25/07/13

“In vain have I struggled...”

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Toute lectrice de Jane Austen qui se respecte poussera toujours la curiosité à vouloir lire ces fameux petits ouvrages qui papillonnent autour de son œuvre, en s'inspirant de ses personnages ou de son histoire. Amanda Grange a cherché à percer la carapace du mystérieux Darcy en imaginant son point de vue lors de sa rencontre avec Liz Bennet dans Orgueil & Préjugés. Soit, l'idée est excitante et alléchante, évidemment je mords à l'hameçon.

Mais voilà, je suis un peu restée à l'extérieur de cette histoire qui ne m'est pas apparue nouvelle. Darcy est un gentleman engoncé dans ses bonnes manières et dans la haute opinion qu'il a de lui-même et de sa position dans la société. Mais on le savait déjà ! En fait, tout le charme de Darcy réside dans le voile de séduction énigmatique dans lequel il se drape. Moins on devine ses secrets, plus on fantasme sur lui. Alors, de le découvrir aussi accessible, avec ses interrogations aussi platounettes quant à cette inexplicable attirance qu'il éprouve pour Liz, ma foi, ça vous brise un mythe.

C'est plat, classique, avec énormément de retenue, jamais on ne s'évade, on est tenu dans un système qui sent le réchauffé, on s'ennuierait presque et on finit par se demander pourquoi on lit ce sous-Jane Austen alors qu'on pourrait replonger dans l'œuvre originale qui est mille fois plus spirituelle et enlevée !? Mais la lectrice est faible, elle lira d'ailleurs avec autant de scepticisme, mais non moins d'avidité, les autres livres de l'auteur (Mr Knightley, colonel Brandon, me voilà !).

Le journal de Mr Darcy, par Amanda Grange
Milady romance, coll. Pemberley, 2012 - traduit par Claire Allouch

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11/07/13

“If you were a woman, all I'd have to say is 'Colin Firth in a wet shirt' and you'd say 'Ah.”

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Jane Hayes voue une passion obsessionnelle pour Pride & Prejudice, plus particulièrement pour Darcy, et aussi Colin Firth. Comprenant qu'elle met en péril son avenir sentimental, sa grand-tante lui lègue en héritage un voyage unique à Pembrook Park où elle aura tout loisir de vivre à l'époque de Jane Austen et d'y trouver l'amour. En somme, c'est la promesse de se plonger pour de vrai dans son roman préféré.

Mais son expérience va se teinter de déconfiture et de déception, car ses rencontres ne sont pas aussi prometteuses, ou alors elles sont basées sur des leurres car les autres participants ne sont rien de moins que des acteurs ! Jane, elle, n'a pas le goût de s'amouracher pour quelques semaines, pour une aventure sans lendemain, par contre elle espère profiter de l'occasion pour soigner son idée fixe et tirer un trait sur Darcy !

Alors, c'est vrai que l'idée de base me plaisait mais je n'ai hélas pas été transportée par l'histoire. Je n'y ai pas trouvé de petite étincelle, de récit enlevé et tourbillonnant, ni d'humour ou de trait d'esprit. En fait, c'est plat, ronronnant, on s'ennuie presque et les personnages m'ont fait peu d'effet. Je suis déçue, mais je pense donner une chance à l'adaptation cinématographique (avec Keri Russell dans le rôle de Jane Hayes).

Coup de foudre à Austenland, par Shannon Hale
éditions Charleston, 2013 - traduit par Julia Taylor
illustration de couverture : Roxane Lapassade

17/01/13

"Ne pensons plus au passé que lorsqu'il nous apporte du plaisir, et contemplons l'avenir avec confiance et espoir."

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L'histoire se passe quelques années après le mariage des filles Bennet, en 1803. Nous sommes sur le domaine de Pemberley, où Darcy et Elizabeth coulent des jours heureux. Leur seule préoccupation du moment réside dans l'organisation du bal de Lady Anne, une tradition familiale, et peut-être dans l'approche des fiançailles de Georgiana, qui semble entourée de deux prétendants.

Et puis c'est le drame, un corps est découvert dans les bois, le couple Wickham fait une entrée fracassante et l'on comprend vite que le mari de Lydia est désormais le suspect idéal. La famille Bennet est effondrée, Liz et Jane se serrent les coudes, leurs époux font également preuve de patience, mais tout ce petit monde est clairement abattu. Plus on avance dans la lecture, plus on plonge dans un profond désarroi. L'ambiance devient sinistre, lourde, déprimante.

Il ne faut pas s'attendre à beaucoup d'action dans cette histoire, essentiellement alimentée en bavardages sur l'état des lieux et le moral des uns et des autres. P.D. James a privilégié une étude des sentiments et une analyse psychologique de la situation, revenant sans cesse sur des événements connus par les lecteurs de Jane Austen. Celle-ci était réputée pour sa finesse et son bon esprit, mais n'est pas Jane Austen qui veut ! Le style de Mrs James est plus classique, il s'applique difficilement à rendre son propos mordant ou espiègle. C'est même parfois répétitif, on a l'impression de tourner en rond quand les mêmes faits et pensées sont rappelés d'une façon puis d'une autre.

