05/11/15

Les Inconnus dans la maison, de Georges Simenon

Les inconnus dans la maison

Hector Loursat est un homme fini. Abandonné par sa femme, ressentant plus d'aigreur que de chagrin, il se console dans le vin qu'il boit pour brouiller toute conscience. Il a cessé de plaider. Il se moque complètement des qu'en-dira-t-on et des murmures en ville. Il occupe une grande maison qu'il ne quitte pratiquement plus et vit avec sa fille Nicole, qu'il n'aime pas. Leurs repas sont pris dans un silence de plomb, l'un et l'autre semblant avoir scellé un pacte tacite de non-intrusion dans l'intimité de l'autre. Un soir, alors qu'il monte se coucher, Loursat surprend du bruit dans les étages mais ne s'en formalise pas. C'est seulement le lendemain matin qu'il apprend la mort d'un invididu, assassiné sous son propre toit. Un incident fort regrettable, qui va cependant tirer notre avocat de sa léthargie.

Malgré une intrigue policière assez mince et sans grand suspense, la lecture a su me captiver durant les 4 heures d'écoute du livre audio. La mise en scène y est pour beaucoup, se révélant ingénieuse et réaliste. C'était comme être aux premières loges d'une pièce de théâtre qui s'interprète en y mettant les formes - la bouteille qu'on claque sur le zinc, le glouglou du vin, la sonnerie du téléphone qui rugit et nous fait sursauter... C'est toute une ambiance, sombre et pesante, qui s'installe, même dans la musique ou le jeu des comédiens, j'ai été pleinement conquise par cette réalisation soignée et élaborée. L'atmosphère poussiéreuse et ronronnante de Simenon en est complètement ragaillardie ! 

Et puis Loursat, dont le simple nom fait déjà penser à un ours mal léché, est un monstre fascinant. Le type est teigneux, grossier et méprisant. Il vit à l'écart de la bonne société de Moulins, sur laquelle il n'hésite pas à tirer à boulets rouges, et prend pour prétexte ce meurtre insolite pour épingler ses comparses, dont les rejetons sont impliqués jusqu'au cou dans l'affaire... On a là un portrait d'homme torturé, franchement bien troussé, qui se faufile sur le chemin de la rédemption... ou pas. En plus d'une ambiance vintage à souhait, voilà de quoi emballer les amateurs du genre policier à l'atmosphère oppressante ! 

Gallimard / coll. Écoutez Lire ♦ Réédition 2015 ♦ Lu par Thibault de Montalembert et 13 autres comédiens ♦ Adaptation de Patrick Liegibel, réalisation de Christine Bernard-Sugy

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14/10/15

Les Royaumes du Nord (Volume 2), de Stéphane Melchior & Clément Oubrerie

LES ROYAUMES DU NORD 2

La suite des Royaumes du Nord, d'après l'œuvre de P. Pullman.

Voici donc la deuxième partie des aventures de Lyra, toujours plus résolue à sauver son ami Roger, prisonnier entre les griffes des Enfourneurs. Après avoir fait route jusqu'à la frontière du Grand Nord en compagnie d'une horde de Gitans, Lyra peaufine son équipage au gré de ses rencontres - Lee Scoresby, pilote d'aéronef, et Iorek Byrnison, l'ours polaire à qui on a volé son armure. Le danger n'étant jamais loin, Lyra et ses amis tombent dans une embuscade. La jeune fille est kidnappée par des Samoyèdes, sans se douter qu'elle se rapproche du but de sa mission. Elle recroise également sur son chemin la troublante Mme Coulter, à la tête d'expériences cruelles sur les enfants et leur dæmon. Lyra a le cœur brisé par ce qu'elle découvre dans cette institution perdue au bout du monde ! 

Ce volume 2 confirme l'excellence de l'adaptation en bande dessinée par Stéphane Melchior & Clément Oubrerie de l'œuvre de Philip Pullman. L'épopée y est fabuleuse, plantée dans des décors magnifiques (les couleurs sont époustouflantes, délicatement azurées pour illustrer le froid du Grand Nord), avec autant d'action, d'émotion et d'humour dans l'histoire. Les auteurs sont restés fidèles à l'esprit du livre, pourtant riche et complexe, en procédant naturellement à quelques raccourcis, pour fournir un récit tout aussi percutant et à la dynamique soutenue. C'est donc dans une atmosphère enivrante et nébuleuse que nous catapultent les auteurs, qui n'oublient pas le bataillon de sorcières pour compléter le tableau, et donnent une interprétation magistrale de cette œuvre maîtresse de la fantasy pour jeunes adultes. 

