28/07/08

Far-Ouest - Fanny Brucker

Ce livre et moi, c'est une histoire de je-t'aime-moi-non plus. Au début, bof je n'étais pas follement séduite, j'étais assez perplexe et je pensais que cela allait traîner en longueur. L'héroïne profite d'un héritage pour adopter un chien, un bâtard à la sale gueule, pas propre du tout et mauvais bougre qui boude sur le canapé ou se soulage sur le tapis marocain. Allons donc... Sixtine ne veut pas être découragée et guette le moindre soupçon de "vie" chez ce chien amorphe. L'étincelle va surgir, heureusement car je n'étais pas loin de désespérer au même titre que la jeune femme. Allait-on encore ingurgiter un nombre de pages conséquent sur la difficulté d'apprivoiser une âme en peine, surtout lorsqu'on est soi-même une "sauvage" libre d'attaches.

Pourtant je suis une vraie dingue de chiens et j'étais disposée à me couler dans ce livre. Résultat, il m'a fallu 200 pages pour me rendre compte - enfin - que j'étais conquise et que j'avais une grande, grande tendresse pour Sixtine, son chien Dalton et Jeanne Diamond. Ah tiens, un nouveau personnage est entré en scène ? Oui, il s'agit de la soeur aînée, âgée de soixante ans, elle vient de perdre son mari richissime et a choisi, sur un coup de tête, de quitter New York pour gagner le pays de l'huître y soigner son alcoolisme, oups, non ... en fait, elle cherche sa soeur, Sixtine.

Cela fait bien quatre décennies que les frangines se sont quittées. Autant dire, une éternité. C'est bien simple, elles ne se connaissent pas. D'ailleurs, à force de parcourir la Charente Maritime pour mettre la main sur sa petite soeur, Jeanne fait quelques constatations : les villages sont petits et perdus, pas une carte routière ne les recense. Les rares amis de Sixtine sont étonnés d'apprendre l'existence de Jeanne et ne savent pas où elle a plié bagages (en fait, un van lui sert de sauve-qui-peut). Sixtine est une solitaire, qui loue des maisons à vendre et fait des petits boulots. C'est comme le furet, elle court, elle court, elle est passée par ici et elle repassera par là. Mais que fuit-elle ?

Jeanne et Sixtine vont-elles entrer en orbite, se télescoper ? Le roman va jouer sur cette attente, ce n'est pas le gros suspense du siècle, et pour patienter l'histoire nous apporte quelques miettes. Parce que vous ne voulez pas savoir pourquoi Jeanne recherche sa soeur, et quel âge a Sixtine, que s'est-il passé dans sa vie, et pourquoi a-t-elle choisi de rester libre et disponible, pour refuser la monotonie ? Et Jeanne aussi est une sacrée bonne femme, qu'on devine aisément fragile et blessée par le passé. Mais tout ça, il faudra du temps pour le comprendre...

Pour l'instant, on nous explique que pour l'une : Dalton était devenu un prétexte de bonheur. Ce que Sixtine n'aurait pas fait pour elle-même, elle le faisait pour Dalton. Et pour l'autre, elle n'avait pas spécialement envie de retrouver Sixtine, mais sa recherche lui donnait l'occasion de se distraire et d'apprendre à vivre, seule, pour elle-même.

Pfiou. Ne croyez pas que ce soit laborieux, au début peut-être, mais ensuite c'est du bonheur en barre ! Gratouillez la couche d'épaisseur et coulez tranquille. Lecture sensible, délicate et assez subtile... Le charme opère, je vous assure, il faut juste être patient ! (Et vous ne le regretterez pas !)    

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Far-Ouest, de Fanny Brucker (1er roman)

JC Lattès, janvier 2008 - 305 pages - 17€

D'autres avis : Cathulu et Cuné ont aimé, aussi (et vous donnent le goût des chouquettes!)

