22/11/16

Qui es-tu, Alaska ? de John Green, lu par Julien Allouf

Qui es-tu AlaskaRedécouverte du roman de John Green avec la version audio.
Lu par Julien Allouf, le texte nous transporte efficacement dans cet univers confiné d'un pensionnat privé et élitiste, où des jeunes gens désabusés se rencontrent, lient des amitiés fusionnelles et multiplient les expériences, parfois jusqu'au-boutistes, d'où une issue qui laisse aussi un goût amer. 
Miles Halter est en quête d'un “Grand Peut-être” (dernières paroles prononcées par Rabelais sur son lit de mort). Après avoir quitté une vie morne et sans panache, il débarque à Culver Creek en nourrissant de grandes ambitions. Avec ses nouveaux camarades, il se laisse vite entraîné dans le tourbillon des premières fois : premières cuites, premières amours, premiers baisers volés et premiers désirs sexuels... Ô sombre insouciance d'une jeunesse exubérante mais fracassée. Car on comprend qu'au-delà des excès, l'histoire est aussi à fleur de peau. Ces jeunes gens ivres de plaisir et de malheur se donnent une posture, ils jouent un rôle, adoptent des noms de code, se moquent des interdits, veulent tout et tout de suiteParmi eux, il y a Alaska Young. Fascinante et mystérieuse, Alaska cristallise toutes les passions. Elle est belle, brillante, mais aussi lunatique, boudeuse, cachotière, menteuse et manipulatrice. Une jeune fille caractérielle, mais blessée et insaisissable. Ce sont aussi toutes ses failles qui guident l'intrigue du livre, pour venir éclabousser la vie de Miles, dont on suit le parcours sans grande empathie, en déplorant son caractère passif et obsessionnel.  
La lecture n'est pas tendre, elle ne nous cajole pas dans le sens du poil. Elle irrite exprès, agace profondément et nous enchaîne dans son “labyrinthe des malheurs” avec une pointe de sidération. Entre révélations bouleversantes et sentiments d'oppression, voilà un roman singulier qui raconte la difficulté de grandir, d'aimer et de s'accepter avec son lot de regrets et de déceptions. Chose inattendue, ma relecture me semble plus critique car je porte sur le livre un autre regard, un regard plus amer, même si je me souviens avoir ressenti un étrange malaise la première fois. Et puis il y a eu le “phénomène” Nos étoile contraires, qui a consacré l'auteur et renvoyé ce titre comme étant le roman générationnel par excellence. Je ne lui conteste pas ce fait, mais je préfère garder une certaine distance et émettre quelques réserves sur le contenu du livre (détails crus, personnages désœuvrés, attitudes navrantes & ambiance déconnectée de toute réalité). À manipuler avec précaution. 

