27/09/09

Jane Austen à Scargrave Manor ~ Stephanie Barron

Labyrinthes, une collection des éditions du Masque, 1998 - 446 pages - 8,50€
traduit de l'anglais (USA) par Corinne Bourbeillon

jane_austen_scargrave_manorJane Austen a bientôt 27 ans, elle vient de rompre ses fiançailles avec Mr Bigg-Wither et se réfugie chez son amie Isobel, nouvellement mariée au comte Scargrave, de deux fois son aîné. Elle compte bien s'étourdir dans l'effusion des bals donnés à Scargrave Manor. Hélas, le vieux lord meurt dans d'atroces souffrances et la maison porte le deuil. Des petits billets font très vite leur apparition et accusent la jeune épouse d'avoir comploté le décès du comte, ses liens avec Fitzroy Payne, vicomte et neveu de son mari, dénoncent une connivence trop proche, trop tendre. Scandale à l'horizon ! Jane est émue de la détresse de son amie, tous les soupçons l'accablent et d'étonnantes révélations viennent assombrir la réputation de la jeune femme et de son ami (et soupirant), lord Payne, héritier du titre et de la fortune de Scargrave...

Ce n'est pas parce qu'on trouve Jane Austen en titre qu'il faut s'attendre à une lecture d'égale qualité, non, non... l'esprit, l'essence, l'adoration, l'humour et la finesse y sont forcément brodés et utilisés à bon escient mais il va sans dire que Stephanie Barron n'a pas le talent de l'anglaise, même si du talent elle en possède aussi certainement... Car j'aime ses romans, c'est le deuxième titre que je lis de sa série (cf. Jane Austen et le révérend) et j'y trouve un vrai, grand plaisir. C'est une lecture de pure distraction, du divertissement pour zoner sur son canapé, c'est assez bien écrit, l'ambiance est admirablement reproduite, la silhouette de Jane Austen est mise à l'honneur, on trouve une jeune femme vive et intelligente, qui rougit beaucoup et qui répète souvent être de bonne condition physique et donc d'apprécier la marche et les promenades. Ceci étant, c'est tout de même comique de l'imaginer en détective, si l'on transpose l'idée d'une Miss Marple avec quelques années de moins... Là je dis stop, cela casse l'image et cela devient totalement ridicule.

La série de Stephanie Barron n'a pas d'autre intention que d'être agréable à la lecture et de ne pas prétendre usurper l'identité de Jane Austen, juste de la respecter, ensuite le personnage de l'écrivain anglais est mis en scène, mais jamais dans des situations incongrues, ou tout juste peut-on trouver que cela reste terriblement romanesque, Jane n'était pas une beauté fatale, elle le rappelle, mais son charme de l'esprit n'avait de cesse de faire tourner les têtes, et c'est avec étonnement que je constate de nouveau les ravages qu'elle provoque ! Cette lecture donne le sourire, c'est indéniable. L'enquête criminelle demeure de facture classique, je n'ai pourtant pas su deviner le coupable avant la révélation au dernier chapitre.  Stephanie Barron sait entretenir le suspense, mais son roman pourra paraître bien long et bavard pour ceux qui attendent de l'action et des rebondissements. Il n'en est pas du tout question dans ce livre ! Ambiance georgienne joliment léchée, voilà de quoi ravir les amateurs. Entendons-nous bien.

> un extrait :

