07/06/16

Le Journal de Mr Darcy, d'Amanda Grange

JOURNAL DE MR DARCY

« Mes pensées vagabondèrent. Allais-je trouver Elizabeth changée, depuis l'automne ? Serait-elle surprise de me voir ? Non. Elle était informée de ma présence. Serait-elle heureuse ou contrariée ? Heureuse, bien sûr. Renouer connaissance avec un homme de ma position doit être désirable à ses yeux. »

Pour les besoins du Mois Anglais, j'ai choisi de relire ce roman, non par conviction, mais parce que c'était le seul disponible en livre audio, le format qui m'accommodait le mieux. Mais dès les premières notes lues par Richard Andrieux, j'ai bien failli regretter mon choix. Ce que j'entendais était affreusement guindé, solennel et plat, car le narrateur opte pour une articulation qui frise le ridicule, prétendant sans doute coller au personnage de Darcy, mais c'est beaucoup trop affecté et peu agréable à l'écoute. J'ai fini par m'y habituer, sans être follement conquise. Et c'est bien pour me fondre dans le décor de cette délicieuse Angleterre georgienne que je n'en ai fait qu'une bouchée.

L'histoire se veut la libre interprétation du roman de Jane Austen (Orgueil & Préjugés) en octroyant au personnage de Darcy des pensées intimes et coupables qu'il déverse dans son journal. Lui, dont on raffolait le mystère, le charme ténébreux, la stature imposante et vénérable, nous apparaît cette fois hautain et arrogant, encombré de préoccupations de second ordre, dont des atermoiements sentimentaux qui le relèguent à sa position de simple humain... Oh non. Darcy est un fantasme. Darcy est une énigme. Darcy ne peut descendre de son piédestal. Darcy a évidemment une haute opinion de sa personne et se compromet en ressentant cette inclination pour Elizabeth Bennet, de condition sociale inférieure, en plus d'être affiliée à une famille stupide et vulgaire. Ses sentiments lui coûtent et il se sent honteux de les avoir, sa première déclaration est donc un déchirement du cœur. ^-^ L'histoire, ainsi, n'est guère surprenante. Tout a déjà été écrit et on ne peut en attendre davantage. Au lieu de ça, on rembobine la pellicule et on repasse le même disque avec la lettre d'excuse, la visite de Pemberley, la fuite de Lydia, la mission de sauvetage et les émotions florissantes... Ouhlala. C'est nettement moins excitant de découvrir un Darcy qui tombe le masque. Cela le rend soudainement moins attirant, trop accessible. Quelle désillusion.  

Il faut donc se munir d'une bonne dose de cynisme, avec un goût prononcé pour le second degré, pour se lancer dans cette lecture, qui n'a pas su gagner mes faveurs. J'ai en effet l'impression d'une supercherie, avec des personnages méconnaissables, limite méprisables, et une intrigue peu fouillée, trop réchauffée, sans compter certaines incongruités comme les balbutiements ou les rougeurs à répétion... Que diable !? On se croirait dans le film de Joe Wright ! Il est sans nul doute appréciable de succomber au plaisir coupable d'une douce illusion, c'est le propre de chaque austenerie, en adoptant la philosophie du lâcher prise pour éviter de s'offusquer à chaque détournement sordide.  ;-)

Texte lu par Richard Andrieux pour Hardigan, janvier 2016 (durée : 8h 02) 

©2012 Milady. Traduit de l'anglais par Claire Allouch (P)2016 e-Dantès

Le Journal de Mr Darcy | Livre audio

>> Le livre audio est disponible en exclusivité sur Audible, uniquement en téléchargement.

Audible Journal de Mr Darcy Audible Mr Darcy

 

# Mois Anglais 2016 : Autour de Jane Austen

Mois Anglais 2

 

« La seule chose qui me hante alors que j'écris est le regard que je surpris de la part de Miss Elizabeth Bennet lorsque je fis remarquer qu'elle n'était pas assez belle pour me donner envie de danser. Si je ne savais pas que c'est impossible, je dirais qu'il était ironique. »

 


10/09/15

Darcy, what else ? de Teri Wilson

Darcy, what else

« C’est une vérité universellement reconnue qu’une célibataire à l’aube de la trentaine doit avoir envie de se marier. » La bonne blague. C’était peut-être vrai au XVIIIe siècle, mais, aujourd’hui, Jane Austen a tout faux. Elizabeth Scott, américaine de 30 ans, a tiré un trait sur les hommes. Tous des goujats ! Surtout les plus fortunés, comme ce Grant Markham, qui fait pression sur le conseil d'administration de son école privée pour la renvoyer.