Texte lu par Julien Allouf pour les éditions Gallimard / coll. Écoutez Lire

Novembre 2016 - durée : 7h 30

Traduit par Catherine Gibert

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24/10/16

Mémoire de fille, d'Annie Ernaux lu par Dominique Reymond

Mémoire de fille

Annie Ernaux replonge dans l'été 1958, alors qu'elle était une toute jeune fille d'à peine dix-huit ans, sortant de son école religieuse, innocente de la vie et du monde. Elle débarque à la colonie de S. dans l'Orne en tant que mono et tombe sous le charme de son supérieur, H. Ce type abuse d'elle honteusement, mais la jeune Annie, tellement naïve, s'accroche à lui et ne s'apesantit pas sur sa première nuit (loupée) avec cet homme, qui cherche un plaisir brutal et égoïste. Le compte-rendu est extrêmement violent, donnant des détails crûment, sans trace d'émotion ni le moindre état d'âme. Comme une volonté franche et résolue de s'affranchir de la petite Annie Duchesne. La fille de 58 cherche en effet à s'émanciper de son éducation de jeune campagnarde et envisage la sexualité comme une étape pour appartenir à un groupe, aussi elle se donne sans réfléchir et se soumet au désir de l'autre. Mais son attitude est raillée, la jeune fille tombe en dépression, son corps exprime son traumatisme (boulimie, aménorrhée). Bref. L'écoute du livre audio devient rapidement une expérience douloureuse, d'abord parce que le récit est lu très froidement par Dominique Reymond, d'une voix grave et sensible, quasi atone, ce qui ne favorise pas un sentiment d'empathie. Puis, l'étalage de l'agressivité sexuelle est déplaisant, en plus de mettre mal à l'aise. Je me sentais dans la peau d'une voyeuse, dépositaire d'une histoire confiée sans retenue, supportant un troublant jeu de rôles entre le “elle” et le “je” pour bien marquer la distance intectuelle et la condamnation de la petite Annie D. (“son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari”). Je n'ai pas adhéré au principe, trouvant cette attitude désagréable et prétentieuse. Ce livre, non vraiment, n'a pas su me toucher, ni m'émouvoir. Je l'ai trouvé insupportable à écouter, à comprendre, à cerner. Je vais à contre-courant de la tendance générale qui crie au génie dès qu'un livre d'A. Ernaux sort en librairie, mais personnellement je trouve ses récits de plus en plus lassants. 

Lu par Dominique Reymond pour Gallimard, coll. Ecoutez Lire / Octobre 2016

Durée : env. 3h 30

Bibliobs > VIDÉO. Faut-il lire “Mémoire de fille”, d'Annie Ernaux ?

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20/09/16

En attendant Bojangles, d'Olivier Bourdeaut

En attendant Bojangles

Quelle lecture épatante !

Largement plébiscité par les libraires et les lecteurs, récompensé par de nombreux prix, ce roman n'usurpe pas l'excellente appréciation qui le précède et se révèle cet incroyable petit bijou de littérature qui donne du baume au cœur et des larmes aux yeux. Oui c'est tellement beau, à lire ou à écouter. Car n'hésitez pas à vous plonger dans la version audio (Gallimard, coll. Ecoutez Lire) qui s'accompagne d'une réalisation sonore impeccable, en incluant des extraits de la chanson de Nina Simone, Mr. Bojangles, auquel le titre fait référence. L'ensemble fait bon ménage. L'histoire est lue par le comédien Louis Arene de la Comédie Française, qui sert avec délice cette histoire d'amour fou en alternant l'innocence de l'enfant et la dévotion du mari au service d'une femme complètement toquée, mais qui n'en conserve pas moins toute sa superbe ! 

C'est donc l'histoire d'une rencontre entre un homme à l'imagination débordante et une femme fantasque qui vont allier leur grain de folie, se marier, fonder une famille et vivre de soirées pétillantes, à boire, à danser, à discuter avec la crème intellectuelle. L'homme et la femme forment un couple magique, intouchable. Leur fils souvent les observe avec émerveillement et tendresse. Lui aussi revendique sa part d'élucubrations loufoques que sa maîtresse réprimande, mais l'enfant est couvert par les excentricités de sa mère, qui préfère l'enlever du carcan de la société pour l'emmener dans ses délires, ses rêves et ses voyages. La réalité, hélas, rattrapera notre trio audacieux et s'invitera à la fête de manière brusque, intolérable et poignante. Clap de fin sur la valse étourdissante, retour au concret avec toujours la petite musique en toile de fond. Qui a dit que l'aventure était terminée ? Car Bojangles est éternel, et cette histoire nous le prouve. C'est triste et drôle, tragique et étincelant, dans un style inventif et poétique, qui saura vous éblouir, vous toucher et vous emporter au-delà de toute raison. Une lecture fantaisiste, mais si vraie, si sensible et sensuelle... ♥

Texte lu par Louis Arene pour les éditions Gallimard, coll. Ecoutez Lire (durée 4h 30) - Septembre 2016

Titre disponible aux éditions Finitude, qui ont eu du flair en dénichant cette pépite ☺