Sachant que le lieutenant Hearst avait tué un homme, je ne parvenais à songer à rien d'autre ; mais l'on se doit, lorsqu'on enchaîne les figures, de causer un tant soit peu avec son partenaire ; je me mis donc l'esprit à la torture, désespérant de trouver un mot pour engager la conversation. Rougissante - j'en ai peur - et les yeux obstinément baissés, je dus lui faire l'effet d'une vraie petite oiselle, lui offrant ainsi une image de ma personne probablement aussi imparfaite que le portrait que miss Delahoussaye m'avait dressé de lui. Lui-même, devant mon mutisme embarrassé, hésitait à prononcer une syllabe ; et nous persistâmes péniblement dans ce silence d'une profonde sottise pendant près de la moitié du temps que dura la danse. Mais s'il est une chose que je déteste par-dessus tout, c'est bien de me retrouver flanquée d'un cavalier muet ; aussi, surmontant mon horreur des coups de pistolet à l'aube, je me réfugiai dans la légèreté d'un badinage féminin.
- J'ai profité de votre absence, lieutenant, pour me renseigner sur votre caractère, lançais-je.
Levant un sourcil, il me jeta un regard amusé.
- Et suis-je digne de toucher votre gant ?
 

NB : Il s'agit du premier tome de la série.

> lu aussi par Plaisirs à cultiver et La bibliothèque d'Allie


13/07/08

Old-fashioned, but delicious !

 

 

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Dans le quartier des Batignolles, le corps d'un petit vieux est retrouvé dans un bain de sang... La victime a juste eu le temps de griffonner les premières lettres du nom de l'assassin : il s'agit de son neveu, Monistrol. Ce dernier avoue aussitôt les faits, le juge et la police se frottent les mains de conclure une affaire aussi vite. Mais Méchinet, agent de sûreté, n'est pas du même avis. Il est secondé par Godeuil, un jeune officier de santé. La rencontre entre ces deux personnages n'est pas sans rappeler la paire sympathique de Sherlock Holmes et Docteur Watson, ou Hercule Poirot et le commissaire Japp.

Bref, Méchinet devine d'instinct que l'enquête ne fait que commencer. Il va rencontrer la blonde et délicieuse Mme Monistrol, trop belle pour être honnête, trop cupide, trop ambitieuse et trop rayonnante auprès d'un époux au physique peu attrayant. La dame a un alibi, le mari plaide coupable. Mais alors ? Les petites cellules grises de nos deux compères s'activent. Cette intrigue est rondement bien ficelée, classique et décrit un Paris du 19ème siècle guindé, suranné mais charmant.

Emile Gaboriau est un pionnier du roman policier français, auteur d'une oeuvre qu'on compare facilement à celle de l'anglais Wilkie Collins par exemple. Le petit vieux des Batignolles inaugure un cycle de nouvelles (l'histoire ne fait que 86 pages). Le texte est suivi de deux nouvelles qui composent Mariages d'amour : Monsieur JD de Saint Roch, ambassadeur matrimonial et Promesses de mariage.

Ces deux récits dénoncent la spéculation des sentiments humains et des mariages arrangés. Monsieur JD de Saint Roch est un brocanteur du mariage, comme il se décrit. Il embobine le fils d'un avoué, qui a déjà créé le scandale de démissionner de son poste d'ingénieur des Ponts et Chaussées, puis a su construire une honnête fortune à force de spéculations. L'entremise de petites lettres qui dénoncent, conspuent et colportent des vérités à demi cachées ou avouées va semer la zizanie dans le coeur des jeunes gens épris. Promesses de mariage permet à l'auteur de s'attaquer aux mariages arrangés qui sont encore monnaie courante sous le Second Empire. Gaboriau se livre ici à un anti-marivaudage féroce et réjouissant.

(Personnellement j'ai plutôt apprécié la première histoire, car on y perçoit bien le policier qui va ouvrir la voie à d'autres personnages ou influencer des futurs auteurs. Cf. Simenon et Maigret, encore un exemple.)

S'il n'est pas l'inventeur du genre, Emile Gaboriau a su incontestablement donner au genre policier ses premières lettres de noblesse. Et même créer un archétype de personnage débonnaire qui poursuit l'enquête sans trop avoir l'air de s'y intéresser, qui sait toujours où il va mais laisse tout le monde perplexe. La liste des personnages qui doivent à Gaboriau leur caractère propre est vaste, ici naît sans aucun doute aussi bien Holmes, nous l'avons dit, que Colombo, dont le faux-air ahuri est le meilleur piège à vérité. Et tout est ici, dans une langue savoureuse et simple, qui met le quotidien dans un roman et parvient à en faire toute une histoire.  Source : Boojum-mag.