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09/05/08

Coups bas et talons hauts - Tonie Behar

coups_bas_et_talons_hautsVif, tonique et enlevé, le roman de Tonie Behar s'apprécie sans fin (faim) ! Attachée de presse dans l'agence de relations publiques de la très respectée Annick Bondy, Dahlia Arditi est belle, intelligente et bosseuse. Mais rien n'est acquis au sein de cette équipe féminine et hyper glamour, surtout lorsqu'on a pour concurrente la sculpturale Chloé de Lignan qui baigne dans le milieu du luxe depuis toujours. Chloé est son cauchemar personnel, sa Cruella perfide qui lui met des bâtons dans les roues et aime tirer la couverture à elle toute seule.

Un soir de novembre pluvieux, Dahlia est agressée dans la rue par un individu qui veut lui voler son sac quand un mystérieux Zorro surgit de nulle part et vole à son secours. Les choses en resteront là, puis six mois passent et Dahlia retrouve son Chevalier Servant au bras de son ennemie jurée... Chloé ! Vous imaginez la suite ? Petits coups bas, mesquinerie féminine, séduction folle et grandes scènes de tralala qui vous collent un sourire béat au visage, oui on mord à l'hameçon, avec un sens particulier de dégustation. Dahlia est une jeune femme délicieuse, qui aime séduire mais attend le grand amour. Elle a pour devise, au risque de déplaire, d'allumer mais de ne jamais éteindre ! Charmant.

J'ai trouvé dans la lecture de ce livre un véritable plaisir de divertissement, des clichés saturés, des ficelles grosses comme mes deux poings réunis, mais j'en demande encore ! Les vacances approchent, le beau temps est de retour, voici le livre idéal à glisser dans le sac de plage ou pour flâner dans un hamac ! A propos, préférez le terme "comédie romantique" à celui de chick-lit à la française (ou littérature de poulette), c'est beaucoup plus joli et tant pis si ça fait cucul la praline. Au moins, vous êtes déjà servi(e)s ! Bonne lecture à tou(te)s !

Mille mercis Tonie !

Editions JC Lattès, 2008 - 283 pages - 17,50 €

Illustration de couverture : Colonel Moutarde

www.comedieromantique.com

Les avis de Cathulu & Fashion

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18/04/08

Miss Marple, volume 1 - Agatha Christie

Miss_marplue_volume_1Miss Marple est une jeune novice de soixante-cinq ans quand on la rencontre pour la première fois en 1930 dans L'affaire Protheroe. Elle va devenir au fil du temps une enquêtrice redoutable et la concurrente la plus sérieuse du célèbre Hercule Poirot.

La campagne anglaise est un véritable havre de paix parsemé de petits villages aux cottages si typiques. Ainsi St Mary Mead où vit une communauté tranquille composée de colonels à la retraite, de dames soignées et de vieilles filles à l'existence rangée, du moins en apparence... Car l'une d'elles, Miss Marple, est convaincue du contraire : « Le mal rôde partout ! » Et elle le prouve en observant avec minutie la vie de ses contemporains, leurs qualités et leurs travers. Abandonnant alors son tricot, elle vient prêter main-forte à la police locale ; et ses idées saugrenues mais géniales permettent de résoudre les enquêtes criminelles les plus complexes.

Recueil des premiers cinq romans mettant en scène, de 1930 à 1950, Miss Marple, vieille dame à l'existence rangée, en apparence, qui observe avec suspicion ses concitoyens de St Mary Mead.

J'ai repris l'excellente présentation de l'éditeur, car tout y est : le personnage, le cadre, les enquêtes qui se tricotent comme une écharpe ou un pull, au coin du feu, la tasse de thé pas loin, et les scones au raisin ! Miam. Tout est indémodable chez Agatha Christie, peut-être vieillot et plan-plan pour les amateurs de sensations plus croustillantes. Mais personnellement je trouve qu'il fait bon de regarder en arrière et de se reposer dans cette atmosphère hors du temps. J'aime cette détestable Miss Marple, cette mêle-tout perspicace, discrète comme une ombre, qui fourre son nez dans le linge sale des autres, un rien sainte-nitouche quand elle veut ! Non, ce n'est pas méchant. C'est la petite vieille qui ne paie pas de mine, impeccable pour ne pas attirer l'attention ni éveiller les soupçons, mais la mémé est redoutable ! Sur le petit écran, j'ai appris à l'apprécier sous les traits de l'actrice Joan Hickson, pour la chaîne BBC (3 saisons existantes).