De dépit, Elizabeth décide de consacrer toute sa passion à son chien - un adorable Cavalier King Charles - qu'elle présente pour la première fois à un concours. Mais le nouveau membre du jury, venu tout exprès d'Angleterre, un certain Donovan Darcy, la traite avec dédain et snobisme. Trop, c'est trop. La jeune femme bout littéralement et lui rend son mépris avec superbe.

Après quoi, Elizabeth s'envole pour l'Angleterre où elle vient de décrocher un poste de nounou pour chiens chez ses amis, Alan et Sue Barrow. Son installation dans South Kensington est un rêve éveillé. Exit ses discours acrimonieux sur les gens pleins aux as, elle plane sur un petit nuage et oublie sa rencontre houleuse avec Donovan, dont elle a surpris la discussion au cours de laquelle il la jugeait « quelconque ».

Et pourtant, qu'elle n'est pas sa surprise quand elle découvre que son voisin d'en face n'est autre que ce gentleman bouffi de préjugés ! Elizabeth devrait alors se conformer à l'attitude glaciale et distante de son modèle - miss Bennet, ne l'oublions pas. Au lieu de quoi, elle tombe en pâmoison devant le regard ténébreux, le torse musclé et la stature impressionnante de Darcy.

Cette réécriture trop romancée d'Orgueil et préjugés a été pour moi un échec. Il manque à l'histoire de la subtilité, de la finesse, du charme et une certaine forme de crédibilité. Car il y a d'emblée un couac entre l'attitude guindée des personnages (et le prétendu rôle qu'on cherche à leur donner) et leur penchant sexuel qui submerge leurs émotions. Oui, on en est là ! L'adaptation est alors bancale et passablement risible. 

De plus, toutes les scènes se passant autour du concours canin sont à côté de la plaque. Le trait est forcé et la sexytude du héros chute en flèche. Même Elizabeth est décevante - soupe au lait et envieuse. On a connu mieux ! Cette lecture a manqué de saveur, les personnages de charisme et d'humour, bref rien pour sauver cette intrigue qui s'accroche désespérément aux grandes lignes du classique de Jane Austen sans en saisir l'essence même ! 

Harlequin ♦ Coll. &H ♦ Février 2015 ♦ Traduit par Emmanuelle Debon (Unleashing Mr. Darcy) 

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25/07/13

“In vain have I struggled...”

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Toute lectrice de Jane Austen qui se respecte poussera toujours la curiosité à vouloir lire ces fameux petits ouvrages qui papillonnent autour de son œuvre, en s'inspirant de ses personnages ou de son histoire. Amanda Grange a cherché à percer la carapace du mystérieux Darcy en imaginant son point de vue lors de sa rencontre avec Liz Bennet dans Orgueil & Préjugés. Soit, l'idée est excitante et alléchante, évidemment je mords à l'hameçon.

Mais voilà, je suis un peu restée à l'extérieur de cette histoire qui ne m'est pas apparue nouvelle. Darcy est un gentleman engoncé dans ses bonnes manières et dans la haute opinion qu'il a de lui-même et de sa position dans la société. Mais on le savait déjà ! En fait, tout le charme de Darcy réside dans le voile de séduction énigmatique dans lequel il se drape. Moins on devine ses secrets, plus on fantasme sur lui. Alors, de le découvrir aussi accessible, avec ses interrogations aussi platounettes quant à cette inexplicable attirance qu'il éprouve pour Liz, ma foi, ça vous brise un mythe.

C'est plat, classique, avec énormément de retenue, jamais on ne s'évade, on est tenu dans un système qui sent le réchauffé, on s'ennuierait presque et on finit par se demander pourquoi on lit ce sous-Jane Austen alors qu'on pourrait replonger dans l'œuvre originale qui est mille fois plus spirituelle et enlevée !? Mais la lectrice est faible, elle lira d'ailleurs avec autant de scepticisme, mais non moins d'avidité, les autres livres de l'auteur (Mr Knightley, colonel Brandon, me voilà !).