« Depuis notre pétaradante rencontre, elle faisait toujours mine d'ignorer la réalité d'une façon charmante. Du moins, je faisais mine de croire qu'elle le faisait exprès, car c'était chez elle si naturel. [...]
Son comportement extravagant avait rempli toute ma vie, il était venu se nicher dans chaque recoin, il occupait tout le cadran de l'horloge, y dévorant chaque instant. Cette folie, je l'avais accueillie les bras ouverts, puis je les avais refermés pour la serrer fort et m'en imprégner, mais je craignais qu'une telle folie douce ne soit pas éternelle. Pour elle, le réel n'existait pas. J'avais rencontré une Don Quichotte en jupe et en bottes, qui, chaque matin, les yeux à peine ouverts et encore gonflés, sautait sur son canasson, frénétiquement lui tapait les flancs, pour partir au galop à l'assaut de ses lointains moulins quotidiens. Elle avait réussi à donner un sens à ma vie en la transformant en un bordel perpétuel. »

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  • GRAND PRIX RTL-LIRE 2016
  • PRIX DE L'ACADÉMIE DE BRETAGNE 2016
  • PRIX EMMANUEL-ROBLÈS 2016
  • PRIX ROMAN FRANCE TÉLÉVISIONS 2016
  • ROMAN DES ÉTUDIANTS FRANCE CULTURE - TÉLÉRAMA 2016

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Le Cœur cousu, de Carole Martinez & Lu par Suliane Brahim

Le coeur cousu

Santavela, village du Sud de l'Espagne, terre de processions religieuses, de cancans, de lubies douces et magiques !  
Mariée à seize ans, Frasquita voit son mari perdre la boule après la naissance de leur premier enfant. Lui, le forgeron, se prend pour un coq et s'enferme dans le poulailler. À chaque fois que son épouse accouche de filles, c'est la même rengaine. Frasquita implore “les sagesses”, Blanca et Maria, de lui procurer des décoctions miraculeuses pour aider à la naissance d'un fils. Et un soir de lune rousse, Frasquita avale sa potion, fait ses prières et neuf mois plus tard, vient au monde Pedro el Rojo, son bébé poil de carotte. 
Mais la roue tourne pour Frasquita, devenue une pièce d'échange lors d'un combat de coqs que son mari va perdre. Elle quitte tout pour suivre un inconnu, part à travers l'Andalousie avec ses marmots et découvre un pays de légendes. Et l'histoire continue de rouler sa bosse sur un sol de poussière et de rocaille, farouche et indomptable. Il y a un côté flamboyant dans cette fresque romanesque et familiale, où le beau croise le tragique, les joies succèdent aux larmes, la poésie escamote le grotesque. 
Cette histoire insolite est rapportée par Soledad, la petite dernière de la famille. Elle aussi est belle et gracieuse, elle fait tourner la tête des garçons et pourtant elle refuse d'avoir un prétendant. C'est ancré dans ses gènes, dès sa naissance, sa mère a lu en elle un avenir fait de solitude, d'où son prénom Soledad. Dans son grand cahier noir, elle s'épanche rageusement : « Il me faut t'écrire pour que tu disparaisses, pour que tout puisse se fondre au désert, pour que nous dormions enfin, immobiles et sereins, sans craindre de perdre de vue ta silhouette déchirée par le vent, le soleil et les pierres du chemin. (...) Il me faut te tuer pour parvenir à mourir... enfin. »
Récit passionnel et fougueux, fable onirique et humaine, Le Cœur Cousu est un roman qui évoque à sa façon la transmission, la relation mère / fille, la sensualité, la folie, l'amour, les désirs et les rêves. C'est un univers pittoresque, hanté par
 un ogre, un homme qui sent l'olive, un bébé solaire, une prostituée au grand cœur, un chien jaune et un coq rouge, à l'instar d'un conte lumineux, où les scènes cruelles et cocasses témoignent du bonheur d'imaginer. Le merveilleux ici n'est jamais forcé : il s'inscrit naturellement dans le cycle de la vie. 

Lu par Suliane Brahim, pour Gallimard, Collection Écoutez lire - Durée d'écoute : env. 11h 30 
Avec grâce et sensibilité, Suliane Brahim nous transporte dans cette étonnante fable lyrique à travers l'Andalousie de la fin du XIXesiècle. 
Parution : 09-06-2016

 

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12/05/16

Titus n'aimait pas Bérénice, de Nathalie Azoulai

Titus n'aimait pas Bérénice

Titus est empereur de Rome, Bérénice, reine de Palestine. Ils vivent et s'aiment au Ier siècle après Jésus-Christ. Racine, entre autres, raconte leur histoire au XVIIe siècle.