Le petit vieux des Batignolles, et autres nouvelles - Emile Gaboriau

Editions du Masque, coll. Labyrinthes - 2008. 345 pages. 8€

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Lady Angatell et son époux reçoivent pour le week-end quelques amis dans leur splendide domaine du Vallon. Des amis, certes, mais toute cette petite communauté réussira-t-elle à cohabiter ? Voilà que Lucy Angatell commence à en douter. Et les domestiques eux-mêmes sont sens dessus dessous, rien n'est prêt pour le déjeuner alors qu'un invité de marque est sur le point d'arriver au château : le célèbre Hercule Poirot en personne. Son métier est de démasquer les assassins, mais il vient cette fois pour se reposer, du moins le croyait-il : le médecin, John Christow, est retrouvé tué par balles au bord de la piscine. Les soupçons se posent sur Gerda, l'épouse qu'on a retrouvée près du corps, le revolver dans une main. Or, les preuves font défaut.

Naturellement cette dernière avait toutes les raisons d'être jalouse (Christow collectionnait les conquêtes féminines), et la dévotion de l'une d'elles, qui dans l'ombre oeuvre pour masquer les indices, va compliquer l'enquête criminelle menée par notre cher Poirot. 

Ambiance serrée par ce huit-clos efficace où, très vite, on soupçonne tout le monde, Le Vallon échappe au genre du whodunit dont les règles sont ici un peu chamboulées. Agatha Christie s'attache à décrypter les personnages, les psychologies et distille une atmosphère mêlant l'intrigue amoureuse à la résolution de l'énigme policière. Ce titre de la très productive reine du crime est quelque peu méconnu, mais gagne à être découvert sans tarder !

Le Vallon a été adapté au cinéma par Pascal Bonitzer sous le titre Le grand alibi. (au cinéma le 30 avril 2008)

Le Vallon, d'Agatha Christie

Librairie des Champs Elysées, 1995 pour cette traduction

(traduit de l'anglais par Alexis Champon). titre vo : the hollow

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Joan Scudamore, anglaise d'une soixantaine d'années, est coincée dans un relais en plein désert, à la frontière turque, pour rentrer dans son pays. Elle vient de rendre visite à sa fille Barbara qui vit avec son époux à Bagdad. Dans cet endroit coupé de son petit monde confortable, Joan rencontre une ancienne amie d'école, Blanche Haggard. Celle-ci a toutefois subi les foudres du temps, devenant plus vulgaire, âgée et mal vêtue (selon les critères de la très respectable Mrs Scudamore). Très vite, on devine une suffisance chez cette femme, malgré la sympathie qu'elle nous inspire. On ne peut s'empêcher de pincer les lèvres et les narines : c'est une épouse dévouée, une mère accomplie, une femme exemplaire. Un peu trop ?

Car derrière cette façade trop lisse, on cherche les failles et les fêlures. Et c'est en voulant la taquiner, en lui prédisant d'être bloquée dans son relais à cause des pluies qui s'annoncent et du terrain impraticable pour les trains, que Blanche va provoquer son temps de réflexion. Or, elle soulève un point délicat : "si l'on n'avait rien d'autre à faire que penser à soi-même pendant plusieurs jours de suite, je me demande ce que l'on découvrirait..."

Totalement désoeuvrée, Joan va donc devenir "détective lancée sur la piste de sa propre vie passée" et soudainement ce voyage l'entraîne à éclaircir des contrées mises - dans son subconscient - en abîme. Cette femme s'enorgueillissait d'avoir réussi sa vie, quitte à regarder de haut Blanche Haggard en la méprisant. Elle va s'apercevoir qu'elle a occulté ses propres erreurs.