Le journal de Mr Darcy, par Amanda Grange
Milady romance, coll. Pemberley, 2012 - traduit par Claire Allouch

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11/07/13

“If you were a woman, all I'd have to say is 'Colin Firth in a wet shirt' and you'd say 'Ah.”

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Jane Hayes voue une passion obsessionnelle pour Pride & Prejudice, plus particulièrement pour Darcy, et aussi Colin Firth. Comprenant qu'elle met en péril son avenir sentimental, sa grand-tante lui lègue en héritage un voyage unique à Pembrook Park où elle aura tout loisir de vivre à l'époque de Jane Austen et d'y trouver l'amour. En somme, c'est la promesse de se plonger pour de vrai dans son roman préféré.

Mais son expérience va se teinter de déconfiture et de déception, car ses rencontres ne sont pas aussi prometteuses, ou alors elles sont basées sur des leurres car les autres participants ne sont rien de moins que des acteurs ! Jane, elle, n'a pas le goût de s'amouracher pour quelques semaines, pour une aventure sans lendemain, par contre elle espère profiter de l'occasion pour soigner son idée fixe et tirer un trait sur Darcy !

Alors, c'est vrai que l'idée de base me plaisait mais je n'ai hélas pas été transportée par l'histoire. Je n'y ai pas trouvé de petite étincelle, de récit enlevé et tourbillonnant, ni d'humour ou de trait d'esprit. En fait, c'est plat, ronronnant, on s'ennuie presque et les personnages m'ont fait peu d'effet. Je suis déçue, mais je pense donner une chance à l'adaptation cinématographique (avec Keri Russell dans le rôle de Jane Hayes).

Coup de foudre à Austenland, par Shannon Hale
éditions Charleston, 2013 - traduit par Julia Taylor
illustration de couverture : Roxane Lapassade

17/01/13

"Ne pensons plus au passé que lorsqu'il nous apporte du plaisir, et contemplons l'avenir avec confiance et espoir."

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L'histoire se passe quelques années après le mariage des filles Bennet, en 1803. Nous sommes sur le domaine de Pemberley, où Darcy et Elizabeth coulent des jours heureux. Leur seule préoccupation consiste à organiser, dans la plus stricte tradition familiale, le bal de Lady Anne, avec peut-être l'annonce des fiançailles de Georgiana, qui semble entourée de deux prétendants. Et puis c'est le drame, un corps est découvert dans les bois, le couple Wickham fait une entrée fracassante et l'on comprend vite que le mari de Lydia est désormais le suspect idéal. La famille Bennet est effondrée, Liz et Jane se serrent les coudes, leurs époux font également preuve de patience, mais tout ce petit monde est clairement abattu. Plus on avance dans la lecture, plus on plonge dans un profond désarroi. L'ambiance devient sinistre, lourde, déprimante.

Il ne faut donc pas s'attendre à beaucoup d'action dans cette histoire, essentiellement alimentée de bavardages et composée d'introspection. P.D. James a privilégié une étude des sentiments et une analyse psychologique de la situation, revenant sans cesse sur des événements connus par les lecteurs de Jane Austen. Celle-ci était réputée pour sa finesse et son bon esprit, mais n'est pas Jane Austen qui veut ! Le style de Mrs James est plus classique, nettement peu mordant ou espiègle. C'est même parfois répétitif, on a l'impression de tourner en rond quand les mêmes faits et pensées sont rappelés d'une façon puis d'une autre. J'ai toutefois savouré cette ambiance, Pemberley occupe une place de choix dans le livre, mais aussi dans le cœur de ses occupants. Même les domestiques lui vouent un sens du devoir et du sacrifice qui peut paraître sidérant ! Et puis c'est toujours un plaisir de retrouver des personnages aussi chers, les sœurs Bennet ont fait du chemin et sont globalement heureuses, seul le couple Wickham fait preuve de sottise et d'inconséquence, comme d'habitude, ces deux-là n'ont vraiment pas changé. Quelle plaie ! Le petit clin d'œil à Emma a été également très fin, très délicat, je n'ai pas manqué de sourire à la fin.

