18/12/10

Il y a du vrai dans pratiquement tous mes mensonges.

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Zach a disparu. Zach est mort.
Et c'est Micah, la menteuse, qui raconte.
Accrochez-vous, l'histoire part dans tous les sens. Premièrement, Micah jure de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Puis, elle promet la vraie vérité, et enfin la vérité authentique et véritable. Alors, promesse tenue ?
Bah, ma foi, quelques 310 pages plus tard, j'ai les sourcils froncés et le sentiment d'avoir couru après la vérité, sauf que je suis à bout de souffle. Je pense que c'était l'intention de l'auteur, bravo, car je suis complètement perplexe, moyennement convaincue par l'histoire de Micah. Pas que ça me dérange, j'ai probablement été dupée, ou pas, cela fait partie du jeu, mais je reste partagée.
Jusqu'au bout, toutes les théories sont possibles. Jusqu'à la dernière ligne, Micah suggère, tente, ose. Oui, peut-être c'est ça toute sa vie. La vérité pure et dure. Ou bien, c'est autre chose. Franchement je ne sais plus. Dans tous les cas, c'est la plus brillante des supercheries qu'il m'ait été donné de lire. Alors que je tournais la dernière page, j'étais encore dans le flou absolu. Et je crois que cela restera longtemps une énigme !
D'un autre côté, c'est ce qui fait le petit plus de cette lecture. Le doute est cultivé exprès dans un but non avoué - si ce n'est pas sadique d'entuber le lecteur et d'embrouiller ses convictions... Je laisse volontairement planer le doute sur l'intrigue, je vous suggère également de ne pas chercher à en savoir plus. C'est une histoire où le doute plane. Du début à la fin. Une histoire avec des tas de rebondissements. Et sans la certitude d'obtenir, au final, la vérité absolue. Il m'a été impossible de lâcher le roman avant de savoir le dernier mot de l'affaire. 
(J'avais toutefois beaucoup d'attentes, donc le roman m'a un peu déconcertée. Je ne m'attendais pas à la révélation du milieu, ou j'y croyais à moitié. C'est mon seul regret. Car je n'ai pas trop apprécié l'orientation que cela a créé. Mais ça reste une lecture bluffante !)

J'ai conscience d'avoir plusieurs fois employé les mots : doute et vérité. Mais que voulez-vous ? Le doute sur la vérité persiste, pendant et après la lecture !  Radicale, de son côté, a été totalement convaincue.

Menteuse - Justine Larbalestier
Gallimard jeunesse (2010) - 310 pages - 13,50€
traduit de l'américain par Alice Marchand

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10/12/10

Bruit Blanc

Je suis toujours un peu farouche avec les albums façon pop-up, oui c'est beau, oui c'est précieux, oui c'est fragile, et ce n'est pas facile de confier de tels ouvrages à des petites mains malhabiles, mais bon ... Quand on se retrouve face à un livre comme Bruit Blanc, on a envie de le partager, même s'il faut trembler intérieurement, tant pis, la beauté et le talent, ça se donne !

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L'auteur, David A. Carter, a déclaré : Dans Un point rouge, le point est facile à trouver. Dans 2 Bleu, j'ai soigneusement caché le 2, il est beaucoup plus difficile à découvrir. Pour 600 Pastilles noires, la difficulté consiste à compter les pastilles qui, par ailleurs, sont parfaitement visibles. Dans Carré jaune, le carré est de nouveau facile à localiser. Qu'adviendra-t-il pour Blanc ? Considérant cette série de cinq livres comme un tout, mon espoir est de faire naître une gamme de sensations et d'expériences visuelles interactives. Je pense que l'art qui crée des montagnes russes d'émotion est un divertissement, et l'un de mes buts en tant qu'artiste est de vous distraire. Amusez-vous bien.

C'est réussi ! Voici un tourbillon de bonbons : 

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et des plumes blanches à caresser !