Gallimard BD / Coll. Fétiche ♦ Juin 2015

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Rendez-vous, tous les mercredis d’octobre, pour la BD de la semaine avec le #Challenge Halloween ! 

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18/09/15

California dreamin', de Pénélope Bagieu

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Ellen Cohen, petite fille joviale et intrépide, grandit à Baltimore dans une famille juive traditionnelle. Elle voue à son papa une admiration sans borne. Amateur d'opéra, c'est avec lui qu'elle partage son goût pour les chants mélodieux, lui aussi qui l'encourage à croire en ses rêves. Plutôt que de travailler dans le deli ambulant, Ellen veut devenir chanteuse. Avec son physique plantureux, sons sens de l'humour et son extraordinaire voix, Ellen devient Cass Elliot et part à New York tenter sa chance.

On suit son ascension, pas à pas, par le truchement de témoignages de ses proches (sa famille, ses amis, ses amoureux). On la devine sensible, paumée mais animée d'un véritable optimisme et de cette conviction absolue d'être une artiste unique et insoupçonnée. Le chemin de la gloire est long, mais forge l'ambition de Cass. C'est aussi la belle époque des années 60, son esprit communautaire et désinvolte, sa musique folk, le drame de Dallas... Bref. C'est magique ! L'immersion est totale. La sensation, grisante.

La BD est dessinée tout au crayon noir, pour une lecture plus dynamique et à l'esprit psychédélique. On sent une maturité dans le dessin de Pénélope Bagieu, dans son parti pris de raconter les débuts de Mama Cass et de terminer le récit à l'apogée du groupe qui produit enfin son premier single - California Dreamin'. Entre nous, la lecture ne s'arrête pas là et nous pousse même à en découvrir davantage. Car cet album fait plus que nous plonger dans la folie des sixties ou redécouvrir The Mamas and the Papas en écoutant leur musique.

C'est se rappeler l'essor du rock, du mouvement hippie, la Beatlemania, les Beach Boys et The Byrds. C'est danser avec des fleurs dans les cheveux, vivre d'amour et d'eau fraîche. C'est croire en l'impossible et aux étoiles dans le ciel. C'est comprendre aussi que l'histoire est beaucoup plus intimiste et touchante qu'en apparence, avec des thèmes comme l'amour impossible, l'espoir déçu ou la quête désespérée, qui rendent Cass Elliot terriblement touchante. Cet album, à la fois tendre, drôle et sensible, est un beau patchwork d'émotions et de sensations. ♥

Gallimard Bandes Dessinées / Septembre 2015

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The Mamas and the Papas, au Ed Sullivan Show en 1968

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18/06/15

Les Années, par Annie Ernaux

Les années

Le récit s'ouvre sur un album-photos que consulte l'auteur, comme pour se souvenir ou se raconter une histoire. Celle d'une fillette qui grandit au lendemain de la guerre, dans la petite ville d'Yvetot, adolescente engoncée, élève brillante, jeune femme impatiente, entre la Normandie et Paris... Mais le tableau ne s'attache à aucun point, le regard survole et s'échappe de toute ébauche autobiographique pour se focaliser sur l'époque et livrer une rétrospective globale. C'est alors un drôle de récit qu'on écoute, au son de la belle voix de Marina Moncade, un récit sur les années écoulées, au rythme du chamboulement politique, économique et social des 4 dernières décennies, un récit qui nous rappelle notre enfance, celle de nos parents ou grands-parents, et qui mêle aussi le parcours de l'auteur. Touchant, sans être attachant. Sensible, mais pas nostalgique. On retient de ce diaporama des bribes d'anecdotes plus ou moins intéressantes, débitées sur un ton volontairement neutre et impersonnel. Et hélas trop distant. On attend simplement du lecteur d'être attentif mais peu impliqué, inutile d'envisager de se fondre ou d'écouter d'une traite ce récit au déroulement assez glaçant. Je ne sais pas si cette absence d'émotion est liée à l'écoute, ou si la lecture impose tout simplement des barrières. Toujours est-il qu'une découverte par petites bouchées serait mieux indiquée.

Gallimard / Écoutez Lire ♦ avril 2015 ♦ texte lu par Marina Moncade (durée : env. 7 h)  

L'écoute en classe du CD est autorisée par l'éditeur.