Lecture hivernale par excellence, ce livre aura été un moment agréable et peu conséquent. Prévoir un peu plus de 10 heures d'écoute en Audiolib. Texte intégral lu par Guila Clara Kessous.

La mort s'invite à Pemberley, par P.D. James
Fayard, 2012 / Audiolib, 2013  - traduit par Odile Demange

Écoutez l'extrait lu par Guila Clara Kessous

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15/02/12

swap Jane Austen 2012

Hop, hop, hop ! C'est en compagnie de Bladelor que je me suis lancée dans l'aventure du swap Jane Austen organisé par Christelle du blog A l'ombre du cerisier (ici). 

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Nous avons : la série Downtown Abbey, A most improper magick de Stephanie Burgis, To conquer Mr Darcy d'Abigail Reynolds, Pemberley Ranch de Jack Caldwell, A weekend with Mr Darcy de Victoria Connelly, Persuading Annie de Melissa Nathan. 

Mais aussi des sablés, du chocolat, des touillettes en chocolat, des gavottes, des biscuits au chocolat belge, du thé noir (des Lords, mais surtout des amants). 

Un mug Darcy lover, et puis surtout une écharpe "In vain I have struggled. It will not do. My feelings will not be repressed. You must allow me to tell you how ardently I admire and love you."  

Encore un grand MERCI à toi, Bladelor.

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07/11/09

Bargain with the Devil ~ Enid Wilson

*****

In Jane Austen's Pride and Prejudice, Fitzwilliam Darcy learns of the debacle involving Elizabeth Bennet's sister several months after he was rejected by Elizabeth, and volunteers to help find her sister, of his own accord. But what if Mr. Darcy demanded a reward to help her ?

*****

bargain_with_the_devilL'histoire commence juste après le couac de Hunsford. Lydia s'est enfuie avec Wickham, Elizabeth et son père sont à Londres pour les retrouver. En chemin pour Bond Street, Elizabeth rencontre Darcy à Hyde Park (on se rappelle avec émotion l'épisode de la lettre), malgré tout la demoiselle n'hésite pas à lui demander son aide. Darcy accepte, on croit relire le roman original, sauf que Darcy décide de négocier. Le monsieur est encore froissé du refus de la belle, il compte bien lui rappeler la sensation de gifle cinglante qu'elle lui a infligée précédemment et qui continue de le meurtrir. Pour l'heure, ses conditions sont encore vagues. Liz, qui n'a pas le temps de faire la fine bouche, se demande in petto s'il est temps pour elle de prier pour sa vertu ! ^-^
D'après la couverture, c'est fort probable !
Soyons fous, cette bluette écrite par l'australienne Enid Wilson est une petite chose coquine et insensée. Liz et Darcy sont beaucoup  plus entreprenants, leurs regards sont sous-jacents, les sourires démoniaques et leurs gestes tellement plus explicites. Amis puristes, passez votre chemin !
C'est simple, tout commence lorsque Liz et Darcy se retrouvent aux trousses du couple en fuite, quelque part dans une petite ville de pêcheurs. Liz s'est déguisée en garçon, elle a choisi, contre l'avis de Darcy, de se joindre à lui car elle craint sa colère d'avoir été dupé par deux fois par Wickham, elle souhaite éviter le duel. Ainsi, elle se présente à lui, la cheville foulée et les habits trempés (elle vient de glisser dans l'eau). Darcy est légèrement en pétard, de plus l'orage approche et il est temps de se mettre à l'abri. Le couple trouve rapidement refuge chez l'habitant.
Liz et Darcy vont alors passer toute une nuit dans la même chambre, ajoutez qu'ils sont nus (leurs vêtements sèchent près du feu) et Darcy va bien arroser sa soirée. Résultat, il est complètement ivre lorsqu'il se glisse sous la couette en prodiguant moults caresses et paroles interdites aux moins de 16 ans !!!
Hihihi. Ce n'est pourtant qu'une mise en bouche.
Las, le dossier Lydia-Wickham connaît une triste fin. Liz et Darcy ne vont plus se voir pendant six mois, jusqu'à l'invitation à Pemberley. Je passe à vive allure les atermoiements respectifs, notre couple est enfin nez à nez dans le labyrinthe du parc et s'avoue leurs sentiments (en s'échangeant quelques baisers hardis). Le soir même, la douce Elizabeth brise sa coquille et sussure, franco, "Fitzwilliam, make me yours" !!!
Les Janeites viennent de pousser leur dernier cri d'horreur.
Verdict, empreint d'une grande clémence : voilà un petit roman de 100 pages, polisson, pas bien méchant, avec du bon et du moins bon aussi (après tout, c'est à la base une fanfiction !). Ceux qui n'imaginent pas Liz et Darcy autrement que s'échangeant des billets doux, le regard énamouré, les courbettes respectueuses, et où seule
la scène du lac atteint son plus haut degré d'érotisme, oui effectivement passez votre chemin, ce roman n'est pas pour vous ! ;o)