Toutefois, j'ai savouré cette ambiance, Pemberley occupe une place de choix dans le livre, mais aussi dans le cœur de ses occupants. Même les domestiques lui vouent un sens du devoir et du sacrifice qui peut paraître sidérant ! Et puis c'est toujours un plaisir de retrouver des personnages aussi chers, les sœurs Bennet ont fait du chemin et sont globalement heureuses, seul le couple Wickham fait preuve de sottise et d'inconséquence, comme d'habitude, ces deux-là n'ont vraiment pas changé. Quelle plaie ! Le petit clin d'œil à Emma a été également très fin, très délicat, je n'ai pas manqué de sourire à la fin.

Lecture hivernale par excellence, ce livre aura été un moment agréable et n'a pas à rougir d'avoir volé la vedette à l'auteur anglaise ! Prévoir un peu plus de 10 heures d'écoute en Audiolib. Texte intégral lu par Guila Clara Kessous.

La mort s'invite à Pemberley, par P.D. James
Fayard, 2012 / Audiolib, 2013  - traduit par Odile Demange

Écoutez l'extrait lu par Guila Clara Kessous

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15/02/12

swap Jane Austen 2012

Hop, hop, hop ! C'est en compagnie de Bladelor que je me suis lancée dans l'aventure du swap Jane Austen organisé par Christelle du blog A l'ombre du cerisier (ici). 

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Nous avons : la série Downtown Abbey, A most improper magick de Stephanie Burgis, To conquer Mr Darcy d'Abigail Reynolds, Pemberley Ranch de Jack Caldwell, A weekend with Mr Darcy de Victoria Connelly, Persuading Annie de Melissa Nathan. 

Mais aussi des sablés, du chocolat, des touillettes en chocolat, des gavottes, des biscuits au chocolat belge, du thé noir (des Lords, mais surtout des amants). 

Un mug Darcy lover, et puis surtout une écharpe "In vain I have struggled. It will not do. My feelings will not be repressed. You must allow me to tell you how ardently I admire and love you."  

Encore un grand MERCI à toi, Bladelor.

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07/11/09

Bargain with the Devil ~ Enid Wilson

*****

In Jane Austen's Pride and Prejudice, Fitzwilliam Darcy learns of the debacle involving Elizabeth Bennet's sister several months after he was rejected by Elizabeth, and volunteers to help find her sister, of his own accord. But what if Mr. Darcy demanded a reward to help her ?

*****

bargain_with_the_devilL'histoire commence juste après le couac de Hunsford. Lydia s'est enfuie avec Wickham, Elizabeth et son père sont à Londres pour les retrouver. En chemin pour Bond Street, Elizabeth rencontre Darcy à Hyde Park (on se rappelle avec émotion l'épisode de la lettre), malgré tout la demoiselle n'hésite pas à lui demander son aide. Darcy accepte, on croit relire le roman original, sauf que Darcy décide de négocier. Le monsieur est encore froissé du refus de la belle, il compte bien lui rappeler la sensation de gifle cinglante qu'elle lui a infligée précédemment et qui continue de le meurtrir. Pour l'heure, ses conditions sont encore vagues. Liz, qui n'a pas le temps de faire la fine bouche, se demande in petto s'il est temps pour elle de prier pour sa vertu ! ^-^
D'après la couverture, c'est fort probable !
Soyons fous, cette bluette écrite par l'australienne Enid Wilson est une petite chose coquine et insensée. Liz et Darcy sont beaucoup  plus entreprenants, leurs regards sont sous-jacents, les sourires démoniaques et leurs gestes tellement plus explicites. Amis puristes, passez votre chemin !
C'est simple, tout commence lorsque Liz et Darcy se retrouvent aux trousses du couple en fuite, quelque part dans une petite ville de pêcheurs. Liz s'est déguisée en garçon, elle a choisi, contre l'avis de Darcy, de se joindre à lui car elle craint sa colère d'avoir été dupé par deux fois par Wickham, elle souhaite éviter le duel. Ainsi, elle se présente à lui, la cheville foulée et les habits trempés (elle vient de glisser dans l'eau). Darcy est légèrement en pétard, de plus l'orage approche et il est temps de se mettre à l'abri. Le couple trouve rapidement refuge chez l'habitant.
Liz et Darcy vont alors passer toute une nuit dans la même chambre, ajoutez qu'ils sont nus (leurs vêtements sèchent près du feu) et Darcy va bien arroser sa soirée. Résultat, il est complètement ivre lorsqu'il se glisse sous la couette en prodiguant moults caresses et paroles interdites aux moins de 16 ans !!!
Hihihi. Ce n'est pourtant qu'une mise en bouche.
Las, le dossier Lydia-Wickham connaît une triste fin. Liz et Darcy ne vont plus se voir pendant six mois, jusqu'à l'invitation à Pemberley. Je passe à vive allure les atermoiements respectifs, notre couple est enfin nez à nez dans le labyrinthe du parc et s'avoue leurs sentiments (en s'échangeant quelques baisers hardis). Le soir même, la douce Elizabeth brise sa coquille et sussure, franco, "Fitzwilliam, make me yours" !!!
Les Janeites viennent de pousser leur dernier cri d'horreur.
Verdict, empreint d'une grande clémence : voilà un petit roman de 100 pages, polisson, pas bien méchant, avec du bon et du moins bon aussi (après tout, c'est à la base une fanfiction !). Ceux qui n'imaginent pas Liz et Darcy autrement que s'échangeant des billets doux, le regard énamouré, les courbettes respectueuses, et où seule
la scène du lac atteint son plus haut degré d'érotisme, oui effectivement passez votre chemin, ce roman n'est pas pour vous ! ;o)

