13/11/16

Cap au Sud! de Jeanne Willis, illustré par Peter Jarvis

Cap au Sud

C'est bien connu, les manchots vivent au pôle Sud et ne mettent jamais les pieds au pôle Nord. 

... Jusqu'au jour où la famille Filédanchois prépare son paquetage pour un pique-nique au calme, sur un bout d'iceberg. Seulement, la famille a fini par s'égarer et a chaviré sans but, au beau milieu de l'océan, pour finalement se trouver face à une énorme boule blanche et poilue. Bienvenue à l'autre bout du globe où vivent les ours polaires ! 

Les manchots sont bien embêtés de se retrouver à 20,000 kilomètres de chez eux. Mais M. Leblanc est ravi d'avoir enfin de la visite, et confie dans la foulée qu'il rêve d'être le premier ours blanc à atteindre le pôle Sud. En avant l'aventure, les Filédanchois et leurs trois enfants repartent à l'assaut de l'océan en compagnie de leur nouvel ami. 

Le voyage est long, mais avec des détours fabuleux. Cap en Amérique, en Angleterre, en Italie, en Inde, et aussi en Australie. Nos explorateurs traversent les continents et les océans, parcourent des endroits merveilleux et poursuivent leur but sans même prendre le temps de casser la croûte ou de faire pipi (au grand dam de Zouzou).  

Voilà qui offre un formidable tour du monde aux couleurs et aux saveurs exotiques ! Cette histoire raconte aussi une belle rencontre et une étonnante amitié entre deux pôles qui n'étaient jamais censés se croiser, avec en toile de fond des illustrations pleines de charme & un texte plein d'humour.

Un album attachant, sincère et généreux. 

Gallimard Jeunesse - Septembre 2016 / Traduit par Emmanuel Gros

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source : by Jarvis

 

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Polarman, de Gilles Rapaport

Polarman

Une jeune femme tombe amoureuse de Polarman, après avoir découvert son profil sur FB. Elle décide de tout plaquer pour le rencontrer en vrai et partager son quotidien de héros masqué, véritable star de la banquise.

Mais Polarman n'a pas le temps pour la bagatelle. En tant que super-héros du cercle polaire, il aide les plus vieux, les plus seuls, les malades, les handicapés, les abandonnés... Il protège les enfants, leur rappelle de ne pas fumer, de bien travailler à l'école et les aide aussi à faire leurs devoirs.

Polarman trime donc toute la journée et passe en coup de vent chez lui pour avaler du café chaud ou lire ses comics préférés. Il a fini par s'habituer à la présence de la jeune femme, discrète, attentive et observatrice. Ensemble, ils vont même s'occuper d'un ourson abandonné et lui apprendre à survivre dans son environnement sauvage, à chasser le phoque, trouver du poisson ou des baies.

Cette histoire, assez fantaisiste, est néanmoins inspirée de la véritable rencontre de l'auteur avec Polarman, un individu qui vit dans le Nord-Ouest canadien et qui se prend bel et bien pour un super-héros des temps modernes. Flanqué d'un costume et d'un masque, il parcourt la banquise pour venir en aide aux plus démunis et a depuis gagné le respect de tous ! 

L'album fait ensuite découvrir le quotidien du Grand Nord, assez rude et brutal, très éloigné de notre confort douillet, mais pour survivre à des températures polaires par -40°C, qui durent des mois et des mois, on n'a sans doute jamais assez de peaux de cariboux ou de phoques pour surmonter le choc ! La chasse aussi est banalisée, parmi la faune assez rare, représentée par les ours et les renards blancs, les baleines, les phoques et les narvals (dont la corne d'ivoire sert à tailler la bague que Polarman offre à la jeune femme.) Bouh. 

