01/10/17

La guerre de Catherine, de Julia Billet & Claire Fauvel

LA GUERRE DE CATHERINE

Pour avoir déjà lu le roman de Julia Billet, j'ai retrouvé avec plaisir son adaptation en format BD qui propose une interprétation vibrante et pleine d'empathie de l'histoire de Catherine, une adolescente juive en pleine tourmente, condamnée à fuir pour survivre, et qui use de son art pour raconter les heures sombres de notre pays. La lecture est foncièrement captivante. Séduite par les illustrations, où se mêlent subtilement l'émotion et la poésie, j'ai aimé revivre l'aventure de l'héroïne, riche en sensations, et qui rend aussi un formidable hommage à des héros du quotidien, des ombres à jamais anonymes, mais dont le courage et le dévouement ont sauvé bien des vies.

Comme d'autres enfants juifs, Rachel a été confiée par ses parents à la Maison de Sèvres, une école dirigée par Goëland et son mari Pingouin, aux méthodes pédagogiques révolutionnaires. Il règne dans ce cocon de verdure une ambiance légère et insouciante, mais suite à la rafle du Vel' d'Hiv, la directrice prend des mesures drastiques. Les réfugiés doivent changer d'identité et porter un nouveau nom - Rachel devient alors Catherine Colin - avant de partir en zone libre. Animée de sa passion pour la photographie, Catherine ne quitte plus son Rolleiflex et va figer chaque rencontre, chaque visage, au gré de son périple. La guerre selon Catherine s'égrène de rencontres aussi touchantes qu'inattendues, dans des campagnes isolées, chez des paysans aux abords rustres, dans un couvent catholique, auprès d'une institutrice frivole et éprise de cinéma, ou dans une cabane perdue au fond des bois... Le chemin de Catherine est long, exténuant et fatalement angoissant. Plus la guerre prend un tour féroce, plus le silence des absents devient pesant. Les liens se font et se défont, car l'exil n'en finit plus et la fin du cauchemar paraît si éloignée.

Il y a certes quelques fioritures romanesques dans ce parcours, mais l'essentiel a puisé son inspiration dans les souvenirs d'enfance de la mère de Julia Billet et dans les témoignages des anciens pensionnaires de la Maison des Enfants de Sèvres, rue Croix-Bosset. Une lecture remarquable, poignante et bouleversante, aussi bien en roman (l'école des loisirs, 2012) ou en bande dessinée. Une double réussite. 

Rue de Sèvres, 2017

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16/03/15

La Guerre de Catherine, de Julia Billet

La guerre de Catherine

Photographie de couverture de Tamo Cohen

Pingouin, Gisèle et les filles dans l'escalier refait à neuf et bordé de lys de l'entrée ©France Cohen dans «L'album de France» avec l'aimable autorisation de la Maison de Sèvres (www.lamaisondesevres.org)

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Pour échapper aux lois anti-juives, Rachel a rejoint la Maison des Enfants de Sèvres, un lieu incroyable, vivant et favorisant l'épanouissement personnel, où Rachel va d'ailleurs assouvir sa passion pour la photographie. Sans nouvelle de ses parents, elle refuse de s'apitoyer sur son sort et ne se préoccupe guère du monde extérieur. C'est lorsqu'elle doit sacrifier son nom pour Catherine Colin qu'elle pressent une menace imminente. Peu de temps après, la directrice expédie tous les enfants juifs en zone libre.

Avec son Rolleiflex, Catherine va mettre en boîte les images de « sa guerre » : hommes et femmes de l'ombre, voyages de fortune, visages éteints, mines fatiguées, secrets et mensonges répétés, exil à la campagne, décalage au couvent, fuite dans les montagnes... C'est donc le cœur battant, chaviré entre l'admiration et l'angoisse, qu'on suit ce bout de femme en quête de repères, d'identité, de famille, d'amitié et d'amour.

Plus qu'un témoignage sur la guerre, c'est le parcours d'une jeune juive passionnée de photographie, jetée sur les routes d'un monde en pleine débâcle, et qui usera de son art pour raconter les heures les plus sombres du pays. Cette aventure tétanisante, mais palpitante, a été inspirée de l'enfance de la mère de l'auteur, non sans quelques fioritures romanesques, et donne lieu à un récit sensible, lucide et poétique, écrit de façon remarquable, dans un style pur et élégant.

J'ai été sous le charme, du début à la fin, et j'ai adoré le couple formé par Goéland & Pingouin, de la Maison des Enfants de Sèvres, rue Croix-Bosset, les pionniers de la pédagogie nouvelle et expérimentale, façon Montessori. Cette lecture leur rend un magnifique hommage et est juste épatante.

L'École des Loisirs, avril 2012

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11/10/12

Assez de ce monde qui tourne de travers. Rien, personne ne polluera cette journée. C'est décidé. Craché, juré !

Arthur aimerait un peu de calme et de douceur. Il aimerait juste un peu de tranquillité. Il aimerait croire un instant que le monde recèle de la magie et aussi de l'humanité. Il aimerait qu'on lui raconte des histoires légères qui montrent des visages amusés ou riants. Il aimerait croire que le bonheur est un mot, un vrai et pas seulement quelques lettres qui n'ont pas de sens. Arthur aimerait être tranquille, et pourquoi pas, joyeux.

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Quelle petite merveille de douceur et de vérité ! Enfin une histoire qui met des couleurs dans la tête et qui redonne un sens au mot BONHEUR. Autour de nous, il n'y en a que pour les mauvaises nouvelles, on accumule les drames, les angoisses, c'est sinistre et déprimant. On en oublierait presque qu'il existe un droit au bonheur ! Arthur a donc choisi de s'échapper et de profiter de la vie autour de lui, il regarde passer une procession de chenilles, écoute les rossignols énamourés se susurrer des chansonnettes avec coquinerie, puis rencontre Alice la merveilleuse et vole à ses côtés dans une montgolfière. Ensemble ils évoquent les voyages, les rêves, l'autre côté du miroir. Ils partagent chocolat, biscuit chocolat et bonbons chocolat, avec du rose aux joues, et ils échangent un baiser, des promesses, parlent d'amour.  

Enfin voilà, c'est beau, c'est poétique, c'est contemplatif. Cet album nous rappelle qu'il est permis d'être heureux et d'oublier le reste du monde, qu'il faut aussi apprendre à regarder le monde autrement, un monde où fruits, fleurs et baisers fondent sous la langue, dans le bonheur d'exister. Que de délicatesse dans les mots de Julia Billet et dans les illustrations d'Alice Bohl ... c'est un mariage classique et élégant, vraiment magnifique !

- Tu crois, toi, qu'il y a de la place pour nous dans tout ce fatras de drames, là-bas, en bas ?
- J'en suis sûre et certaine. Je sais qu'il y a le devant mais aussi le derrière des choses : j'en connais quelque chose ! Il suffit de prendre le temps de faire des détours et aussi, de ne pas se laisser hypnotiser par les images dans les boîtes ou sur les murs des villes. Elles viennent souvent cacher mille autres images, bien plus belles. 

 

Une bonne nouvelle, par Julia Billet & Alice Bohl (Océan Ti Lecteurs, 2012)

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