> lire le 1er chapitre (en anglais) 

LireEnVo
challenge Lire en vo - 2 

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Orgueil et préjugés et zombies ~ Seth Grahame-Smith

 

 

 

 

 

 

Orgueil_et_pr_juges_et_zombies

Flammarion, 2009 - 317 pages - 17€
traduit de l'anglais par Laurent Bury

« - Elle est tolérable, mais pas assez jolie pour me tenter, et je ne suis pas d'humeur à accorder de l'intérêt aux demoiselles que les autres hommes dédaignent.
Alors que Mr Darcy s'éloignait, Elizabeth sentit son sang se glacer. Jamais de sa vie elle n'avait été insultée de la sorte. Le code des guerriers exigeait qu'elle vengeât son honneur. En veillant à ne pas attirer l'attention, Elizabeth baissa la main jusqu'à sa cheville, où elle trouva la dague qu'elle dissimulait sous sa robe. Elle avait l'intention de suivre cet orgueilleux Mr Darcy à l'extérieur et de lui trancher la gorge.
Cependant, à peine avait-elle saisi la poignée de son arme que la salle se remplit d'un choeur de hurlements, aussitôt accompagnés d'un bris de vitres. Des innommables se répandirent dans la pièce, avec des mouvements gauches mais rapides ; les habits dans lesquels ils avaient été inhumés illustraient toutes les formes de désordre possibles. Certains portaient des robes en lambeaux, si bien que leur nudité en était scandaleuse ; d'autres, des costumes si crasseux qu'on les aurait crus faits de terre et de sang séché. Leur chair présentait des degrés divers de putréfaction ; chez ceux qui venaient de trépasser, elle était souple et légèrement verdâtre, alors que chez ceux dont la mort remontait à plus longtemps, elle était grise et friable. Leurs yeux et leur langue étaient de longue date tombés en poussière, et leurs lèvres se retroussaient en un perpétuel sourire de squelette.
Quelques-uns des invités, qui avaient la malchance de se trouver près des fenêtres, furent aussitôt capturés pour être dévorés. Lorsque Elizabeth se redressa, elle vit Mrs Long tenter de se dégager alors que deux monstres femelles lui mordaient la tête. Le crâne craqua comme une noix et projeta des éclaboussures de sang noir jusqu'aux lustres.
Tandis que les invités fuyaient en tous sens, la voix de Mr Bennet retentit à travers le vacarme.
- Mesdemoiselles ! Pentagramme de la Mort !
Elizabeth rejoignit aussitôt ses quatre soeurs, Jane, Mary, Catherine et Lydia, au centre de la pièce. Chacune des filles détacha un poignard de sa cheville et elles se disposèrent de manière à former les cinq branches d'une étoile, puis s'avancèrent simultanément. Chacun brandissait d'une main un poignard tranchant comme un rasoir, l'autre main pudiquement rangée dans le dos.
D'un angle de la salle, Mr Darcy regarda Elizabeth et ses soeurs progresser vers les murs, décapitant zombie après zombie sur leur passage. Il ne connaissait qu'une seule autre femme dans toute l'Angleterre qui maniait le poignard avec autant d'habileté, avec autant de grâce et avec la même précision mortelle.
Lorsque les filles atteignirent les murs de la pièce, le dernier des innommables gisait au sol, inerte.
En dehors de cette attaque, la soirée se déroula agréablement pour toute la famille.
(...)
»