Cette réalité n'est pas sans me déchirer le cœur, cf. le chapitre où notre super-héros explique le b.a.-ba de la chasse du phoque (comment le dépecer, avaler les intestins etc.), mais expose une autre manière de vivre qui dépasse celle que l'on connaît. La lecture n'en demeure pas moins étonnante par ses illustrations et son humour sous-jacent, qui raconte les prémices d'une jolie histoire d'amour et d'une passion commune à vouloir sauver le monde ! 

Gallimard Jeunesse - Octobre 2016

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source : Gilles Rapaport

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12/11/16

Georgia: Tous mes rêves chantent, de Timothée de Fombelle

Georgia

Georgia, aujourd'hui une star de la chanson, porte un secret d'enfance qu'elle confie pour la première fois.

“On venait d'arriver dans un appartement beaucoup trop grand pour nous. Parce qu'il n'y avait plus que ma tante avec moi depuis quelques jours. J'avais sept ans. Ils nous avaient éparpillées, mes trois petites sœurs et moi, à plusieurs endroits du pays comme une poignée de billes qu'on jette sur un carrelage.”

Dans cet appartement, très vite, Georgia entend chaque nuit un violon jouer à travers le mur. Émerveillée par cette bouleversante mélopée, elle en oublie facilement tous ses soucis, sa famille éclatée, ses problèmes à l'école, sa solitude... Son truc à elle, c'est d'être entourée de Rêves, nombreux et encombrants, joyeux et tristes, doux et souriants, indispensables et envahissants.

Parmi eux, il y a aussi Le Grand Rêve, qui va provoquer la rencontre avec Sam le violoniste, Sam le garçon sensible, Sam l'artiste attentif, qui voudrait que Georgia chante. Mais Sam a également un secret de famille, une histoire lourde et poignante, qu'il raconte avec sa voix et son violon et qu'il construit à la façon d'un petit théâtre ancien, si éloigné de la vie de Georgia, et néanmoins si proche qu'il semble murmurer près de son oreille.

Obsédée par cette musique et par son voisin invisible, la fillette veut tout connaître de Sam et finira par découvrir une partie de la vérité à la bibliothèque de l'école. Entre Sam et elle, une épaisseur de mur de cent ans. Mais qu'est-ce que cela change, puisque leurs voix le traversent ?

Conte onirique, histoire en chansons, fable pour enfants, lecture sensible et émouvante... cette Georgia n'a pas fini de susciter de vives émotions ! La première écoute est poignante, les suivantes enfin vous embobineront dans ce monde de Rêves aux apparences de doudous insolites, “aussi discrets qu'une équipe de rugby ou une fanfare” et qui laissent si peu de place aux autres, la vie, les copains, l'école...

Pour alléger le caractère grave de l'histoire, les illustrations de Benjamin Chaud glissent une subtile saveur de pitrerie et de tendresse. La colonie des Rêves est adorable ! Fantasque, bavarde, cocasse et loyale. Cette garde rapprochée protège la fillette de l'extérieur, avant de la bousculer pour dépasser ses peurs. La musique, les chansons et l'audace feront le reste. Apprendre à grandir et franchir les limites.

Cette délicieuse comédie musicale est soutenue par des artistes talentueux, comme Emily Loizeau, Albin de la Simone, Pauline Croze, Alain Chamfort, Babx et bien d'autres encore, dans des compositions originales et aux paroles écrites par Timothée de Fombelle, sans oublier des reprises de grands standards, comme l'incontournable Georgia on my mind... Le texte est lu par Cécile de France et Anny Duperey (dans le rôle du grand rêve).

Une distribution pudique et élégante pour une lecture empreinte d'une grande dignité. Très bel album, coloré et délicat, qui soutient SOS Villages d'Enfants.

Gallimard Jeunesse Musique - Novembre 2016 / Une production imaginée et réalisée par l'ENSEMBLE CONTRASTE

 

Georgia : la playlist Deezer

Retrouvez toutes les chansons de GEORGIA sur la playlist Deezer.

