24/03/08

Des histoires de coeur, pour plus grands

rupturesRuptures de Andi Watson

Titre original : Dumped
Traduit de l'anglais par Sidonie Van den Dries

Une petite ville de province en Angleterre.
Au cours d'une soirée un peu trop arrosée, deux jeunes adultes, Richard Binfield dit "Binny" et Debby couchent ensemble alors qu'ils ne se connaissent pas.

Par la suite, les deux tourtereaux vont apprendre à se connaître, et rapidement déchanter en découvrant les petites manies de Binny, le mauvais caractère de Debby, et surtout la capacité de celle-ci à cacher l'existence d'un second petit ami.

Andi Watson nous livre avec cette "nouvelle graphique" une subtile chronique des petits malentendus et des gros mensonges au sein des couples qui se font et se défont.

Je n'avais jamais lu d'album d'Andi Watson jusqu'alors, et c'est en explorant le catalogue des éditions çà et là (qui publie le célébrissime Château l'attente) que j'ai fait cette découverte. C'est une bd ou un court roman graphique, au style totalement épuré et en noir & blanc, qui me plaît beaucoup. C'est très simple, même l'histoire en elle-même n'est pas révolutionnaire. Elle apporte un regard critique sur les amours actuelles, lorsqu'un couple se rencontre et cherche à coincider ses attentes. Ce que vivent Binny et Debby est une parfaite démonstration des petits mensonges, des agacements, des caractères différents au sein du couple qui voudrait que tout ne soit qu'osmose et communion permanente !

J'ai également apprécié la particularité des deux personnages à s'attacher aux vieilles choses, aux fringues de seconde main pour elle et aux livres chinés dans les bouquineries pour lui. Ces objets représentent pour eux plus que des rebuts, chacun a un passé, raconte une histoire, révèle quelque chose du précèdent propriétaire. Mais encore une fois, ils sont tout deux trop obstinés pour s'apercevoir qu'ils partagent la même vision. Par exemple, Binny a choisi de tester Debby en lui offrant une coupe de l'amour avec les initiales des amants, mais la jeune fille n'y voit qu'un vieux pot ébréché et sans valeur.

La petite histoire d'amour que propose l'anglais Andi Watson possède une touche délicate, un soupçon d'élégance dans cet univers sans couleur et un peu terre-à-terre. Quelle chance réserve-t-il à nos deux protagonistes ? Binny le rêveur arrivera-t-il à conquérir Debby la tête de mule ? ... A découvrir.

Ruptures, d'Andi Watson - 55 pages - ça et là - 9.50 €

Pour en savoir plus : http://www.caetla.fr/ruptures.html

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everydayMiho travaille comme vendeuse dans un magasin, pendant que son compagnon Seiichi se consacre à la musique. Même si elle repense souvent à son ex-petit ami, Hagio, elle est heureuse auprès de Seiichi. Le jeune ménage, pourtant, peine à joindre les deux bouts, et Miho doit prend un second emploi. Devenue hôtesse de bar, elle finit par céder, par besoin d’argent, aux avances d’un client. Lorsque Seiichi l’apprend, il ne la comprend pas et s’éloigne d’elle. C’est alors que Hagio ressurgit dans la vie de la jeune femme.

Certains diront que c'est plat et sans saveur, d'autres -comme moi- trouveront que c'est subtil, mélancolique et simplissime. (Pourquoi ce besoin, sans cesse, de surenchère et de fioritures ?!) C'est aussi une bd qui a tout du roman graphique, c'est du Kiriko Nananan, c'est-à-dire extrême sensibilité, niveau sismique à deux de tension et profondes interrogations sur la jeunesse nippone frappée par la confusion des sentiments.

