03/01/17

La Carrière du Mal, de Robert Galbraith

Un livre audio lu par Lionel Bourguet (durée : 19h 06) pour Audiolib

la carriere du mal

Dans ce troisième tome des aventures de Cormoran Strike, détective privé à la carrière fluctuante, les affaires prennent du plomb dans l'aile quand sa secrétaire reçoit par colis une jambe de femme tranchée. La presse s'empare du sujet pour en faire les gros titres. Et leurs clients se débinent, préférant la discrétion à un professionnel sous les feux de la rampe. Strike est fou de rage. Voulant ménager la sensibilité de Robin, il préfère lui en dévoiler le moins possible mais ne peut lui cacher soupçonner un spectre de son passé désirant refaire surface pour lui nuire sciemment. Malgré les recommandations de son patron, Robin se lance également dans la traque du sadique... ne doutant pas une seconde être elle-même dans la ligne de mire d'un dangereux maniaque obsessionnel. 
Ce sont donc plusieurs intrigues éparses qui se mêlent à une idée de vengeance assez floue, plusieurs intrigues où les profils de suspects se superposent et où les fantômes d'hier viennent hanter le présent du détective. Strike est encore et toujours confronté à son histoire personnelle, impliquant sa mère et ses mauvais choix amoureux, tandis que sa jeune secrétaire est également chahutée et s'implique dans des enquêtes sordides pour piéger des prédateurs sexuels. Si l'intensité est bien flippante au début, elle faiblit sur la distance car les enquêtes sont trop dispersées et pêchent à tenir en haleine. Par contre, ce sont les personnages qui nous surprennent et nous font vivre des sensations fortes - Robin est face à son destin et ne sait plus ce qu'elle veut. Ce tumulte sentimental se répercute sur le lecteur. Du coup, on continue de détester Matthew, de souffler et de pester contre la fiancée indécise, de rabrouer Strike qui s'interdit de jouer son va-tout. Et que d'émotions dans les nouvelles révélations glissées un soir de déprime ! ... 
Si Robert Galbraith n'assure pas sur tous les plans et se perd dans des enquêtes plus ou moins croustillantes, l'auteur réussit parfaitement à installer son univers et faire évoluer ses personnages en les enrichissant livre après livre. C'est l'atout principal de la série. Strike et Robin forment un duo attachant et solide d'une complicité qui ne dit pas son nom. C'est très touchant, et assez palpitant dans le genre ! J'ai hâte de les retrouver dans de nouveaux épisodes ! 
Pour la note technique, on retrouve Lionel Bourguet qui avait laissé sa place à  pour Le ver à soie et qui sert avec brio cette lecture où l'on plonge “dans les ténèbres des perversions les plus troublantes” en s'attachant aussi à brosser avec tendresse le tandem de choc et de charme ! 

Texte intégral lu par Lionel Bourguet pour Audiolib, Juin 2016
Traduit par Florianne Vidal pour les éditions Grasset

En cours de tournage, BBC One prépare une série TV adaptée de la série de Robert Galbraith avec dans les rôles de Robin Ellacott : Holliday Grainger & Tom Burke pour un Cormoran Strike plus que séduisant ! 

 


31/03/16

Va et poste une sentinelle, de Harper Lee

VA ET POSTE UNE SENTINELLE

Vingt ans ont passé, Jean Louise Finch, alias Scout, vit désormais à New York, a fait des études et développé un sens critique aiguisé sur la société. Elle est de retour à Maycomb en Alabama pour revoir son vieux père Atticus et son ami de toujours Henry Clinton, qui veut l'épouser. Leurs retrouvailles réveillent les doux souvenirs de l'enfance, des jeux insouciants, de son frère Jem décédé et d'une éducation privilégiée au cœur d'une petite communauté du Sud attachée à ses coutumes rétrogrades. Mais le pays est également secoué par les questions raciales, autour desquelles sa région natale se déchire, prenant fait et acte contre la constitution et les principes qu'on leur impose, contre leurs idéaux. Face à cette réalité, Jean Louise ne se sent plus chez elle, parmi les siens, et reconsidère sa certitude d'avoir grandi auprès d'un père formidable, qui forçait l'admiration.