L'Énorme crocodile, de Roald Dahl & illustré par Quentin Blake

L'énorme crocodile

Un énorme crocodile se sent d'humour gourmande et carnivore. “Pour mon déjeuner, j'aimerais un joli petit  garçon bien juteux.” Et comme il est convaincu d'être le plus audacieux de toute la rivière, il prend le pari de traverser toute la jungle jusqu'à la ville pour croquer son repas tant convoité. Il clame haut et fort avoir des plans secrets et des ruses habiles. Et de s'en aller crânement.

En chemin, ça se corse lorsqu'il croise d'autres réfractaires, comme Double-Croupe l'hippopotame, Trompette l'éléphant, Jojo-la-Malice le singe et Dodu-de-la-Plume l'oiseau, qui se gaussent de son projet ambitieux avant de subir le courroux du reptile obstiné. Clopin-clopant, l'énorme crocodile rejoint la civilisation et met en place son piège subtil n°1. 

Chapeau bas pour les idées perfides de la bête. Son machiavélisme force l'admiration, si ce n'est... l'intervention grossière de malotrus. Notre énorme crocodile n'a plus que l'estomac dans les talons et grogne de mécontentement. Sa faim est décuplée, il a un besoin urgent d'être rassasié ! Ah, ah. Le dénouement frôle l'absurde et le burlesque, mais soulève de grands cris de joie et de soulagement dans l'assistance. 

Hip-hip-hourra pour les grincheux ! Cette fable n'a absolument aucune morale, sauf de rappeler qu'il ne faut pas avoir les yeux plus gros que le ventre, sur un ton jouissif & tragicomique. Les illustrations de Quentin Blake participent beaucoup à cette illusion. Âmes sensibles s'abstenir. C'est un festival d'humour noir, hilarant et grotesque. 

Cette version, mise en musique par Isabelle Aboulker, est une découverte plaisante et originale. 30 musiciens de l'Orchestre de chambre de Paris, sous la direction de Pierre Dumoussaud, donnent du coffre et du chœur à ce récit malicieux, dont Yann Toussaint (baryton et crocodile), Yves Coudray (ténor), Anne Baquet (soprano) et les enfants du Chœur des Polysons. Une fabuleuse envolée de voix et d'émotions pour ce grand classique de Roald Dahl. 

Gallimard Jeunesse Musique - Novembre 2016 / Texte lu par FRANÇOIS MOREL

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11/11/16

Émile fait l'aventure, de Vincent Cuvellier & illustré par Ronan Badel

Émile fait l'aventure

Wooow, déjà le treizième titre de la série ! Et on ne s'en lasse pas. C'est toujours aussi drôle, fin et désopilant. ♥

Cette fois, Émile décide de partir en aventure et prépare un gros sac à dos pour s'en aller très, très loin et traverser des épreuves. C'est une aventure pour de vrai, de celle où on ne sait pas où on va, sinon c'est plus de l'aventure ! S'engage alors une discussion surréaliste entre le bambin et sa maman. Un dialogue qui tient toute la lecture, et qui est extrêmement drôle. 

Car la mère est finaude. Au lieu d'interdire ou de rouspéter, elle choisit la ruse. Elle glisse alors de simples allusions, il pleut des cordes, elle va passer à table et manger de la purée et des saucisses, et aussi de la mousse au chocolat, après elle va regarder des dessins animés, et comme elle doit aller faire des courses, elle peut le déposer en passant au parc des jeux... Elle dit ça, elle ne dit rien. 

L'humour est communicatif. Et les dessins, aussi, font tellement rire. Cette série a tout compris : de la dérision, encore de la dérision, toujours de la dérision. Et une lectrice conquise, moi ! Également une maman de vrai aventurier. Qui fait des aventures. Oh yeah. 