Ce qui me touche dans ce genre de lecture, c'est la beauté du crayon et l'ambiance ordinaire, déjà prouvée dans d'autres albums. Everyday est moins glauque et moins oppressant, c'est un portrait de jeune femme tiraillée entre deux histoire d'amour. Miho n'est pas l'archétype de fille qui s'avère attachante et sympathique d'entrée de jeu. Ses valses d'hésitation et sa mollesse font d'elle une petite tête à claques. Mais tout ceci n'entrave pas le goût de connaître la suite, même si au final on en sort en croyant avoir tourné en rond... Bizarre, mais toujours très envoûtant !

Casterman, coll. Sakka. 204 pages.

Merci Gawou Nowel !!!

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rachelRachel cohabite avec Rose, barmaid, qui a, entre autres mérites, celui de garder la tête sur les épaules. Non que Rachel soit une écervelée, mais elle manque de confiance en elle et a, du coup, du mal à trouver ses marques : avec François, qui ne rêve que d'une chose : emménager avec elle ; avec son voisin, plutôt joli garçon, mais dont le côté intello lui fait peur ; avec Richard, musicien pilier du bar de Rose, qui passe sa vie à la taquiner, histoire de dissimuler la tendresse qu'il a pour elle et enfin avec sa mère, une psy à l'égocentrisme exacerbé, rendue encore plus imbuvable par son récent divorce.

C'est une histoire en 3 tomes, comme le stipule la quatrième de couverture. La présentation faite de Rachel dans ce volume est plutôt grinçante, car c'est une jeune femme butée et volcanique, assez immature dans ses rapports avec les autres. Je sais que c'est fait exprès pour donner du grain au moulin, mais le trait est exagérement grossi et, parfois, c'est un chouia irritant.

Je n'ai pas compris non plus le choix de ne pas dessiner de bouche pour exprimer l'expression abasourdie des personnages, mais ceci n'est qu'un détail sommaire. Car je crois que je vais apprécier de connaître la suite des aventures de Rachel, de sa copine Rose, du petit voisin intello et du raseur de service. Par certains côtés, cela me fait penser à la série des Julie, Claire et Cécile. Il faut d'ailleurs reconnaître le gros travail de Manboou à dessiner des détails infimes, dans la déco ou le look des personnages. J'étais soufflée. Bref, c'est sympa, ça se lit rapidement et ça ne prend pas le chou ! (Léger ahem pour le tempérament de la demoiselle ... sans quoi, c'est engageant !). J'attends la suite.

Le blog de Manboou : http://www.manboou.canalblog.com/

Dargaud - 128 pages - 9.50 €

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20/02/08

Good news !

Ceux et celles qui suivent mes pérégrinations dans l'univers des livres en tout genre connaissent ma récente addiction pour une série de manga, et n'ont pas douté que j'ai failli tomber en syncope tout récemment, et pourquoi ? Simplement parce que le tome 5 d'Emma vient enfin de paraître !

emma_5

Pfiou ! J'étais donc restée sur la note du quatrième volume en étant un peu à cran ! Les lecteurs de cette série ont compris pourquoi, le livre se finissait à un moment particulièrement prenant ! Il fallait connaître la suite, au plus vite ! Quelle surprise ne me réserve donc pas ce numéro 5 ? ! C'est un voyage vers le passé qu'il nous offre, un retour vers la source d'autres amours, d'autres histoires difficiles. C'est une possibilité pour nous, lecteurs, de mieux comprendre le poids de la famille, de la respectabilité, du rang social et du regard extérieur.

L'intrigue est délicieuse ! Nos deux amoureux ont donc fini par se retrouver, mais cela ne signifie pas pour autant que les barricades soient enlevées. William est fiancé à une autre, Emma n'est qu'une soubrette... et pourtant, le garçon va affronter ses pairs pour vivre à fond sa passion folle. C'est du moins ce qu'il paraît sur le papier, car en réalité les choses n'en finissent pas de se compliquer !

emma_6J'ai poursuivi sur ma lancée en lisant le tome 6 en anglais (comment voulez-vous résister ?!) et j'en suis sortie complètement groggy et bouche bée. Je ne dévoile pas ce que le sort réserve à cette chère Emma, mais il ne faudrait pas me faire poireauter trop longtemps !!! J'ai, de plus, le sentiment que l'histoire finit trop tôt ici, je sais bien qu'il faut ménager le suspense, mais bon ...