> lire le 1er chapitre (en anglais) 

LireEnVo
challenge Lire en vo - 2 

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Orgueil et préjugés et zombies ~ Seth Grahame-Smith

 

 

 

 

 

 

Orgueil_et_pr_juges_et_zombies

Flammarion, 2009 - 317 pages - 17€
traduit de l'anglais par Laurent Bury

« - Elle est tolérable, mais pas assez jolie pour me tenter, et je ne suis pas d'humeur à accorder de l'intérêt aux demoiselles que les autres hommes dédaignent.
Alors que Mr Darcy s'éloignait, Elizabeth sentit son sang se glacer. Jamais de sa vie elle n'avait été insultée de la sorte. Le code des guerriers exigeait qu'elle vengeât son honneur. En veillant à ne pas attirer l'attention, Elizabeth baissa la main jusqu'à sa cheville, où elle trouva la dague qu'elle dissimulait sous sa robe. Elle avait l'intention de suivre cet orgueilleux Mr Darcy à l'extérieur et de lui trancher la gorge.
Cependant, à peine avait-elle saisi la poignée de son arme que la salle se remplit d'un choeur de hurlements, aussitôt accompagnés d'un bris de vitres. Des innommables se répandirent dans la pièce, avec des mouvements gauches mais rapides ; les habits dans lesquels ils avaient été inhumés illustraient toutes les formes de désordre possibles. Certains portaient des robes en lambeaux, si bien que leur nudité en était scandaleuse ; d'autres, des costumes si crasseux qu'on les aurait crus faits de terre et de sang séché. Leur chair présentait des degrés divers de putréfaction ; chez ceux qui venaient de trépasser, elle était souple et légèrement verdâtre, alors que chez ceux dont la mort remontait à plus longtemps, elle était grise et friable. Leurs yeux et leur langue étaient de longue date tombés en poussière, et leurs lèvres se retroussaient en un perpétuel sourire de squelette.
Quelques-uns des invités, qui avaient la malchance de se trouver près des fenêtres, furent aussitôt capturés pour être dévorés. Lorsque Elizabeth se redressa, elle vit Mrs Long tenter de se dégager alors que deux monstres femelles lui mordaient la tête. Le crâne craqua comme une noix et projeta des éclaboussures de sang noir jusqu'aux lustres.
Tandis que les invités fuyaient en tous sens, la voix de Mr Bennet retentit à travers le vacarme.
- Mesdemoiselles ! Pentagramme de la Mort !
Elizabeth rejoignit aussitôt ses quatre soeurs, Jane, Mary, Catherine et Lydia, au centre de la pièce. Chacune des filles détacha un poignard de sa cheville et elles se disposèrent de manière à former les cinq branches d'une étoile, puis s'avancèrent simultanément. Chacun brandissait d'une main un poignard tranchant comme un rasoir, l'autre main pudiquement rangée dans le dos.
D'un angle de la salle, Mr Darcy regarda Elizabeth et ses soeurs progresser vers les murs, décapitant zombie après zombie sur leur passage. Il ne connaissait qu'une seule autre femme dans toute l'Angleterre qui maniait le poignard avec autant d'habileté, avec autant de grâce et avec la même précision mortelle.
Lorsque les filles atteignirent les murs de la pièce, le dernier des innommables gisait au sol, inerte.
En dehors de cette attaque, la soirée se déroula agréablement pour toute la famille.
(...)
»

