13/07/16

Rêves oubliés, de Léonor de Récondo

Rêves oubliés Sixtrid

Voilà un très beau roman, dont le principal sujet n'avait pas lieu de me captiver, et qui finalement a su me transporter, me toucher, m'interpeller. L'histoire raconte l'exil de la famille d'Ataï, en août 1936, alors que l'Espagne est en pleine guerre civile. Sa femme Ama, ses fils et les grands-parents quittent précipitamment leur maison pour franchir la frontière et s'installer dans les Landes françaises, rapidement rejoints par Ataï, retenu par son boulot, puis par des oncles et des cousins, qualifiés de dissidents politiques. 
Le temps de l'exil, d'abord incertain, finit par s'ancrer dans leurs esprits désolés, confrontés à la difficulté de s'installer dans un pays étranger, dont on ne parle pas la langue, et où l'on pressent une hostilité grandissante à l'égard de l'autre, l'inconnu, le réfugié. Dès 1939, un vent changeant souffle sur le pays. Les cousins et les oncles sont arrêtés par la police française, envoyés dans des camps, avec interdiction de véhiculer des nouvelles. L'angoisse monte d'un cran avec l'arrivée des allemands, des jeunes soldats blonds qui crachent leur haine en dégainant leur carabine.
En marge du contexte politique, particulièrement démentiel, le livre raconte aussi le parcours d'une famille, unie comme jamais, très démonstrative et aimante. Ama écrit un journal intime, où elle confie ses espoirs, ses interrogations, où elle parle aussi de sa fausse couche, de ses peurs, de la sensation de coquille vide, de ses désillusions... Écrire un avenir dans un pays qui n'est pas le vôtre, songer aux racines, à l'éloignement, expliquer le sentiment d'exclusion, de non-appartenance à une vie, du sentiment de jouer un rôle et le désespoir du non-retour, du rêve impossible. Croix définitive.

Ce texte, écrit en toute simplicité, est imprégné d'élégance et de pudeur, il est également lu par Marjorie Frantz avec tact, sincérité et sensibilité. L'histoire rappelle qu'être ensemble, c'est aussi tout ce qui compte, dans ce roman qui apporte une autre vision de l'exil, sans tomber dans le misérabilisme ou le pathos. Le tout est généreux, authentique et émouvant. Très, très bon.

 

Interprété par Marjorie Frantz pour Sixtrid / Octobre 2015 (durée : 3h 32)

Rêves oubliés

Repris en poche chez Points (Grands Romans, 2013)

 

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10/02/16

Vu, lu & écouté, mon (bref) avis

Pietra Viva

Pietra Viva, par Léonor de Récondo

Interprété par Lazare Herson Macarel

 Sixtrid / Juin 2015 ♦ Durée : 3h 54mn

RÉSUMÉ DU LIVRE AUDIO

Michelangelo, en ce printemps 1505, quitte Rome bouleversé. Il vient de découvrir sans vie le corps d’Andrea, le jeune moine dont la beauté lumineuse le fascinait. Il part choisir à Carrare les marbres du tombeau que le pape Jules II lui a commandé. Pendant six mois, cet artiste de trente ans déjà, à qui sa pietà a valu gloire et renommée, va vivre au rythme de la carrière, sélectionnant les meilleurs blocs, les négociant, organisant leur transport. Sa capacité à discerner la moindre veine dans la montagne a tôt fait de lui gagner la confiance des tailleurs de pierre. Lors de ses soirées solitaires à l’auberge, avec pour seule compagnie le petit livre de Pétrarque que lui a offert Lorenzo de Medici et la bible d’Andrea, il ne cesse d’interroger le mystère de la mort du moine, tout à son désir impétueux de capturer dans la pierre sa beauté terrestre. Au fil des jours, le sculpteur arrogant et tourmenté, que rien ne doit détourner de son œuvre, se laisse pourtant approcher : par ses compagnons les carriers, par la folie douce de Cavallino, mais aussi par Michele, un enfant de six ans dont la mère vient de mourir. La naïveté et l’affection du petit garçon feront resurgir les souvenirs les plus enfouis de Michelangelo. Parce qu’enfin il s’abandonne à ses émotions, son séjour à Carrare, au cœur d’une nature exubérante, va marquer une transformation profonde dans son œuvre. Il retrouvera désormais ceux qu’il a aimés dans la matière vive du marbre.