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« Sauver quelque chose du temps où l'on ne sera plus jamais. »

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Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal

Réparer les vivants

« Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps. Que subsistera-t-il, dans cet éclatement, de l'unité de son fils ? Comment raccorder sa mémoire singulière à ce corps diffracté ? Qu'en sera-t-il de sa présence, de son reflet sur Terre, de son fantôme ? Ces questions tournoient autour d'elle comme des cerceaux bouillants puis le visage de Simon se forme devant ses yeux, intact et unique. Il est irréductible, c'est lui. Elle ressent un calme profond. »

J'étais curieuse de lire ce livre, plus pour la notoriété de l'auteur, dont j'apprécie beaucoup la couleur littéraire, mais le sujet ne m’attirait pas plus que cela. Certes, M. de Kerangal aborde un sujet essentiel (le don d'organes) mais ne fait preuve d'aucun sentimentalisme en martelant son texte d'un ton réaliste, dur et implacable, assez perturbant.

On suit Simon avant son accident, puis on se retrouve à l'hôpital, au service Réa, avec l'équipe médicale, et enfin la famille abasourdie et sonnée par la nouvelle. Pour le coup, on se croit littéralement dans un film, la caméra est en mouvement perpétuel, elle zoome sur un plan, puis alterne les séquences, jongle avec les flashbacks ou s'évade vers d'autres horizons. Cette mise en scène stylée participe beaucoup au “spectaculaire” du livre, dont l'intensité dramatique est prégnante du début à la fin. Qu'on ne s'y trompe pas non plus, ce n'est jamais racoleur, jamais larmoyant, même si le contexte est éprouvant et vous retourne les tripes.

Malgré quelques longueurs et digressions plutôt décevantes, j'ai finalement tourné la dernière page en restant sans voix. Prise dans un tourbillon d'émotions, entre la tristesse, la conviction d'avoir fait le bon choix et la peur de n'avoir jamais à subir ça. La lecture est saisissante, tout en puissance et en subtilité.

Folio / avril 2015

Lu par l'auteur @ Écoutez Lire (durée :  7h 20)

Réparer les vivants CD

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07/05/15

La Dernière fugitive, de Tracy Chevalier

La dernière fugitive CD 

Honor Bright et sa sœur Grace quittent l'Angleterre pour rejoindre la nouvelle communauté de Quakers à Faithwell en Ohio. Las, après un long voyage éprouvant, Honor perd tragiquement sa sœur, emportée par la fièvre jaune. Elle poursuit donc seule son chemin, est recueillie chez Belle Mills, une modiste qui va mettre à profit les talents de brodeuse et de couturière de la jeune fille, et rencontre son frère Donovan, un redoutable chasseur d'esclaves.

Et de plonger ainsi dans une aventure basée au cœur de l'Amérique profonde de 1850, où l'on se croirait dans un western, avec ses bourgades à peine sorties de terre, ses cowboys chevauchant la poussière, ses fermiers trimant comme des dingues, ses préceptes moraux et dogmatiques, qui n'empêcheront pourtant pas notre héroïne d'affirmer une volonté farouche dès qu'il sera question de défendre ses idées. (Le “Chemin de fer clandestin”, emprunté par les esclaves en fuite, et la passivité de ses Amis la pousseront ainsi à braver les interdits.)

Cette lecture romanesque et passionnante est racontée en toute simplicité par Benjamin Jungers & Sarah Stern (qui lit les parties épistolaires), sans chichi, ni sentimentalisme exacerbé, en mêlant avec intelligence et dans un style élégant la fiction à un chapitre de l'histoire des États-Unis. Je me suis sentie naturellement transportée et suis tombée sous le charme, encore une fois, de la plume de T. Chevalier. Le texte audio a été abrégé en collaboration avec l'auteur (durée d'écoute : 8 h 30) pour un récit plus captivant et pleinement enthousiasmant.