Orgueil_et_pr_juges_et_zombies_de_Seth_Grahame_Smith

Une farce, ce roman !
Pas le temps d'avoir une petite pensée pour Jane Austen, ou tout juste, qui doit se retourner dans sa tombe. Cette parodie est à prendre à la légère, l'intrigue de base est la même que l'oeuvre originale (Orgueil et Préjugés) mais cette fois le Hertfordshire est ravagé par un terrible fléau : des attaques de zombies. M. Bennet ne gamberge plus dans son bureau, parmi ses livres poussiéreux, il a le souci de veiller à la défense de sa maison et passe son temps à aiguiser son poignard, nettoyer son mousquet et entraîner sa progéniture. Les filles Bennet sont des fines mouches, elles constituent l'armée de faction (en jupons et dentelles) à Longbourn et ses environs (elles ont même suivi un entraînement intensif dans l'art du combat à mort !).
Netherfield Park accueille ses nouveaux locataires, soit M. Bingley et toute la clique londonienne, dont le très orgueilleux Darcy. Vous l'avez compris, 85 pour cent du texte original ont été préservés, Grahame-Smith s'est ensuite contenté de fondre son grabuge du zombie ultraviolent pour un roman au-delà de toute morale. Les puristes crieront au scandale, les autres lecteurs penseront juste que c'est à prendre au second degré !
Car c'est effectivement cocasse, absurde, grand-guignolesque, invraisemblable, terrifiant et ridicule. Et pourtant, ce n'est pas totalement mauvais non plus, sauf si vous n'aimez pas les zombies et ce qui s'apparente à de la comédie très gore ! 
Pour ma part, j'ai ricané. J'ai franchement passé un bon moment, en reconnaissant que c'était osé, maladroit, en perte de vitesse au fil des pages et proche du sacrilège.
Ce livre de Grahame-Smith n'a aucune prétention, l'auteur a d'ailleurs de l'humour puisqu'il se présente lui-même comme un écrivain et scénariste américain qui ne s'est jamais remis de la lecture de Jane Austen ! Bien sûr, son délire littéraire est voué à l'oubli, en attendant il est bon de rire...
Et c'est à souhaiter que les lecteurs qui trouveront ce livre, sans connaître l'original, auront l'envie de découvrir la véritable pépite sans attendre ! 

 

> l'avis d'Isil

D'autres facéties sont à craindre pour la suite :  Sense and Sensibility and Sea Monsters ;  Mansfield Park and Mummies ... Et  un prequel à Pride and Prejudice and Zombies va paraître en mars 2010 sous le titre de Dawn of the dreadfuls, où Liz Bennet devient cette stupéfiante tueuse de zombies qu'on connaît.
Les Janeites sont sous le choc !  :o)

 

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27/09/09

Jane Austen à Scargrave Manor ~ Stephanie Barron

Labyrinthes, une collection des éditions du Masque, 1998 - 446 pages - 8,50€
traduit de l'anglais (USA) par Corinne Bourbeillon

jane_austen_scargrave_manorJane Austen a bientôt 27 ans, elle vient de rompre ses fiançailles avec Mr Bigg-Wither et se réfugie chez son amie Isobel, nouvellement mariée au comte Scargrave, de deux fois son aîné. Elle compte bien s'étourdir dans l'effusion des bals donnés à Scargrave Manor. Hélas, le vieux lord meurt dans d'atroces souffrances et la maison porte le deuil. Des petits billets font très vite leur apparition et accusent la jeune épouse d'avoir comploté le décès du comte, ses liens avec Fitzroy Payne, vicomte et neveu de son mari, dénoncent une connivence trop proche, trop tendre. Scandale à l'horizon ! Jane est émue de la détresse de son amie, tous les soupçons l'accablent et d'étonnantes révélations viennent assombrir la réputation de la jeune femme et de son ami (et soupirant), lord Payne, héritier du titre et de la fortune de Scargrave...

Ce n'est pas parce qu'on trouve Jane Austen en titre qu'il faut s'attendre à une lecture d'égale qualité, non, non... l'esprit, l'essence, l'adoration, l'humour et la finesse y sont forcément brodés et utilisés à bon escient mais il va sans dire que Stephanie Barron n'a pas le talent de l'anglaise, même si du talent elle en possède aussi certainement... Car j'aime ses romans, c'est le deuxième titre que je lis de sa série (cf. Jane Austen et le révérend) et j'y trouve un vrai, grand plaisir. C'est une lecture de pure distraction, du divertissement pour zoner sur son canapé, c'est assez bien écrit, l'ambiance est admirablement reproduite, la silhouette de Jane Austen est mise à l'honneur, on trouve une jeune femme vive et intelligente, qui rougit beaucoup et qui répète souvent être de bonne condition physique et donc d'apprécier la marche et les promenades. Ceci étant, c'est tout de même comique de l'imaginer en détective, si l'on transpose l'idée d'une Miss Marple avec quelques années de moins... Là je dis stop, cela casse l'image et cela devient totalement ridicule.

La série de Stephanie Barron n'a pas d'autre intention que d'être agréable à la lecture et de ne pas prétendre usurper l'identité de Jane Austen, juste de la respecter, ensuite le personnage de l'écrivain anglais est mis en scène, mais jamais dans des situations incongrues, ou tout juste peut-on trouver que cela reste terriblement romanesque, Jane n'était pas une beauté fatale, elle le rappelle, mais son charme de l'esprit n'avait de cesse de faire tourner les têtes, et c'est avec étonnement que je constate de nouveau les ravages qu'elle provoque ! Cette lecture donne le sourire, c'est indéniable. L'enquête criminelle demeure de facture classique, je n'ai pourtant pas su deviner le coupable avant la révélation au dernier chapitre.  Stephanie Barron sait entretenir le suspense, mais son roman pourra paraître bien long et bavard pour ceux qui attendent de l'action et des rebondissements. Il n'en est pas du tout question dans ce livre ! Ambiance georgienne joliment léchée, voilà de quoi ravir les amateurs. Entendons-nous bien.