Mais l'histoire de Nathalie Azoulai est actuelle : Titus quitte Bérénice dans un café. Il la quitte pour sa femme. Il la rappelle, malade, alité. Pour s'en sevrer, elle décide de lire tout Racine et de plonger dans sa vie, son parcours, son œuvre.

Comprendre ce qu'il a été, un janséniste, un bourgeois, un courtisan. Comment a-t-il pu écrire pareille histoire de passion bafouée, de chagrin incommensurable, de tromperie, de trahison, de lâcheté... “Quand on parle d'amour en France, Racine arrive toujours dans la conversation, à un moment ou à un autre, surtout quand il est question de chagrin, d'abandon. On ne cite pas Corneille, on cite Racine. Les gens déclament ses vers même sans les comprendre pour vous signifier une empathie, une émotion commune, une langue qui vous rapproche. Racine, c'est à la fois le patrimoine, mais quand on l'écoute bien, quand on s'y penche, c'est aussi du mystère, beaucoup de mystère. Autour de ce marbre classique et blanc, des ombres rôdent.”

Devenu symbole d'une souffrance amoureuse, Racine prend vie sous la plume de N. Azoulai. Et c'est avec un réel intérêt qu'on suit ses traces et découvre les grandes étapes de son existence à travers ce récit biographique, fouillé, documenté, enrichissant et captivant. De temps à autre, vient se glisser l'amante blessée, qui cherche à adoucir sa peine. De ces brèves incartades, j'avoue avoir été peu sensible et davantage frustrée d'être détournée du portrait de Racine.

L'auteur a tout de même pris certaines libertés avec l'exactitude historique et biographique pour pouvoir raconter une histoire qui n'existe nulle part déjà consignée, “à savoir celle d'une langue, d'un imaginaire, d'une topographie intime. Il ne reste que peu d'écrits de Racine, quelques lettres à son fils, à Boileau mais rien qui relate ses tiraillements intimes. On dit que le reste a été brûlé. Ce roman passe certes par les faits et les dates mais ce ne sont que des portes, comme dans un slalom, entre lesquelles, on glane, on imagine, on écrit et qu'on bouscule sans pénalités”.

Texte ambitieux et récit chatoyant, parfois traité avec exagération et maniérisme... il reste de cette lecture une écoute sensible et mélodieuse, une sensation d'éparpillement, des idées, une érudition, au cœur de laquelle Elsa Lepoivre a su tirer son épingle du jeu.  

Gallimard, coll. Ecoutez Lire - juin 2016

Texte lu par Elsa Lepoivre (durée : env. 7h)

PRIX MÉDICIS 2015

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Condor, de Caryl Férey

Condor

Lorsque le fils de son ami, directeur du journal populaire, est retrouvé mort d'une overdose, Gabriela, une jeune vidéaste intrépide, s'arme de sa caméra pour traiter du sujet et cherche à rallier l'avocat des causes perdues, Esteban Roz-Tagle, fils d'une grande famille avec laquelle il a rompu par lassitude et dégoût. Tous deux se lancent sans le savoir dans une longue et périlleuse enquête qui va les entraîner, depuis les quartiers pauvres de Santiago jusqu'aux résidences huppées, à se heurter aux huiles de la ville ou aux petites frappes qui dealent la came pour le compte d'un chef mafieux. Le couple débusque ainsi un nombre incalculable de trafics et autres magouilles inavouables, et s'attire fatalement l'antipathie de leurs rivaux, qui vont lâcher à leurs trousses des tueurs aguerris, les coinçant jusqu'au fin fond de l'impitoyable désert d'Atacama pour un ultime règlement de compte... Et  l'histoire de dérouler son fil sans discontinuer, au rythme frénétique d'une intrigue sombre et poignante, servie par une écriture percutante. Avec pour toile de fond l'histoire du Chili, son passé dictatorial et son héritage corrompu, inutile d'attendre du roman une autre vocation que celle suggérée en préambule - violence, démons insatiables, univers implacable, âpre et douloureux, quête de la vérité vouée au suicide. Malgré les digressions poétiques, les incantations magiques et l'interlude romantique entre Gabriela et Esteban, on ressent avant tout l'amertume, l'angoisse, les relents de haine et de mort qui imprègnent le récit. C'est lourd, sans compromis. On ne sort bien évidemment pas indemne d'une telle lecture, élégamment portée par l'interprétation de Michel Vigné, dont la voix rauque et grave nous accompagne dans cette traque sanglante. Une lecture pleine de ferveur et vibrante d'émotions.