Ce roman est autrement plus sombre et poignant dans son évocation du temps qui passe mais qui reste figé dans le comté sudiste, où les mœurs n'évoluent pas à l'heure new-yorkaise, ce qui heurte la sensibilité politique de notre héroïne libérale. Mais Jean Louise est également décevante dans ses jugements à l'emporte-pièce et dans son désir de calquer un modèle qui ne sied pas à la petite ville. Certaines révolutions se font dans la douceur et nécessitent des concessions difficiles à entendre, sans toutefois les targuer de lâches et intolérables. C'est là une digne Finch aux idées excentriques et obtuses ! J'ai donc souvent alterné entre la tendresse et l'agacement, entre la nostalgie enthousiasmante et la désillusion fatale à la lecture de ce roman - impeccablement interprété par Cachou Kirsch, qu'on ne présente plus et qui fait des merveilles dès qu'elle s'empare d'une histoire, sa voix nous transporte, nous touche et nous berce. C'est très appréciable ! 

“Va et poste une sentinelle” ne possède sans doute pas le même souffle romanesque ni cette délicieuse subtilité de rendre un récit d'apparence candide si profond et attachant, comme cela a été le cas pour “Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur”, mais sa lecture n'en demeure pas moins plaisante sans être inoubliable. 

« CHACUN A SON ÎLE, JEAN LOUISE, CHACUN A SA SENTINELLE : SA PROPRE CONSCIENCE. » 

Traduit par Pierre Demarty (Go Set a Watchman) pour les éditions Grasset & Fasquelle, 2015

Lu par Cachou Kirsch - durée : 8h 25 - pour Audiolib / Février 2016

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06/01/15

Le Ver à Soie, de Robert Galbraith

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Auréolé de son récent succès dans l'affaire Lula Landry (cf. L'Appel du coucou), Cormoran Strike voit son business de détective privé prendre enfin l'essor espéré. Il peut désormais traiter les dossiers selon son bon vouloir, et non plus pour renflouer des caisses désespérément vides, assurer sa survie, payer son loyer, prouver qu'il n'est pas un raté, etc.

Lorsque la petite Mrs Quine, épouse de l'écrivain Owen Quine, se présente à son bureau, déboussolée et ruisselante de larmes, Cormoran est saisi de compassion. Son mari a disparu de la circulation, soit-disant pour fignoler son dernier roman. Sa maison d'édition balaie tous les doutes possibles : elle n'est au courant de rien ! Ceci dit, Owen Quine venait de mettre le point final à un ouvrage sulfureux, qui tournait en dérision sa famille et ses proches. L'homme n'était plus à un scandale près et prenait plaisir à multiplier les audaces pour regagner l'intérêt du public. Il semblerait, hélas, que son énième tentative ait provoqué la colère de trop.

Les suspects ne manquent pas, les pistes non plus, c'est ce qu'on découvre au détour des chapitres de ce roman passionnant, classique dans sa ligne de conduite, mais toujours hyper efficace pour captiver l'amateur d'intrigues finement troussées, au suspense psychologique redoutable. C'est toujours bon aussi de retrouver Cormoran et son assistante Robin, dont la relation ne cesse de s'étoffer, entre complicité professionnelle et amitié sincère. Le quotidien de la jeune femme est pourtant mis à mal. Son couple formé avec Matthew est toujours sur la corde raide, Robin étant tiraillée entre son besoin d'épanouissement personnel et ses rêves de petite fille... Cormoran aussi nous ouvre les portes de son intimité, en croisant ses amis ou son demi-frère, le seul membre de sa famille paternelle à se soucier de lui. L'homme fait montre d'une certaine sensibilité, sur laquelle il ne s'étend pas, mais qui se révèle très touchante !