> un extrait :

Sachant que le lieutenant Hearst avait tué un homme, je ne parvenais à songer à rien d'autre ; mais l'on se doit, lorsqu'on enchaîne les figures, de causer un tant soit peu avec son partenaire ; je me mis donc l'esprit à la torture, désespérant de trouver un mot pour engager la conversation. Rougissante - j'en ai peur - et les yeux obstinément baissés, je dus lui faire l'effet d'une vraie petite oiselle, lui offrant ainsi une image de ma personne probablement aussi imparfaite que le portrait que miss Delahoussaye m'avait dressé de lui. Lui-même, devant mon mutisme embarrassé, hésitait à prononcer une syllabe ; et nous persistâmes péniblement dans ce silence d'une profonde sottise pendant près de la moitié du temps que dura la danse. Mais s'il est une chose que je déteste par-dessus tout, c'est bien de me retrouver flanquée d'un cavalier muet ; aussi, surmontant mon horreur des coups de pistolet à l'aube, je me réfugiai dans la légèreté d'un badinage féminin.
- J'ai profité de votre absence, lieutenant, pour me renseigner sur votre caractère, lançais-je.
Levant un sourcil, il me jeta un regard amusé.
- Et suis-je digne de toucher votre gant ?
 

NB : Il s'agit du premier tome de la série.

> lu aussi par Plaisirs à cultiver et La bibliothèque d'Allie

23/09/08

Jane Austen et moi - Emma Campbell Webster

Conditions requises : 1°) aimer Jane Austen  -  2°) avoir énormément d'humour !
Votre mission : trouver le mari idéal.
Vos armes : un bel esprit, un physique acceptable, de la jugeotte.
Vos failles : une famille croqueuse de dots.
Sur ce, chaussez vos plus belles bottines en nankin, gantez vos mains et sortez chapeaux et parures de coquette... Netherfield vient d'ouvrir ses portes, la chasse est ouverte !

*********

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Première impression : on s'y croirait ! Ceci semble être, de prime abord, une relecture de Pride & Prejudice saupoudrée de bonne humeur et de facétie. Vous êtes Elizabeth Bennet, vous rencontrez Darcy et vous le détestez d'office, vexée comme un pou d'avoir été jugée 'passable'. De son côté, votre soeur Jane s'est amourachée du tenant de Netherfield et, par faute de la rouerie de votre mère, se trouve coincée chez lui, sous la couette, avec une grippe carabinée. Cela dépasse votre entendement et vous vous rendez sur le champ chez votre voisin pour lui tenir compagnie.
La mission peut commencer.
Et pour moi, elle débute très mal. Pour ne pas dire, lamentablement ! Je suis renvoyée à mes fourneaux, paf, c'est fini. J'ai échoué. Oui, d'entrée de jeu ! Je ne dévoile pas comment, ni pourquoi. Mais j'ai beaucoup rigolé de cette déveine.
Allez, je rejoue aussitôt et opte pour l'autre option - qui ne repose que sur un pur hasard, ceci dit en passant. Vous choisissez ci ou ça, et vous vous rendez page x . J'ai toujours adoré ce genre de jeu littéraire. Enfant, j'étais friande de ces livres dont vous êtes le héros. Quelques années plus tard, j'aime toujours autant !
C'est franchement très drôle. Vous menez votre petite barque, si vous êtes un tantinet maligne, vous louvoyez avec aisance pour mieux atteindre votre but. Toujours pour ma pomme, je n'ai fait que collectionner les mauvaises décisions (je suis définitivement une courge en broderie, en danse et je suis une piètre musicienne !). Définitivement, pas bonne à marier.
Mais je persévère... pour ne pas dire que je triche ! :))
Et ma petite aventure se poursuit drôlement, et avec bonheur. Je croise un appétissant Mr Lefroy, me fourvoie à lui donner ma main, mon manque de fortune m'obligera à la reprendre. Grrr. Je poursuis, je cours, je feuillette comme une folle... Darcy, ô Darcy, où es-tu ?
Vous êtes Elizabeth Bennet, ne l'oubliez pas !
De passage dans le Kent, vous retrouvez son exquise compagnie... toujours planquée derrière son Bouclier d'Orgueil (que vous rêvez de percer!). La soirée chez Lady Catherine est un must ! Les dialogues sont vifs, de vrais balles de ping-pong. Pour un peu, vous imaginez avoir ensorcellé le bellâtre. Or, les jours suivants, vous apprenez que Darcy a brisé le coeur de votre soeur chérie et lui en voulez fermement. Sa déclaration pataude tombe à l'eau... Allez-vous accepter ou refuser ? Le sort de votre mission en dépend.
(Et là je rigole dans ma barbe, forte d'un tour de passe-passe qui ferait rougir tout prestidigitateur !)