Que nous réserve la fin de cette série ? Entre tragédie ou histoire nunuche qui s'assume, la suite d'Emma promet de belles perspectives ! Je m'en régale d'avance !!!

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Enfer et damnation ! Jusqu'à présent, j'avais lu les 6 premiers volumes d'Honey & Clover avec délectation, y appréciant infiniment le mélange d'humour et de dérision, l'abus du ridicule (qui ne tue pas) et du grotesque. J'avais un grand attachement pour tous les personnages, me passionnais pour leurs petites vies et leurs histoires de coeur. Et puis paf ! je viens de lire le tome 7 et j'avoue avoir été un peu ennuyée ! ...

honey___clover_7Quel drame ! Ce livre s'attarde beaucoup sur Takemoto qui est parti faire le tour du Japon à vélo. Il vit de petits boulots, de rencontres itinérantes. Le garçon se cherche, on se souvient de son ras-le-bol général, et puis voilà ... Du côté de la bande, Yamada rencontre enfin Rika, LE grand amour de Mayama. La jeune fille est troublée, mais accepte pourtant la proposition de collaborer avec sa meilleure ennemie.

J'ai trouvé cet épisode creux, un peu bateau. Rien de transcendant, quoi. Mais où est passé le flot d'émotions, de délires et d'inattendus qui survenaient dans le début ? ! Bien sûr, c'est toujours (un petit peu) drôle, mais un rien pêche pour retrouver ma totale exaltation ! ... Encore 3 tomes, pourtant, et je veux connaître la suite !

Ori est toujours aussi fan !

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Le nouveau Kiriko Nananan est disponible ! Il affiche  sa couverture très tendance, en jaune & noir, pour un contenu qui donne ceci :

amours_blessantesHomme ou femme, personne, dans son existence, n’échappe à ce moment où fatalement, l’amour fait mal... Il suffit de l’odeur d’un parfum pour faire resurgir le souvenir d’un ancien amant, volage et magnifique. Il suffit de croiser l’homme qu’on a tant aimé autrefois, pour retrouver ses sentiments d’antan. Il suffit encore de songer à ce corps que l’on donne en pâture contre de l’argent, pour se dégoûter soi-même. Et il suffit parfois de la promesse d’un amour éternel, pour que notre petit monde vacille...
En vingt-trois courts récits, Kiriko Nananan explore les sentiments amoureux dans toute la splendeur de leur cruauté. Sa sensibilité exacerbée, portée par son trait lisse et net, fait une fois de plus merveille. Cette oeuvre fort d'une beauté limpide nous rappelle que vient un jour où chacun blesse ou se trouve blessé. Ainsi va l'amour...

Je déconseille ce livre à tous les déprimés, les prudes, les romantiques, les idéalistes et autres utopistes. Le début du recueil est absolument déroutant, une réalité brusque et amère sur les déceptions amoureuses, ou sur ce qu'est l'amour tout court, à travers ses revers et ses petites choses communes. Un peu laid, sur le coup.

La plongée est glaciale et paralysante. Pourtant on parvient à rester à la surface et à reprendre pied. J'ai surtout compris que lire l'ensemble offrait un impact plus fort qu'une succession d'histoires très courtes légèrement dissuasives... Bien sûr, on en sort tout de même avec le coeur lourd et les espoirs éreintés. Si la mélancolie et l'amertume ne vous rebutent pas, courez-y sans attendre ! Le trait est fin, gracieux, minimaliste. A l'image du propos de chaque histoire. Tout est lisse et intériorisé. Cela vaut à l'auteur d'être sa signature, d'où l'expression sensibilité à fleur de peau qui acquiert ici tout son sens !