Robert Galbraith (= J.K. Rowling) réussit un véritable tour de force : à la fois nous passionner pour l'enquête, pour son issue, sans réellement soupçonner l'identité du coupable, et pour la vie de nos hérosSans bouleverser les codes du genre, le roman s'y attache et touche sa cible. On est séduit par tant de finesse, par la minutie des détails et la construction de l'intrigue. On s'impatiente déjà pour la suite ! 

Audiolib, décembre 2014 ♦texte intégral lu par Philippe Résimont (durée : 17h 05) ♦ traduit par Florianne Vidal pour les éditions Grasset

17/07/14

L'ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafon

L'ombre du vent

Daniel a seulement dix ans lorsqu'il est pour la première fois introduit dans le cimetière des livres oubliés, sous la houlette de son père. La tradition veut qu'il sauve un livre au hasard pour le ramener chez lui et l'adopter. Son choix se porte sur un petit ouvrage, intitulé L'ombre du vent, d'un obscur écrivain (Julian Carax). Une rencontre décisive, puisqu'elle va sceller sa destinée ! Le garçon va en effet se lancer sur les traces de l'auteur, dont la vie mystérieuse va exciter sa curiosité, mais aussi son imaginaire, puisqu'il semblerait que leurs deux vies se renvoient souvent la même image. Mais que de patience pour parvenir au bout de toutes les zones d'ombre du récit, démêler le vrai du faux, fouiller le passé et revenir au présent, jouer de rencontres fortuites ou malheureuses, alimenter son existence en drames et autres atermoiements sentimentaux... C'est un véritable labyrinthe ou un immense puzzle à reconstituer avec une extrême minutie. Le roman-fleuve par excellence ! Certes, c'est romanesque et énigmatique à souhait, mais un poil trop long. En dépit des efforts réunis pour enflammer l'intérêt du lecteur et rassasier un roman épique aux ambitions gargantuesques, on flanche et on s'ennuie à mi-parcours. Les personnages se révèlent aussi peu attachants. (Daniel, Julian ou Fumero... un trio grotesque et caricatural !) :/
Durée d'écoute du livre audio : 17 h 30 ! Une entreprise colossale, à se réserver le temps des vacances...  mais brillante interprétation de Frédéric Meaux.
Merci Bladelor pour le prêt. 

Audiolib, juillet 2012 ♦ texte intégral lu par Frédéric Meaux (durée d'écoute : 17h 30) ♦ traduit par François Maspero pour les éditions Grasset

“ Avez-vous une idée de la raison pour laquelle quelqu'un voulait brûler tous les livres de Julian Carax ?
- Pourquoi brûle-t-on les livres ? Par stupidité, par ignorance, par haine... allez savoir.
- Mais vous, que croyez-vous ?
- Julian vivait dans ses romans. Ce corps qui a fini à la morgue n'était qu'une partie de lui. Son âme est dans ses histoires. Une fois, je lui ai demandé de qui il s'inspirait pour créer ses personnages, et il m'a répondu : de personne. Tous ses personnages étaient lui.
- Donc, si quelqu'un voulait le détruire, il devait détruire ces histoires et ces personnages, c'est cela ?
- Vous me rappelez Julian. Avant qu'il ne perde la foi.
- La foi en quoi ?
- En tout. 