Miss Marple fait sa première apparition dans L'Affaire Protheroe où le corps du colonel P., personnage hautement détesté par ses semblables, est retrouvé assassiné dans le presbytère du narrateur (un pasteur assez fat, qui prend son épouse pour une andouille, à mon goût !). Ce roman a été publié en 1930 et ne devait pas marquer le début d'une série. Et de fait, Miss Marple ne réapparaît qu'en 1942 dans Un cadavre dans la bibliothèque qui est l'une des intrigues les plus connues dans l'histoire policière (un cadavre d'une jeune fille inconnue est découvert dans la bibliothèque d'une maison bourgeoise). Dans La plume empoisonnée, Miss Marple n'intervient que très tardivement dans l'enquête, qui ne se passe pas à St Mary Mead. Very shocking, isn't it ? Cette histoire est comme le vin, elle se bonifie avec le temps. A l'époque, elle passait même pour audacieuse et révolutionnaire ! On y trouve des femmes divorcées, des lettres anonymes qui sèment le trouble dans la petite communauté, une jolie gouvernante amoureuse de son patron, et d'autres figures atypiques, excentriques qui exacerbent les plus folles spéculations ! L'enquête qui suivra, dans Un meurtre sera commis le..., se replace dans le décor de prédilection du petit village anglais près de St-Mary Mead. Une petite annonce a été publiée dans la gazette locale faisant écho d'un meurtre qui sera commis à Little Paddocks le vendredi 29 octobre à 18h30 très précises. Strictement réservé aux intimes, cet avis tiendra lieu de faire-part. Une murder-party, damned ! On retrouve encore une fois dans cette histoire la palette des personnages haut en couleurs (le pasteur et sa femme, les vieilles filles, la jeune femme pauvre ET des réfugiés ! L'auteur se place ici en bonne chroniqueuse des séquelles laissées par la guerre.).

Bref, lire ou relire Agatha Christie, LA reine du roman policier, championne du whodunit, est un ticket pour l'assurance et le confort d'un travail bien fait, bien net et délicieusement guindé. Cela ne fait pas dresser les cheveux sur la tête, ne donne ni suées froides ni nuit blanche, mais c'est sophistiqué, suranné. C'est reposant.

L'intégrale - II -  Agatha Christie : Miss Marple, volume 1.

Editions du Masque, département des éditions Jean-Claude Lattès, 2008 pour la présente édition. 19,90€

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18/03/08

La traversée vénitienne - Isabelle Yhuel

traversee_venitienneAu départ de Venise, un paquebot appareille pour une croisière musicale d'une semaine en Méditerranée. Welcome aboard ! Préparez-vous à une ambiance cosy, préalablement recommandée, pour bercer les états d'âme, exacerber les passions, alimenter les battements de coeur, favoriser les confidences des passagers. Et qui mieux qu'un public féminin pourrait nous offrir un tel panel d'effervescence !?   A bord, donc, on y croise une soprano, Lucie, femme épanouie et amoureuse d'un homme plus jeune qu'elle, mère d'une adolescente, Manon. Lucie accuse cinquante ans, qu'elle assume pleinement, même si elle admet la peau molle, seul indicateur du temps qui passe, et savoure totalement de connaître enfin l'orgasme avec son compagnon, Roland. Ce couple donne une photographie de ce que deviendra Ida et Paul, quinze ans plus tard. Epousée en secondes noces, Ida s'est fondue dans la vie de son artiste de mari, faisant sienne son existence, adoptant Claire, sa fille de 11 ans. Elle revit à travers celle-ci une maternité neuve et différente, au-delà de ce qu'elle a su créer avec sa propre fille, Marianne, qu'elle a eue avec Denis, son ex. Puis il y a Florence, la pianiste, mariée à Albert, ils sont les heureux parents d'un petit garçon intrépide et imprudent, Malo. Couple harmonieux, ils offrent une vision idyllique de la vie à deux. 

