07/11/14

Bienvenue, volume 3 - de Marguerite Abouet et Singeon

Bienvenue 3

Dernier rendez-vous avec Bienvenue ! 

Le ton est hâtif, il vous presse comme un citron, nous sommes dans la dernière ligne droite et ça donne le tournis. Bienvenue commence à saturer de sa vie actuelle, elle aime ses amis et ses voisins, mais elle absorbe trop leurs problèmes et n'a plus une minute à elle. Aussi, quand elle se retrouve déconfite et en quête d'une oreille attentive, Bienvenue est vexée de n'avoir personne sur qui compter ! 

C'est donc avec excitation (et soulagement) qu'elle accepte d'accompagner Octave et Alice à la campagne. Cette famille aussi a besoin de ressouder les liens. Ce bon bol d'air va être profitable à tous - Bienvenue se métamorphose, plus reposée et épanouie que jamais. Le père des enfants se révèle d'une compagnie enchanteresse... bref, ça continue de tourner dans la tête de notre héroïne ! 

À Paris, les laissés-pour-compte se sentent désemparés par la désertion de Bienvenue et vont apprendre à se dépatouiller eux-mêmes, comme des grands. Et un à un, les morceaux du puzzle vont regagner leur place pour former un tableau génial, un peu bancal, mais resplendissant de couleurs et d'optimisme. Tout notre petit monde est en bonne voie de guérison ! 

Et c'est joyeux, bouillonnant de vie, avec ses envies, ses rires et ses larmes. Le temps est venu de faire des choix, en amour, en amitié, en famille ou pour son boulot. D'assumer sa féminité. D'avoir un père imparfait. De cumuler trop de petites choses, au lieu de construire une structure plus imposante. De rappeler aux autres qu'on existe aussi.

Bienvenue revient plus forte, plus sûre d'elle. Elle sait ce qu'elle veut et va faire du tri dans sa vie ! Haut les cœurs, les marmitons ! Jusqu'à la dernière page, le suspense demeurera entier. Et c'est avec un petit pincement qu'on referme ce livre, qu'on quitte cette série pleine de tendresse et dont la simplicité avait su tant nous séduire... C'était si proche de la vraie vie, dans l'esprit d'un roman à la « Ensemble, c'est tout ». Oui, c'était tellement bien. 

Gallimard, coll.  Bayou, octobre 2014

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17/09/14

Les Royaumes du Nord (1) par Stéphane Melchior & Clément Oubrerie

Adaptation réussie de l'œuvre de Philip Pullman en bande dessinée !

Les Royaumes du Nord

Et pourtant, il en fallait du culot (ou de l'inconscience) pour se coller à cet univers foisonnant, fourmillant de détails, enveloppé dans de longues descriptions littéraires et invitant souvent le lecteur à se façonner sa propre interprétation. De quoi filer les chocottes. Mais Stéphane Melchior et Clément Oubrerie n'ont pas failli et ont retranscrit les émotions du livre, en conservant ses mystères et faux-semblants, à travers une vraie dynamique, enthousiasmante. Le récit est vif, enlevé, emmené par une Lyra intrépide et facétieuse, curieuse du monde extérieur et impatiente de quitter les murs de l'austère Jordan College où elle a reçu une éducation stricte auprès des Érudits.

L'arrivée de la très belle et richissime Mme Coulter va être pour elle l'occasion de découvrir une vie plus excitante (courir les boutiques, porter de jolies toilettes, fréquenter du beau monde, assister à des dîners guindés...). Lyra supporte ce tralala en attendant son heure : sa bienfaitrice a promis de la mener en expédition dans le Nord. Ce territoire secret, peuplé de créatures féroces, où semblent se tramer des phénomènes louches, serait aussi le lieu où son jeune ami Roger, le garçon de cuisine, aurait été conduit après son enlèvement par les Enfourneurs.