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09/06/14

Quand souffle le vent du nord, par Daniel Glattauer

Quand souffle le vent du nord

Deux inconnus entament une relation épistolaire (par mail) tout à fait anodine, mais au fil du temps celle-ci ressemble de plus en plus à du badinage amoureux. Après tout, pourquoi pas ? Leo se remet tout juste d'une rupture sentimentale difficile, par contre Emmi... c'est beaucoup plus compliqué. La jeune femme est mariée, elle l'affiche d'emblée, se dit comblée et épanouie. So what ? Qu'est-ce qui la pousse, jour après jour, à consulter sa messagerie pour y glaner un message de son correspondant anonyme ? Affamée, insatiable, impatiente, excitée, bref une véritable amoureuse ! Le jeu est également pimenté par leur refus de se rencontrer en vrai. Ils demeurent ainsi deux fantasmes, parfaitement intouchables. Contrairement à la plupart des lecteurs, j'ai très peu adhéré à l'histoire, qui me pose un réel cas de conscience. À partir de quand estime-t-on être infidèle ? peut-on se sentir libre de tout dire, sous prétexte que c'est par écrit, et parce qu'on ignore tout de l'autre, derrière son écran ? Je n'ai absolument pas capté les motivations de la jeune femme, Emmi est entière, limite capricieuse et exigeante, sa relation avec Leo est pour moi tout à fait illogique et incongrue. (Son correspondant est devenu “sa chose”, mais elle lui propose de rencontrer sa meilleure amie célibataire, très belle et sensuelle, là elle pique une crise de jalousie sitôt qu'elle comprend que ces deux-là se sont trouvés et lui échappent ... !) J'ai donc beaucoup soupiré, trouvé le temps long, pas compris l'engouement pour ce livre. Seule la fin a su trouver grâce à mes yeux, enfin un choix judicieux, qui en appelle à l'imagination du lecteur. Mais l'auteur a succombé à la facilité en publiant une suite. Hélas.

Audiolib, mai 2010 ♦ texte intégral lu par Jean-Marc Delhausse, Nathalie Hugo et Robert Guilmard ♦ traduit par Anne-Sophie Anglaret pour les éditions Grasset & Fasquelle


10/02/14

L'Appel du Coucou, par Robert Galbraith

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Un soir d'hiver, la célèbre top-model, Lula Landry, fait une chute mortelle depuis le balcon de son appartement de Mayfair. Les conclusions de la police décrètent qu'il s'agit d'un suicide. Trois mois plus tard, le frère de la victime, l'avocat John Bristow, se présente chez le détective Cormoran Strike. Il est éploré depuis la mort tragique de sa soeur car il ne croit pas en la thèse du suicide et réclame une révision du dossier. D'abord réticent, Strike finit par accepter l'enquête (notamment pour renflouer ses caisses vides).

Dans le même temps, il reçoit sa nouvelle secrétaire intérimaire, Robin Ellacott, qui comprend rapidement dans quel bouge elle vient d'atterrir. Les affaires du privé sont au point mort, le type est un ancien militaire, de la Brigade spéciale d'investigation, rendu au civil après une blessure à la jambe. Il vient de rompre avec sa richissime fiancée, mis à la porte, obligé de crécher dans son bureau, Strike est au bord du gouffre. Il doit aussi rembourser une dette, reçoit des menaces de mort, voilà à quel quotidien s'oblige la jeune femme !

Et pourtant, Robin prend peu à peu goût à cette ambiance décalée et sordide, elle s'implique dans ses recherches pour Cormoran, s'investit dans son travail et se surprend à aimer ça. Strike opère de façon méticuleuse, épluche tous les articles de la presse, rencontre les proches de Lula, met bout à bout tous les morceaux du puzzle qui se reconstitue à fur et à mesure. Car le bougre va réussir à arracher la vérité à cette sombre affaire où fleurent aussi les secrets familiaux, les intérêts personnels, les trahisons, mensonges et autres vilains secrets.

Bluffée, non je ne l'ai pas été, car ça reste tout de même une enquête très classique, construite de manière traditionnelle, sans être rébarbative non plus. J'ai en effet pris un plaisir fou à suivre les pérégrinations de notre détective désabusé (et j'ai adoré son assistante de choc !). C'est incontestablement une lecture qui se laisse parcourir en toute aisance et simplicité. Sûr que la véritable identité de l'auteur a largement contribué au succès du livre, au risque d'en lasser d'autres et de décevoir encore et toujours les plus nostalgiques... Pour ma part, j'ai appris qu'il y aurait d'autres livres avec le détective Cormoran Strike et je m'en réjouis d'avance !

La version audio est une pleine réussite, grâce à Lionel Bourguet qui livre une interprétation haletante, “rendant palpable l'inquiétante noirceur de ces personnages apparemment festifs que l'on croise au coin d'une rue, la nuit”. En somme, on ne décroche pas avant la fin, on frissonne, on s'interroge, on savoure cette ambiance londonienne et le déroulement conventionnel de l'intrigue. Très, très bien !