 

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Certes, le plaisir est visuel, mais pas seulement. Tendez l'oreille, vous surprendrez alors le craquement, le tintement, l'écho grinçant ou le crépitement d'un bruit blanc. L'effet est bluffant. Quant au reste, c'est l'explosion de couleurs, de formes et de sons aussi ! J'étais un peu perplexe pour commencer, et désespérément prudente, à ne pas trop oser toucher ou manipuler ce précieux objet, mais la découverte associée à l'étonnement ont ragaillardi mes petits doigts timorés, je me suis lâchée et j'ai tourné les pages avec fébrilité, j'étais complètement séduite. C'est un livre curieux, ambitieux (et à la hauteur de son ambition), une approche concrète de l'art abstrait, un livre raffiné et absolument original. Et ce n'est pas parce qu'il est publié par Gallimard jeunesse que cet album est interdit aux plus grands ! 

Bruit Blanc, par David A. Carter
Gallimard jeunesse (2010) - 22,00€

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09/12/10

Pêle-Mêle Clarabel (de Noël !)

Alors même si ma fille trouve que c'est  « rien que pour les tout-petits », je ne cache pas une certaine tendresse pour les livres de Bénédicte Guettier (surtout pour l'inspecteur Lapou, dont je suis une fan presque hystérique). Bref, l'âne Trotro c'est surtout mignon, un univers trèèès enfantin et naïf, c'est quelque part charmant mais aussi abêtissant, je ne suis pas aveugle non plus, mais j'aime bien...

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C'est Noël, Trotro et ses parents vont décorer le sapin. Le petit âne fait le guignol avec les guirlandes et les boules, puis accroche le tout dans l'arbre quand ses parents s'aperçoivent que seul le bas du sapin a été décoré (normal, Trotro n'est pas très grand non plus !).  Super, on croirait un jupon ! s'exclame la maman. (Qui n'a jamais lu pareille histoire à son loupiot haut comme trois pommes me jette la première pierre !?!!)  Et c'est chez Gallimard jeunesse, coll. Giboulées, 2010.

Et pour occuper les enfants pendant les vacances (bientôt !), en attendant le soir de Noël (ça sera long), pourquoi ne pas les confier aux Drôles de petites bêtes avec ce livre de jeux, de découpages, de coloriages, avec des autocollants, des comptines, des idées pour créer un spectacle. (Une idée qui coûte 4,90€.)

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En attendant d'autres trouvailles, voici le Livre-surprise du Père Noël par Alan Snow (l'auteur d'Au bonheur des monstres et sa suite : La galère des monstres). La couverture est géniale, les petits commentaires fléchés valent le détour ! (Bah non, on ne pourra pas les voir sur ce cliché ; je n'ai pas activé l'option pour l'agrandissement ! gné.)

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Ce livre a pour petite ambition de répondre aux questions du genre : où vit le Père Noël ? comment sait-il ce qu'on veut ? d'où viennent tous les jouets ? quand passe-t-il et que fait-il après sa tournée ? Mais l'originalité de cet album, où est-elle ? En fait, dès qu'on l'ouvre, il s'épanouit comme une fleur, c'est un pop-up intéressant et rigolo (même si je pense que ça reste aussi incroyablement fragile à manipuler entre les mains maladroites et aux gestes brusques). Et puis, surtout, je vous conseille la lecture des Chroniques de Pont-aux-Rats, qui est un bouquin épais (540 pages, les enfants crient au secours) mais l'histoire se déguste et il y a beaucoup d'illustrations pour alléger le tout. Vous ne le regretterez pas ! ;o)

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@ illustrations : Alan Snow - Le livre surprise du Père Noël (Nathan, 2010)

08/11/10

Lettre à mon ravisseur

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Un thriller psychologique qu'on ne peut ni arrêter, ni oublier. Une petite phrase anecdotique, glissée en quatrième de couverture, à laquelle je ne prête plus attention depuis longtemps, et là, si j'avais su... l'aurais-je cru ? Car c'est la stricte vérité ! Ce roman envoûte, embobine, assomme, subjugue et assène une grosse claque. Ce roman est incroyable ! J'ai été incapable de fermer l'oeil de la nuit, incapable de reposer le livre avant de l'avoir fini, incapable de prendre du recul, incapable d'avoir le moindre discernement, la plus petite lucidité. J'étais dupée, complètement bluffée.