J'aurais voulu avoir des histoires intéressantes à raconter.
Comme dans les téléfilms, tu vois.
Mais c'est justement parce ce qui s'y passe
n'arrive jamais dans la réalité que j'ai rien à raconter.
Dans la vie, il ne se passe jamais rien,
ou alors à une si petite échelle
que c'est sans intérêt.

Pourtant je continue à attendre.
J'espère toujours que des choses bien vont arriver.

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28/06/07

Strawberry Shortcakes - Kiriko Nananan

Phénomène manga ?

Je vous invite à regarder ce soir, jeudi 28 juin, le reportage de l'émission Envoyé Spécial qui traite du " Manga, un monde à l'envers " pour mieux expliquer ce phénomène. Les mangas, ces bandes dessinées japonaises déclinées sur tous les modes (jeux vidéo, dessins animés, etc.), étaient voilà peu accusés de tous les maux. Violents, visuellement agressifs, «décérébrants», ils constituaient, selon certains, une menace pour les enfants. Aujourd'hui, les mangas ont triomphé. Plus de 1000 nouveaux titres sont publiés chaque année. Et la France en est, après les Etats-Unis, le plus gros consommateur au monde. Une équipe d'«Envoyé Spécial» est partie au Japon, à la rencontre des maîtres du genre. (Lien de l'émission)

Et par la même  occasion, je vous présente :

strawberry_shortcakesElles sont quatre filles dans le Tokyo d'aujourd'hui, elles bossent, elles vivent seules ou en colocation. Elles sont toutes les quatre concernées par les atermoiements amoureux, par l'isolement et par l'envie d'aimer et d'être aimées en retour. Il y a Tôko la dessinatrice qui vit mal la trahison de son petit ami et qui régurgite la nourriture qu'elle absorbe par dépit et dégoût. Elle partage désormais son appartement avec Chihiro, une fille très belle qui a un travail nul mais qui fait tout pour rester à Tokyo et ne pas retourner chez elle, dans sa triste campagne. Elle a un petit ami mais elle attend de lui qu'il soulève des montagnes... Tôko ne supporte plus Chihiro, et cette dernière est jalouse de sa force intérieure et de son indépendance financière.
Akiyo est aussi amoureuse de son meilleur ami Kikuchi mais n'arrive pas à lui dire et souffre en silence. Elle vend son corps pour s'offrir un jour la maison de ses rêves, mais elle craque à force de faux-semblants. La quatrième protagoniste est plus discrète, tranquille dans son existence rangée, gourmande et curieuse, elle attend aussi l'amour, qui ne vient pas.

Alors ça ne semble pas très rose, a priori. Et ce n'est pas faute d'en mettre, comme sur cette délicieuse couverture ou avec ce titre "Strawberry shortcakes" = Millefeuille à la fraise. Pourquoi ? "Malgré les apparences, au fond, nous sommes comme des mille-feuilles aux fraises : jolis, fragiles, sucrés."
Et ce sont également les trois qualificatifs qui viennent en tête quand on termine notre lecture. Ce monde féminin n'est pas sentimental et niais, il est plus complexe. Kiriko Nananan est une experte en la matière, déjà auteur de "Blue" et "Everyday", son créneau s'inscrit dans la douleur douce, dans l'étonnante et émouvante subtilité de la sexualité féminine. Elle pénètre l'âme humaine avec une facilité renversante, aidée par son art du dessin qui joue avec l'alternance de gros plans de visages, de silhouettes ou d'objets décadrés, en plus de l'utilisation du monologue. Même si parfois cela frise la morosité, il est impossible de ne pas adhérer à cette histoire, d'aimer les personnages et de les comprendre, de s'apitoyer sur leurs sorts et de souscrire à leurs préoccupations. Il y a une poésie derrière les larmes et la tristesse, un charme ténu, oui vraiment cette lecture est pénétrante, perspicace et raffinée. J'ai vraiment beaucoup aimé...

Traduction : Corinne Quentin. Casterman, coll. Sakka. 330 pages.

Posté par clarabel76 à 18:15:00 - - Commentaires [28] - Permalien [#]
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