Audiolib, janvier 2014 - texte intégral lu par Lionel Bourguet (durée d'écoute : 18h 23)
Traduit par François Rosso pour les éditions Grasset.

13/03/13

“Things denied, things untold, things hidden and disguised.”

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J'ai attendu que le buzz autour du nouveau roman de JK Rowling s'essouffle pour enfin saisir l'occasion de découvrir ce qu'il recelait. Et ma foi, je n'ai pas du tout été déçue ! C'est franchement une lecture brillante, captivante et très amère que l'auteur nous propose, chacun jugera selon sa sensibilité, pour ma part j'ai été embarquée dès les premières pages.

Tout commence par le décès brutal de Barry Fairbrother, la quarantaine, époux et père de famille comblé. Il était également membre du conseil paroissial, c'est d'ailleurs le petit détail qui fera toute la différence, car à l'occasion de l'élection du nouveau membre, une série de passions intimes va se déchaîner.

Les chapitres sont dans l'ensemble assez courts, car ils permettent un tour d'horizon pointilleux sur la communauté de Pagford, une bourgade charmante, qui se veut chic et noble, mais qui souffre d'une épine dans le pied avec l'implantation d'une cité et une clinique de désintoxication. Une partie de la société rétrograde trouve que cela fait désordre dans le paysage, et voudrait refourguer le paquet à la commune voisine, Yarvil.

Evidemment, Barry Fairbrother était un partisan de cette cité nommé Les Champs, dont il était originaire et avait su s'élever en devenant un membre respectable et respecté de la petite ville. Il avait d'ailleurs pris sous son aile la jeune Krystal Weedon dans son équipe d'aviron, afin de l'éloigner de son milieu désœuvré avec sa mère junkie, son petit frère surveillé par les services sociaux, tout ça sans père ni boulot.

On découvre tout un petit noyau de personnalités assez caractéristiques, la veuve éplorée et rancunière, le meilleur ami sentimentalement instable, le grand manitou qui pousse son fils à se lancer en politique, l'épouse de celui-ci qui noie son ennui dans l'alcool, la femme médecin aux nerfs fragiles, l'assistante sociale qui a cru avoir droit à sa part de bonheur, le type aigri qui se défoule en tabassant ses proches, sans oublier les adolescents, autres éléments déclencheurs, car ils sont les spectateurs désabusés de cette foire aux monstres, et eux aussi ont leurs comptes à régler.

Ce regard posé sur notre société est cynique, sans concession et sans équivoque. Pour ceux qui en seraient restés à une vision magique et enchanteresse de l'univers de Harry Potter, ils trouveront matière à être bousculés et à regretter ce changement de registre. En ce qui me concerne, j'ai été bluffée. J'ai opté pour l'écoute en Audiolib de cet épais roman de plus de 600 pages, du coup cela représente pas loin de 21 heures de lecture attentive. C'est impressionnant, mais honnêtement je n'ai pas vu le temps passer et j'ai été captivée par cette magistrale orchestration, qui a bien su souligner l'intensité dramatique au fil des chapitres.

Une place à prendre, par J.K. Rowling
Texte intégral lu par Philippe Résimont / Traduit de l'anglais par Pierre Demarty
Grasset, 2012 - Audiolib, 2013

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12/01/10

Le premier amour ~ Véronique Olmi

Vingt-cinq années de mariage balayées d'un revers de la main, simplement pour répondre à l'appel d'un premier amour qui vit en Italie, c'est ça le moteur d'Emilie, une femme qui approche des cinquante ans, qui avait tout pour être heureuse et qui se rassurait du regard des autres, lesquels enviaient son bonheur alors que tous les couples de leur connaissance se séparaient les uns après les autres. Seulement, comment expliquer à tout ce joli monde qui pense droit et sans réfléchir ce sentiment d'alerte et de sursis lorsqu'une petite annonce dans un journal vous plonge trente ans plus tôt et vous pousse à agir pour rattraper le temps perdu ? Le mari s'emporte, devient fou, les enfants jugent et critiquent en disant tout le mal qu'ils pensent... Tant pis.

