25/03/08

Le pianiste de Trieste - Aliette Armel

pianiste_de_triesteCela commence par une rupture, une douleur qui frappe sans prévenir la narratrice, Anne Viseux. Amoureuse d'un chanteur italien, Nicola Bassano, cette femme est abandonnée la veille de son voyage pour Tel-Aviv car celui-ci lui demande de ne pas quitter Trieste pour le suivre (il va y accomplir une mission importante, avec un ami poète). Déboussolée, elle choisit de partir en Bretagne, dans la maison de son enfance, quittée dix-neuf ans plus tôt. Cette maison est un legs de son père, le célèbre pianiste Guido Turatti, où il avait trouvé refuge après son départ de l'Italie en 1946. L'homme s'était également illustré pour avoir refusé, dès 1940, de jouer en public pendant la guerre.

Mais l'histoire n'est pas simple, et le passé familial semble rattraper notre héroïne. Aujourd'hui, Anne est sollicitée pour retrouver la page disparue d'une partition unique écrite par son père Guido, peu avant sa mort. Fouiller dans les vestiges d'un temps révolu préoccupe la narratrice, soudainement confrontée à des secrets, à raviver une enfance dans ce village breton où tout semble différent, et pourtant peuplé des mêmes visages d'antan. Il est indiscutable que les mystères ont tous été emportés dans les tombes, du moins le pense-t-elle par lassitude. Car Anne est harassée par les turpitudes qui l'assaillent, elle se sent agressée, totalement empêtrée dans un écheveau d'intrigues qui ne la concernent pas, ou plus.

Au fur et à mesure que l'histoire progresse, l'ombre du père se faufile pour gagner les feux de la rampe, et permettre ainsi aux voiles du doute de se soulever. Le récit est construit avec minutie, il cerne la personnalité de la narratrice ; cependant un détail me chiffonne à son sujet, parce qu'elle accuse cinquante-quatre ans mais en paraît tellement moins d'après ses états d'âme ou ce qu'elle laisse paraître. Ce n'est que mon ressenti, peut-être me suis-je induite en erreur toute seule, inconsciemment. Je n'ai pas d'autres défauts à trouver sur ce livre, que j'ai trouvé simplement sensible et attachant. Cela raconte avec des mots justes et touchants le parcours d'une femme privée de ses racines, qui aujourd'hui revient sur les traces de son père et tente de tisser la trame de son passé avec rage et désespoir. D'un charme fou, indolent, ce roman sait nous transporter dans des endroits et à des époques différents. Sincèrement envoûtant...

Editions Le Passage - 266 pages - 17€

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07/03/08

Rouge abattoir - Gilda Piersanti

rouge_abattoir_1Le quartier chic et paisible de Testaccio à Rome est de nouveau frappé par un crime horrible : le corps d'une jeune femme mutilée a été retrouvé dans son appartement. Il s'agit d'une troisième victime dans ce petit coin branché de Rome, la presse pense aussitôt à un serial-killer, mais le commissaire D'Innocenzo refuse cette hypothèse. Pour l'heure, il doit accepter l'arrivée d'une super flic, l'inspecteur principal Mariella De Luca, pour l'aider à boucler cette enquête qui met à cran les grosses têtes haut placées.

Mariella est une jeune femme efficace, qui va aussitôt mettre le pied à l'étrier et entrer dans le vif du sujet. Elle fait la connaissance de Tecla Tittoni, une caissière de cinéma, et de son frère Alberto, qui est le projectionniste. Ce couple lui laisse une impression étrange, le garçon est un coureur de jupons, la fille est hautement détestée dans tout le village. De plus, ils semblent avoir tous deux connu les victimes de Testaccio. Alors, de manière peu orthodoxe, Mariella va procéder à une enquête sur le terrain, passant outre les règles d'usage, en s'invitant chez les Tittoni ou en appréhendant un autre individu louche lors de ses promenades nocturnes, et en solitaire.