Roman contemplatif, intimiste et musical, La traversée vénitienne est la possibilité pour toutes ces femmes, toutes générations confondues, de frotter leur image, leurs attentes et leurs désirs au miroir que renvoie le regard des autres. C'est l'éternelle rengaine. Elles vont prendre plaisir à se mettre en danger, tester les limites de leur confort, sentir la chance qui coulent entre leurs doigts, mais elles sortiront toutes de cette croisière avec le petit truc en plus ou en moins, bref ce qui n'existait pas avant, et qui s'est révélé pendant. C'est une croisière méditative, en somme, où on ne rencontre pas que de riches bourgeoises oisives...   

Prenez Ida, par exemple, le pilier essentiel de la narration. Elle vit sa vie en puisant ses sources d'après des livres lus, des musiques entendues et emprunte au peintre Nicolas de Staël que le monde n'est qu'un odieux théâtre où quelques gens confortablement assis regardent en souriant souffrir les autres.  Ida a effectivement développé une mémoire des musiques, des livres, de certains tableaux, parce qu'ils sont son père, sa mère, sa famille, son assise. Bref, Ida est la plus observatrice de tous, spectatrice amoureuse des répétitions de la troupe des musiciens, éblouie par son mari, dévouée, délicate, sensible aux rencontres, à la musique de Schubert qu'on lui fait découvrir, troublée par la drague d'un bel Italien...

Elle admire Lucie, contemple Florence, se prend d'affection pour Maud, qui lui révèle sa part de féminité cachée. Et ainsi, elle va avancer d'un pas rapide et puissant, (...) allegro vivace, puis un peu plus lentement, puis de nouveau elle accélère, presto, prestissimo, de nouveau piu lento, jusqu'à s'arrêter, se figer. Cette traversée vénitienne va générer une détermination farouche, parce que durant une semaine, Ida va beaucoup réfléchir, être spectatrice, ressentir de nouvelles passions, être émerveillée par cette personne qui sommeillait au fond d'elle et qui se réveille enfin, à 35 ans. C'est, ainsi et également, un roman sur l'éclosion. Les adolescentes, par ailleurs, vont franchir des caps interdits, pour devenir les futures jeunes femmes de demain, par un premier baiser ou une première fois dans le lit d'un homme. Ce côté langoureux, nonchalant est vraiment prégnant dans le roman, lequel parfois s'enchaîne à dégager un sentiment rébarbatif, à cause de cette langueur. Et puis, difficile de s'y retrouver avec tous ces personnages, dans les premières pages. Malgré tout, le roman sait toucher, émouvoir et faire écho sur plusieurs points, car c'est un roman qui parle aux femmes, de toute façon !

JC Lattès - 280 pages - 18 €

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05/02/08

Partie de pêche au Yémen - Paul Torday

partie_de_pecheQue se passe-t-il dans la tête d'un scientifique britannique tout à fait comblé - sa femme vient de lui offrir une brosse à dents électrique pour leurs vingt ans de mariage - quand un cheik yéménite lui demande de construire une rivière climatisée afin qu'il s'adonne à son sport favori : la pêche au saumon ?

Ce Projet Saumon, auquel Dr Alfred Jones ne croit pas un instant, devient très vite un élément majeur que visent les hautes sphères politiques, lesquelles forcent ainsi notre scientifique débonnaire de plancher derechef sur le sujet. Il en va de la sécurité nationale, de l'image du Premier Ministre Anglais, de la science moderne et d'une campagne de communication valorisante, après le fiasco en Irak. Alfred Jones travaille donc en collaboration avec Harriet Chetwode-Talbot, qui sert d'agent de transition avec le Cheik Muhammad du Yémen.
Ce dernier est un saint homme, sincèrement passionné par la pêche au saumon. Ses intentions sont louables, car il veut permettre à son peuple de partager ce bonheur de pêcher et il est persuadé d'une bienveillance divine pour conduire ce projet jusqu'au bout.
Les mois sont longs, les questions nombreuses, les petites entourloupes dans les coulisses encore plus grouillantes, notamment celles orchestrées par Peter Maxwell, directeur de communication du bureau du PM, Mr. Jay Vent. La position officielle est d'être solidaire, sans trop paraître soutenir ni s'impliquer. Tout dépendra du résultat et des lauriers récoltés !