Emilie répond à Dario, la voiture peut filer à vive allure, direction le Sud, les routes de l'enfance et ainsi reviennent les souvenirs, les émotions, la chaleur d'un été, la passion d'une première fois, la mère revêche, la vieille petite soeur aussi, qui avait un chromosome de trop et qui chantait Mike Brant - un joli personnage, d'ailleurs, drôle, tendre, attendrissant. Mais au lieu d'avaler les kilomètres à perdre haleine, Emilie se pose. Elle flâne, elle rencontre du beau monde, un monde bariolé et déjanté, elle dort dans des petits hôtels, elle chante à tue-tête, les larmes aux yeux, elle est libre et heureuse. Elle est comme libérée d'un poids.

Et le lecteur est aux anges. 

L'histoire avec Dario revient par vagues, c'est doux, c'est nostalgique, jamais triste. Pendant une très large partie du roman, j'ai savouré, bu du petit lait, le roman est entraînant, c'est une bulle légère, euphorique et grisante. Avec en prime un beau portrait de femme qui fait un petit bilan, sans aucune amertume. J'ai trouvé beaucoup de sagesse et de pertinence dans son discours, j'ai aimé et admiré son coup de tête, soutenu son désir et rêvé à ses côtés. Et puis j'étais impatiente de savoir pourquoi Dario lui adressait ce message, que lui voulait-il ? ! ...  C’est là que le bât blesse, et mon enthousiasme a été douché car j'ai trouvé la toute dernière partie du livre décevante, frustrante, vague, floue, quelconque, hors-sujet. C'est franchement dommage ! Véronique Olmi a réussi un début de roman qui donne la pêche, qui donne envie d'y croire et qui nous inspire sourire et espoir, qui fait sentir le vent gonfler les voiles, qui vous prend à bras le corps, qui est brillant, vibrant et émouvant, c'est tout ce que je souhaite retenir !

le_premier_amourGrasset, 2010  - 300 pages  - 18,00€

 

Je suis plus jeune aujourd'hui qu'à vingt ans. Mes désirs sont plus légers, mes a priori aussi. Je voulais me marier, avoir des enfants, un métier, des amis, des vacances et des Noël. J'ai eu tout ça. J'y ai mis tant d'énergie, de peur et d'attention, (...) j'ai perdu tant de temps à prendre sur moi que je suis passée par-dessus bord. Et aujourd'hui mes propres enfants, qui m'ont pris mon sang mon temps mes nuits mon insouciance mon argent mon nom, ces enfants n'étaient pas d'accord pour que j'aille en Italie ? N'étaient pas d'accord ? C'était à mourir de rire, vraiment ! 

le premier amour, c'est n'importe quoi...

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25/09/09

Quinze ans après ~ Alexandre Jardin

Grasset, 2009 - 354 pages - 19€

 

quinze_ans_apresCe roman est un drame qui donnerait presque envie de pleurer ! Fanfan a été le roman de mes seize ans, et voyez-vous, j'y croyais à la théorie des passions éternelles, du combat contre la routine et l'étincelle qui s'éteint, l'amour n'étant qu'un éternel recommencement, un feu qu'il fallait alimenter, pimenter de mille façons... bref j'étais fleur bleue et naïve d'une théorie qu'Alexandre Jardin aujourd'hui réfute !
Je tremble de rage. Je suis mécontente, déçue, mais déçue.
Quinze ans après, donc, signe le retour des amours entre Alexandre et Fanfan. Or, c'est un retour amer, aigri, fané, déboussolant... Le couple n'a pas tenu la route et s'est séparé. Chacun a mené sa petite barque de son côté, Fanfan a connu deux mariages, a eu deux enfants et aujourd'hui elle divorce avec force et fracas, on la découvre affreusement lessivée, vaccinée contre les engagements maritaux et romantiques.
De son côté, Alexandre réalise que seule la félicité conjugale compte dans la vie, au diable ses vieilles lubies, il désire maintenant prouver que l'amour se vit tous les jours, c'est là le vrai pouvoir, et il ambitionne de "donner un regain de crédit aux pantoufles" !
Deux trublions - un producteur et un éditeur - vont se frotter les mains en souhaitant provoquer les retrouvailles entre Alexandre et Fanfan. L'illusion passée peut-elle resservir ? Peut-on rallumer les braises éteintes ?
Guérit-on jamais d'un premier amour ?