Sous le pseudonyme de Mary Westmacott, on retrouve Agatha Christie, auteur de ce roman d'introspection qui est aussi le monologue enfièvré d'une femme blessée par la vie. Ecrit en trois jours et trois nuits dans une sorte de transe, selon les dires de la grande dame, Loin de vous ce printemps dévoile un talent caché d'Agatha Christie, celui de broder sur un sujet autrement bateau qu'un indécrottable whodunit (genre très appréciable, sans nul doute). A noter pour vous en persuader !

Loin de vous ce printemps - Mary Westmacott (Agatha Christie)

Robert Laffont, 1951 pour la traduction - Livre de poche, 1990

roman traduit de l'anglais par H. de Sarbois - titre vo : absent in the spring.

Avait été conseillé par Patricia (dans sa cuisine rouge)

06/03/08

L'alchimiste assassiné - Fidelis Morgan

alchimiste_assassinePerruque déplumée de guingois, visage barbouillé d'une épaisse couche de fards commençant à dégouliner, lady Anastasia Ashby de la Zouche, baronne Penge, comtesse de Clapham, est en prison pour dettes, et pas pour la première fois. Elle doit à son droguiste la peccadille de six shillings, et le misérable a eu la témérité de l'assigner en justice. Les temps ont changé depuis l'intronisation de Guillaume d'Orange, venu de Hollande instaurer la monarchie parlementaire ; la société anglaise est devenue de plus en plus obsédée par l'argent, le profit et la richesse, même Madame la comtesse, âgée de soixante ans, a dû se lancer sur le marché du travail pour survivre. Après une courte carrière dans l'écriture de tragédies héroïques, sous le nom de plume du Galant Ethéré, lady Ashby a ensuite choisi de se tourner vers le journalisme, glanant des bribes de cancans fielleux ou rédigeant des diatribes contre les charlatans, les dernières modes, les nouvelles pièces. Sa mauvaise fortune voulut que le jour où le recouvreur de dettes vint frapper à sa porte, la comtesse se trouvait entre deux contrats. Sa bourse était par conséquent des plus plates.

Qu'elle n'est pas la surprise de lady Ashby de la Zouche, lorsque dans la prison de Fleet, elle tombe nez à nez avec une drôlesse prénommée Alphiew, son ancienne suivante qui disparut sans prévenir avec son argenterie et Monsieur le comte, bien des années auparavant ! Son sang ne fait qu'un tour, elle bondit sur l'ingrate et demande des comptes, mais Alphiew parvient à s'échapper de Fleet, récupérant le contrat en or promis à la comtesse par Monsieur Cue, responsable de presse. La jeune fille n'est pourtant pas mauvaise, puisqu'elle va parvenir à obtenir la libération de sa bienfaitrice, se disculper des accusations injustifées, proposer une collaboration contre le gîte et le couvert à Anglesey House, l'hôtel particulier de German Street, dans les quartiers chics. La façade est galante, or l'intérieur fait peine à voir. Seul Godfrey, l'ancien palefrenier, un misérable vieux coquin, est resté au service de la dame, même après que le cheval fut vendu, et qu'il n'y eut plus eu d'argent pour les payer !

La liberté étant une chose précieuse, la survie en est une autre. Lady Ashby et Alphiew comprennent que l'argent manque et acceptent avec empressement la proposition d'une femme mystérieuse, bien vêtue et élégante, portant capuche pour dissimuler son identité. Il s'agit en fait d'une dénommée Mme Wilson, qui soupçonne son époux, Beau, de lui être infidèle. Elle embauche la comtesse et sa suivante pour espionner les faits et gestes du mari présumé volage. Malheur ! cette mission, finalement pas si anodine, plonge nos deux donzelles dans un fichu pétrin ! Lady Ashby est prise sur le fait : la cheville foulée d'être tombée sur le corps de Beau Wilson, le bustier et les gants dégoulinants du sang de la victime ! Accusée de meurtre, la comtesse est arrêtée et envoyée en prison. Alphiew se sauve mais n'abandonne pas sa maîtresse, pour elle l'enquête doit continuer !

