06/03/18

La longue marche des dindes, de Kathleen Kaar

La longue marche des dindes« C'était un magnifique jour de juin. Les champs de maïs verdissant ondulaient de part et d'autre de la route de l'Ouest. Mes dindes qui se dandinaient au milieu devaient être superbes à voir, avec leur plumage étincelant au soleil. Parole, elles ont filé comme des bolides dès qu'elles ont senti sous leurs pattes un petit avant-goût de liberté. Nous avons bien dû parcourir cinquante kilomètres le premier jour. »

Été 1860. Simon Green, 15 ans, quitte l'école pour trouver du boulot. Le môme est gentil, plein de bonne volonté, mais un peu nigaud. Quand il apprend qu'il y a trop de dindes dans la région du Missouri et qu'une ville comme Denver, en plein essor, serait prête à marchander la volaille cinq fois son prix, il fait vite les comptes et flaire la bonne affaire. Il négocie avec son oncle pour s'acheter un chariot, des mules et mille dindes, reçoit une bourse de son institutrice, embauche un alcoolique repenti, Bidwell Peece. Et s'en va sifflant soufflant sur les pistes de l'Ouest sauvage. En route, l'équipage croise Jabeth Ballou, un esclave en fuite, mais aussi un cirque, où le garçon fera la rencontre de sa vie. Poursuivant toujours plus loin sa longue marche, Simon aura maille à partir avec des bandits de grand chemin, des indiens Potawatomis, des sauterelles, des tuniques bleues et une demoiselle en détresse.

En bref, c'est une épopée vivifiante, racontée sur le ton de l'humour cocasse, mais qui décrit très bien l'ambiance western avec ses espoirs et ses désillusions. L'histoire convoque tous les clichés du genre et plante le décor, sans virer à la mascarade. On partage ainsi avec cette équipe de bras cassés un élan de convivialité, d'optimisme et d'aventure qui fait un bien fou ! Simon et ses associés sont des héros au cœur tendre, tous hyper attachants, même avec leurs casseroles aux pieds. Les voir se découvrir et lier entre eux une réelle connivence donne le sourire et est extrêmement réconfortant. Il se dégage de leurs péripéties une énergie pétulante qu'on avale à grandes goulées.

Une lecture fière de ses 20 ans et au pep's débordant ! ☺ 

L'école des Loisirs, coll. médium poche - traduit par Hélène Misserly (1999)

2018 pour la présente édition - couv. illustrée par Jérémie Moreau

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30/09/14

La Saison des Mûres, de Polly Horvath

Saison des mûres

Raclette (non, ce n'est pas une blague) doit son prénom à un coup de folie de sa mère, le jour de son accouchement. Entre nous, j'ai d'abord pensé au plat montagnard, alors qu'il s'agit de la traduction de l'outil pour gratter... Enfin, passons. Cela vous donne un avant-goût de l'esprit complètement barge de cette lecture ! Et ma foi, j'ai failli lâcher l'affaire car je trouvais que cela partait dans tous les sens. Une jeune fille de 12-13 ans vit avec une mère égoïste qui, sous prétexte d'assouvir sa passion pour le Club de Chasse, décide de l'envoyer passer l'été chez de vieilles tantes dans le Maine.

Raclette fait alors la rencontre des « étranges dames Menuto », tante Penpen et tante Tilly, également connues dans le comté pour leur célèbre coulis de mûres gâtées. Les deux sœurs ont toujours des anecdotes insolites à partager, comme le suicide de leur mère, dont la tête a rebondi sur le sol en éclaboussant les murs. Très glauque, en effet. À ce stade, Raclette doit hésiter entre pousser des cris d'horreur et se demander si ce n'est pas un cauchemar éveillé. (Nous aussi.) Peu de temps après, une autre adolescente, Harper, vient se joindre au trio. Mais que se signifient tous ces abandons ?!! Le Vallon Rose, pourtant, est niché dans les bois, cerné par les ours, donc difficile à repérer.

Ce roman, définitivement, ne fait pas la part belle aux mères trop lâches pour assumer leur rôle. Heureusement l'ambiance générale est à mille lieux de se morfondre : c'est fantaisiste, surréaliste, cocasse... et les sœurs Menuto sont deux petites vieilles adorables. Ce sont leurs excentricités aussi qui font d'elles des êtres aussi attachants et fabuleux. Mais tout ce qu'elles vont partager avec Raclette n'est pas si anodin (la traite des vaches, les leçons de natation, la philosophie bouddhiste... et ce sentiment inaliénable d'avoir trouvé une vraie famille). Ceci dit, il faut accepter d'entrer dans un univers loufoque, complètement tordu et sans repère. Et, somme toute, assez peu accessible pour un lectorat jeunesse.

Neuf (?!) de l'École des Loisirs, mars 2008 ♦ traduit par Hélène Misserly ( The Canning Season) 
illustration de couverture : Alan Mets

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Vu dans Bouche d'Ombre un drôle de couple étonnamment ressemblant aux dames Menuto :

IMG_1969

Une belle réussite que cette bande dessinée écrite par Carole Martinez, l'auteur du roman Le Cœur Cousu ! 

(Casterman, mai 2014)   Lou1985