C'est ce que tente de raconter ce roman, beaucoup plus ancré dans le bilan, dans le constat de l'échec et dans l'autocritique. Il est tout entier empreint d'Alexandre Jardin, on reconnaît sa signature d'une folie contagieuse, qui implique son excès du romanesque, son délire sentimental, "toujours gonflé à l'hélium de ses rêveries". C'est enchanteur et fatiguant à la fois.
A seize ans, j'étais éblouie et amoureuse de son extravagance... j'ai aimé Le zèbre, Le petit sauvage ou Bille en tête. Et puis au fil du temps, je me suis lassée et je n'aimais plus. J'étais fatiguée de son impétuosité, je trouvais que c'était beaucoup moins spontané et plus travaillé (ou calculé), bref je n'en pouvais plus.
En apprenant qu'il existait un acte 2 à Fanfan, j'ai bondi. Curieuse, gourmande, besoin d'un roman gai... j'ai foncé, je regrette à moitié. On ne doit jamais revivre ses anciennes amours, on doit les laisser dans le placard des souvenirs dorés, on ne doit pas prendre le risque de les froisser et de les rendre moins idylliques.
C'est le sentiment que j'ai ressenti avec Quinze ans après.
Ce n'est pas du réchauffé, c'est juste déprimant. La première centaine de pages demande un certain effort, c'est un condensé de tout ce que je ne supporte plus, et puis j'étais mécontente de découvrir que l'auteur reprenait ce qu'il avait donné, qu'il n'assumait plus Fanfan, non je ne suis pas d'accord, donner c'est donner, reprendre c'est voler. C'est sans doute une oeuvre de jeunesse, avec son lot de farces et d'inepties, mais c'est pour moi insupportable de voir son auteur la renier.

Du coup la magie n'est plus, on sent la rengaine, on suit un personnage qui n'a pas grandi et qui reste un enfant, qui continue de rêver sa vie au lieu de la vivre. Sur ce plan, j'ai trouvé Fanfan beaucoup plus crédible et touchante, "lourde d'échecs, de poncifs et vieille de trouilles" (comme lui rétorque Alexandre).
Je n'adhère plus au concept, même si le livre est saupoudré d'inventions et de propositions sympathiques, je trouve que c'est tout de même poussif, trop naïf (oui, hélas !) et épuisant. Le fait aussi que l'auteur choisisse de retourner sa veste participe à mon agacement. Je n'aime pas la frustration, et c'est ce qui ressort de ce volte-face. On peut changer, avoir des goûts différents et penser autrement, mais on ne doit pas tirer un trait sur sa fantaisie.
Quinze ans après est un roman sur le temps, sur la sagesse et sur les nouvelles envies. Les personnages fétiches que sont Alexandre et Fanfan ont quarante ans, que sont-ils devenus, vont-ils montrer que l'amour rime avec tous les jours. A considérer, toutefois, que les lecteurs aussi ont mûri et qu'ils ne sont probablement plus réceptifs à ce tourbillon excentrique et capricieux... C'est ce que je pense, ensuite je ne doute pas que ce roman - ôde à la charentaise, ainsi soit-il - trouvera son public, dont les nombreux fans de Fanfan ! C'est un roman qui apporte aussi beaucoup de joie, et ça ne peut pas faire trop de mal non plus.