Orgueil_et_pr_juges_et_zombies_de_Seth_Grahame_Smith

Une farce, ce roman !
Pas le temps d'avoir une petite pensée pour Jane Austen, ou tout juste, qui doit se retourner dans sa tombe. Cette parodie est à prendre à la légère, l'intrigue de base est la même que l'oeuvre originale (Orgueil et Préjugés) mais cette fois le Hertfordshire est ravagé par un terrible fléau : des attaques de zombies. M. Bennet ne gamberge plus dans son bureau, parmi ses livres poussiéreux, il a le souci de veiller à la défense de sa maison et passe son temps à aiguiser son poignard, nettoyer son mousquet et entraîner sa progéniture. Les filles Bennet sont des fines mouches, elles constituent l'armée de faction (en jupons et dentelles) à Longbourn et ses environs (elles ont même suivi un entraînement intensif dans l'art du combat à mort !).
Netherfield Park accueille ses nouveaux locataires, soit M. Bingley et toute la clique londonienne, dont le très orgueilleux Darcy. Vous l'avez compris, 85 pour cent du texte original ont été préservés, Grahame-Smith s'est ensuite contenté de fondre son grabuge du zombie ultraviolent pour un roman au-delà de toute morale. Les puristes crieront au scandale, les autres lecteurs penseront juste que c'est à prendre au second degré !
Car c'est effectivement cocasse, absurde, grand-guignolesque, invraisemblable, terrifiant et ridicule. Et pourtant, ce n'est pas totalement mauvais non plus, sauf si vous n'aimez pas les zombies et ce qui s'apparente à de la comédie très gore ! 
Pour ma part, j'ai ricané. J'ai franchement passé un bon moment, en reconnaissant que c'était osé, maladroit, en perte de vitesse au fil des pages et proche du sacrilège.
Ce livre de Grahame-Smith n'a aucune prétention, l'auteur a d'ailleurs de l'humour puisqu'il se présente lui-même comme un écrivain et scénariste américain qui ne s'est jamais remis de la lecture de Jane Austen ! Bien sûr, son délire littéraire est voué à l'oubli, en attendant il est bon de rire...
Et c'est à souhaiter que les lecteurs qui trouveront ce livre, sans connaître l'original, auront l'envie de découvrir la véritable pépite sans attendre ! 

 

> l'avis d'Isil

D'autres facéties sont à craindre pour la suite :  Sense and Sensibility and Sea Monsters ;  Mansfield Park and Mummies ... Et  un prequel à Pride and Prejudice and Zombies va paraître en mars 2010 sous le titre de Dawn of the dreadfuls, où Liz Bennet devient cette stupéfiante tueuse de zombies qu'on connaît.
Les Janeites sont sous le choc !  :o)

 

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27/09/09

Jane Austen à Scargrave Manor ~ Stephanie Barron

Labyrinthes, une collection des éditions du Masque, 1998 - 446 pages - 8,50€
traduit de l'anglais (USA) par Corinne Bourbeillon

jane_austen_scargrave_manorJane Austen a bientôt 27 ans, elle vient de rompre ses fiançailles avec Mr Bigg-Wither et se réfugie chez son amie Isobel, nouvellement mariée au comte Scargrave, de deux fois son aîné. Elle compte bien s'étourdir dans l'effusion des bals donnés à Scargrave Manor. Hélas, le vieux lord meurt dans d'atroces souffrances et la maison porte le deuil. Des petits billets font très vite leur apparition et accusent la jeune épouse d'avoir comploté le décès du comte, ses liens avec Fitzroy Payne, vicomte et neveu de son mari, dénoncent une connivence trop proche, trop tendre. Scandale à l'horizon ! Jane est émue de la détresse de son amie, tous les soupçons l'accablent et d'étonnantes révélations viennent assombrir la réputation de la jeune femme et de son ami (et soupirant), lord Payne, héritier du titre et de la fortune de Scargrave...