Gallimard Jeunesse, coll. Giboulées - Septembre 2016

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June et Jo : Le Rire des oursins, de Séverine Vidal & illustré par Amélie Graux

Le rire des oursins

Ce nouveau rendez-vous de June & Jo conforte l'excellente appréciation déjà perçue : c'est charmant, drôle, adorable et attachant. On y retrouve notre fillette et son gros monstre jaune qui ne partagent pas toujours le même sens de l'humour, mais au lieu de se fâcher, tous deux vont tenter de comprendre que ce n'est pas seulement “un humour pas drôle de gros monstre ou de petite fille”, mais plutôt affaire de goût, d'émotion, de sensation, de vécu, etc. 

Les oursins, par exemple, est-ce que ça fait des blagues ? Et les sardines, ça rit de quoi ? Et les rochers, ils rigolent en vrai ? Ainsi, June et Jo discutent des choses qui font rire les uns et pas forcément les autres (les gros mots de papa, les imitations de maman...), ils s'entendent aussi sur l'humour méchant et moqueur qui n'est pas cool du tout, comme plaisanter sur le physique. Non, clairement, ce n'est pas rigolo. 

Là où nos deux amis s'entendent comme larrons en foire, c'est devant les parents de June qui sont aveugles et ne voient jamais Jo, ils pensent souvent que leur fille s'amuse à faire des bêtises et rouspètent en se demandant qui est Jo. Loin de s'offusquer, l'enfant et son monstre jaune sont ravis de partager cette complicité unique, qui n'appartient qu'à eux. 

Une lecture délicieuse et pétillante. ♥

Gallimard Jeunesse, coll. Giboulées - Septembre 2016

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© Amélie Graux

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Le Fabuleux voyage du petit poisson, de Hanako Clulow

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« Sapins pointus, monts enneigés.
Qui a bougé dans l'eau glacée ? 
C'est un petit poisson qui frétille et s'élance.
Le vent peut bien souffler, l'aventure commence. »

Un joli album, au texte doux et poétique, parmi des illustrations d'une grande tendresse, qui nous raconte une courte histoire d'un petit poisson qui glisse le long du ruisseau, à travers la forêt, croisant sur la berge une biche et des écureuils, des castors et des oursons, fuyant la saison froide, à l'image des oies sauvages, pour enfin gagner les mers chaudes et vivre heureux parmi les siens.

Une histoire de migration magnifiquement illustrée par la japonaise Hanako Clulow, qui dévoile un univers fascinant, avec des paysages sauvages tout simplement adorables.

Une lecture à découvrir à voix haute, pour mieux sublimer la portée musicale du texte... “Forêt profonde, pins endormis, la rivière bâille dans son lit.” Magique ! 

Traduit par Marie Ollier - Gallimard Jeunesse, avril 2016

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source : http://www.pickledink.com/hanako-clulow.html