*********

Ce livre a un potentiel en matière de dérision, c'est hallucinant ! Ce serait mentir que prétendre ne pas aimer ! Je n'ai fait que jouer de mésaventures et de malchances du début à la fin, d'ailleurs je finis par épouser Wickham - ce qui n'était pas du tout dans mes intentions !
Le truc, avec ce livre pétillant, c'est de ne pas faire sa capricieuse et de ne jamais chercher à modifier les grandes lignes de l'intrigue. Si vous vous tenez au scénario de base, vous atteindrez forcément votre but (Darcy ! Darcy ! Darcy !). Or, si l'envie de titiller l'histoire déjà connue vous saute à la gorge, vous serez également la victime d'une histoire à l'ampleur romanesque incontrôlable ! Imaginez croiser Knightley, le colonel Brandon ou même le capitaine Wentworth dans cette campagne anglaise que vous parcourez avec votre charme irrésistible - c'est bien simple : ils veulent tous vous épouser !
Elizabeth perd la tête, ne sait plus à qui donner son coeur. Après une énième tentative, j'épouse Knightley ! Emma Woodehouse, c'est moi. Et Darcy est à rayer de ma carte aux prétentions, définitivement pas de mon acabit - je rêve !

Je retiens de ce livre une lecture éclatante. Et ce qui est bien, c'est qu'on peut le lire et le relire sous toutes les formes, jamais on n'obtient la même histoire - ce qui augure d'autres longues heures de plaisir en perspective.
A noter : cette édition française est agrémentée des illustrations de Pénélope Bagieu.

Editions Danger Public, septembre 2008 - 380 pages - 22€
traduit de l'anglais par Sylvie Doizelet
titre v.o : Lost in Austen : Create your own Jane Austen adventure

L'avis de Francesca

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09/03/08

Becoming Jane, ou comment (re)devenir fleur bleue

Becoming Jane isn't a conventional biopic. Instead, Julian Jarrold expands on events from Jane Austen's life that may have shaped her fiction. To his credit, he doesn't stray too far from the facts. Kéçako ? En gros, ce film sur Jane Austen n'est pas une biographie formelle, mais juste une histoire romancée adaptée d'après des faits existants, ou s'y approchant, ce film a davantage choisi de raconter ce qui aurait pu servir à influencer et nourrir les romans de Jane Austen.

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Nous sommes en 1795, notre délicieuse Jane a vingt ans et nourrit l'espoir insensé d'écrire et de vivre de sa plume. Elle a pourtant conscience du poids qui repose sur ses épaules, les attentes de sa famille pour concrétiser un mariage convenable, sachant que la famille Austen est pauvre comme Job, les garçons peuvent à peine caresser l'espoir de toucher une rente, ne parlons pas des filles ! ... C'est une vérité universellement reconnue qu'un célibataire pourvu d'une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l'on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu'il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l'esprit de ses voisins qu'ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété légitime de l'une ou l'autre de leurs filles.  (1)  Au 18ème siècle, donc, les demoiselles ont pour vocation de s'appliquer dans l'art de la broderie, de la musique, de la poésie et de la danse. L'intelligence et l'esprit ne sont alors que des qualités accessoires pour les critères de choix. De la grâce, de la discipline et une santé rayonnante sont des valeurs assurant le succès sur le marché de la chasse aux maris.

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Jane Austen ne participe pas à cette foire, elle prend plaisir à se rendre aux bals, supporte le babillage incessant de sa mère qui la verrait au bras de Tom Wisley, neveu et seul héritier de Lady Gresham, mais refuse d'envisager un mariage sans amour. Et c'est vrai que jusqu'à présent, sa seule et véritable passion se trouve dans l'écriture de romans. Et puis arrive, dans cette campagne du Hampshire, un citadin bourré de préjugés, originaire d'Irlande et actuellement étudiant en droit à Londres, où il réside sous la coupelle d'un oncle richissime, juge à la Cour Suprême. Son nom : Tom Lefroy. Il a été envoyé chez des proches pour un séjour de courte durée, le temps qu'il mijote dans son jus. Le galopin manque de maturité, et son oncle le mène par le bout du nez en lui faisant miroiter de le coucher sur son testament. (Le garçon est lui aussi dépourvu de toute fortune !)

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Lefroy arrive dans cette société étriquée du Hampshire avec un profond sentiment d'ennui et d'agacement. La première rencontre avec Jane est placée sous le signe de l'irritation, Tom fait prendre conscience à la jeune fille que ses écrits manquent ... d'expérience personnelle. Un défi amusant est alors lancé, un pari muet et taquin, qui consiste à titiller la demoiselle en l'invitant, par exemple, à lire Tom Jones de Fielding (un roman passablement scandaleux, qui remet en cause la morale chrétienne, en faisant la satire de son époque). En fait, le film laisse entrevoir l'allusion sexuelle qui laisse sans voix Jane Austen (elle s'empressera de rédiger une lettre à sa soeur Cassandra pour décharger son trop-plein d'émotions). C'est un vrai capharnaüm dans sa tête, mais une chose se remarque, jamais elle n'a été aussi inspirée pour écrire ! L'histoire laisse ainsi entendre que Jane va prendre pour modèle sa rencontre avec Tom Lefroy pour commencer First Impressions, qui deviendra Pride & Prejudice.