Texte lu par Michel Vigné pour Écoutez Lire, Gallimard (durée : 11h 55)  - mai 2016

Challenge ABC Policier Thriller Challenge ABC Policier Thriller Challenge ABC Policier Thriller

12/01/16

Le Trône de fer, tome III : La Bataille des rois, de George R.R. Martin

L'aventure continue avec « La Bataille des rois » (Livre 1 de l'intégrale 2) toujours en format audio, lu par le formidable Bernard Métraux. Durée d'écoute : environ 14h. Une broutille. ;-)

La bataille des rois

Après le tumulte provoqué par la famille Lannister, au terme de moult complots, alliances et trahisons, le trône de fer a perdu son roi, laissant un héritage qui soulève bien des passions. Les seigneurs des quatre coins de Westeros s'autoproclament souverains légitimes et font des pactes (qui ne demandent qu'à être retournés). Résultat, l'action est assez lente et se perd en pourparlers, mais on devine déjà que les intrigues sont tricotées et détricotées à l'envi et annoncent un chaos indescriptible. De nouveaux personnages sont également introduits ou avancent d'un pas presque timide vers le devant de la scène (Theon Greyjoy, Melisandre la Rouge, Lady Meera et Jojen de Griseaux). Ils n'éclipsent pas encore les principaux concernés, même si rien n'est laissé au hasard non plus. Tyrion Lannister, envoyé par son père, se rend auprès de sa sœur Cersei et constate avec effarement que le jeune Joffrey est hors de contrôle. Notre Lutin place délicatement ses billes et éjecte une par une les petites mains trop zélées, coupables du désastre que l'on sait, après la condamnation hâtive de Ned Stark. Il constate aussi que la jolie Sansa s'étiole de jour en jour, se sentant plus trahie que jamais, apeurée, désespérée... Son sort est d'une tristesse abyssale. Quelque part dans la forêt, Arya a rejoint incognito des vilains bougres censés se rendre au Mur (elle espère ainsi prévenir Jon Snow) mais leur avancée est ralentie par les attaques répétées des guerriers qui traquent la fille du traître... ou un certain Gendry, fils illégitime de feu Robert Baratheon. De son côté Bran, le fils cadet des Stark, soupire d'ennui à Winterfell qu'il doit protéger jusqu'au retour de sa famille éclatée. Les souvenirs de son agression sont encore floues, le garçon a définitivement perdu l'usage de ses jambes mais frémit rien que de songer à Jaime Lannister, tenu captif par Robb Stark. Plus loin, la divine Daenerys Targaryen se console de ses pertes et traîne derrière elle ses jeunes dragons en traçant sa destinée, désormais réduite à une peau de chagrin. 

C'est tout de même peu et frustrant, ça suppose aussi de ronger son frein et de spéculer à n'en plus finir. L'auteur a cependant bien ferré son lecteur (définitivement accro). J'hésite à poursuivre ma lecture avec le bouquin ou attendre la sortie du CD en mars. Je suis au supplice. 

Gallimard / Coll. Écoutez Lire (Avril 2015) ♦ Traduit par Jean Sola (A Clash of Kings)

description

Cette série n'est que pure forfanterie, croyez-moi, je ne fais que pester !