Quelle aventure truculente ! Fidelis Morgan a lancé une série fort sympathique, surtout portée par son duo de personnages atypiques et attachants, Lady Ashby de la Zouche et Alphiew. L'une est fantasque et un peu folle, l'autre n'a pas de culture mais percute en moins de deux, bref elles n'en perdent pas une miette dans ce Londres puant et mystérieux, à courir à toute berzingue, dans les ruelles sombres et dans le quartier d'Alsatia, où vivent tous les criminels à l'abri des poursuites de la loi, se rendent chez les apothicaires, et rusent auprès d'Isaac Newton en personne pour chercher le moindre indice et démasquer le coupable. Ce sont deux tornades, perruques de traviole, le teint un peu défraîchi, mais fortes en culot, pétillantes et toujours pleines d'allant. Elles nous entraînent dans une foisonnante et palpitante pochade libertine, qui fait revivre toute la trivialité londonienne du XVIIème siècle.

Labyrinthes, 460 pages. Traduit de l'anglais par Denyse Beaulieu.

A aussi été lu par Chimère

  • Existe aussi :  Les reines rivales (Labyrinthes, 2007)

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05/03/08

Jane Austen et le révérend - Stephanie Barron

jane_austen_et_reverendQuittant Bath pour la ville de Lyme, la famille Austen est victime en chemin d'un accident qui blesse gravement Cassandra, la soeur de Jane. Cette dernière s'arme de courage et se rend vers la propriété la plus proche, High Down Grange, réputée pour être peu hospitalière. Et effectivement, le propriétaire des lieux, Geoffrey Sidmouth est rustique, bourru, agacé par cette arrivée à l'improviste. Il consent toutefois à venir en aide à Jane et sa famille et les héberge quelques jours chez lui. L'activité dans cette maison est intriguante, et éveille quelques interrogations chez Jane. Il y a d'abord la cousine du gentilhomme, Séraphine LeFèvre, une beauté éthérée un brin mystérieuse, qui est originaire de France. Assez effacée, elle sort peu de la maison ou se promène la nuit avec une lanterne de forme curieuse et vêtue d'une pèlerine rouge.

Le contact avec Sidmouth ne s'est pas fait sans mal, mais Jane a su lui tenir tête et peut-être cela a-t-il influencé dans l'attitude du gentleman pour les jours suivants. Galant et guindé, il adopte un port assez froid, tout en se montrant très prévenant auprès de Jane et sa famille. C'est lui qui débauche le médecin, Mr Dagliesh, pour soigner Cassandra, lui qui conduira les Austen chez Mr Crawford sur son site de fouilles, et pourtant le ton badin semble faux dans le coeur de Jane (qui ne peut s'empêcher de palpiter un peu plus fort). Elle se méfie de l'homme, donnant foi aux ragots qui courent à son sujet. On murmure un tas de choses à Lyme, sur un prétendu Révérend et sa clique, sur la demoiselle Séraphine et sur des activités illégales livrées la nuit sur la plage. Jane a aussi fait la connaissance du capitaine Fielding, qui lui confie instantanément ses soupçons sur Sidmouth qu'il juge être le Révérend, un pilier de la contrebande entre la France et l'Angleterre.

Fielding, qui se dit à la solde des Douanes, voudrait démasquer ce brigand et remporter ainsi la bataille sourde qui gronde entre Sidmouth et lui, dans laquelle Séraphine joue un rôle important. Aucun des concernés n'est prêt à dévoiler le fond du problème, au nom de l'Honneur, mais Jane est bien décidée à mener jusqu'au bout sa petite enquête toute personnelle. Il lui est impossible de réfléchir autrement, incapable de terminer son manuscrit en cours (Les Watsons). Alors la jeune femme use de son sens de la répartie, de sa capacité de jugement et de sa perspicacité toute féminine pour écouter, questionner, sonder, allant même jouer les héroïnes à la Mrs Ann Radcliffe en errant le soir sur le Cobb ou dans une caverne isolée sur la plage...