Cela force à sourire, les petites magouilles étant incroyablement associées à la nature humaine ! Le roman en démontre les rouages, les tracasseries bêtes et inutiles, les ambitions dévorantes et le déni d'informations pour éviter le scandale. A l'écart des ergotages pompeux, il y a notre scientifique, Fred Jones, qui vient d'être quitté par son épouse - exilée en Suisse pour remplacer un collège malade, puis mort. Mary est une économiste rompue et pleine de détermination, qui sacrifie sa vie personnelle pour sa réussite professionnelle. La séparation du couple vient miner notre scientifique, qui se consolera un temps auprès de la jeune Harriet, elle-même profondément déprimée par l'absence de son fiancé, en mission secrète dans le Moyen-Orient.

Construit à l'aide du journal intime d'Alfred, de courriels, de rapports d'enquêtes, d'entretiens, des lettres d'Harriet, et même d'un script pour le pilote d'une émission, le roman permet ainsi d'accélérer l'allure pour ne pas laisser le lecteur évanoui d'ennui à force de (trop) longues descriptions sur la pêche et le saumon.
L'histoire, elle, est cocasse, assez sarcastique. Elle dénonce plusieurs aspects de la folie des administrations, des possibilités surréalistes de l'argent et du pouvoir. Ce projet fou va toutefois permettre à un homme presque banal de connaître la notion du rêve et de l'amour, ce qui n'est pas rien !
Un roman qui a tout de la farce, de la comédie british assez pince-sans-rire, avec ses personnages flegmatiques, et au final ce bon divertissement cache aussi quelques notes aigres-douces. Pas mal, un roman à découvrir !

JC Lattès - 383 pages -  19.50 €

Traduit de l'anglais par Katia Holmes.  Titre vo : Salmon Fishing in the Yemen.

Lu par Molinia de Lectures-Club  & par Millepages (libraire)

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22/01/08

Festin de miettes - Marine Bramly

festin_de_miettesCe qu'en dit l'éditeur :

Lycéennes, elles étaient les meilleures amies du monde : Sophie, la petite provinciale, gauche, fille unique et mal-aimée de parents âgés et rabougris, et Deya, fascinante, racée, dotée de l’assurance de sa caste, les Rausboerling, grands bourgeois protestants, extravagants et libres.
Livrées à elles-mêmes, les deux adolescentes ont vécu une parenthèse enchantée dans la petite maison au fond du jardin de l’hôtel particulier de la famille de Deya, rue des Grands Augustins.
Et puis la rupture inexpliquée, suivie de l’exil en province, jusqu’à ce coup de fil de Deya, huit ans plus tard, qui conduit Sophie à abandonner travail et mari – cette existence médiocre qui lui fait horreur – pour sauter dans le train pour Paris.
La maison des Rausboerling à la splendeur perdue, puis la brousse sénégalaise où vivent la mère de Deya et son fiancé africain servent de cadre aux étranges retrouvailles des deux amies. Mais peut-on jamais revenir en arrière ? Face à l’exubérance de Deya et au poids du clan, se creuse le vide de Sophie. Face à l’élan de vie, le vertige, jusqu’à la folie…
Roman d’amour et d’amitié, roman de mœurs, roman de démence et de ténèbres, ce Festin de miettes nous mène de Saint-Germain-des-Prés à Dakar, en passant par la Porte de la Chapelle, dans une épopée contemporaine envoûtante où le romanesque se dispute avec brio au suspense intimiste.

