'en demeure pas moins scotchant ! C'est la faute de David Almond, cet homme est remarquable, c'est un écrivain qui ne cesse de me surprendre et dont le style, impeccable, irréprochable, élégant, faussement simple, nous happe aussitôt. J'ai beaucoup aimé son roman, de là à dire que j'ai été "imprégnée", il n'y a qu'un pas...

Car on trouve dans le livre une folle théorie à ce sujet (imprégnation, d'où le titre), fantasque mais fascinante, tout comme un passage sur les forces du mystère et de la magie, alors que le livre ne baigne pas du tout dans le fantastique. Au contraire, il est plutôt question d'enfance à quitter, d'adolescence en crise, de violence latente, de guerre, d'adoption, de repères en déroute. C'est signe que cette lecture brasse beaucoup de sensations, aborde des idées, des envies et le lecteur sera heureux - ou non - de les partager. Pour moi, cela a été une lecture envoûtante. De plus, le texte est écrit au présent, du début à la fin,  cela donne un relief particulier à l'histoire en la rendant plus forte à l'esprit du lecteur. On aime ou on reste sur le côté.

Imprégnation ~ David Almond
Gallimard, coll. Scripto (2010) - 268 pages - 11€
traduit de l'anglais par Diane Ménard

Je ne veux pas redevenir un petit garçon, et en même temps, j'aimerais bien. Je veux être à la fois comme j'étais alors, comme je suis maintenant, comme je serai plus tard. Je veux être moi, et rien que moi. Je veux être aussi fou que la lune, aussi sauvage que le vent, aussi calme que la terre. Je veux être tout ce qu'il est possible d'être. Je grandis, et ne sais pas comment grandir. Je vis, mais je n'ai pas encore commencé à vivre. Parfois je disparais simplement de moi-même. Parfois, c'est comme si je n'étais plus du tout dans le monde, comme si je n'existais pas. Mes pensées dérivent, et les visions qui apparaissent me semblent extraordinairement nettes.

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10/04/10

Knock ! knock ! knock ! Who's there ?

IMGP7343L'inspecteur Lapou est de retour ! Sourire banane sur le visage.

Dans le potager, ça sent pourtant le grabuge depuis l'arrivée du melon. Il est snob, se croit le plus beau, le plus fort. Les légumes sont agacés et se plaignent auprès de Lapou. Or, la situation dégénère et notre inspecteur se voit contester son rôle. Accusé d'être couard et menteur, il est dénigré par ses compères qui lui tournent le dos et élisent le melon nouveau chef du potager. Quel retournement de situation ! Mais n'est-il pas dit : aux grand maux, les grands remèdes ? A la fin, Lapou ne met pas de gants pour remettre de l'ordre dans le potager. Nom d'un petit melon ! Ce n'est pas une cucurbitacée qui mènera la danse.

Un ton décalé et plein d'humour, des illustrations naïves et colorées, un inspecteur qui ne perd jamais son flegme, ou si peu, des légumes à l'honneur et une bonne petite recette qui boucle la lecture ... Les enquêtes du potager sont une collection imparable de Bénédicte Guettier. (Oui, je suis amoureuse de l'inspecteur Lapou. Ma fille me charrie, la vilaine.)

Le melon prétentieux ~ Bénédicte Guettier
Gallimard jeunesse, coll. giboulées, 2010 - 7,00€

*****

Les_fabuleuses_pochesAutre instant de bonne humeur à partager, grâce à Quentin Blake. Les fabuleuses poches d'Angélique Brioche est un album de couleurs, de facétie, d'inventivité, de chaleur, de poésie et d'imagination. Angélique Brioche est un personnage étonnant grâce au manteau qu'elle porte. Ce n'est pas un manteau ordinaire, il est cousu de poches, des dizaines, des centaines de poches, lesquelles contiennent des chapeaux pour les chèvres, des mouchoirs assortis, des parapluies, des maillots de bain, des canards, des bateaux, des glaces, de la menthe à l'eau, des passoires, des râpes à fromage... bref les poches d'Angélique Brioche sont fabuleuses. Chaque page nous réserve son lot de surprises ! Et les illustrations de Quentin Blake, pour couronner le tout... Soupirs.

Les fabuleuses poches d'Angélique Brioche de Quentin Blake
Gallimard jeunesse, coll. giboulées, 2010 - 12€

 

21/03/10

Son pays à lui, c'est la planète entière.

Sur le parvis de Notre-Dame de Paris, un mois d'avril 1934, la police sème le trouble durant la cérémonie où quarante hommes attendent d'être ordonnés prêtres. Parmi eux, Vango, dix-neuf ans, s'incline devant le cardinal en présentant ses excuses, avant de fuir par les airs. Agile, souple et virevoltant, il s'échappe par les toits de la cathédrale, au nez et à la barbe du commissaire Boulard. Une silhouette dans la foule tremble, tandis qu'une main invisible a brandi une arme et vise la silhouette du fuyard.

vangoA l'image de Vango, le roman n'aura de cesse de sautiller, de vagabonder, de surprendre et de nous étonner. Qui est ce Vango, quel est son crime, pourquoi toutes les polices le cherchent, de France en Allemagne, en passant par la Russie et les îles de Sicile ? ... Car Vango avance dans la vie en effaçant ses traces. L'histoire, elle, tente de rassembler les petits morceaux du puzzle et le lecteur en a l'appétit aiguisé. C'est prodigieux. A en avoir presque la larme à l'oeil. Vous  décrire ce plaisir de lecture est d'ailleurs sans fin.

Timothée de Fombelle confirme, après la beauté de Tobie Lolness, qu'il est un grand écrivain. Il manipule ici la plume avec légèreté, cocasserie, passion et émotion, on ressent ce bonheur de l'écriture, c'est un partage unique et palpable. J'ai ainsi dévoré le roman avec gourmandise, savouré les pleins et déliés de ce texte qui est absolument époustouflant. L'aventure de Vango se laisse conter avec une simplicité toute émoustillante, le rythme est haletant, l'intrigue très bien tissée, le lecteur est pris aux pièges, séduit d'emblée par la galerie des personnages, des héros ou des maquereaux, au choix, mais tous savent nous accrocher, nous attirer et nous questionner. Ce roman n'est pas unilatéral, il est mystérieux et ambitieux, parfaitement réussi car envoûtant. Il ressemble à son héros, Vango, dont il est dit dans le livre que c'est un caméléon globe-trotter qui tire une langue multicolore.

Qu'est-ce que c'est beau. Je suis sous le charme et encore éblouie par cette merveilleuse rencontre ! Et ce zeppelin en couverture vous invite au voyage et à mille autres explorations...
J'ATTENDS LA SUITE AVEC IMPATIENCE !

Vango, tome 1 : Entre ciel et terre ~ Timothée de Fombelle
Gallimard, 2010 - 370 pages - 17€
illustration de couverture : Blexbolex

Comme moi, Lili O. a été conquise ...  J'avais glissé en amuse-bouche quelques extraits ICI.