Ce 1er volume en bande dessinée n'a finalement adapté qu'un 1/3 du roman (tome 1) de la saga ! Les auteurs n'ont donc négligé aucun détail, mais sans peser sur le rythme de la lecture. L'univers de Pullman trouve ici une exécution magistrale et fabuleuse : ambiance vespérale, personnages troubles et inquiétants, suspense et angoisse rampante... On cultive l'art de la mise en scène en grand apparat. Franchement, c'est passionnant ! J'ai également beaucoup aimé les dessins et la vision qui a été faite de cette série. Il me tarde de lire la suite de l'aventure.

Gallimard, septembre 2014  ♦  Premières pages à feuilleter sur le site

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28/07/14

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill, par Jean Regnaud et Émile Bravo

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Jean fait sa rentrée en cours préparatoire, avec un peu la trouille au ventre. Quand la maîtresse demande à chaque enfant la profession des parents, Jean s'inquiète et répond dans un souffle : "Mon père est patron, ma mère secrétaire". En vérité, cette dernière est depuis longtemps absente, car elle voyage autour du monde. Et c'est à la petite voisine, Michèle, qu'elle envoie des cartes postales à faire lire au garçon. Très vite, Jean se prend à rêver... Buffalo Bill, les cowboys, les indiens, il en a des étoiles plein les yeux.

L'histoire de Jean est un fabuleux mélange d'innocence et d'émotion, ponctuée par les jeux d'enfant, l'insouciance, les rires, mais aussi les espoirs insensés. Sa maman lui manque, mais Jean n'ose pas se confier à son père ou à sa gouvernante (Yvette, la reine du chocolat glacé). Il compense plutôt par son imagination débordante, même si ça ne trompe pas le lecteur non plus ! C'est une histoire très belle et émouvante, qui respire aussi la tendre nostalgie des années 70 (ah, ces fameuses tirettes !). C'est dégoulinant de tendresse, sans être un bonbon trop sucré.

Cette petite merveille de bande dessinée raconte un aspect tragique de l'enfance de l'auteur, Jean Regnaud, entre rires et larmes. Les illustrations d'Émile Bravo, qui ont une apparente candeur, n'en sont pas moins chargées de délicatesse et ont su mettre en scène cette histoire poignante, sans sombrer dans le pathos. « Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill » a été adapté au cinéma par Marc Boreal et Thibaut Chatel. Et c'est une jolie réussite !! 

Gallimard, rééd. septembre 2013

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À noter : des parents ont été vexés par la fin de l'histoire (eh oui, c'est un peu triste... et le père-noël, c'est que pour les enfants qui ont envie d'y croire). Pas besoin de sanctionner l'œuvre, mieux vaut prévenir... et accompagner les plus jeunes.

 

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28/05/14

J'ai pas volé Pétain (mais presque...), de Bruno Heitz

J'ai pas volé Pétain

Troisième rendez-vous avec notre cher Jean-Paul, grand amateur de combines foireuses et toujours au cœur de situations délicieusement louches. Comme on se marre bien, on ferme les yeux sur ses petites escroqueries aux méthodes peu orthodoxes. Cette fois, notre bougre hérite de sa vieille tante lorraine une série de garages, dont la location lui rapporte un beau petit pactole. Et puis, un box se libère, son pote Gérard, l'ancien flic, lui présente un riche client, un avocat, qui a juste besoin de stocker des meubles. De fil en aiguille, notre Jean-Paul fait la causette avec sa secrétaire, la très gironde Jacotte, et le voilà embarqué dans une véritable fumisterie : déterrer le cercueil de Pétain, où il repose dans un cimetière de l'île d'Yeu, pour le ramener à Verdun, au milieu des Poilus. Mais quelle embrouille ! Il s'agit pourtant d'un fait-divers véridique, peu connu, que Bruno Heitz a exhumé avec panache et qui fait sourire de consternation. L'histoire se laisse lire sans déplaisir et fait état d'une arnaque incroyable, racontée avec humour et ironie. Ce sont surtout les personnages qui valent leur pesant de cacahuètes, grotesques, bêtes, acharnés, malhonnêtes, animés par la rage, la folie, le désespoir... bref, c'est décidément une péripétie ébouriffante, qui s'inscrit comme un épisode attachant dans la biographie de notre Jean-Paul, l'anti-héros par excellence.

