08/11/14

La Distance astronomique entre toi et moi, de Jennifer E. Smith

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Le jour où New York plongea dans le noir complet, suite à une panne de courant généralisée, Lucy se trouvait dans l'ascenseur de son immeuble. Elle n'était pas seule dans la cabine, puisque se trouvait déjà Owen, le fils du gardien, qui porte toujours un casque sur ses oreilles, comme pour se couper du reste du monde. Pour la première fois, ce jour-là, Lucy et Owen firent connaissance.

Subtil et délicat roman que voilà ! Il vous parle d'une rencontre anodine, pas un coup de foudre, mais une histoire pas simple, pas commune et assez émouvante. Lucy et Owen vont vivre une nuit fantastique, sous l'impulsion du hasard. Comme une bulle fragile dans cette existence éthérée. Puis, Lucy part vivre de l'autre côté de l'océan, tandis que Owen accompagne son père pour un road-trip vers l'Ouest. Les dés sont jetés. Leur début de relation n'est plus à une onde sismique près.

Car ils ont également d'autres fantômes à leurs trousses. Lucy est une solitaire par dépit. Elle a grandi en tant que spectatrice désemparée de la relation fusionnelle de ses parents, se sentant de plus en plus mise à l'écart, le cordon ombilical remplacé par des cartes postales. Owen, lui, doit soutenir son père qui ne se remet pas de la perte de son épouse, dans un accident de voiture. Leur installation à New York a été un déchirement, aussi n'ont-ils pas rechigné au moment de mettre les voiles.

C'est assurément un roman chargé de tendresse et d'attention, de désœuvrement et d'infortune. J'ai eu un peu de mal de croire à une telle histoire, même si je lui reconnais toutes les qualités de justesse, frisson, sincérité et empathie. C'était adorable de suivre une relation aussi brinquebalante se construire, malgré les aléas du destin. Le couple ne manque pas de ressources, est attachant à sa façon, forcément ça interpelle.

Cette histoire bouleversante nous fait prendre conscience du poids de la famille, des abîmes qui se creusent et laissent ce sentiment d'insatisfaction dans l'estomac. C'est touchant, ça ne vous laisse pas indifférent, le reste n'est qu'anecdotique... 

Hachette jeunesse, coll. Bloom, octobre 2014 ♦ traduit par Frédérique Le Boucher (The geography of you and me)

♣ Son premier roman, La probabilité statistique de l'amour au premier regard, est disponible en format poche  ♣

Posté par clarabel76 à 09:30:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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02/02/12

“Is it better to have had a good thing and lost it, or never to have had it?”

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Hadley vient de louper son avion, à quatre minutes près. Elle doit à tout prix rejoindre son père à Londres, assister à son (re) mariage. Or, il apparaît très clairement que Hadley en veut énormément à son père de les avoir abandonnées, sa mère et elle. La jeune fille tente de se raccrocher à ses souvenirs d'enfance, à se rappeler tous les bons moments partagés ensemble, mais viennent -hélas- tous les instants plus compliqués, teintés de reproches muets, que l'adolescente a infligés à ses parents depuis leur séparation.

Dépitée, Hadley patiente donc pour le prochain vol et c'est ainsi qu'elle fait la rencontre d'Oliver, vêtu d'une chemise bleue saupoudrée de sucre. Il est de souche anglaise, il a un charme irrésistible, et un humour dont les anglais ont le mystère. Tous les deux vont engager la conversation, prendre le même avion et papoter, papoter... des heures durant. C'est évident qu'il se passe un truc entre eux, le lecteur en a bien conscience mais doit prendre son mal en patience. Et ce n'est pas plus mal, car finalement le roman n'est pas du tout ce qu'il prétend être !

En effet, ce roman m'a très sincèrement surprise ! Moi qui m'attendais à une romance gentille et adorable, j'ai finalement découvert une histoire plus profonde, plus attachante et plus bouleversante. De quoi me déconcerter au début de ma lecture. C'est seulement dans la deuxième partie où je me suis totalement sentie à l'aise, où j'ai adoré les répliques et les pensées des personnages, où j'ai été touchée par leur histoire aussi. Et cela ne se résume pas à  une simple rencontre dans un aéroport, cela parle plus précisément de nos liens avec nos familles, nos sentiments enfouis et nos rancunes tenaces, si difficiles à exprimer. Bref, ce livre prouve qu'il faut lâcher prise et savourer chaque seconde de la vie !

La probabilité statistique de l'amour au premier regard, par Jennifer E. Smith
Hachette jeunesse, 2012. Traduction de Frédérique Le Boucher. 

“Hadley grabs the laminated safety instructions from the seat pocket in front of her and frowns at the cartoon men and women who seem weirdly delighted to be bailing out of a series of cartoon planes. Beside her, Oliver stifles a laugh, and she glances up again. 
“What?” 
“I’ve just never seen anyone actually read one of those things before,” 
“Well,” she says, “then you’re very lucky to be sitting next to me.” 
“Just in general?” 
She grins. “Well, particularly in case of an emergency.” 
“Right,” he says. “I feel incredibly safe. When I’m knocked unconscious by my tray table during some sort of emergency landing, I can’t wait to see all five-foot-nothing of you carry me out of here.”