jane_austen_et_le_reverend_2Que dire sur ce roman d'une Austenite convaincue, passionnée au point d'imprégner son récit du style de son idole (sans parvenir à l'égaler, on s'en doute), mais travaillant avec soin ce souci du détail, de la formule et du contexte avec un aplomb remarquable ?! Stephanie Barron est réellement parvenue à faire illusion, surtout durant les premiers chapitres de son histoire. Elle dépeint une Jane Austen vive, intelligente, pointilleuse et sensible au charme d'un gentleman inquiétant et fort séduisant par toute cette part de mystère qui l'entoure ! Je me dois de reconnaître avoir beaucoup pensé que c'était tout de même drôlement romanesque, dans le fond. Le gentleman arrogant, réputé mauvais bougre, suspecté d'être le fameux contrebandier qui sévit sur la côte, et qui fait battre le coeur de notre demoiselle... l'action où se mêlent le goût du sel marin, les tempêtes, la chasse entre les troupes des Dragons et les bandits en pleine nuit, et une héroïne au coeur de l'intrigue, cheveux au vent, et une séduction qui connaît son acmé !... Il ne faut surtout pas se méprendre, ce genre de roman n'est pas un pastiche de l'oeuvre de Jane Austen. L'écrivain est ici utilisé en tant que personnage principal, et Stephanie Barron a beaucoup respecté la personnalité de la dame, bien cadré le décor, beaucoup lu les biographies et a su baliser son sujet. C'est un zéro faute sur cet aspect, et personnellement j'ai beaucoup apprécié cette part d'imagination. On ne pourra reprocher à Mrs Barron d'avoir spolié Jane Austen, ni d'avoir fait affront au personnage. Et il me semble, alors, que lire les enquêtes de Jane Austen par Stephanie Barron n'est qu'une simple invitation au divertissement littéraire et historique, dans une ambiance élégante et racée, avec une enquête pas extraordinaire, mais tout à fait potable (saluons que le couperet ne tombe qu'au dernier chapitre, et pas un soupçon avant !). Pour toutes ces raisons, j'ai été séduite et je suis prête à poursuivre cette belle lancée.

A signaler, cependant, que ce tome n'est pas le premier de la série, il s'agit en fait de Jane Austen à Scargrave Manor, paru étrangement l'année d'après en France. L'auteur y fait quelques allusions dans ce livre, et c'est bien dommage ce léger couac. Il faut donc considérer, à ce jour, l'ordre de publication en France des oeuvres de Stephanie Barron, comme suit :

  1. Jane Austen à Scargrave Manor  (1998)

  2. Jane Austen et le révérend   (1997)

  3. Jane Austen et l'Arlequin  (2000)

  4. Jane Austen à Canterbury  (2001)

  5. Jane Austen et la sorcière du Derbyshire  (2003)

  6. Jane Austen et le prisonnier de Wool House  (2006)

  7. Jane Austen et les fantômes de Netley  (2007)

  8. Jane Austen et l'héritage du comte  (2008)

* Les dates de publication correspondent aux sorties françaises.

Labyrinthes - 400 pages - Traduit de l'anglais par Corinne Bourbeillon.

Le site de l'auteur : http://www.stephaniebarron.com

26/06/07

En des lieux désolés - Kay Mitchell

en_des_lieux_desolesA Malminster, la gente féminine court un grave danger depuis qu'une série de meurtres frappe la communauté, s'en prenant à des jeunes filles rentrant seules le soir. Trois filles ont été surprises, la quatrième est retrouvée in extremis sur le pas de sa porte. Il s'agit de la fille aînée de l'inspecteur chef Morrissey !