Gallimard, coll. Écoutez Lire ♦ Février 2015 ♦ Traduit par Anouk Neuhoff [The Last Runaway]

Texte abrégé en collaboration avec l'auteur ♦ Lu par Benjamin Jungers & Sarah Stern ♦ Durée d'écoute :  8 h 30

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13/04/15

Les Souvenirs, de David Foenkinos

« Comment puis-je laisser cette femme qui m'a tant aimé, qui m'a consolé, qui m'a fait des soupes et des moussakas, comment puis-je la laisser là ? »

Les souvenirs

J'ai beaucoup aimé le début du récit, qui évoque avec tendresse et mélancolie, la famille, les souvenirs d'enfance, la vie conjugale, la vieillesse, le deuil etc. Après la mort de son grand-père, le narrateur tente d'adoucir le quotidien de sa grand-mère en lui rendant visite dans sa maison de retraite. Un jour, elle se fait la belle et lui adresse une carte postale énigmatique, l'invitant à partir à sa recherche.

Toute la première partie est un vrai régal à lire et raconte une histoire universelle qui touche et fait réfléchir. J'étais enchantée et émue d'y trouver des bribes de souvenirs plus personnels. Malheureusement mon enthousiasme a été douché avec l'apparition de Louise. Le grand amour du narrateur. Et l'auteur de basculer dans ce qu'il affectionne tant, la vie de couple, sa banalité et son échec. À partir de là, je me suis beaucoup ennuyée.

Au micro, Loïc Corbery tente une approche compatissante, d'une voix posée, sans emphase. Cela peut sembler fastidieux pendant 8 heures d'écoute, sauf si l'on considère que ce récit s'écoute par petites touches pour en apprécier pleinement l'impact émotionnel. La deuxième moitié du récit n'échappe malheureusement pas au sentiment de vide et de niaiserie que m'a inspiré la relation amoureuse. Dommage d'avoir bouclé ce tour de piste sur une note aussi amère et désabusée...

Gallimard, coll. Écoutez Lire, janvier 2015 ♦ texte lu par Loïc Corbery, de la Comédie-Française (env. 8 h)

À noter aussi que Jean-Paul Rouve vient d'adapter le roman en une comédie vraisemblablement enjouée et pleine de sensibilité, d'après la bande-annonce.

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27/03/15

Charlotte, de David Foenkinos

« Charlotte a appris à lire son prénom sur une tombe. »

Charlotte

David Foenkinos retrace la vie de Charlotte Salomon, une artiste peintre juive, née à Berlin, réfugiée dans le sud de la France pour fuir la montée du nazisme, et déportée en 43 à Auschwitz où elle trouvera la mort à seulement 26 ans. Jeune femme au tempérament fragile et morose (le suicide était une récurrence dans son histoire familiale), elle avait trouvé dans la peinture un exutoire à ses crises d'angoisse et de désespoir.

Et c'est bien là le problème, car j'ai trouvé la lecture très, très déprimante. Le style, sans fioriture, n'est pas plus passionnant qu'une note biographique piochée dans une encyclopédie. On discerne la quête obsessionnelle de l'auteur dans son désir de comprendre l'artiste et de nous faire partager ses mystères, sans jamais chercher à supplanter la véritable héroïne, Charlotte. Sa posture reste en retrait, et c'est tout à son honneur.

Malgré les bonnes intentions de l'auteur, le récit m'a semblé sans vie, sans flamme, sans passion. La voix du comédien est calme et posée, proposant une écoute pleine de retenue mais assez plate. Résultat, le portrait de cette jeune femme douée, tétanisée par les spectres de la mort, et qui connaîtra une destinée tragique, ne m'a pas touchée outre mesure, du fait de l'exécution clinique et froide du récit. Je suis assez déçue.

Gallimard, coll. Écoutez Lire, janvier 2015 ♦ Lu par Yves Heck (durée : 5 h 15) ♦ L'écoute en classe de ce CD est autorisée par l'éditeur.

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25/03/15

La Garçonnière, d'Hélène Grémillon

La garçonnière

Le psychiatre Vittorio Puig est accusé du meurtre de sa femme (la belle Lisandra a été retrouvée morte défenestrée, au pied de son immeuble). Eva Maria, une de ses patientes, cherche à le disculper en menant sa propre enquête. Pour cela, elle doit fouiller le passé de la victime, mais aussi écouter toutes les séances de psy enregistrées sur cassette, à l'insu des patients. Or, ses découvertes vont mettre à mal ses convictions et réveiller ses vieux démons.

L'histoire réserve de nombreux tours de passe-passe où se mêlent des hommes et des femmes aux parcours traumatisants. Nous sommes à Buenos Aires, en 1987. Le pays se sent encore lourd des séquelles laissées par la dictature militaire, les familles pleurent leurs disparus, bourreaux et victimes n'ont pas tourné la page. Ce livre est un trou béant de détresse, que vivent des mères et des épouses, mais pas seulement. C'est assez tendu comme ambiance.