Ce n'est pas parce qu'on trouve Jane Austen en titre qu'il faut s'attendre à une lecture d'égale qualité, non, non... l'esprit, l'essence, l'adoration, l'humour et la finesse y sont forcément brodés et utilisés à bon escient mais il va sans dire que Stephanie Barron n'a pas le talent de l'anglaise, même si du talent elle en possède aussi certainement... Car j'aime ses romans, c'est le deuxième titre que je lis de sa série (cf. Jane Austen et le révérend) et j'y trouve un vrai, grand plaisir. C'est une lecture de pure distraction, du divertissement pour zoner sur son canapé, c'est assez bien écrit, l'ambiance est admirablement reproduite, la silhouette de Jane Austen est mise à l'honneur, on trouve une jeune femme vive et intelligente, qui rougit beaucoup et qui répète souvent être de bonne condition physique et donc d'apprécier la marche et les promenades. Ceci étant, c'est tout de même comique de l'imaginer en détective, si l'on transpose l'idée d'une Miss Marple avec quelques années de moins... Là je dis stop, cela casse l'image et cela devient totalement ridicule.

La série de Stephanie Barron n'a pas d'autre intention que d'être agréable à la lecture et de ne pas prétendre usurper l'identité de Jane Austen, juste de la respecter, ensuite le personnage de l'écrivain anglais est mis en scène, mais jamais dans des situations incongrues, ou tout juste peut-on trouver que cela reste terriblement romanesque, Jane n'était pas une beauté fatale, elle le rappelle, mais son charme de l'esprit n'avait de cesse de faire tourner les têtes, et c'est avec étonnement que je constate de nouveau les ravages qu'elle provoque ! Cette lecture donne le sourire, c'est indéniable. L'enquête criminelle demeure de facture classique, je n'ai pourtant pas su deviner le coupable avant la révélation au dernier chapitre.  Stephanie Barron sait entretenir le suspense, mais son roman pourra paraître bien long et bavard pour ceux qui attendent de l'action et des rebondissements. Il n'en est pas du tout question dans ce livre ! Ambiance georgienne joliment léchée, voilà de quoi ravir les amateurs. Entendons-nous bien.

> un extrait :

Sachant que le lieutenant Hearst avait tué un homme, je ne parvenais à songer à rien d'autre ; mais l'on se doit, lorsqu'on enchaîne les figures, de causer un tant soit peu avec son partenaire ; je me mis donc l'esprit à la torture, désespérant de trouver un mot pour engager la conversation. Rougissante - j'en ai peur - et les yeux obstinément baissés, je dus lui faire l'effet d'une vraie petite oiselle, lui offrant ainsi une image de ma personne probablement aussi imparfaite que le portrait que miss Delahoussaye m'avait dressé de lui. Lui-même, devant mon mutisme embarrassé, hésitait à prononcer une syllabe ; et nous persistâmes péniblement dans ce silence d'une profonde sottise pendant près de la moitié du temps que dura la danse. Mais s'il est une chose que je déteste par-dessus tout, c'est bien de me retrouver flanquée d'un cavalier muet ; aussi, surmontant mon horreur des coups de pistolet à l'aube, je me réfugiai dans la légèreté d'un badinage féminin.
- J'ai profité de votre absence, lieutenant, pour me renseigner sur votre caractère, lançais-je.
Levant un sourcil, il me jeta un regard amusé.
- Et suis-je digne de toucher votre gant ?
 

NB : Il s'agit du premier tome de la série.

> lu aussi par Plaisirs à cultiver et La bibliothèque d'Allie

23/09/08

Jane Austen et moi - Emma Campbell Webster

Conditions requises : 1°) aimer Jane Austen  -  2°) avoir énormément d'humour !
Votre mission : trouver le mari idéal.
Vos armes : un bel esprit, un physique acceptable, de la jugeotte.
Vos failles : une famille croqueuse de dots.
Sur ce, chaussez vos plus belles bottines en nankin, gantez vos mains et sortez chapeaux et parures de coquette... Netherfield vient d'ouvrir ses portes, la chasse est ouverte !