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Bon, inutile de s'attarder sur les si et les mais, je sais combien le film n'a pas fait l'unanimité chez les fans, je ne vais pas tomber dans ces versants, j'accorde que certains points peuvent être bien fâcheux pour attester la moralité de l'époque et le caractère de la jeune femme (trop d'exaltation, non ?...). Je ferme aussitôt la parenthèse, car j'ai vu ce film comme un jeu littéraire, ainsi le considère Emjy. Je suis 100% d'accord avec elle.

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Ce que je loue dans ce film, c'est son romantisme, sa soif d'émotions vibrantes, son scénario improbable, ses coups de théâtre, ses scènes sirupeuses, ses acteurs (aaaah ! ce James McAvoy !) et sa facilité à faire couler les larmes. J'ai aimé la fraîcheur de cette Jane Austen qu'incarne Anne Hathaway, sa beauté, sa grâce et sa tournure. J'ai fondu devant les regards fripons du Tom Lefroy, interprété par ledit James McAvoy, son sourire en coin, ses yeux qui ne voient que Jane, sa réplique "Jane, I'm yours", son hardiesse et son espièglerie. Ils forment tous les deux un couple frappé du sceau du sacrifice, et on comprend combien le mariage de convenance, le manque d'argent, à cette époque, pouvaient pousser à la folie ! (Du moins, moi j'ai cru devenir folle en voyant les conséquences !)

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Je n'entre pas dans la polémique, et j'apprécie simplement ce cinéma de divertissement, où frise l'idée d'une romance qui aurait pu inspirer la trame de Pride & Prejudice. Ni plus, ni moins. (Tom Lefroy, le vrai Mr Darcy ?) Dans cette optique, alors vous perdrez la tête et vous friserez l'hystérie face à certaines scènes déchirantes (surtout vers la fin !). Vous comprendrez comment la tragédie peut nourrir les plus grandes et belles histoires d'amour ! Finalement, ce film dénonce solennellement les travers de l'époque, la condition de la femme, le poids de la société, le rang à tenir, etc. puis vire carrément dans le mélodrame face auquel seul un coeur de pierre resterait de marbre. (Sortez les mouchoirs, mes ami(e)s !!!)

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Je sais bien qu'on ne détient pas là une oeuvre remarquable et vraisemblable sur la vie de Jane Austen et sa famille. Cela ne semblait pas non plus être le but recherché, mais à la façon d'un Shakespeare in love le réalisateur a voulu broder un scénario selon lequel la fiction aurait été la conséquence d'une expérience vécue par son auteur. Une simple digression, pas de quoi ruer dans les brancards ! ... Je pourrais émettre quelques tss-tss sur les dernières minutes du film, non mais vraiment c'est poussé loin le bouchon, mais étant donné que j'ai marché à fond dans cette histoire, je vais m'en tenir à mon sourire béat, à mes petites larmes sur la joue et à me dire que c'est drôlement gaga, mielleux et fondant pour mon coeur de midinette. Et j'aime ça ! (J'ai aimé, aussi, saisir au vol les clins d'oeil ramenant aux romans de Jane Austen, les scènes qu'on retrouvera ci et là ...)

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Pour les amateurs de vérité vraie, reportez-vous à la lecture de Jane Austen, passions discrètes de Claire Tomalin (Autrement). Il est vrai que le film de Jarrold chamboule l'idée de toute passion discrète chez Jane Austen !

(1) Le fameux incipit de Pride & Prejudice - traduction de V. Leconte et Ch. Pressoir

Credit photos : BBC.co.uk

Le compte-rendu d'Emjy

Becoming Jane, film de Julian Jarrold (Sortie US : Août 2007 ; Sortie France : Octobre 2007).

Distribution :

  • Jane Austen: Anne Hathaway

  • Tom Lefroy: James McAvoy

  • M. Austen: James Cromwell

  • Lady Gresham: Maggie Smith

  • Mme Austen: Julie Walters

  • le juge Langlois: Ian Richarson

  • Cassandra Austen: Anna Maxwell Martin

  • Henry Austen: Joe Anderson

  • Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [29] - Permalien [#]
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    05/03/08

    Jane Austen et le révérend - Stephanie Barron

    jane_austen_et_reverendQuittant Bath pour la ville de Lyme, la famille Austen est victime en chemin d'un accident qui blesse gravement Cassandra, la soeur de Jane. Cette dernière s'arme de courage et se rend vers la propriété la plus proche, High Down Grange, réputée pour être peu hospitalière. Et effectivement, le propriétaire des lieux, Geoffrey Sidmouth est rustique, bourru, agacé par cette arrivée à l'improviste. Il consent toutefois à venir en aide à Jane et sa famille et les héberge quelques jours chez lui. L'activité dans cette maison est intriguante, et éveille quelques interrogations chez Jane. Il y a d'abord la cousine du gentilhomme, Séraphine LeFèvre, une beauté éthérée un brin mystérieuse, qui est originaire de France. Assez effacée, elle sort peu de la maison ou se promène la nuit avec une lanterne de forme curieuse et vêtue d'une pèlerine rouge.