Gallimard ♦ coll. Bayou ♦ mai 2014

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17/03/14

Un thé pour Yumiko, par Fumio Obata

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Yumiko vit à Londres depuis dix ans et mène une carrière de graphiste avec succès. Même sa vie sentimentale est au beau fixe, puisqu'elle vient de se fiancer avec Mark. Le passé se rappelle douloureusement à elle lorsqu'elle apprend la mort de son père. Yumiko rentre alors au Japon pour assister à la traditionnelle cérémonie des obsèques.

D'abord groggy par le décalage horaire, Yumiko procède aux routines d'usage par automatisme, en se surprenant aussi de ne ressentir aucune émotion. Rien, absolument rien ne filtre. Certes, elle avait quitté son père et son pays en désaccord, elle était ambitieuse et voulait découvrir le monde tandis que son père espérait pour elle un avenir plus traditionaliste.

Ce retour aux sources finit par la déstabiliser, ça et sa vision obsédante d'un acteur du théâtre nô, qui la poursuit et cherche à lui faire passer un message. Yumiko n'est plus sûre de ses choix, ni de ses attentes. Elle a besoin de prendre le large, d'en discuter avec sa mère, une intellectuelle qui a toujours assumé son indépendance, bref ce voyage s'annonce plus perturbant qu'elle n'aurait pu l'imaginer.

C'est une très belle histoire, très touchante, qui nous interpelle sur nos rapports avec nos origines, la famille, les traditions, la perte et le deuil. On retrouve d'ailleurs beaucoup de finesse et de pudeur dans le dessin de Fumio Obata. L'ensemble est harmonieux et communique une grâce infinie, qui inspire respect et retenue. En somme, c'est une lecture pleine de subtilité, poignante et délicate, qui berce et séduit le lecteur en toute simplicité.

Gallimard, collection Bayou, mars 2014

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23/01/14

Ensemble, c'est tout - Anna Gavalda ❤

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Il s'agit en fait d'une relecture (ma première lecture date de 2004), mais cette fois c'est en version audio que j'ai tenté l'aventure, et quelle expérience grisante ! Très franchement, la mise en scène est impeccable, l'interprétation de tous les comédiens est irréprochable, accompagnée d'une réalisation sonore très présente, et surtout hyper mélodieuse et agréable à l'écoute. C'est du petit lait à boire, une plongée doucereuse et bichonnée avec amour, un vrai régal !

Par contre, le texte a été abrégé : sachez que les 600 pages du livre ont été réduites à une durée d'écoute d'environ 12 heures. Le texte a donc été pas mal amputé de passages croustillants, mais cela ne nuit pas du tout à la compréhension ni à l'appréciation globale. On retrouve les ingrédients essentiels à la magie du livre : l'humour, la tendresse, les répliques qui font mouche, les mots qui font rêver, qui font rager aussi.

Le duo formé par Camille et Franck est merveilleusement rendu, ces deux-là s'aiment ... mais maladroitement. Julie Gayet et Malik Zidi sont hyper crédibles, font naître la petite étincelle, c'est espiègle, taquin, savoureux. La charmante Paulette (Gisèle Casadeus) est attendrissante au possible, on a tous envie d'une mémé pareille, on crève d'envie de l'arracher à sa maison de repos, de la prendre sous son aile, de la cajoler pour adoucir ses derniers jours, et puis Philibert (Julien Rochefort) est un amour de camarade, surprotecteur, engoncé dans ses bonnes manières, attaché à ses principes, vaillant chevalier qui vole au secours des plus démunis. C'est qu'on en voudrait tous des Philibert dans notre vie !!!