Ce que j'en dis :

C'est une histoire entre deux amies d'enfance, qui se sont perdues de vue et se retrouvent près de dix ans après. On en a déjà lu, des histoires à cette sauce. Alors pourquoi se laisser tenter par cette énième copie, après tout ? Tout simplement parce que « Festin de miettes » donne l'impression que l'écriture coule de source, qu'une histoire peut s'écrire et se raconter de façon claire et limpide, que cela vous emporte et ne vous lâche plus avant la dernière page. 

C'est la quête d'une mère qui pousse Sophie et Deya, fraîchement réconciliées, à se lancer vers une piste qui les conduit tout droit au Sénégal. Mais pour toutes les deux, le parcours réveille des anciennes bouffées d'envie et d'aigreur. Le voyage n'est pas gratuit, il va les mener vers des vérités dérangeantes.
Avant cela, le décor était planté dans un « petit pavillon enfoui sous une perruque de glycine, dont la façade était en grande partie ouverte aux regards, comme dans une maison de poupée », une maison nichée au fond du jardin d'un hôtel particulier que possède la famille Rausboerling. Et ce théâtre de la rue des Grands Augustins semble coupé du reste du monde, plus rien n'existe autour. On entre chez les Rausboerling comme dans une autre dimension, dans une demeure splendide d'un autre temps, où l'on croise des figures flamboyantes et décaties.
Le vertige qui saisit Sophie est là pour lui rappeler les années de frustration, de rage et d'amertume. Sa propre vie est devenue si médiocre le jour où elle a quitté ce foyer d'adoption, poussée par la colère de Deya. Et pourtant, aujourd'hui, la jeune fille la réclame. Comme au bon vieux temps. 

L'histoire est étourdissante, passionnante et brillante !
Marine Bramly paraît aussi à l'aise en pleine brousse africaine ou dans un hôtel particulier d'une famille de vieux bourgeois, baladant personnages et lecteur au gré d'une aventure captivante. J'ai été soufflée, emportée, enjouée et séduite par ce récit. Peut-être la quatrième partie est un peu plus faible, plus esquintante... même si finalement j'ai trouvé que le point final était osé. 
C'est superbement envoûtant, d'un romanesque époustouflant, parfois déconcertant, mais quel brio ! Vous ne lâcherez pas ce livre avant la fin !

JC Lattès - 359 pages -  (Janvier 2008)  18.00 €

Madame Figaro, 01-2008

"A lire Marine Bramly, on a l'impression qu'un roman c'est simple comme bonjour. Il y faut simplement du talent, un brin d'humour et d'émotion, une façon de cueillir les phrases comme elles se présentent, sans tambour ni trompette." Eric Neuhoff

"La diabolique Sophie, qui a mis son existence entre parenthèses dans le secret espoir de renouer leur amitié passionnée, n'a qu'une idée en tête : «fusionner en paix» avec son ancienne amie. Cette insupportable créature «aurait tellement aimé être comme Deya, aussi relax, aussi indifférente, et se laisser porter par le cours des événements», mais elle est toujours si mal lunée qu'elle en devient comique. Passé l'âge de se contenter des miettes de son idole, celle qui se perçoit comme un «hérisson avec les épines à l'intérieur» a appris, sous des dehors caressants, à sortir les griffes."   Le Figaro.fr

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17/05/07

Le vol des aigrettes - Sue Monk Kidd

vol_des_aigrettesJessie reçoit un coup de fil de l'île des Aigrettes, là où elle a grandi avec son frère Mike et leurs parents, avant de quitter les lieux précipitamment quelques années plus tard. Trop de mauvais souvenirs, dont la mort de son père, pour laquelle elle s'est sentie responsable.
Elle est aujourd'hui mariée à Hugh, un homme charmant et intelligent. Elle peint des petites boîtes et surmonte le départ de sa fille Dee pour l'université. Mais la façade lisse de sa belle vie idyllique s'effrite, car Jessie s'ennuie sans l'admettre officiellement.
Ce coup de fil, finalement, est un sursaut pour elle. On lui annonce que sa mère s'est intentionnellement tranchée un doigt, qu'elle a besoin de sa fille et qu'il faut à Jessie le courage d'effectuer ce retour vers le passé.
Son arrivée sur l'île s'accompagne de grandes bouffées d'asphyxie, de nostalgie, de douleur et de tristesse. Aux grandes questions qui impliquent la santé de sa mère, viennent aussi celles sur la mort de son père, sur ce qui a poussé toute une famille à éclater après ce drame. Et puis, il y a ce moine bénédictin, Frère Thomas, qui trouble et attire Jessie. N'étant plus sûre de sa vie de couple, elle se sent prête à sauter le pas pour de nouvelles expériences, affronter les fantômes et brusquer sa mère et leurs amis pour connaître les secrets.