    Le contact avec Sidmouth ne s'est pas fait sans mal, mais Jane a su lui tenir tête et peut-être cela a-t-il influencé dans l'attitude du gentleman pour les jours suivants. Galant et guindé, il adopte un port assez froid, tout en se montrant très prévenant auprès de Jane et sa famille. C'est lui qui débauche le médecin, Mr Dagliesh, pour soigner Cassandra, lui qui conduira les Austen chez Mr Crawford sur son site de fouilles, et pourtant le ton badin semble faux dans le coeur de Jane (qui ne peut s'empêcher de palpiter un peu plus fort). Elle se méfie de l'homme, donnant foi aux ragots qui courent à son sujet. On murmure un tas de choses à Lyme, sur un prétendu Révérend et sa clique, sur la demoiselle Séraphine et sur des activités illégales livrées la nuit sur la plage. Jane a aussi fait la connaissance du capitaine Fielding, qui lui confie instantanément ses soupçons sur Sidmouth qu'il juge être le Révérend, un pilier de la contrebande entre la France et l'Angleterre.

    Fielding, qui se dit à la solde des Douanes, voudrait démasquer ce brigand et remporter ainsi la bataille sourde qui gronde entre Sidmouth et lui, dans laquelle Séraphine joue un rôle important. Aucun des concernés n'est prêt à dévoiler le fond du problème, au nom de l'Honneur, mais Jane est bien décidée à mener jusqu'au bout sa petite enquête toute personnelle. Il lui est impossible de réfléchir autrement, incapable de terminer son manuscrit en cours (Les Watsons). Alors la jeune femme use de son sens de la répartie, de sa capacité de jugement et de sa perspicacité toute féminine pour écouter, questionner, sonder, allant même jouer les héroïnes à la Mrs Ann Radcliffe en errant le soir sur le Cobb ou dans une caverne isolée sur la plage...

    jane_austen_et_le_reverend_2Que dire sur ce roman d'une Austenite convaincue, passionnée au point d'imprégner son récit du style de son idole (sans parvenir à l'égaler, on s'en doute), mais travaillant avec soin ce souci du détail, de la formule et du contexte avec un aplomb remarquable ?! Stephanie Barron est réellement parvenue à faire illusion, surtout durant les premiers chapitres de son histoire. Elle dépeint une Jane Austen vive, intelligente, pointilleuse et sensible au charme d'un gentleman inquiétant et fort séduisant par toute cette part de mystère qui l'entoure ! Je me dois de reconnaître avoir beaucoup pensé que c'était tout de même drôlement romanesque, dans le fond. Le gentleman arrogant, réputé mauvais bougre, suspecté d'être le fameux contrebandier qui sévit sur la côte, et qui fait battre le coeur de notre demoiselle... l'action où se mêlent le goût du sel marin, les tempêtes, la chasse entre les troupes des Dragons et les bandits en pleine nuit, et une héroïne au coeur de l'intrigue, cheveux au vent, et une séduction qui connaît son acmé !... Il ne faut surtout pas se méprendre, ce genre de roman n'est pas un pastiche de l'oeuvre de Jane Austen. L'écrivain est ici utilisé en tant que personnage principal, et Stephanie Barron a beaucoup respecté la personnalité de la dame, bien cadré le décor, beaucoup lu les biographies et a su baliser son sujet. C'est un zéro faute sur cet aspect, et personnellement j'ai beaucoup apprécié cette part d'imagination. On ne pourra reprocher à Mrs Barron d'avoir spolié Jane Austen, ni d'avoir fait affront au personnage. Et il me semble, alors, que lire les enquêtes de Jane Austen par Stephanie Barron n'est qu'une simple invitation au divertissement littéraire et historique, dans une ambiance élégante et racée, avec une enquête pas extraordinaire, mais tout à fait potable (saluons que le couperet ne tombe qu'au dernier chapitre, et pas un soupçon avant !). Pour toutes ces raisons, j'ai été séduite et je suis prête à poursuivre cette belle lancée.

    A signaler, cependant, que ce tome n'est pas le premier de la série, il s'agit en fait de Jane Austen à Scargrave Manor, paru étrangement l'année d'après en France. L'auteur y fait quelques allusions dans ce livre, et c'est bien dommage ce léger couac. Il faut donc considérer, à ce jour, l'ordre de publication en France des oeuvres de Stephanie Barron, comme suit :

    1. Jane Austen à Scargrave Manor  (1998)

    2. Jane Austen et le révérend   (1997)

    3. Jane Austen et l'Arlequin  (2000)

    4. Jane Austen à Canterbury  (2001)

    5. Jane Austen et la sorcière du Derbyshire  (2003)

    6. Jane Austen et le prisonnier de Wool House  (2006)

    7. Jane Austen et les fantômes de Netley  (2007)

    8. Jane Austen et l'héritage du comte  (2008)

    * Les dates de publication correspondent aux sorties françaises.

    Labyrinthes - 400 pages - Traduit de l'anglais par Corinne Bourbeillon.

    Le site de l'auteur : http://www.stephaniebarron.com



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