C'est l'histoire d'une jeune anglaise de 16 ans, Gemma, kidnappée à l'aéroport, pratiquement sous les yeux de ses parents, par Ty, un marginal qui vit dans le désert australien, où il va l'emmener, après l'avoir droguée et avoir masqué son identité, parce qu'il l'a choisie. Elle, et pas une autre. Objectivement, ce comportement criminel est condamnable, je ne reviens pas là-dessus, mais l'histoire démontre que le contraire est possible aussi, on peut aimer et détester la personne qui nous a fait du mal, on peut nouer une relation de confort et de sécurité avec son bourreau, c'est complètement dingue et c'est le pari réussi de l'auteur.

L'histoire est absolument inattendue, elle dépasse les considérations psychologiques visant le syndrome de Stockholm, même si elle ne les écarte pas non plus, et nous raconte plus simplement comment cela est possible. C'est à travers une lettre adressée à son agresseur que Gemma nous raconte ce qu'il s'est passé, ce qu'elle a vécu et éprouvé, sans tabou, puisqu'on parle aussi bien de colère, d'anéantissement, d'incrédulité, de dégoût et de fascination aussi. On plonge alors dans une ambiance hallucinante, à huis clos, dans la cabane au beau milieu de nulle part.

Et c'est avec la rage du désespoir que Gemma va chercher à s'enfuir, par tous les moyens. Cela lui sera d'autant plus douloureux de réaliser qu'elle est bloquée et dépendante de Ty, elle le déteste tellement, elle s'en veut aussi de le trouver beau et attirant et de penser à lui de cette façon. Mais ce n'est pas ce qu'il y a de plus étrange, car leur relation n'est jamais violente, au contraire. Ty va trouver des trésors de patience pour amadouer la jeune fille, pour partager son monde et ses mystères, pour espérer la séduire. Gemma sera sensible à ses efforts, appréciera ce qu'il aime (la nature, les étoiles), sera attendrie par son histoire d'enfance malheureuse, touchée par ses déclarations d'amour. C'est mal, se dit-on, il ne faut pas. Hélas, tout comme Gemma, on cesse de voir Ty comme un psychopathe, l'effroyable et inexplicable fascination glisse sur le lecteur. Au risque de nous faire oublier son crime, ou presque. C'est fou ce que ce livre inspire, en plus de l'angoisse, du stress et de l'envie de savoir comment tout cela va finir. C'est fort et bizarre. Limite malsain. Mais c'est un livre inscrit pour durer et hanter nos mémoires. 

« Et regardons les choses en face, tu m'as bien enlevée, mais tu m'as sauvé la vie aussi. Et entre les deux, tu m'as fait connaître un endroit différent et magnifique, que je ne pourrai jamais m'arracher de l'esprit. Pas plus que toi d'ailleurs, tu es inscrit en moi à jamais. »

Lettre à mon ravisseur - Lucy Christopher
Gallimard, coll. Scripto (2010) - 340 pages - 13€
traduit de l'anglais par Catherine Gibert

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04/11/10

Mauvaise Graine - Orianne Charpentier

mauvaise_graineAprès La petite capuche rouge, Orianne Charpentier nous raconte l'histoire de Jérémy, un garçon de quinze ans, pas très grand, pas bon à l'école, un peu mal dans ses baskets, et qui n'aime pas du tout sa vie tout en rejetant la faute sur ses parents. Chez eux, c'est triste, c'est gris, c'est petit. Même les repas de Noël sont surfaits, ça sent l'étroitesse et l'ennui.