 

06/01/16

Le Trône de fer & Le Donjon rouge, de George R.R. Martin

En ces temps-là nimbés de brume, où la belle saison pouvait durer des années, et la mauvaise toute une vie, se multiplièrent un jour des présages alarmants. Au nord du Mur colossal qui protégeait le royaume, se massèrent soudain des forces obscures. Au sud, l'ordre établi chancela. Le meurtre et la corruption, la lâcheté et le mensonge enserrèrent inexorablement le trône convoité...

Trone de Fer

Comme probablement beaucoup de personnes, c'est après avoir vu la première saison de la série télé créée par HBO que ma curiosité a été piquée de lire le Trône de Fer de G.R.R. Martin. Et c'est au bénéfice du livre audio, à l'écoute du formidable Bernard Métraux, que j'ai choisi de me lancer dans l'aventureEt quelle aventure ! Certes, l'adaptation tv est très fidèle au roman et j'aurais pu zapper une lecture-fleuve et aller à l'essentiel, mais cela aurait été dommage de se priver de cette mise en bouche, pour la simple et bonne raison qu'on y découvre une introduction nécessaire à l'univers des Sept Couronnes, des familles aux liens inextricables, des ambitions politiques, des conflits en souffrance et des intrigues tarabiscotées qui annoncent le chaos, le sang, la guerre, la vengeance et la soif du pouvoir.  
Miam, miam.

Cela m'a également permis de me rafraîchir la mémoire, car j'ai vu la saison 1 il y a maintenant deux, trois ans (j'ai oublié, le temps passe si vite). Ce livre audio a donc été une aubaine et je n'ai pas boudé mon plaisir. 😏

L'histoire, en quelques mots. Au Nord du royaume de Westeros, vit la famille Stark de Winterfell, où Lord Eddard y mène une existence rangée, auprès de son épouse Catelyn et leur nombreuse marmaille. Tout bascule le jour où le roi Robert débarque en personne pour le nommer nouvelle Main du Roi et le convoque auprès de lui à la cour. La reine Cersei fait grise mine. Elle n'en peut plus de se débarrasser de son époux grassouillet pour placer sur le trône son fils Joffrey. Ned Stark n'est pas dupe et cherche à la confondre, confiant ses doutes auprès d'une audience au sens de l'honneur fort discutable. Sa femme Catelyn mène aussi ses propres combats, chevauchant le royaume pour réclamer la tête du tortionnaire de son fils handicapé. À force de désespoir, elle kidnappe Tyrion Lannister et fait frémir de rage sa sœur Cersei. Les esprits chauffent et cogitent des plans retors pour rendre la pareille, sauf que les dés sont pipés et chamboulent les destinées. Armez-vous de vos sels, âmes fragiles, ça va valser ! Sur ce grand échiquier, vient également s'ajouter le sort de la jeune Daenerys Targaryen, dont le père a été dépossédé par Robert Baratheon, au terme d'une guerre sans pitié qui a conduit la jeune fille et son frère à vivre en exil. Ses épousailles avec un seigneur dothraki sonnent leur retour imminent ... et fracassant. 

Cette lecture, menée à fond de train, aura quelque peu ruiné ma vie sociale occupé de nombreuses heures de mes vacances, mais cela aura valu le coup car la découverte est franchement excitante. Et je le rappelle, il faut absolument lire les romans et regarder en parallèle la série tv, les deux programmes vous réservent un festival d'émotions fortes, avec haute probabilité d'addiction, au point de contaminer toute une maisonnée ! Damned. 

Gallimard, coll. Ecoutez Lire / 2014 ♦ Texte intégral lu par Bernard Métraux (Durée d'écoute : environ 17h & 20h) ♦ Trad. de l'anglais par Jean Sola

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Volume 2 : Le Donjon rouge de l'intégrale I (J'ai Lu, 2010)