C'est un roman policier qui appartient à ce genre qui nous plonge dans une intrigue correcte et qui nous fait pénétrer dans l'intimité des personnages. Ici, nous apprenons à mieux connaître l'inspecteur Mariella De Luca et ses nouveaux collègues, surtout parce que Rouge Abattoir appartient à la série des Saisons Meurtrières (trois titres suivent) et que nous allons ainsi pouvoir suivre l'évolution de toute la clique. L'auteur Gilda Piersanti est italienne mais vit en France depuis vingt ans, c'est en français qu'elle a écrit son texte mais situe son action dans la Ville Eternelle. Cadre superbe et fascinant, Rome est ensevelie sous la neige et apporte cette atmosphère frileuse et angoissante, nécessaire à l'intrigue. Celle-ci, assez hasardeuse en cours de lecture, après un début fracassant, connaît un sursaut de rebondissements dans les derniers chapitres. Belle entrée en matière, pour une série qui s'avoue convaincante !

Editions Le Passage, 2003 /

rouge_abattoirPocket, 2008. - 277 pages.

La série des Saisons Meurtrières comporte :

  • Rouge abattoir (2003)

  • Vert Palatino (2005)

  • Bleu Catacombes (2007)

  • Jaune Caravage (2008)

 

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11/09/07

La mémoire fantôme - Franck Thilliez

la_memoire_fantomeQuand, cet été, j'ai découvert Franck Thilliez avec son roman « La chambre des morts », j'ai senti que je pénétrais un univers âpre et oppressant, où la misère humaine s'étalait dans toute sa noirceur. Mais au-delà de l'horreur, était introduit le personnage de Lucie Hennebelle, inspecteur de police, mêlée à cette sombre marmelade de restes humains. (...)
Apprendre qu'un nouveau Franck Thilliez allait donc paraître, remettant en scène la charismatique Lucie, est une information fort appréciable ! Trois années ont passé, Lucie a reçu une promotion, elle a déménagé à Lille et s'occupe de ses jumelles, Clara et Juliette, en prenant soin de ne pas sacrifier sa vie personnelle au profit de sa carrière.

Un soir de tempête, alors que Lucie est tranquille chez elle, un groupe d'étudiants lui demande de venir secourir une femme qui errait dans les rues du vieux-Lille. Elle s'appelle Manon Moinet et vient de se sauver d'une cabane où son kidnappeur la retenait prisonnière. Sur son corps, on retrouve des scarifications, dont « Pr de retour ».
Cette signature indique qu'un tueur en série, surnommé le Professeur, fait à nouveau parler de lui. Après avoir tué et violé post-mortem la soeur de Manon, l'homme semble désormais sur les traces de la jeune femme. Pourquoi ? Aujourd'hui Manon Moinet souffre d'une perte de mémoire d'un genre «spécial», suite à l'agression d'un cambrioleur dans son appartement, elle est capable de mémoriser les faits durant quatre minutes, ensuite tout s'efface.
Beaucoup trop de coincidences, d'incidences, de bizarreries !... La police cherche à regrouper les informations, mais assez péniblement, car Manon est farouche et difficile à cerner à cause de son traumatisme.

À Lucie Hennebelle de traquer un tueur fou et sadique. L'aide de Manon Moinet est primordiale, malgré son handicap des pertes de mémoire. Son savoir en mathématiques appliquées va en effet leur permettre de résoudre des énigmes tendues par le criminel, et les conduire d'un point à l'autre du pays.
Cette idée des énigmes est une manière intelligente d'épaissir l'intrigue du roman. Le sordide est beaucoup moins présent que dans La chambre des morts par exemple. La Mémoire fantôme annonce la couleur - une construction tortueuse, habile et captivante.
Et puis les personnages sont toujours cernés de zones d'ombre, en bien ou en mal. D'ailleurs, ce livre dévoile un mystère sur Lucie Hennebelle qui explique sa soif de traquer les monstres, en quelque sorte.
Pleine réussite pour ce roman, enrichi de longs détails sur la mémoire et son fonctionnement. J'ai également beaucoup apprécié les petits clins d'œil de l'auteur pour donner une forme d'humour caché dans son roman. ;-)

Le Passage - 428 pages - Août 2007

** Rentrée Littéraire 2007 **

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