C'est donc le deuxième titre que je lis de Kay Mitchell et le deuxième dans l'ordre de publication, après "Un si joli village". On y retrouve John Morrissey et son équipier Neil Barrett sur les sentiers sordides de cette enquête criminelle, aux trousses d'un serial-killer qui semble jouer avec les nerfs de l'inspecteur.
En plus de son habileté à mener son histoire, Kay Mitchell parvient à instaurer une ambiance de plus en plus attachante grâce à ses personnages. Morrissey est un homme marié, accaparé par son boulot, qui s'en veut d'oublier l'anniversaire de mariage alors que son épouse s'y est appliquée depuis des mois. Et Barrett est un cavaleur, un intrépide prêt à boucler toutes ses affaires (criminelles et sentimentales) en un tour de main. Sans cesse taquiné par son supérieur, Barrett doit se mordre l'intérieur de la joue pour ne pas exploser et s'appliquer dans son travail, surtout quand il essuie les foudres de son chef, excédé de ne pas être à la hauteur dans son propre foyer !

Bref, une enquête bien menée, un schéma classique, mais un suspect pas facile à appréhender (ni même à deviner pour le lecteur !), "En des lieux désolés" (référence au poème d'Eliott) est donc une lecture tout à fait indiquée pour se détendre et activer ses neurones au service de crimes exercés par un maniaque sexuel ! Jamais glauque ni morbide, ce policier est fort sympathique, et saupoudré avec un peu d'humour british !
A découvrir.

250 pages - Librairie des Champs-Elysées, coll. Labyrinthes. Traduit de l'anglais par Florence Vuarnesson. Titre vo: In stony places.

J'en profite pour tirer mon chapeau car les 4ème de couverture dans cette collection sont toujours très bien rédigées. Encore pour exemple : Pour un mannequin en quête de célébrité, figurer en page trois du Sun peut faire office de tremplin pour la gloire. N'est-ce pas sur cette célèbre planche que s'étale leur vérité... toute nue ? Mais les stars le savent bien, le vedettariat n'entraîne pas que des avantages. Gail Latimer, faisant fi des conseils de prudence de ses proches, a exposé ses charmes aux yeux de tous. C'est hélas à la seule vue du médecin légiste qu'elle dévoile son cou marbré de bleu. L'admirateur qui l'attendait dans le sous-bois près de son domicile a également étranglé deux autres jeunes femmes dont le plus grave défaut était sans doute une beauté... sans défauts.

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14/06/07

Un si joli village - Kay Mitchell

Quatrième de couverture
Aux yeux du visiteur non averti, Little Henge ressemble à ces milliers de villages anglais bien tranquilles. Le pasteur y croise la postière, l'épicier salue ses clientes fidèles et tout ce petit monde semble destiné à couler des jours paisibles.
Mais au pub du village, les langues se délient plus souvent qu'à leur tour. Après quelques pintes, chacun livre avec satisfaction des informations sur la vie privée de son voisin.
Et c'est tout bénéfice pour les bavards quand un ragot salé agrémente la conversation.
Justement, un mari présumé fidèle vient d'être séduit par la femme fatale du village. Il n'en faut pas davantage pour secouer ce si joli village et conduire un de ses paisibles concitoyens au meurtre...

un_si_joli_village

Voici un bien sympathique roman policier, bien ancré dans les clichés du petit village anglais, des commères, des notables irréprochables en apparence, et pourtant une série de meurtres va être commise, ébranlant sérieusement la sérennité de cette communauté.
Avec son intrigue bien ficelée, ses personnages affables et sa très jolie couverture, le roman de Kay Mitchell procure un agréable moment de lecture. Je ne connaissais pas du tout l'auteur et je ne sais pas non plus si ce titre s'inscrit dans une série, toutefois l'inspecteur principal Morrissey et son sergent Barrett forment une équipe qui gagne à être connue et retrouvée.
A suivre, donc. La lecture d'autres romans de Kay Mitchell coule de source.

Labyrinthes / Librairie des Champs-Elysées - 287 pages. Traduit de l'anglais par Isabelle Maillet.

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