*********

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Première impression : on s'y croirait ! Ceci semble être, de prime abord, une relecture de Pride & Prejudice saupoudrée de bonne humeur et de facétie. Vous êtes Elizabeth Bennet, vous rencontrez Darcy et vous le détestez d'office, vexée comme un pou d'avoir été jugée 'passable'. De son côté, votre soeur Jane s'est amourachée du tenant de Netherfield et, par faute de la rouerie de votre mère, se trouve coincée chez lui, sous la couette, avec une grippe carabinée. Cela dépasse votre entendement et vous vous rendez sur le champ chez votre voisin pour lui tenir compagnie.
La mission peut commencer.
Et pour moi, elle débute très mal. Pour ne pas dire, lamentablement ! Je suis renvoyée à mes fourneaux, paf, c'est fini. J'ai échoué. Oui, d'entrée de jeu ! Je ne dévoile pas comment, ni pourquoi. Mais j'ai beaucoup rigolé de cette déveine.
Allez, je rejoue aussitôt et opte pour l'autre option - qui ne repose que sur un pur hasard, ceci dit en passant. Vous choisissez ci ou ça, et vous vous rendez page x . J'ai toujours adoré ce genre de jeu littéraire. Enfant, j'étais friande de ces livres dont vous êtes le héros. Quelques années plus tard, j'aime toujours autant !
C'est franchement très drôle. Vous menez votre petite barque, si vous êtes un tantinet maligne, vous louvoyez avec aisance pour mieux atteindre votre but. Toujours pour ma pomme, je n'ai fait que collectionner les mauvaises décisions (je suis définitivement une courge en broderie, en danse et je suis une piètre musicienne !). Définitivement, pas bonne à marier.
Mais je persévère... pour ne pas dire que je triche ! :))
Et ma petite aventure se poursuit drôlement, et avec bonheur. Je croise un appétissant Mr Lefroy, me fourvoie à lui donner ma main, mon manque de fortune m'obligera à la reprendre. Grrr. Je poursuis, je cours, je feuillette comme une folle... Darcy, ô Darcy, où es-tu ?
Vous êtes Elizabeth Bennet, ne l'oubliez pas !
De passage dans le Kent, vous retrouvez son exquise compagnie... toujours planquée derrière son Bouclier d'Orgueil (que vous rêvez de percer!). La soirée chez Lady Catherine est un must ! Les dialogues sont vifs, de vrais balles de ping-pong. Pour un peu, vous imaginez avoir ensorcellé le bellâtre. Or, les jours suivants, vous apprenez que Darcy a brisé le coeur de votre soeur chérie et lui en voulez fermement. Sa déclaration pataude tombe à l'eau... Allez-vous accepter ou refuser ? Le sort de votre mission en dépend.
(Et là je rigole dans ma barbe, forte d'un tour de passe-passe qui ferait rougir tout prestidigitateur !)

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Ce livre a un potentiel en matière de dérision, c'est hallucinant ! Ce serait mentir que prétendre ne pas aimer ! Je n'ai fait que jouer de mésaventures et de malchances du début à la fin, d'ailleurs je finis par épouser Wickham - ce qui n'était pas du tout dans mes intentions !
Le truc, avec ce livre pétillant, c'est de ne pas faire sa capricieuse et de ne jamais chercher à modifier les grandes lignes de l'intrigue. Si vous vous tenez au scénario de base, vous atteindrez forcément votre but (Darcy ! Darcy ! Darcy !). Or, si l'envie de titiller l'histoire déjà connue vous saute à la gorge, vous serez également la victime d'une histoire à l'ampleur romanesque incontrôlable ! Imaginez croiser Knightley, le colonel Brandon ou même le capitaine Wentworth dans cette campagne anglaise que vous parcourez avec votre charme irrésistible - c'est bien simple : ils veulent tous vous épouser !
Elizabeth perd la tête, ne sait plus à qui donner son coeur. Après une énième tentative, j'épouse Knightley ! Emma Woodehouse, c'est moi. Et Darcy est à rayer de ma carte aux prétentions, définitivement pas de mon acabit - je rêve !

Je retiens de ce livre une lecture éclatante. Et ce qui est bien, c'est qu'on peut le lire et le relire sous toutes les formes, jamais on n'obtient la même histoire - ce qui augure d'autres longues heures de plaisir en perspective.
A noter : cette édition française est agrémentée des illustrations de Pénélope Bagieu.

Editions Danger Public, septembre 2008 - 380 pages - 22€
traduit de l'anglais par Sylvie Doizelet
titre v.o : Lost in Austen : Create your own Jane Austen adventure

L'avis de Francesca

Posté par clarabel76 à 07:30:00 - - Commentaires [42] - Permalien [#]
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