Une fois encore, j'ai eu un sourire niais sur les lèvres à relire cette histoire, belle, miraculeuse et vibrante d'émotions. J'ai coutume de penser que la lecture a des vertus thérapeutiques, certaines rencontres le prouvent, comme celle-ci, Anna Gavalda est une conteuse née, une magicienne du coeur, qui rend la vie tellement plus joyeuse, éclairée et apaisante. Eh oui cela fait du bien ... à l'heure où le cynisme règne en maître, c'est bon de se gaver de douceurs aussi.

Gallimard, coll. Ecoutez lire, juin 2007 (durée d'écoute : 12 heures, texte abrégé). Lu par Julie Gayet, Gisèle Casadeus, Malik Zidi, Eric Elmosnino, Julien Rochefort et 13 comédiens.

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07/11/13

Sailor Twain ou La Sirène dans l'Hudson, de Mark Siegel

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Fin du XIXe siècle, Elijah Twain est le capitaine du Lorelei, un bateau à vapeur qui navigue sur l'Hudson, dans l'État de New York. Quand il trouve sur le pont une sirène blessée, il la recueille secrètement, la soigne et tombe peu à peu sous son charme. Parce qu'il veut en savoir plus sur cette créature, Twain se retrouve au coeur d'un drame dont aucun occupant du bateau ne sortira indemne. Car nul ne peut côtoyer une sirène sans en payer un jour le prix.

Lu le temps d'un trajet, coincé dans les embouteillages... J'avais été immédiatement emportée, séduite, coupée du monde alentour. C'était magnifique - un décor de toute beauté, des personnages mystérieux, une histoire tout aussi ténébreuse (qui perd juste un peu en substance sur la fin) - mais quelle lecture incroyable ! Entre bande dessinée et roman graphique, l'ouvrage impose une certaine prestance, par son épaisseur et sa couverture cartonnée. Ajoutez ensuite des dessins en noir et blanc, au charme vaporeux et envoûtant... J'avais beaucoup aimé, puis j'ai oublié d'en parler sur l'instant, les mois ont passé, aujourd'hui je livre quelques bribes de souvenirs d'une émotion de lecture troublante, mais fascinante. Une lecture infiniment belle, qui laisse une empreinte éthérée et malgré tout gracieuse.

Gallimard, Bandes dessinées hors collection, janvier 2013 - traduit par Alexis Siegel

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19/07/13

♫♪ Move your tassaba ! ♪♫

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A l'occasion de la sortie du film Aya de Yopougon, réalisé par Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, sur les écrans le 11 juillet 2013, les éditions Gallimard proposent cette édition spéciale des deux premiers volumes de la bande dessinée, correspondant au scénario du long métrage d'animation, regroupés ici en un seul livre.

Je connaissais la série seulement de réputation, retardant pour je ne sais quelle raison le moment de la découvrir, surtout que j'avais déjà lié connaissance avec Akissi, la petite sœur d'Aya. Bref, mieux vaut tard que jamais. Et comme je l'espérais, j'ai adoré ! Aya de Yopougon est une série rafraîchissante, pleine d'humour pétillant, dépeignant une Afrique des années 70 qui ne collectionne pas toutes les misères du monde. Un pur régal.

Aya vit à Yopougon, un quartier populaire d'Abidjan. C'est une jeune fille studieuse, contrairement à ses deux copines, Bintou et Adjoua, qui ne pensent qu'à s'amuser, sortir avec des garçons et tromper la vigilance des parents. On s'amuse à les suivre au maquis ou à l'hôtel aux mille étoiles, on admire leurs belles toilettes, leurs coiffures et leurs roulements de fesses. C'est folklorique, servi par un vocabulaire fleuri et poétique, de plus c'est très drôle, les personnages sont des caricatures d'eux-mêmes mais ils sont tous très attachants.

L'album est préfacé par Anna Gavalda. En fin d'ouvrage, on trouve un bonus spécial film. Et pour en savoir plus, un beau livre vient aussi de paraître : Aya de Yopougon ambiance le cinéma !.