J'avoue avoir lu ce roman car j'avais beaucoup aimé le premier livre de Sue Monk Kidd, "Le secret des abeilles". Bon, cette fois-ci je suis un peu moins emballée mais assez séduite par ce talent qu'a l'auteur de créer une réelle ambiance, une atmosphère réconfortante avec des personnages terriblement attachants.
Il y a toujours un fond mystique et religieux dans ces histoires, ici on prend connaissance d'une mystérieuse chaire ornée de sirènes sculptées, en hommage à une sainte qui, selon la légende, a abandonné sa condition de sirène pour se convertir au catholicisme. Toutefois, cela n'affecte pas davantage la lecture ni l'histoire.
La couverture n'est pas très réussie non plus et peut inviter le lecteur à la confusion. Ceci n'est pas un roman sentimental, juste un peu, mais c'est surtout le portrait d'une femme qui a une quarantaine d'années et qui traverse une crise. Il est, enfin, intéressant de se pencher sur une telle situation. Il est fini de s'imaginer que seul un homme peut connaître "le démon de midi". Car ici Jessie s'échappe de sa vie conjugale, de son cocon et va connaître des sensations nouvelles qu'elle va écouter, et non plus étouffer.
C'est une lecture séduisante, avec ses qualités et ses défauts, mais on en sort plutôt ravi.

JC Lattès, 380 pages / Avril 2007.

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05/04/07

Snobs - Julian Fellowes

snobsEdith Lavery, standardiste dans une agence immobilière de Chelsea, fait connaissance du fils Charles Broughton, lors d'une visite au château Broughton Hall. Le jeune homme est séduit et entreprend de la revoir. Une idylle va naître, qui n'est pas aux goûts de l'entourage de cette "gentry" britannique.
Très vite, Edith la roturière fait son entrée fracassante dans ce milieu huppé du Grand Monde. Elle n'appartient pas aux us et coutumes de cette classe sociale. Lady Uckfield, sa belle-mère qu'on surnomme Googie, a le sourire pincé de celles à qui on met sous le nez un plat peu ragoûtant mais que la bienséance vous oblige à décréter "onctueux".
Edith est une jolie fille, blonde aux grands yeux et aux bonnes manières, pourtant son arrivisme ne trompe personne, mis à part Charles. Le mariage est conclu, mais très vite Edith s'ennuie sous ce faste artificiel. Il devient vite apparent qu'elle n'a pas épousé Charles Broughton par amour, qu'elle commence à le déprécier et afficher son mépris en public !
Comble de tout, Edith provoque un scandale en s'exhibant aux côtés d'un acteur, Simon Russel.