Jérémy a beau vivre à la campagne, avec des champs à perte de vue, il étouffe et il a besoin d'espace. En fait, il a du mal à s'accepter et passe à côté des choses importantes, ou essentielles. Il ne voit pas l'inquiétude de ses parents, ou trop tard. Il ne comprend pas ce que cache la mine soucieuse de son père, les commentaires acides de la voisine, ne supporte plus les bavardages de sa soeur aînée, qui suit des études à Paris, et qui sans le savoir l'écrase encore plus, le faisant se sentir minable et incapable.

Quand Jérémy découvre la maladie de son père, son comportement aussi va changer. Il va s'intéresser à la vie des siens, aimer ce qui l'entoure, ne plus espérer l'impossible, se rapprocher de Méthilde, qui est belle, intelligente mais impossible à amadouer. C'est d'ailleurs un prolongement de la même petite bande aperçue dans le précédent roman d'Orianne Charpentier, il y a Sarah et Léopoldine aussi, et j'espère qu'à leur tour elles auront leur mot à dire dans d'autres romans.

Car l'auteur possède beaucoup de finesse pour décrire l'adolescence en perte de vitesse, pour raconter l'errance, les doutes et les angoisses de l'âge ingrat. Cela me rappelle aussi le roman de Martin Page,
Le club des inadaptés, parce que c'est une histoire quasi universelle, celle de jeunes gens qui manquent de confiance en eux et qui n'ont pas encore trouvé leur place. La maladie sert de prétexte pour mettre à plat tout ce qui va de travers et permettre ainsi au garçon de quinze ans de moins se regarder le nombril et de s'assumer un peu mieux. Je trouve juste un peu dommage le choix de cette couverture, les illustrations de Sébastien Mourrain me manquent !

Gallimard, coll. Scripto (2010) - 135 pages - 7,50€

« J'ai peur d'être comme ces champs que nous traversons. De rester là immobile pour toujours, entre mon village et la forêt, à regarder le blé pousser et les nuages s'enfuir, sans que rien ne change jamais pour moi. J'ai peur de voir tous les gens que j'aime me quitter un à un sur les ailes du vent, pour aller voir ce qu'est le métro de Paris ou le Sahara, et que leur vie ressemble à un grand courant d'air qui passerait trop loin. »

« Je venais de découvrir que la vie, ma vie, changeait selon les mots que je trouvais pour la décrire. Ce n'était pas une question de mensonge, c'était une question de point de vue. Au bout d'un moment, j'ai décidé que je n'étais pas un garçon de quinze ans parmi des grands champs vides : j'étais un garçon de quinze ans avec un ciel immense au-dessus de lui. »

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26/10/10

Les petites BD de Rita et Machin

C'est une histoire d'amour... la mienne, la leur et la vôtre aussi,

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Parce que Rita et Machin, ça ne s'explique pas, c'est un coup d'amour, un coup de je t'aime (chabadabada), un coup de coeur qui dure depuis quelques années, et qui ne se dément pas, il y a tout ce que j'aime dans une lecture : c'est drôle, ça ne se prend pas au sérieux, cela me rappelle aussi la paire inséparable que j'ai à la maison, Rita et Machin, c'est donc l'humour, l'amitié, les 400 coups, les clins d'oeil et les répliques qui font mouche !

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Tous les épisodes ont été publiés en dernière de couverture de Pomme d'Api et dans la revue japonaise J-Nude, soit 24 planches de BD, dont 9 inédites.

Les petites BD de Rita et Machin - Jean Philippe Arrou-Vignod & Olivier Tallec
Gallimard jeunesse (2010) - 14€

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21/10/10

La légendaire histoire des douze soeurs Flûte

COUP DE COEUR pour ce nouvel album de Vincent Cuvellier !!!