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Aya de Yopougon (édition du film), par Marguerite Abouet et Clément Oubrerie (Gallimard, 2013)

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29/05/13

“La jeunesse s'en va sans jamais revenir. Ainsi va la vie.” (Mélo Pop)

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Mélo Pop raconte l'épatante épopée d'un groupe de rock, inconnu du grand public, qui vient de décrocher un contrat pour jouer sur une croisière dans les Caraïbes. Nos quatre lascars envisagent de se la couler douce, tandis que leur manager a vite repéré la présence d'un producteur très célèbre, en vacances avec son épouse. Celle-ci est, par pure coïncidence, l'ancienne maîtresse du bassiste. Mais le mari voit rouge, sitôt que ces deux-là tentent de parler du bon vieux temps. Et pourtant, la jeune femme s'offrirait bien une échappée belle. Elle commence même à considérer son avenir d'un tout nouvel œil !

La vie à bord du paquebot est un condensé d'aventures cocasses et piquantes autour des relations amoureuses qui se tissent entre les uns et les autres : entre le guitariste beau gosse, qui fait tomber toutes les filles, la groupie qui se désespère dans son coin car plus personne ne fait attention à elle, le batteur bègue qui est dingue d'elle et qui n'arrive pas à se faire comprendre, le pianiste hypocondriaque qui se découvre une folle passion pour le capitaine, et j'en passe ... C'est un peu comme se rappeler la très kitchissime série, [[La Croisière s'amuse]], et en apprécier l'humour, la fraîcheur et le mélo à deux balles.

En somme, c'est encore un rendez-vous délirant et divertissant, avec des personnages pathétiques mais très attachants. J'aime beaucoup le style de Lucie Durbiano, faussement candide, mais avec toujours le petit détail insolite qui nous fait tirer le sourire jusqu'aux oreilles.

Mélo Pop, par Lucie Durbiano (Gallimard, coll. Bayou, 2013)

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08/05/13

"Une vie de femme est toujours un compromis."

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Ce roman possède un charme fou, il a eu le très bon goût de me transporter littéralement à Lyme Regis, sur la côte du Dorset, bercée par le son des vagues et des mouettes, ce qui a été fortement appréciable en cette saison printanière. L'histoire se passe au début du XIXe siècle, autour de deux héroïnes, Mary Anning et Elizabeth Philpot. L'une est jeune, issue d'une famille désargentée, frappée depuis toujours par la passion du fossile, inculquée par son propre père, l'autre est une vieille fille excentrique, indépendante et généreuse. Toutes deux ne devaient jamais se rencontrer, mais les circonstances en ont décidé autrement.

Ainsi, elles affronteront ensemble bien des tempêtes au cours des longues années qui ont jalonné leur amitié. Avec une période de creux, durant laquelle les deux femmes vont s'éloigner suite à une fâcherie pour un homme, puis par la faute de leur orgueil trop prononcé, car toutes les deux n'ont jamais cessé de penser l'un à l'autre, sans vouloir franchir le premier pas pour s'excuser ou demander pardon. C'est donc un roman sur la vie, un roman qui parle d'amitié, en plus d'être un roman qui évoque la place des femmes dans la société scientifique (Mary devra batailler pour qu'on reconnaisse ses talents et autres connaissances en matière de fossiles !).

Aussi, ce roman est tout simplement formidable. Doux et apaisant. Avec un sens du romanesque absolument parfait, sans la moindre faute de goût. Dès lors qu'on glisse un doigt de pied dans cette histoire, on n'imagine plus vouloir en sortir sans connaître la suite ou la fin ! L'histoire est lue par Danièle Lebrun de la Comédie-Française, pour le rôle d'Elizabeth Philpot, et Julie-Marie Parmentier, pour celui de Mary Anning. C'est un duo qui allie la force et la douceur, en plus de la sensibilité et de la petite note qui bouleverse sans en avoir l'air. C'est une promenade littéraire ravigotante, une bouffée d'air pur et une petite parenthèse enchanteresse. A déguster, les paupières closes, le casque sur les oreilles.

Prodigieuses créatures, par Tracy Chevalier
Gallimard, coll. Ecoutez Lire (2012) - Traduction d'Anouk Neuhoff