Hauts et bas d'une roturière sans vergogne, dont le vrai crime n'était pas d'avoir épousé Charles sans l'aimer, mais de l'avoir quitté par amour pour un autre. "Sa folie : avoir renoncé aux fausses valeurs qu'elle avait adoptées en épousant Charles pour retourner aux valeurs éternelles. Ce n'était pas une attitude mondaine, conforme aux règles de l'aristocratie britannique."
Ce 1er roman de Julian Fellowes, scénariste de "Gosford Park" (à voir absolument !), est la peinture actuelle d'une pièce montée décrite avec humour, tendresse et acrimonie. L'histoire ressemble à celle d'hier, mais elle est plantée de nos jours. Elle suit les pas d'une Edith Lavery nourrie par sa mère de rêves à la Barbara Cartland et qui s'écroule sous la réalité de la condition de Milady. On l'aime et on la déteste. Mais à travers elle, c'est une façon de rappeler des codes rigides où l'on se défend d'être snobs dans cette bonne vieille aristocratie anglaise, qui dénigre sans retenue la bourgeoisie londonienne, parvenue et sans cachet. Il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes, en gros.
On partage les petites combines pour corrompre les retrouvailles, pour évincer définitivement cette petite dinde qui jette l'opprobre sur leur milieu très fermé. On assiste à l'opportunisme, aux élans d'amour, aux actes inconsidérés, aux tentatives de réconciliations, et cela se passe sous le couvert délicieux des parties de thé, des rendez-vous à Ascot, dans des salons où l'on reçoit une invitation au nom de Madame. Tous ces codes sont rapportés avec élégance, sans honte de dénoncer les couches d'hypocrisie, telle une délicieuse satire digne de Jane Austen, acidulée d'un soupçon d'Evelyn Waugh.
A déguster, avec thé et scones au raisin. Quelques scènes valent leur pesant d'or, cf. la nuit de noces !

JC Lattès - 375 pages

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06/03/07

Caïn & Adèle - Régis Descott

cain___adeleCe deuxième roman de Régis Descott est dans la ligne directe de son "Pavillon 38", thriller époustouflant qui plonge le lecteur dans les méandres du milieu psychiatrique et du tueur en série. Cela se passe en France, le personnage principal est le docteur Suzanne Lohmann qui a découvert, en pistant l'Anaconda, qu'elle était attirée vers les sombres abîmes de la folie humaine.

C'est son métier, c'est ainsi. Elle a quitté son poste à l'hôpital des malades difficiles pour ouvrir son propre cabinet. Elle est encore marquée par les douloureux événements qui ont été liés à l'enquête précédente, forte d'avoir contribué à l'arrestation de ce tueur en série, non sans avoir payé son propre tribut. Elle est désormais seule avec ses deux filles, tentant de renouer des rapports plus apaisants, malgré les cicatrices encore importantes.

Un jour, Suzanne est accrochée par une voiture de sport. Un homme l'aborde, l'invite chez lui et elle le suit. Abel Frontera est un individu au charme inquiétant, pourtant Suzanne est séduite. De toute façon, elle n'a guère le temps de s'épancher : une nouvelle série de crimes atroces appliqués selon le même rite barbare monte à la surface, suivie de peu par l'annonce d'une évasion, celle de l'Anaconda. Suzanne est menacée.

En tant qu'expert psycho-criminologique, le docteur Lohmann va participer aux enquêtes, de même qu'elle tente de faire front dans son rôle de mère et d'entretenir un semblant de vie sentimentale. Sans oublier non plus qu'elle vient de recevoir la visite troublante d'une femme "étrange" dans son cabinet, qui lui fait des confidences tout aussi douteuses.

L'histoire se voit donc partagée entre de multiples intrigues, qu'on estime ficelées, et qui plonge non seulement l'héroïne mais aussi le lecteur au bord du précipice. La tension est palpable, grossie au fil des chapitres. Les éléments s'enchaînent, la course du tueur fou se poursuit à perdre haleine, les scènes de crimes sont frappées du sceau de l'infamie. Le scénario est efficace, glaçant mais redoutable. On s'y engouffre avec une affligeante fascination chevillée au corps. Impossible de relâcher la pression. C'est tenace !

Avec "Caïn et Adèle", thriller au coeur du transsexualisme et de la gémellité, Régis Descott livre une version moderne et hallucinante du mythe biblique de Caïn et Abel. J'ajouterai aussi que l'auteur parvient, à s'y méprendre, à se glisser dans la peau de Suzanne Lohmann, lui offrant une dimension altruiste et vulnérable. C'est très souvent observé avec minutie, la psychologie devenant un atout imparable pour démêler les fils de cet imbroglio macabre. Enfin bref, ce livre sera le compagnon de vos nuits blanches !

JC Lattès - 327 pages  (2007)

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