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Racontée avec humour, l'histoire de la famille Flûte, qui compte pas moins de douze filles, est absolument désopilante ! Le père, Monsieur Flûte, centième du nom, est un type débonnaire qui passe son temps à chercher une aiguille dans une meule de foin, tout en réfléchissant longuement devant l'ampleur de sa tâche.

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Sa tendre épouse est décrite comme « charmante, oh! légèrement dodue, mais charmante »Et d'ailleurs... «  Au fil de ses grossesses, elle finit par ressembler à une énorme boule de graisse surmontée de deux petits yeux méchants. »

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Sur ce ravissant postulat, les héritières de la famille Flûte voient donc le jour : toutes plus différentes les unes des autres, l'une est renfrognée, l'autre se tient à genoux et prie toute la sainte journée, l'autre encore est quelconque, l'une sourit à la lune, une autre fait tout le contraire de ce qu'on attend d'elle, les jumelles sont des copies carbones, impossible de les distinguer, mais ce n'est pas grave, car les soeurs Flûte se suivent, à un train d'enfer, le château grouille de petites Flûte qui portent parfois le même prénom, le narrateur ne sait plus où donner de la tête ... et le lecteur s'esclaffe !

Vraiment, c'est GENIAL ! Et puis, c'est drôle.

Arrive, cependant, LE drame : « Alors qu'on fêtait le douzième anniversaire de la première et le premier de la douzième, vint au monde un bébé, aussi rose, aussi blond, aussi dodu qu'on le pouvait rêver. Monsieur et madame Flûte, par dépit, allaient le nommer Béatrice, quand madame Flûte, bien que harassée, vit dépasser entre les jambes du nourrisson un petit truc aussi exceptionnel qu'inattendu : un zizi. »

Le choc est rude : madame Flûte claque sur le champ, monsieur Flûte perd la boule. Les petites filles prennent sous leur aile leur petit frère et le bichonnent comme une poupée. Un autre événement va frapper cette quiétude familiale, contraignant la petite troupe à aller loin, loin, loin, le dos à la mer...

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Je me suis régalée à suivre l'aventure de cette famille très productive, où tout est conté avec une pétillante légèreté. Les illustrations de Ronan Badel nous transportent au-delà des siècles, les demoiselles ont des frimousses craquantes, le texte de Vincent Cuvellier y trouve une mise en valeur inestimable. Il suffit de fermer les yeux pour s'entendre raconter cette histoire foldingue, c'est déjà un bonheur garanti. L'ensemble vaut bien un grand moment de swoushitude (copyright : gaëlle la libraire). Bravo ! Et j'en veux encore !!!

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  La légendaire histoire des douze soeurs Flûte - Vincent Cuvellier / Ronan Badel
Gallimard jeunesse (2010), coll. Giboulées - 14,50€

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30/09/10

Pêle-Mêle Clarabel #7

Un petit tour de lecture ?

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Un superbe écrin pour les contes de garnements et galopins de Beatrix Potter : indispensable, indémodable, regroupant 11 contes classiques dont Pierre Lapin, la famille Flopsaut, Sophie Canétang... (chez Gallimard jeunesse). Un régal !

Dans un autre genre, mais tout aussi classique :

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La belle lisse poire du prince de Motordu fête ses 30 ans ! Il était un prince de Motordu qui menait la belle vie et habitait un chapeau magnifique au-dessus duquel, le dimanche, flottaient des crapauds bleu blanc rouge. Le prince aimait beaucoup lancer des poules de neige ou mener paître son troupeau de boutons. Il ne s'ennuyait jamais. Un jour, ses parents lui conseillent de se marier (s'il venait à tomber salade, qui lui repasserait son singe ?!) et le prince monte dans sa toiture de course pour se mettre en quête d'une fiancée. En chemin, il rencontre la princesse Dézécolle, en train de cueillir des braises des bois, également  institutrice dans une école publique, gratuite et obligatoire, qui le prend sous son aile afin de le guérir de ses mots de tête. Et ainsi de suite... L'histoire est un festival de liberté et d'impertinence pour l'exercice de l'apprentissage de la langue. C'est drôle, oui, car aux yeux des enfants cette histoire brise tous les interdits, avec intelligence !