MON (BREF) AVIS

Poétique et bouleversant, ce roman, à l'écriture trop maniérée, ne m'a pas du tout séduite. L'œuvre, de courte durée, paraît cependant bien longue et l'histoire a fini par me lasser. Je n'ai pas réussi à embarquer à bord, malgré une lecture convaincante de Lazare Herson Macarel.

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L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir

L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir, par Rosa Montero

Interprété par Hélène Lausseur

Sixtrid / Octobre 2015 ♦ Durée : 5h 14mn 

RÉSUMÉ DU LIVRE AUDIO

Chargée d’écrire une préface pour l’extraordinaire journal que Marie Curie a tenu après la mort de Pierre Curie, Rosa Montero s’est vue prise dans un tourbillon de mots. Au fil de son récit du parcours extraordinaire et largement méconnu de cette femme hors normes, elle construit un livre à mi-chemin entre les souvenirs personnels et la mémoire collective, entre l’analyse de notre époque et l’évocation intime. Elle nous parle du dépassement de la douleur, de la perte de l’homme aimé qu’elle vient elle-même de vivre, du deuil, de la reconstruction de soi, des relations entre les hommes et les femmes, de la splendeur du sexe, de la bonne mort et de la belle vie, de la science et de l’ignorance, de la force salvatrice de la littérature et de la sagesse de ceux qui apprennent à jouir de l’existence avec plénitude et légèreté. Vivant, libre, original, ce texte étonnant, plein de souvenirs, d’anecdotes et d’amitiés nous plonge dans le plaisir primaire qu’apporte une bonne histoire. Un récit sincère, émouvant, captivant dès ses premières pages. Le lecteur sent, comme toujours avec la vraie littérature, qu’il a été écrit pour lui. 

MON (BREF) AVIS 

C'est à la base un bel hommage à Marie Curie, qui finit en digression pour dévoiler le témoignage sincère et émouvant d'une femme endeuillée. Intime et très personnel, au risque de paraître un tantinet verbeux et trop affecté, ce texte ne m'a pas totalement touchée, même s'il est interprété avec beaucoup de talent et de pudeur par Hélène Lausseur.

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19/11/15

Amours, de Léonor de Récondo

Amours

Nous sommes en 1908 dans la campagne française. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant et se désespère du jour où elle lui donnera un enfant. Elle ne soupçonne pas les infidélités de celui-ci avec la petite bonne de dix-sept ans, Céleste, qui tombe dans l'embarras et reçoit les foudres de la colère de sa maîtresse lorsqu'elle s'en aperçoit. Pourtant, Victoire change d'attitude et accepte cette grossesse comme sa propre libération. Cet enfant sera celui-ci du couple, Céleste s'incline devant leur décision. Mais la maternité ne sera pas non plus la promesse du bonheur tant attendu et Victoire continue de s'enfoncer dans la torpeur, mettant la santé du bébé en danger. Céleste reprend donc ses prérogatives en se faufilant en douce dans la chambre pour nourrir son fils... jusqu'au jour où Victoire découvre le subterfuge.

La suite de l'histoire, qui implique l'éclosion des sentiments entre Victoire et Céleste, m'a laissée assez insensible. J'ai aussi trouvé le roman assez froid et taciturne, même si je lui accorde des qualités d'écriture indéniables, une ambiance raffinée et guindée, l'admirable transcription de la découverte exaltée de la sensualité et la tentative de briser les tabous. C'est un livre qui aborde sans équivoque le corps de la femme, ses désirs et ses instincts, dans un contexte bourgeois engoncé, bientôt bouleversé par les premières manifestations de l'émancipation féminine, à commencer par la mode et le retrait du corset. C'est joliment raconté, par l'auteur elle-même, c'est court aussi, seulement 4 heures d'écoute pour le livre audio, et ça brasse les barrières sociales et les convenances dans un joyeux fracas, mais ça n'a toutefois pas suffi à me toucher. J'ai fini par m'ennuyer au cœur de cette ambiance austère et déprimante qui imprègne le récit sans jamais parvenir à lui donner meilleure mine. J'en sors désappointée...

Sixtrid / août 2015 ♦ Texte lu par l'auteur (durée : 4h 15) ♦ Sabine Wespieser éditeur, janvier 2015 ♦ Prix RTL-Lire 2015 - Prix des Libraires 2015

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