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05/11/16

Détectives de père en fils Tome 2 : Le Mystère loup-garou, de Rohan Gavin

Détectives de père en fils

Séduite par ma première rencontre avec le duo Kingsley, détectives de père en fils, je me faisais une joie de retrouver leurs enquêtes dans cette deuxième aventure teintée de suspense, de surnaturel et d'émotion.
Après une collaboration couronnée de succès, Alan Kingsley a repris du service en disparaissant quinze jours sans prévenir son garçon, mais a compensé son absence en lui offrant un berger allemand, un ancien “chien de guerre” à la retraite. Wilbur a cependant du mal à s'accommoder à la vie domestique et doit débarrasser le plancher car Clive, le nouveau compagnon de sa mère, ne supporte plus le désordre dans sa maison. Wilbur et Darkus trouvent alors refuge chez Alan, qui est aux cent coups sur une mystérieuse affaire d'agressions nocturnes visant des policiers. Oncle Bill en personne a bien failli passer l'arme à gauche. Son témoignage est d'ailleurs sidérant puisqu'il révèle la présence d'une créature bestiale, de taille imposante, aux instincts sanguinaires. De plus, chaque crime se déroulant les soirs de pleine lune, les enquêteurs évoquent l'hypothèse d'un loup-garou divaguant dans les rues de Londres ! 
Dans une ambiance très holmesienne, rappelant l'incontournable Chien des Baskerville, le roman de Rohan Gavin n'en demeure pas moins une étonnante lecture qui impose aussi ses propres codes, ses personnages attachants, son histoire élaborée et son dénouement inattendu & poignant. L'auteur nous rappelle succinctement la particularité de Kingsley, qui tombe dans un coma narcoleptique à la moindre contrariété ou émotion forte, et la formidable mémoire de son fils Darkus, qui a appris par cœur tous ses dossiers compilés sous forme de Bible, de quoi faciliter la conduite des intrigues en cas de “défaillance” paternelle. Depuis la chute de la tête du réseau, la machiavélique Combinaison n'est vraisemblablement plus le danger principal, même si son ombre demeure très présente et ses objectifs toujours préoccupants. D'ailleurs, la jeune Tilly, la demi-sœur de Darkus, a juré de venger la mort de sa mère et prend parfois des risques considérables pour atteindre son but. 
La série n'en finit plus de multiplier les pistes, toutes très alléchantes, pour nous attirer dans ses filets. Et c'est une franche réussite. Qu'on soit lecteurs débutants ou plus affirmés, amateurs de suspense londonien et de détectives privés, appréciant aussi le burlesque et une pincée de stress, il y a matière à trouver son bonheur dans ce livre. Outre des décors soignés, un contexte bien en place et qui n'a plus à faire ses preuves, l'histoire nous entraîne dans son univers british avec un raffinement remarquable. Le rythme de le
cture coule facilement et nous balade avec aisance dans des aventures aux rebondissements parfois saisissants. Vraiment, bluffant.
À noter le rôle du “chien de guerre” Wilbur dont l'évocation relève du sacré, pour sa valeur historique, mais aussi son importance dans les conflits ou les enquêtes policières, on ne rappelle jamais assez le dévouement animal et son sens du sacrifice hors du commun ! Cela ne pouvait que me plaire. Gros coup de cœur pour cette série intelligente, sensible et captivante. ♥

Traduit par Anne Krief pour Gallimard Jeunesse - septembre 2015

Titre original : Knightley & Son: K-9

Couverture : Sébastien Pelon

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27/10/16

Mon ami Fred, par Eoin Colfer & Oliver Jeffers

Mon ami Fred

Combiner le pouvoir de l'imagination à celui de l'amitié, c'est tout le talent de cet album pastel et raffiné. Voici l'histoire de Fred, un ami imaginaire lassé d'aller et venir dans la vie des enfants, sans possibilité de s'attacher ou rester pour l'éternité. Fred entre dans la vie des mômes pour les divertir un bref instant, puis la réalité reprend ses droits et chasse Fred de la carte. Il redevient cette petite ombre si légère qu'un simple souffle de vent peut l'attraper et l'emporter dans le ciel. 
Un jour, enfin, Fred voit son rêve se concrétiser : un enfant, Sam, qui est tout comme lui, perdu dans ses lectures, la tête dans les nuages, passionné de musique et de plomberie... Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. Aussitôt les deux copains deviennent inséparables et partagent les mêmes délires : faire semblant d'être Français, étudier l'art du mime, fabriquer des masques japonais et écrire une BD. Leur signature : le Duo Super-Doué.
Hélas, de nouveau le drame s'annonce. Sam ne fait que parler d'une nouvelle copine, qui s'appelle Sammi. Il passe de plus en plus de temps avec elle, au détriment de Fred, seul, triste, résigné. Prêt à s'effacer. Et c'est là que la magie intervient. Le miracle de l'amitié ! Après tout, “ce n'est pas parce qu'un ami est imaginaire que l'amitié n'est pas réelle”. Oh yeah. 
Franchement, voilà une belle, belle lecture teintée d'humour, de fantaisie, de tendresse, de confiance et d'espoir ! C'est tout simplement féerique. Les mots d'Eoin Colfer sont d'une grande justesse à évoquer la place du fameux ami imaginaire, qu'on découvre animé d'une sensibilité propre et d'une nature fantasque. Lui aussi rêve d'un alter ego avec qui tout partager. Alors, pourquoi ne pas provoquer la rencontre entre deux amis imaginaires ? Avec un peu d'électricité, de chance et de magie, rien de plus facile, on peut tout obtenir ! ^-^
Comptez aussi sur la touche d'Oliver Jeffers pour raconter cette histoire de façon ludique et adorable : les silhouettes floues des personnages imaginaires, les petites notes de couleurs, les faciès sans pareil des amis réels, tous expriment l'exubérance et l'authenticité, au service d'une lecture éclatante et riche en subtilités. Un vrai régal pour cette coédition unique et exemplaire. ♥