(La nouvelle aventure, intitulée Motordu et Rikikie, manque un peu de peps et de charme, mais elle fait la part belle à tous les héros de l'imaginaire, tous les héros issus de la littérature de jeunesse qui trouvent refuge dans l'imagination des lecteurs, lesquels s'en nourrissent pour mieux grandir. C'est donnant-donnant !)

Nous avons aussi écouté de la musique indienne,

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La culture indienne me fascinant toujours, j'apprécie de lire des histoires se passant en Inde ou écouter de la musique typique, comme celle que nous offre cette danse du démon, fortement enrichie de couleurs chatoyantes, dans un grand tourbillon de sons d'instruments traditionnels indiens, comme la flûte bansuri, le sitar, les grelots ghungru, le tambour dhol, les cymbales krotales, et les voix de chanteurs en bengali. A la fin de l'ouvrage, tout est bien expliqué, c'est toujours utile.

La danse du démon est une histoire de Muriel Bloch, illustrée par Allegra Agliardi, qui raconte la ruse d'un garçon très paresseux, nommé Devdas, qui croise sur son chemin un vilain démon, prêt à le dévorer. Le garçon sort alors de sa poche un miroir et lui déclare qu'il est un redoutable chasseur de démons et qu'il vient de capturer son visage. La ruse fonctionne à merveille, le démon se plie en quatre pour satisfaire tous les caprices de Devdas et lui crée aussi sa richesse.

Et pour finir, deux sorties en FOLIO JUNIOR absolument épatantes :

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Le troisième tome de la série Le Livre du Temps de Guillaume Prévost, non ce n'est pas mon préféré, mais il a le grand honneur de boucler cette saga passionnante, riche en rebondissements, pleine d'élégance et de détails historiques qui apportent un intérêt pédagogique à cette lecture (en plus du reste, c'est bien compris ?). C'est une série que je recommande fortement, j'avais été bluffée par les deux premiers tomes, le dernier est juste un peu plus ... frustrant, car c'est le dernier, le plus attendu, il a beaucoup à faire, et il s'acquitte admirablement de toutes ses missions, apportant toutes les solutions, même les plus surprenantes, mais fait sentir que c'est fini, qu'il faut tourner la dernière page, et non, vraiment, je n'aime pas ça, je suis trop nostalgique...

Tobie Lolness, vous connaissez ? C'est ma série fétiche, chouchou, d'amour et tout ce que vous voulez. C'est du bonheur en barre, une combinaison d'amitié, d'amour, de respect et de tolérance, d'intérêt pour la planète, du mystère des arbres, etc.  "Les Yeux d'Elisha" suit "La vie suspendue (tome1) et signe la fin de l'aventure, snif. C'est à la fois un enchantement et un déchirement, car c'est toujours difficile de quitter un monde, des personnages, mais il n'en reste pas moins un souvenir ébloui et inoubliable. Tobie Lolness est une série INDISPENSABLE, à mes yeux, qui sait raconter une histoire authentique, captivante et très intelligente, le tout enrobé dans une ambiance poétique et romantique (merci François Place). Bref, il FAUT lire Tobie Lolness !  Timothée de Fombelle est un GRAND auteur, lisez VANGO, aussi, pour vous en convaincre !

27/09/10

Reckless, de Cornelia Funke

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Grandiose ! Quel roman ! J'ai a-do-ré ! C'est sombre, baigné dans les contes de fées, les vrais, ceux qui sont sans espoir, qui font pleurer, saigner et trembler de peur. C'est magique, car envoûtant. Un charme fatal. Quasi immédiat, car les premières pages sont un peu teintées de brume. La suite se laisse dévorer, d'une traite. C'est radical. Fascinant !