Le Donjon rouge

05/11/15

Les Inconnus dans la maison, de Georges Simenon

Les inconnus dans la maison

Hector Loursat est un homme fini. Abandonné par sa femme, ressentant plus d'aigreur que de chagrin, il se console dans le vin qu'il boit pour brouiller toute conscience. Il a cessé de plaider. Il se moque complètement des qu'en-dira-t-on et des murmures en ville. Il occupe une grande maison qu'il ne quitte pratiquement plus et vit avec sa fille Nicole, qu'il n'aime pas. Leurs repas sont pris dans un silence de plomb, l'un et l'autre semblant avoir scellé un pacte tacite de non-intrusion dans l'intimité de l'autre. Un soir, alors qu'il monte se coucher, Loursat surprend du bruit dans les étages mais ne s'en formalise pas. C'est seulement le lendemain matin qu'il apprend la mort d'un invididu, assassiné sous son propre toit. Un incident fort regrettable, qui va cependant tirer notre avocat de sa léthargie.

Malgré une intrigue policière assez mince et sans grand suspense, la lecture a su me captiver durant les 4 heures d'écoute du livre audio. La mise en scène y est pour beaucoup, se révélant ingénieuse et réaliste. C'était comme être aux premières loges d'une pièce de théâtre qui s'interprète en y mettant les formes - la bouteille qu'on claque sur le zinc, le glouglou du vin, la sonnerie du téléphone qui rugit et nous fait sursauter... C'est toute une ambiance, sombre et pesante, qui s'installe, même dans la musique ou le jeu des comédiens, j'ai été pleinement conquise par cette réalisation soignée et élaborée. L'atmosphère poussiéreuse et ronronnante de Simenon en est complètement ragaillardie ! 

Et puis Loursat, dont le simple nom fait déjà penser à un ours mal léché, est un monstre fascinant. Le type est teigneux, grossier et méprisant. Il vit à l'écart de la bonne société de Moulins, sur laquelle il n'hésite pas à tirer à boulets rouges, et prend pour prétexte ce meurtre insolite pour épingler ses comparses, dont les rejetons sont impliqués jusqu'au cou dans l'affaire... On a là un portrait d'homme torturé, franchement bien troussé, qui se faufile sur le chemin de la rédemption... ou pas. En plus d'une ambiance vintage à souhait, voilà de quoi emballer les amateurs du genre policier à l'atmosphère oppressante ! 

Gallimard / coll. Écoutez Lire ♦ Réédition 2015 ♦ Lu par Thibault de Montalembert et 13 autres comédiens ♦ Adaptation de Patrick Liegibel, réalisation de Christine Bernard-Sugy

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18/06/15

Les Années, par Annie Ernaux

Les années

Le récit s'ouvre sur un album-photos que consulte l'auteur, comme pour se souvenir ou se raconter une histoire. Celle d'une fillette qui grandit au lendemain de la guerre, dans la petite ville d'Yvetot, adolescente engoncée, élève brillante, jeune femme impatiente, entre la Normandie et Paris... Mais le tableau ne s'attache à aucun point, le regard survole et s'échappe de toute ébauche autobiographique pour se focaliser sur l'époque et livrer une rétrospective globale. C'est alors un drôle de récit qu'on écoute, au son de la belle voix de Marina Moncade, un récit sur les années écoulées, au rythme du chamboulement politique, économique et social des 4 dernières décennies, un récit qui nous rappelle notre enfance, celle de nos parents ou grands-parents, et qui mêle aussi le parcours de l'auteur. Touchant, sans être attachant. Sensible, mais pas nostalgique. On retient de ce diaporama des bribes d'anecdotes plus ou moins intéressantes, débitées sur un ton volontairement neutre et impersonnel. Et hélas trop distant. On attend simplement du lecteur d'être attentif mais peu impliqué, inutile d'envisager de se fondre ou d'écouter d'une traite ce récit au déroulement assez glaçant. Je ne sais pas si cette absence d'émotion est liée à l'écoute, ou si la lecture impose tout simplement des barrières. Toujours est-il qu'une découverte par petites bouchées serait mieux indiquée.

Gallimard / Écoutez Lire ♦ avril 2015 ♦ texte lu par Marina Moncade (durée : env. 7 h)  

L'écoute en classe du CD est autorisée par l'éditeur.

♦♦♦

« Sauver quelque chose du temps où l'on ne sera plus jamais. »

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