Gallimard Jeunesse / Kaléidoscope - Octobre 2016

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Cœur de loup, de Katherine Rundell

IMG_7024Alléchée par cette magnifique couverture et les illustrations de Gelrev Ongbico, j'ai pris une longue inspiration avant de me plonger dans ce petit bouquin de 330 pages. En vrai, la couverture est encore plus belle, avec un titre en gris argenté et des couleurs chatoyantes autour de la petite maison en bois.
Là, vivent Féodora et sa mère Marina, qui ont pour vocation de rendre aux loups leur état sauvage. Dans cette Russie de Pierre le Grand, il était coutume de posséder cet animal pour épater la galerie. Mais à trop lui donner l'illusion d'être un membre familier, capable d'être domestiqué, le loup a perdu tous ses repères. Et lorsque ses bas instincts se réveillent, le carnage s'ensuit. Les bêtes condamnées étaient expédiées chez des maîtres-loups chargés de leur réapprendre à être des loups (à l'époque, tuer un loup porte malheur). Seulement, des détracteurs ont rapidement sonné le tocsin et commencé à pourchasser les possesseurs de loups accusés, par exemple, de massacrer le gibier du Tsar.
Par une froide soirée d'hiver, l'armée impériale débarque chez Marina pour l'arrêter sans ménagement, avant de mettre le feu à la maison. Féo parvient à s'enfuir avec leurs trois loups, Nox, Blanche et Patte-Grise. Mais le général Rakov, humilié par cette fillette trop fougueuse qui a réussi à l'éborgner, lance toutes ses troupes à sa recherche. Au cours de son escapade, l'enfant rencontre Ilya, un apprenti soldat terrorisé aussi bien par les loups que par les réprimandes à venir s'il faillit à sa mission. Aussi farouche que convaincante, Féo choisit pour lui son destin et l'embarque avec elle jusqu'à Saint-Pétersbourg pour sauver sa mère.
Esthétiquement, le roman est une vraie réussite, pour le charme qu'il dégage, pour la promesse d'une épopée lointaine et folklorique, pour le cadre de la sublime Russie et ses hivers rigoureux. L'histoire, ensuite, raconte une aventure fascinante et riche en émotions avec une héroïne audacieuse toujours escortée de ses loups. Une pasionaria exaltée par sa soif de justice, qui mobilise les foules et se lance dans des défis qui surpassent la simple action de délivrer sa mère. En effet, la littérature vient à la rescousse des opérations, on gratte ainsi les enluminures en or avant de mettre ses chaussons de danse pour entamer une ballet trompeur et faire entendre la vox populi. Instant magique, inoubliable. Cette histoire d'un grand classicisme nous subjugue, par son univers très élaboré et néanmoins fantaisiste, par ses légendes et malgré tout ses messages de tolérance. On est aussi pas loin du conte, entre rêve et réalité, fable et vérité. Toujours est-il que ce roman s'inscrit à merveille lors des veillées au coin du feu pour partager un bout d'imaginaire captivant.

Gallimard Jeunesse, septembre 2016 - Trad. par Emmanuelle Ghez [The Wolf Wilder]

Couverture & Illustrations de Gelrev Ongbico

 

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