> extrait :

C'était plus fort que lui : un besoin organique, vital, de faire évoluer son avatar, de ne pas le laisser en rade sur cette pellicule qui le figeait dans des idées qu'il exécrait désormais. Fanfan Acte II démentirait l'acte I. Alexandre souhaitait s'actualiser sans délai. Il voulait se montrer éloquent contre son éloquence de jadis. Et que ses deux livres se fassent la guerre entre eux, en étrillant ses croyances obsolètes. Rageur, il allait tenter d'écrire une oeuvre à rebours qui montrerait que seule la vie domestique bien intriguée permet d'atteindre la haute passion. Et que les charmes des commencements ne sont que broutilles au regard des vertiges neufs qui peuvent survenir jour après jour. Ce bouquin bilieux parfois porterait la discorde dans la littérature romantique ; sans qu'aucun scrupule le retienne. Sa nature trop riche avait soif de castagne, ou plutôt de riposte. Quel déviant lyrique, autre que ce fêlé, pouvait soutenir que la flamme la plus brûlante ne surgit qu'avec le temps ? En prenant ses habitudes comme point d'appui au lieu de s'en défier. Tout à sa furie iconoclaste, Alexandre désirait clouer au pilori, une bonne fois pour toutes, l'idée même de l'étiolement des passions.
Par ce livre tonnant et joueur, bélier de nouveaux songes - qui guidaient sa propre vie -, il espérait refaire l'amour ; de fond en comble.  Oui, rien que ça : refaire l'amour, en réformer les attendus, se conduire en schismatique. Sans mettre de mors à ses idées. En osant la rupture totale avec les mythes occidentaux mal foutus qui, tous, promettent aux amants fous d'amour, un jour ou l'autre, une gueule de bois. Il y puiserait un goût de revanche allègre et de bravade.

en voici un qui ne change pas, alain souchon, avec cette très très belle chanson, le zèbre...

 

(mais l'album ^c'est déjà ça^ était une pure merveille de la première à la dernière note)

sans rapport, j'ai ENFIN reçu l'album de Séverin que j'attendais depuis bientôt deux mois !!! et c'est très bon ! écoute plaisante et agréable, sensation douce et sucrée, je confirme ! ^-^

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24/06/09

L'écorchée vive ~ Claire Legendre

ecorchee_viveBarbara est une belle jeune femme épanouie qui partage sa vie avec François. En apparence, simplement. Barbara vient de couper les ponts avec sa mère, lassée de mentir, de louvoyer, de promettre. Un secret sur son passé risque de peser sur sa relation amoureuse, Barbara est prévenue mais elle ne souhaite pas l'entendre, ni qu'on lui répète. Impossible toutefois d'ignorer les lettres anonymes qu'elle reçoit, des photographies de classe avec sa tête en moins. Qui peut lui vouloir du tort ? Et pourquoi Barbara a enfermé ses propres albums et un épais dossier médical dans un coffre à la banque ?

Car Barbara a été un monstre de laideur, repoussante avec sa gueule déformée depuis la naissance. Barbara a grandi en inspirant le dégoût, l'horreur, la répulsion. Longtemps condamnée à la solitude, elle a tenté de croire au bonheur, une intervention chirurgicale exceptionnelle a fini par lui offrir une plastique superbe, mais qu'en est-il à l'intérieur ? L'histoire montre que Barbara est une jeune femme fragile, marquée à vif, une écorchée avec des cicatrices. La simple vue du tableau Paulette de Soutine lui tire toutes les larmes de son corps, elle s'effondre et perçoit qu'on lui veut du mal. Qu'on cherche à la séparer de son amour. Et François lui-même ne peut pas l'aider, ne parvient plus à la comprendre.

Etrange, étonnant. Voilà mon sentiment...
Un roman où le chassé-croisé du pendant et de l'avant dresse un portrait sensible et touchant d'une jeune femme qui se sait monstre pour la vie.
Je n'ai ni détesté ni aimé vraiment. C'est moins bon que La méthode Stanislavski que j'avais énormément apprécié.

Grasset, 2009 - 250 pages - 18€

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