Et l'auteur de jongler entre cet héritage historique et le mystère de Lisandra, supputant les théories les plus folles. Héroïne tragique ou maîtresse de son sort ? L'histoire ne dit pas tout et cultive les zones d'ombre à la façon d'un polar. Suspense à foison, pistes multiples et compliquées, embrouillamini de versions pour une seule et même vérité (et encore ?). On gobe tout. J'émets, toutefois, une petite réserve sur la révélation finale, assez perturbante et plutôt mal venue... mais cela n'altère pas mon enthousiasme général.

Cette lecture bénéficie aussi d'une interprétation talentueuse grâce à un casting exceptionnel (Elsa Lepoivre, Danièle Lebrun, Jennifer Decker, Thierry Hancisse, Michel Favory et Thierry Frémont). C'est comme voir une pièce de théâtre se jouer sous notre nez, pour une exécution enlevée et parfaitement maîtrisée, qui pousse l'auditeur à zigzaguer entre soupçons et mensonges, traquant le moindre indice, en vain. Une lecture brillante et captivante !

Gallimard, coll. Écoutez Lire, janvier 2015 ♦ Lu par Elsa Lepoivre, Danièle Lebrun, Jennifer Decker, Thierry Hancisse, Michel Favory et Thierry Frémont (durée d'écoute : 7 h 30)

23/03/15

En poche ! # 39

Actualité florissante pour 2 auteurs que j'affectionne, Nathacha Appanah (En attendant demain, chez Gallimard) et Kazuo Ishiguro (Le Géant enfoui, aux éditions des Deux Terres). Pour l'occasion, Folio réédite 2 titres ... entre plaisir et découverte. ☺

 

Blue Bay Palace

Blue Bay Palace, de Nathacha Appanah 

Folio, rééd. 2015

Première parution en 2004

 

« Je me suis redressée brusquement et une goutte de sueur s'est échappée derrière mon oreille. Elle a suivi un moment la ligne de ma mâchoire, a glissé le long de mon cou pour trouver son chemin entre mes seins. Aujourd'hui encore, je la sens, cette trace première qui m'a marquée jusqu'au creux de mon ventre. Je regardais en silence ce garçon qui se tenait devant moi et tout ce que je sentais, c'était cette goutte de sel qui me caressait l'oreille, la mâchoire, le cou, la peau tendue entre les seins pour mourir dans mon nombril. J'ai eu l'impression stupide et pourtant si agréable que c'était son doigt qui descendait lentement, lentement... » 

Maya, une jeune beauté de dix-neuf ans, vit à Blue Bay où elle travaille au Palace, qui accueille les touristes fortunés. Folle amoureuse de Dave, patron du restaurant, elle découvre sa trahison en apprenant ses fiançailles dans le journal local. Dès lors, la jeune fille blessée décide de se venger en prenant pour cible “l'autre” qui a brisé son bonheur.

Cette spirale de la folie amoureuse est rapportée de façon étonnante, avec des termes lumineux et enflammés, qui entrent en symbiose avec le décor paradisiaque. Et pourtant, la réalité décrit une violence passionnelle, vouée à la tragédie, et les clivages sociaux de cette île qui ne vit que du tourisme. Quel contraste ! L'effet est saisissant, mais c'est magnifique et bouleversant. 

 

 

Auprès de moi toujours

Auprès de moi toujours, de Kazuo Ishiguro

Trad. de l'anglais par Anne Rabinovitch

Folio, Nouvelle édition 2015

 

Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham dans les années 90, une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l'idée qu'ils étaient des êtres à part. Bien des années plus tard, Kath raconte cette enfance, en apparence heureuse, qui n'a jamais cessé de les hanter, au point de corrompre leurs vies d'adultes. 

La force de ce beau roman réside dans son charme mystérieux et romantique, alors que l'on découvre son histoire avec autant d'impatience que de curiosité. Personnellement j'ai à la fois été envoûtée, intriguée et décontenancée par les révélations distillées au compte-goutte. J'ai beaucoup aimé.

C'est une lecture sensible, d'une grande délicatesse, pudique et instinctive, servie par une plume classieuse et élégante (ah, Kazuo Ishiguro !...). À aborder avec la même minutie dont fait preuve l'auteur, sans attente particulière. 

 

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