Deux frères, Jacob et Will Reckless, ont traversé le miroir que cachait leur père dans son bureau. Ce miroir ouvre vers un autre monde, un monde en guerre, entre les chairs molles (les humains) et les Goyls (des créatures de pierre). Ces derniers sont redoutables, un coup de griffe vous transforme en pierre, comme cela a été le cas pour Will. Il souffre, est en train de se métamorphoser et son frère Jacob veut le sauver. Or, la Fée Sombre a rêvé de lui - du Goyl en jade. Le roi a envoyé ses meilleures troupes pour le trouver, la course contre la montre est entamée.

C'est sur ce rythme trépidant que la lecture s'enchaîne, dans un univers proche du conte, où la féérie, mielleuse et sentimentale, n'a pas lieu d'être. Les références sont nombreuses, détournées, et c'est un régal. Les émotions sont fortes, Jacob et Will sont unis mais la malédiction est en train de les séparer, de plus la jolie fiancée de l'un est en train de faire perdre la tête de l'autre, ou est-ce simplement sous l'effet de l'eau d'alouette ? Ils sont aidés dans leur tâche par Fox, leur amie-renarde, et par Valiant, un nain redoutable, fourbe et menteur, seul l'appât du gain compte à ses yeux. Des personnalités aussi belles et excentriques servent une intrigue délicate mais efficace. Ce qui rend cette oeuvre saisissante et scotchante, c'est l'aura qui s'en dégage, la force narrative et le pouvoir d'imagination de Cornelia Funke, c'est brillant, complètement exaltant, c'est aussi assez désespéré et poignant, mais c'est pour ça qu'on en redemande !

Gallimard jeunesse (2010) - 330 pages - 15€
imaginé et raconté par Cornelia Funke et Lionel Wigram
illustrations intérieures de Cornelia Funke
Traduit de l'allemand par Marie-Claude Auger

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17/09/10

La maison

Au-dessus de ma porte est gravé 1656, une année de peste, l'année de ma construction. Je fus bâtie de pierre et de bois mais, au fil du temps, mes fenêtres se sont mises à voir et mon toit à entendre. J'ai vu des familles grandir, j'ai vu tomber des arbres. J'ai entendu des rires et le son du canon. J'ai connu des tempêtes, des marteaux et des scies, et enfin l'abandon. Puis, un jour, des enfants se sont aventurés dans mon ombre, à la recherche de champignons et de châtaignes, et une vie nouvelle m'a été donnée à l'aube d'un âge moderne. Vue de ma vieille colline, ceci est mon histoire.

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Plus ?

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« Sans cœur, une maison ressemble à une fleur dépourvue de rosée. »

Revisitez le XX° siècle à travers l'histoire d'une maison et de son environnement : c'est sublime ! Les illustrations de Roberto Innocenti sont de toute beauté, d'un réalisme saisissant. Il faut TOUT admirer, il y a des tas de petits détails à passer à la loupe, c'est étonnant, magique et somptueux. C'est un album qui invite à être lu et relu, l'histoire ne se répète jamais, et le texte de J. Patrick Lewis fait exprimer la maison elle-même, témoin de son époque, impuissante face à ce tourbillon. Son regard se veut tendre, cocasse, rêveur et résigné. Mais toujours la force coule derrière les mots...

 

1999 : Je ne reconnais plus cette adresse où je suis,
Ils veulent toujours plus, c’est moins, que je demande.

Mais je sens à jamais le soleil et la pluie,
Gardiens de mon domaine, ils sont là et m’entendent.

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par J. Patrick Lewis, illustré par Roberto Innocenti
traduit par Jean-François Ménard, Gallimard (2010) - 15,90€

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